Wings de Paul McCartney — encyclopédie : histoire, musiciens, chansons et discographie

WINGS · BAND ON THE RUN · 1973 · DENNY LAINE ET PAUL MCCARTNEY · SESSIONS ET VERSIONS

No Words (1973) : composition McCartney–Laine, sessions, orchestration et tournées des Wings

Auteurs : Paul McCartney et Denny Laine. Première édition : Band on the Run, 7 décembre 1973, 7e titre de l’album britannique. Personnel : le trio Paul, Linda et Denny, avec les chœurs d’Ian Horne et Trevor Jones et les cordes associées aux arrangements de Tony Visconti. Sessions : octobre 1973 à AIR Studios, Londres, selon les crédits du master de référence ; certaines chronologies générales évoquent aussi des étapes à Lagos. Live : tournée de 1979.

Archives : le mix underdubbed fut préparé le 14 octobre 1973 par Geoff Emerick et Pete Swettenham, puis publié officiellement en février 2024. Les variantes historiques de mixage et les rééditions de CD ou de vinyle sont distinguées.

La première coécriture McCartney–Laine d’un album Wings majeur

« No Words » occupe une place particulière dans l’histoire de Wings : parmi les neuf compositions du programme britannique de Band on the Run, c’est la seule officiellement créditée à Paul McCartney et Denny Laine, alors que les autres morceaux portent le crédit des McCartney. La discographie officielle MPL souligne cette exception. Le statut d’auteur de Laine est plus important que la simple présence de son nom parmi les musiciens du trio : il participe à la conception même de l’œuvre.

Ce partenariat se prolongera avec plusieurs chansons des albums ultérieurs, notamment sur London Town. L’étude de « No Words » fournit donc une clé pour comprendre un aspect parfois négligé de Wings : le groupe n’est pas seulement une bannière sous laquelle Paul enregistre des chansons accompagnées de deux musiciens, mais aussi un espace dans lequel Denny Laine peut proposer et développer ses propres idées.

Il serait toutefois trompeur d’affirmer que la contribution de Laine à « No Words » équivaut à la moitié exacte de chaque note. Le partage légal des crédits ne décrit pas automatiquement l’ordre chronologique ou la quantité de travail de chacun. Les témoignages des auteurs permettent de mieux comprendre le processus.

Deux idées de Denny Laine réunies par Paul McCartney

Dans un entretien accordé à Guitar World en janvier 2023, Denny Laine explique avoir présenté deux idées distinctes à Paul, en pensant qu’elles pourraient devenir deux chansons. McCartney suggère de les assembler et ajoute la dernière section. Ce souvenir, même recueilli longtemps après les faits, donne un témoignage précis de la manière dont les deux musiciens concevaient leur collaboration.

Paul avait déjà affirmé en décembre 1973 que Laine lui avait apporté une partie de la chanson et qu’il avait contribué à la terminer. Cette déclaration contemporaine, rapportée par Disc and Music Echo, confirme le principe général du partenariat tout en évitant de fonder l’histoire uniquement sur une mémoire très tardive.

Il s’agit donc d’une œuvre née d’un assemblage créatif, avant même les décisions de studio. La distinction est essentielle : une chanson construite à partir de deux idées n’est pas nécessairement un medley de deux prises indépendantes. Le travail de composition et l’édition de bande sont deux activités différentes qui peuvent produire des effets de forme comparables.

Un répertoire préparé avant Band on the Run

Les historiens situent des éléments de l’écriture avant la sortie de Red Rose Speedway au printemps 1973, même si le master commercial est terminé plus tard. Cette antériorité rapproche « No Words » des chansons que McCartney et Laine gardent disponibles pendant une période de sessions et de tournées particulièrement dense.

L’existence d’une idée avant les séances de Band on the Run ne prouve pas qu’un enregistrement achevé de « No Words » aurait été rejeté du LP précédent. Il faudrait pour cela retrouver une bande, un agenda de session et une liste de sélection. L’encyclopédie doit distinguer la date de composition alléguée de l’enregistrement réellement attesté.

