Wings de Paul McCartney — encyclopédie : histoire, musiciens, chansons et discographie

WINGS · BACK TO THE EGG · HISTOIRE, SESSIONOGRAPHIE ET COLLECTION

Old Siam, Sir (1979) : Linda McCartney, Super Big Heatwave, Ranachan et le single des Wings

La création de Old Siam, Sir brouille les frontières entre composition et invention collective : Linda apporte un motif de clavier, Paul formalise le titre et la nouvelle formation des Wings y ajoute ses propres idées. La séance du 18 juillet 1978 donne naissance à une des pièces les plus étonnantes de l’album.

Une genèse antérieure à la formation finale

La chanson trouve un antécédent dans une maquette de 1976, intitulée Super Big Heatwave. Celle-ci s’organise autour d’une idée de clavier proposée par Linda McCartney. Il serait donc réducteur de dater toute l’invention musicale de juillet 1978 et de ne voir dans Linda qu’une exécutante chargée d’ajouter des claviers après la composition.

La mélodie et les riffs continuent à prendre forme avec Paul et Denny Laine, puis durant les répétitions du nouveau quintette. Le crédit officiel de composition est attribué à Paul McCartney, mais les récits de Linda et de Laurence Juber montrent que des musiciens ont contribué à l’élaboration d’éléments reconnaissables. Le statut légal du crédit et la fabrication réelle d’un arrangement ne sont pas des renseignements interchangeables.

Super Big Heatwave et les variantes de travail

Une maquette datée de 1976 apparaît dans les relevés sous le nom Super Big Heatwave. Ce nom n’identifie pas une édition commerciale de 1979 et ne doit pas être traité comme le sous-titre officiel du 45 tours. Les titres de travail constituent des entrées distinctes dans une base de sessionographie et renvoient à la même œuvre en cours de définition.

En présence d’une bande attribuée à la maquette, il faudrait établir sa source, sa date et ses particularités sonores avant de l’ajouter à une discographie des versions. Une information biographique sur la composition ne garantit ni la disponibilité du document ni son authenticité phonographique.

18 juillet 1978 : le Spirit of Ranachan comme laboratoire

La séance de base a lieu le 18 juillet 1978, au Spirit of Ranachan, le local aménagé sur la propriété des McCartney près de Campbeltown. Le studio mobile de RAK permet de travailler pendant une campagne plus large, commencée le 29 juin et poursuivie jusqu’à la fin de juillet.

La formation comprend Paul à la basse, au chant et à la guitare électrique, Linda aux claviers, Denny à la guitare, Laurence Juber à la guitare et Steve Holley à la batterie. Chris Thomas partage la production avec Paul. Le cadre écossais est moins une anecdote bucolique qu’un choix de méthode permettant aux musiciens de développer leurs idées en groupe.

Une progression harmonique attribuée à Steve Holley

Laurence Juber rapporte que Steve Holley avait proposé, au clavier pendant une improvisation, une suite d’accords qui deviendra un passage instrumental de la chanson. Selon lui, une décision prise à la répétition peut ainsi modifier l’architecture d’un morceau sans apparaître dans son crédit d’auteur.

Le cas est précieux pour l’historien du rock : les crédits de composition rémunèrent généralement mélodie et paroles, alors que les riffs, les rythmiques ou certains enchaînements harmoniques participent à l’identité immédiatement reconnue par l’auditeur. Il convient d’indiquer qui raconte cet épisode plutôt que d’en faire une certitude établie par une partition de studio retrouvée.

Analyse musicale : lourdeur, syncope et excentricité

Le titre repose sur une attaque très marquée des guitares et sur un motif de clavier qui renforce l’étrangeté de sa pulsation. La voix de McCartney est tendue, par moments rugueuse, loin du velouté de Girlfriend. Les interventions de batterie installent une cadence soutenue et les guitares lui donnent une densité presque abrasive.

La construction comporte plusieurs changements d’accent et des sections instrumentales où les harmonies deviennent le véritable moteur de la musique. Cette instabilité apparente correspond à un climat rock plus audacieux que l’image d’un groupe essentiellement associé aux ballades. Le résultat ne se résume toutefois pas à une imitation du punk : la finesse d’arrangement et le jeu sur les registres restent propres à McCartney.

Le texte, ses allitérations et sa figure de personnage

Dans The Lyrics, Paul McCartney explique qu’il aime les rapprochements sonores entre mots, au point que certaines phrases sont retenues pour leur rythme verbal davantage que pour un sens narratif évident. La chanson utilise des noms géographiques et des allitérations avec un plaisir presque absurde. L’expression Old Siam ne désigne pas une scène autobiographique précise.

Le texte évoque néanmoins le dépaysement et la perception d’une personne d’origine asiatique dans la société britannique. Cette observation contemporaine de McCartney ne justifie ni une lecture exotisante simpliste, ni l’identification d’une femme réelle en l’absence d’archives. Une analyse critique doit conserver le double niveau : une construction lexicale ludique et une image culturelle historiquement située.

1er juin 1979 : une face A britannique risquée

Old Siam, Sir sort au Royaume-Uni le 1er juin 1979, une semaine avant Back to the Egg. Le 45 tours associe Spin It On au revers. Il atteint la 35e place britannique, résultat sensiblement plus modeste que ceux des grands singles Wings de 1976 à 1978.

Il faut attribuer ce classement à cette édition du single et à son marché. Aux États-Unis, Old Siam, Sir n’est pas la face A principale retenue lors du lancement de l’album : le titre est utilisé au revers d’Arrow Through Me. Les pochettes et les références nationales diffèrent donc, de même que la stratégie commerciale.

Le 45 tours américain Arrow Through Me / Old Siam, Sir

La face B américaine de 1979 donne au morceau une circulation supplémentaire sans lui attribuer automatiquement le classement de la face principale. Dans une fiche de collection, le couplage Arrow Through Me / Old Siam, Sir doit être décrit comme un objet matériel distinct de Old Siam, Sir / Spin It On.

Le collectionneur notera pays, numéro de catalogue, label Columbia ou Parlophone selon le territoire, durée imprimée, matrice, type de pochette et variations d’étiquette. Deux couplages différents ne constituent pas en soi deux nouveaux enregistrements du même titre.

La tournée de 1979 et la reconstitution de la scène

Les Wings interprètent Old Siam, Sir lors de leur tournée britannique de 1979. Le titre, très physique, convient à une formation réunissant deux guitaristes électriques et une section rythmique énergique. Cette vie scénique montre que le groupe n’a pas considéré son album comme une production destinée au seul studio.

La vérification doit toutefois demeurer concert par concert. Les setlists publiées rétrospectivement, les bandes amateurs et les captations officielles n’ont pas le même degré de certitude ; il faut les distinguer avant d’affirmer qu’une version donnée a été jouée un soir précis.

Versions, films et postérité

Le master de Back to the Egg demeure la référence de la chanson. La version du LP et ses reproductions CD doivent être reliées à leur provenance de bande ; les versions d’archives ou de répétition exigent une description autonome lorsqu’elles sont identifiables. La chanson fait aussi partie du dispositif audiovisuel de promotion du disque.

Son intérêt historique dépasse son rang de classement : elle révèle les apports de Linda, le rôle des répétitions et la construction de la dernière formation active des Wings. Une encyclopédie fidèle ne doit gommer ni l’auteur officiel ni les contributions observées au moment de la fabrication.