Carl Perkins & Friends : la séance rockabilly de 1985 avec George Harrison et Ringo Starr ressort en Blu-ray pour ses 40 ans
Le 21 octobre 1985, dans un studio de télévision des Docklands londoniens, un homme de 53 ans venu du Tennessee a vu défiler devant lui une partie de ce que le rock britannique comptait de plus prestigieux. Carl Perkins, l’auteur de « Blue Suede Shoes », avait face à lui George Harrison et Ringo Starr, qui avaient appris le métier en reprenant ses chansons dans les caves de Liverpool et de Hambourg, Eric Clapton, Dave Edmunds, Rosanne Cash, deux musiciens des Stray Cats et le guitariste Earl Slick. Le résultat, diffusé au Royaume-Uni le 1er janvier 1986 sous le titre Blue Suede Shoes – A Rockabilly Session, est devenu l’un de ces programmes que les amateurs se repassent depuis quarante ans sur des cassettes fatiguées et des DVD au son approximatif.
Le label britannique Madfish annonce pour le 13 novembre 2026 une édition du quarantième anniversaire : un CD, et surtout un Blu-ray qui propose pour la première fois l’émission dans ce format, avec un mixage stéréo et « ambient 5.1 », des répétitions en costume, des entretiens et deux titres jamais montrés. Pour les admirateurs des Beatles, l’enjeu dépasse la simple nostalgie : c’est l’une des rares occasions de voir Harrison sur une scène entre sa tournée américaine de 1974 et son retour de 1987, et de mesurer ce que les Beatles devaient au guitariste de Sun Records. Voici ce que contient cette réédition, ce qu’elle raconte, et ce qu’il faut encore vérifier.
Sommaire
Une réédition de quarantième anniversaire : ce que Madfish annonce
L’annonce a circulé à partir du 1er novembre 2026, relayée en anglais par le site américain Best Classic Bands, puis par la presse spécialisée des fans des Beatles, jusqu’au site russe Beatles.ru le lendemain. Le texte de base est celui du label : la séance a été enregistrée aux Limehouse Studios de Londres en octobre 1985, diffusée pour la première fois en 1986, et elle « marque la première fois que le programme est publié en Blu-ray ». L’édition paraît chez Madfish, marque du groupe britannique Snapper Music, qui avait déjà fait circuler l’enregistrement sous diverses formes au fil des ans.
Deux références sont prévues selon la fiche du distributeur Proper Music, consultée le 3 novembre 2026. La première, numérotée SMACD1364, réunit un CD audio et un Blu-ray dans un boîtier de format Blu-ray, au prix indicatif de 17,99 livres sterling au Royaume-Uni. La seconde, SMALP1364, est un simple 33 tours pressé sur vinyle jaune, sous pochette simple, qui propose une sélection de seize titres. Les deux sortent le même jour, le 13 novembre 2026. La couleur du vinyle n’a rien d’un hasard pour un public qui associe volontiers le jaune à un certain sous-marin, mais le label ne pousse pas la plaisanterie jusqu’à l’écrire.
Deux disques, deux usages
Le premier disque est audio. Il reprend le programme dans l’ordre de l’émission, en dix-huit plages : de « Boppin’ the Blues », qui ouvre le spectacle en duo avec Dave Edmunds, jusqu’au bref retour de « Gone Gone Gone » qui sert de générique de fin. Les durées annoncées, de 52 secondes pour cette coda à un peu plus de cinq minutes pour le pot-pourri central consacré à Elvis Presley et Bill Monroe, correspondent à celles des éditions précédentes, ce qui laisse supposer que la matière sonore est la même, sans titre supplémentaire sur la version CD.
Le second disque est le cœur de l’affaire. Le Blu-ray rassemble trente-deux éléments. Les dix-neuf premiers reproduisent l’émission complète, précédée d’une courte séquence d’entretiens avec Johnny Cash, Roy Orbison et Jerry Lee Lewis, qui avaient enregistré quelques mots d’introduction pour leur ancien compagnon de Sun Records. Toute cette partie est proposée à la fois en stéréo et dans un mixage que le label qualifie d’« ambient 5.1 ». Le terme suggère une spatialisation qui place surtout le public et l’acoustique de la salle dans les enceintes arrière, plutôt qu’une redistribution agressive des instruments. Il faudra l’écouter pour juger, mais la formule elle-même incite à la prudence : on parle d’une captation télévisuelle de 1985, pas d’un enregistrement multipiste pensé pour le cinéma.
Les treize éléments suivants constituent la vraie nouveauté. On y trouve des extraits de la répétition générale (« Boppin’ the Blues », « Put Your Cat Clothes On » et « Matchbox » avec Ringo Starr et Eric Clapton), un montage alternatif de « Blue Suede Shoes » réalisé à partir d’autres angles de caméra et long de près de six minutes, plusieurs modules d’entretiens intitulés « Wild Rock ‘n’ Roll », « Technique », « The Origins of Blue Suede Shoes », « Easy » ou « Musical Oak Tree », et un court passage baptisé « Rockers & Rollers ». S’y ajoutent deux chansons présentées comme inédites à l’image, « Sure to Fall » et « Right String, Wrong Yoyo », toutes deux interprétées par Perkins avec George Harrison et Dave Edmunds, ainsi qu’un bref « Let’s Go Fishing » avec Clapton, d’à peine une minute et demie.