À la veille du départ pour Lagos, Wings perd Henry McCullough et Denny Seiwell. Le trio Paul, Linda et Denny Laine poursuit le travail dans des conditions moins confortables que prévu. La présence de Laine au rang d’auteur devient d’autant plus remarquable que les sessions de Band on the Run dépendent fortement de la polyvalence des trois musiciens restants.

Lagos ou Londres : une divergence de documentation à signaler

De nombreux récits généraux de l’album présentent « No Words » comme une bande de base enregistrée pendant le séjour à Lagos puis complétée en Angleterre. Pourtant, les fiches détaillées de session du Paul McCartney Project, fondées sur les crédits analysés par Luca Perasi, rattachent le master commercial à une session d’octobre 1973 à AIR Studios, Londres, suivie de mixages chez Kingsway.

Cette divergence ne doit pas être dissimulée par une date inventée. Il peut exister des tentatives antérieures ou des fragments de composition qui précèdent la prise finale. Mais sans feuille de bande localisée avec certitude, la notice de Yellow-Sub distingue l’histoire narrative de l’album et le calendrier des sessions qui est documenté par titre.

Ce cas illustre pourquoi une encyclopédie a besoin d’une base structurée des prises. Une biographie générale peut dire correctement que Band on the Run est largement né au Nigeria ; la fiche d’une chanson particulière doit rester capable de montrer qu’une partie du programme a été enregistrée ou entièrement mise au point ailleurs.

Octobre 1973 à AIR Studios : le personnel documenté

Les crédits de session attribuent à Paul McCartney les voix, la basse, la batterie et la guitare électrique ; à Linda McCartney les claviers et les harmonies vocales ; à Denny Laine la guitare électrique, le chant et les chœurs. Certaines contributions accessoires de shaker ou de synthétiseur sont mentionnées avec un point d’interrogation et ne doivent pas être présentées comme certitudes absolues.

Geoff Emerick assure les fonctions d’ingénieur et de mixage associées au disque, avec Pete Swettenham et un assistant désigné comme Monday dans les archives. L’importance de ces techniciens tient au fait qu’ils transforment les différentes couches instrumentales du trio en un ensemble cohérent, malgré l’absence d’un groupe de scène traditionnel avec batteur permanent.

La poly-instrumentation de Paul est ici évidente, mais elle n’efface pas les contributions de Laine. Le timbre des voix et les parties de guitare participent de l’identité commune de la prise. Il serait tout aussi trompeur d’attribuer la totalité des instruments à McCartney que d’imaginer Denny Seiwell sur une bande commerciale datée après son départ.

Des choristes inattendus : Ian Horne et Trevor Jones

La sessionographie conserve parmi les participants aux chœurs les noms d’Ian Horne et de Trevor Jones, deux collaborateurs de l’entourage technique ou logistique de Wings. Leur présence rappelle que certaines voix ajoutées dans le studio peuvent provenir de personnes qui n’appartiennent pas à la formation commerciale du groupe.

Ce type de crédit est important pour l’historien. Une liste réduite aux trois Wings constituerait une description incomplète de l’enregistrement ; une liste qui transformerait Horne et Jones en membres permanents du groupe serait tout aussi erronée. L’encyclopédie doit préciser la fonction de chaque personne et le morceau concerné.

L’enregistrement collectif de chœurs peut jouer un rôle expressif même lorsque la production les place derrière les voix des auteurs. L’étude devra identifier les parties audibles et leur proportion dans le mixage sans attribuer arbitrairement à Horne ou Jones un passage précis que les bandes disponibles ne permettent pas d’isoler.

L’orchestre de Tony Visconti et les cordes Beaux Arts

Tony Visconti est crédité pour les arrangements orchestraux du programme, et la documentation de « No Words » mentionne des cordes liées au Beaux Arts Orchestra. Il s’agit de musiciens et d’arrangements extérieurs au trio principal, même si l’image promotionnelle de Band on the Run met d’abord en valeur Paul, Linda et Denny.

