Wings de Paul McCartney — encyclopédie : histoire, musiciens, chansons et discographie

WINGS · BAND ON THE RUN 1973 · SESSIONOGRAPHIE ET DISCOGRAPHIE

Mamunia (1973) : Lagos, Fela Kuti, sessions, mixages et éditions des Wings

Étude documentaire fondée sur les sessions de Lagos et les travaux londoniens. Crédits de musiciens par enregistrement, histoire des versions, réception et éditions physiques distinctes.

Une chanson inspirée par un nom entendu au Maroc

Le nom « Mamunia » renvoie à l’hôtel La Mamounia de Marrakech, découvert par Paul et Linda McCartney pendant leurs déplacements de 1973. La chanson ne constitue pourtant pas une publicité pour cet établissement : elle développe une méditation poétique sur les changements de temps, la pluie, l’attente et la faculté d’accueillir des circonstances contraires. Le titre transforme un souvenir de voyage en mot musical, dont la sonorité est aussi importante que le sens géographique.

L’œuvre est créditée à Paul et Linda McCartney dans les relevés spécialisés. Dans la construction de Band on the Run, elle représente le versant contemplatif du trio que forment Paul, Linda et Denny Laine à partir de l’été 1973. Elle contraste avec la dramatisation du titre d’ouverture et le rock de Let Me Roll It.

Lagos, septembre 1973 : une prise enregistrée dans des conditions singulières

Mamunia fait partie des chansons enregistrées aux studios EMI de Lagos pendant la campagne de septembre 1973. La documentation situe ces séances du 1er au 23 septembre, avec Geoff Emerick à l’ingénierie et des conditions matérielles assez différentes des studios britanniques. Le matériel doit être adapté et l’architecture locale ne présente pas les facilités attendues par le groupe.

Les bandes sont ensuite complétées à Londres, notamment à AIR Studios au mois d’octobre, puis mixées à Kingsway Studios entre la fin d’octobre et le début de novembre. Dire que l’enregistrement entier a été achevé au Nigeria serait donc inexact. Le master appartient à une production transcontinentale dont les étapes doivent être distinguées.

Les trois Wings et les instruments du master

La sessionographie attribue à Paul le chant principal, la basse, la guitare acoustique, les percussions, les chœurs et probablement une guitare électrique ; à Linda des chœurs et le synthétiseur Moog ; à Denny Laine des guitares acoustiques, des chœurs et des percussions, avec plusieurs attributions électriques à confirmer. Il n’y a plus de batteur permanent après le départ de Denny Seiwell avant le voyage.

La texture est donc le résultat de plusieurs couches enregistrées par un noyau restreint. La richesse des instruments ne signifie pas qu’un groupe de cinq musiciens aurait secrètement joué sur la bande. Les contributions incertaines restent signalées comme telles, et le rôle du personnel technique est distinct de celui des interprètes.

La rencontre avec Fela Kuti : le contexte culturel doit rester précis

Pendant le séjour nigérian, le musicien Fela Kuti exprime publiquement son inquiétude devant la présence de l’ancien Beatle et la possibilité d’une appropriation de la musique locale. McCartney raconte avoir demandé une rencontre et avoir fait écouter à Fela des bandes de Mamunia afin d’expliquer que le projet ne visait pas à reproduire l’afrobeat. Cet épisode est relaté dans les archives officielles et dans les témoignages réunis autour des sessions.

L’anecdote ne doit pas devenir une preuve que Fela aurait composé, joué ou produit Mamunia : aucune des sources consultées ne lui attribue une participation au master. Le dossier doit distinguer dialogue culturel, influence musicale éventuelle et crédit de session. Il importe également d’éviter une présentation exotisante de Lagos réduite à un simple décor de vacances.

La pluie comme motif musical et poétique

L’arrangement privilégie des guitares acoustiques, des percussions délicates et des voix harmonisées. Le mouvement rythmique semble suivre la continuité de la pluie plutôt que l’agitation du rock de scène. Les synthétiseurs participent à la couleur sans dominer toute la composition. Cette retenue permet au texte de développer une idée de patience et de renouveau.

On peut rapprocher l’atmosphère du souvenir de la saison pluvieuse évoquée par Paul dans ses entretiens sur Lagos, mais il faut éviter d’affirmer que chaque bruit audible serait une captation météorologique réelle. La production fait appel à des instruments et à un traitement de studio. L’analyse consiste à examiner comment les timbres fabriquent un environnement musical.

Le programme britannique et américain de Band on the Run

Mamunia figure sur les versions britannique et américaine du LP Band on the Run publié en décembre 1973, même si ces deux programmes ne comptent pas le même nombre de plages du fait de l’inclusion de Helen Wheels sur l’édition américaine. Le morceau est donc partagé entre ces deux traditions éditoriales, contrairement à la chanson ajoutée par Capitol.

Il faut enregistrer le pays, le numéro de catalogue, l’ordre des titres et les gravures de chaque support, sans qualifier de nouveau mixage une édition dont seule la pochette change. Les exemplaires français, allemands et japonais doivent recevoir les mêmes contrôles matériels que les premiers LP britanniques et américains.

L’édition quadraphonique et les autres états de mixage

Une version quadraphonique est préparée au début de 1974 aux studios AIR et sera plus tard exploitée sous différents formats, dont des éditions DTS. Il s’agit d’une autre présentation spatiale du matériel enregistré, pas d’une réinterprétation de la chanson par le trio. Le crédit du remix et son système de diffusion doivent être associés à l’édition réelle.

Les remasters de 1993, 1999, 2010 et 2024 constituent d’autres familles de supports. La réédition anniversaire demi-vitesse de 2024 utilise le master d’origine dans une nouvelle gravure. Une base de collection doit distinguer ces transformations sans multiplier fictivement les œuvres.

Réception : chanson d’album, et non classement de single

Mamunia n’a pas la même carrière autonome de 45 tours que Jet ou Band on the Run. L’essentiel de sa réception contemporaine passe par l’écoute du LP et les critiques de ce programme. Il serait fautif de lui attribuer la première place de l’album dans le classement Billboard des LP.

Le statut de morceau d’album n’empêche pas une postérité importante : le titre apparaît dans plusieurs rééditions majeures et son rôle dans les souvenirs des sessions nigérianes contribue à l’histoire culturelle de Band on the Run. Les commentaires de presse doivent toutefois être dépouillés et attribués individuellement.

La fiche du collectionneur : objets et preuves

Pour chaque première édition, relever label, numéro, pays de fabrication, matrices face A et B, pochettes, sous-pochettes et mentions d’éditeur. La présence du titre sur un LP Apple ne suffit pas à identifier un premier tirage. Les supports quadraphoniques nécessitent une rubrique propre, distinguant les configurations audio authentifiées et les rééditions numériques.

La chanson se rattache à une œuvre, à une prise de base de septembre 1973, à des overdubs londoniens, au master stéréo initial et au remix quadraphonique. Une photographie de matrice qui manque doit être signalée comme non vérifiée et non inventée.

Références documentaires

https://www.the-paulmccartney-project.com/song/mamunia/ ; https://www.the-paulmccartney-project.com/session/band-on-the-run-sessions-1/ ; https://www.paulmccartney.com/discography/albums/band-on-the-run