Les cordes n’ont pas pour fonction de transformer une petite chanson pop en grand morceau symphonique. Elles colorent le paysage harmonique et enrichissent la forme, dont l’efficacité dépend largement du dialogue des voix et des guitares. La production doit préserver l’identité de chanson tout en lui apportant une densité que le trio seul ne pourrait pas reproduire de la même façon.

L’édition Band on the Run: Underdubbed Mixes du 2 février 2024 permet de redécouvrir un état sonore antérieur à plusieurs overdubs orchestraux. Elle constitue une source majeure pour comparer ce qui était déjà présent dans la bande de travail et ce que l’arrangement ultérieur ajoute à la version définitive.

14 octobre 1973 : l’Underdubbed Mix et sa date exacte

MPL précise que les mixes dits underdubbed ont été préparés par Geoff Emerick, assisté de Pete Swettenham, le 14 octobre 1973 à AIR Studios. Ces bandes ont été retrouvées dans les archives du label avant leur publication officielle en février 2024. Il faut donc distinguer la date de préparation du mixage et celle de sa commercialisation moderne.

Le terme anglais signifie que l’auditeur découvre une forme à laquelle certains ajouts n’ont pas encore été intégrés, contrairement à l’overdub. Pour « No Words », cette publication est particulièrement utile parce qu’elle permet d’étudier le rapport entre la prise de groupe et les arrangements orchestraux associés à Tony Visconti.

Un collectionneur ne doit pas attribuer cette version de 1973 à une nouvelle séance de Paul et Denny en 2024. De même, le fait que le disque sorte pour le cinquantième anniversaire ne transforme pas le programme original britannique en album double inédit. Les versions, leurs provenances et les objets physiques doivent rester séparés.

La structure musicale : sections assemblées et changement de perspective

Le témoignage de Denny Laine sur les deux idées réunies explique l’organisation de la chanson. Une première partie développe le désir d’être entendu et compris dans une relation affective ; une autre apporte une image plus ardente de l’amour. Le passage de l’une à l’autre donne une impression de renouveau mélodique dans une pièce pourtant brève, autour de deux minutes trente-cinq.

Le musicologue Vincent Benitez relève une organisation harmonique qui passe d’un centre en la majeur à une mise en valeur du mi majeur, sa dominante. Il interprète le maintien de cette tension comme un équivalent musical de l’incertitude affective du narrateur. Cette analyse doit être attribuée à son auteur : elle propose une lecture musicologique, pas une intention verbalisée et documentée de McCartney.

Le résultat est révélateur de l’intérêt des Wings pour les petites formes construites. « No Words » ne possède pas l’ampleur de la suite « Band on the Run » ni le caractère de montage de « Picasso’s Last Words », mais elle applique à l’échelle de quelques minutes le principe d’une composition en plusieurs idées.

Les paroles : l’amour sans certitude et le doute

Les mots expriment une volonté de donner de l’amour et une crainte de ne pas être compris par l’autre personne. Cette tension explique le titre : le narrateur paraît manquer de mots pour rendre compte de son sentiment, et l’expression devient le noyau du refrain.

La chanson ne doit pas être transformée en déclaration biographique certaine sur la relation entre Paul et Linda ou sur la vie privée de Denny Laine. Les auteurs créent une situation de fiction suffisamment ouverte pour s’adresser à différents auditeurs. Le vocabulaire sentimental appartient à une tradition de pop mélodique que McCartney continue d’explorer tout au long de Wings.

La contribution de Denny Laine rappelle d’ailleurs que le sens d’une chanson coécrite ne peut pas toujours être attribué à un seul auteur. Le texte final est le produit d’un partenariat, sans que le catalogue d’œuvre répartisse chaque vers entre deux noms.

La place sur les deux programmes de Band on the Run

La liste officielle MPL donne « No Words » en septième position sur l’album britannique du 7 décembre 1973, entre « Mamunia » et « Picasso’s Last Words (Drink to Me) ». La chanson figure aussi dans le programme américain, lequel ajoute « Helen Wheels » parmi les morceaux du disque.

Le programme de 1973 constitue un objet culturel et matériel précis. Une réédition CD qui présente des bonus, la version quadraphonique de 1974 et un coffret de 2024 ne doivent pas être utilisés pour prétendre que tous les vinyles britanniques originaux contiennent ces documents supplémentaires.

La production peut varier en équilibre sonore selon un mastering particulier, mais aucune différence de numéro de catalogue ne prouve à elle seule un nouvel enregistrement. Pour les pressages français, allemands et japonais, la référence et la matrice devront être relevées à partir d’exemplaires documentés.

1974 : la version quadraphonique et sa postérité

Le programme Band on the Run connaît une adaptation quadraphonique préparée au début de 1974, avec une distribution sur quatre canaux plutôt que l’image stéréo ordinaire. Les catalogues spécialisés identifient pour « No Words » un état sonore de cette famille, diffusé ensuite sous certaines formes multicanales ou numériques.

L’existence d’un mixage quadraphonique est une véritable différence de production. Elle ne doit pas être confondue avec un LP stéréo remasterisé dans les années 1990 ou 2010. La configuration de canaux, les choix de panoramique et les éventuelles différences de bandes doivent être étudiés sur le support concerné.

Un guide collectionneur devra distinguer l’édition d’époque, les éventuelles rééditions DTS et les transferts numériques modernes. Répliquer une notice de LP stéréo sans indiquer la configuration multicanale serait une lacune majeure.

Le retour sur scène en 1979 : une seconde formation de Wings

« No Words » connaît une vie publique beaucoup plus tardive que sa première édition de 1973. Le Paul McCartney Project recense dix-huit concerts en 1979 où le titre est joué, notamment pendant la tournée britannique de novembre-décembre, puis au Concert for the People of Kampuchea à Hammersmith le 29 décembre.

Ce répertoire scénique correspond à la dernière formation du groupe : Paul et Linda McCartney, Denny Laine, Laurence Juber et Steve Holley, avec des musiciens additionnels lors de certains spectacles. L’existence d’une version live de Glasgow le 17 décembre 1979 ne permet pas de prétendre que le batteur Denny Seiwell, parti depuis 1973, joue sur cette performance.

Les captations non officielles qui circulent doivent être distinguées des disques autorisés. Leur date peut aider à documenter un arrangement ou une setlist, mais ne transforme pas chaque bande privée en sortie commerciale régulière.

Réception contemporaine et jugement de Paul

Dans Disc and Music Echo du 8 décembre 1973, McCartney présente « No Words » comme un de ses titres préférés de l’album et explique qu’il l’a développé avec Denny Laine. Le journaliste considère la chanson comme un candidat possible au single, louant son écriture et son travail de guitare. Ces appréciations appartiennent à la réception initiale et méritent d’être citées comme telles.

Le morceau ne connaît toutefois pas la même histoire commerciale en 45 tours que « Jet » ou « Band on the Run ». Il ne faut donc pas lui attribuer leurs positions dans les classements américains et britanniques. L’appréciation favorable d’un critique ne constitue pas non plus une certification de ventes.

Les réévaluations modernes ont accordé une place nouvelle à Laine comme co-auteur, notamment après ses entretiens en 2018 et 2023. Ces témoignages tardifs enrichissent l’histoire sans effacer la réception de décembre 1973.

Collectionner No Words : neuf pistes, plusieurs objets distincts

Le collectionneur doit suivre « No Words » depuis les LP originaux Band on the Run en 1973 jusqu’aux premières éditions CD, au programme du vingt-cinquième anniversaire de 1999, à l’Archive Collection de 2010, aux vinyles ultérieurs et au double programme du cinquantième anniversaire en 2024.

Chaque notice exigera pays, label, numéro, configuration, piste exacte, version stéréo/quadraphonique ou underdubbed, matrices et livrets. La version de 2024 doit être reliée à la bande de travail du 14 octobre 1973. Une pochette anniversaire ne constitue pas la preuve d’une nouvelle interprétation.

Le titre appartient pleinement à l’histoire des Wings comme œuvre originale McCartney–Laine, prise de studio avec invités, version d’archives et morceau de la dernière tournée. Sa fiche encyclopédique doit maintenir ces réalités distinctes sans transformer les pressages en enregistrements nouveaux.