Le livret et l’essai de Peter Doggett
L’édition s’accompagne d’un livret de trente-six pages, illustré de photographies de la séance, et d’un essai signé Peter Doggett. Le choix est cohérent. Journaliste britannique, ancien rédacteur en chef du magazine Record Collector, Doggett est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence sur les Beatles et leur entourage, dont You Never Give Me Your Money, consacré à la séparation du groupe et à ses suites juridiques et financières. Il connaît à la fois la culture des collectionneurs et l’histoire du rock des années 1950, ce qui devrait lui permettre de replacer la séance dans son double contexte : celui d’un pionnier américain en quête de reconnaissance tardive, et celui de musiciens anglais qui lui rendaient ce qu’ils lui devaient. Le contenu de cet essai n’était pas encore disponible au moment où ces lignes sont écrites.
Un crédit qui ne colle pas tout à fait
Le communiqué du label affirme que l’émission a été « produite et réalisée par Edmunds ». La formule mérite une correction, ou au moins une précision. Les crédits recensés à partir des notes de pochette de la réédition de 2005, tels qu’ils sont reproduits par l’encyclopédie Wikipédia, attribuent la réalisation télévisuelle à Tom Gutteridge, la production à Graham Nolder et à Carl Perkins lui-même, et le rôle de directeur musical à Dave Edmunds. Les archives consacrées aux concerts d’Eric Clapton, tenues par le site Where’s Eric, désignent elles aussi Edmunds comme directeur musical. Il est probable que le communiqué résume à sa manière le rôle central d’Edmunds, qui a constitué l’orchestre, choisi les arrangements et mené les débats sur scène. Mais confondre la direction musicale et la réalisation d’un programme de télévision est une approximation, et l’on espère que le livret remettra les noms à leur place.
Ce n’est pas la seule petite divergence. La date de tournage la plus souvent citée est le 21 octobre 1985, retenue par Wikipédia, par Where’s Eric et par plusieurs sites spécialisés. Une légende photographique publiée par le magazine Guitar World en 2018 évoque un « 23 octobre ». En l’absence de document de production consultable, la date du 21 reste la mieux attestée. Quant à la diffusion américaine, Wikipédia la place sur la chaîne câblée Cinemax en 1986, tandis que Where’s Eric parle d’une diffusion « plus tard dans l’année » 1985 sur HBO et Cinemax. La date britannique, elle, ne fait pas débat : Channel 4 a programmé l’émission le jour de l’An 1986.
Ce que l’on savait déjà, ce que l’on découvrira
Il faut rappeler que la séance n’a jamais vraiment disparu. Une cassette VHS est sortie dès 1986, selon Where’s Eric. Une édition DVD a été publiée par Eagle Vision en 2004, d’une durée d’environ une heure et sans bonus, et un critique britannique du site Get Ready to Rock relevait alors que le son n’était « pas aussi net qu’on pourrait l’espérer » et que l’image accusait son âge. Dès 2002, la revue américaine Video Librarian recensait une édition distribuée aux États-Unis par Music Video Distributors, également d’une heure, en la jugeant « vivement recommandée ». Des éditions associant CD et DVD ont ensuite circulé en Europe, et le label Madfish a lui-même proposé l’album en vinyle avant cette nouvelle livraison.
La valeur de l’édition 2026 tient donc moins à la découverte de l’émission qu’à trois promesses : une image et un son enfin restaurés pour un support haute définition, des chutes de tournage qui montrent les coulisses, et deux chansons que personne n’avait vues en dehors du studio. Si ces promesses sont tenues, ce Blu-ray pourrait devenir l’édition de référence d’un document précieux pour l’histoire des Beatles en solo. Pour comprendre pourquoi, il faut remonter trente ans en arrière, dans une ferme du Tennessee.
Carl Perkins, du coton de Tiptonville aux chaussures de daim bleu
Carl Lee Perkins naît le 9 avril 1932 près de Tiptonville, dans le comté de Lake, à l’extrême nord-ouest du Tennessee, au bord du Mississippi. Ses parents sont métayers. L’enfance se passe dans les champs de coton, et Perkins a souvent raconté, dans ses entretiens et dans son autobiographie, que la musique lui est venue à la fois par la radio, qui diffusait le Grand Ole Opry de Nashville le samedi soir, et par les chants des ouvriers agricoles noirs avec lesquels sa famille travaillait. Cette double origine, country blanche et blues noir, n’a rien d’anecdotique : c’est exactement le mélange que l’on appellera plus tard rockabilly, et que Perkins pratiquait avant que le mot n’existe.
La famille s’installe ensuite dans la région de Jackson, la ville du Tennessee à laquelle le nom de Perkins restera attaché jusqu’à sa mort. Avec ses frères Jay et Clayton, Carl forme les Perkins Brothers, que l’encyclopédie de l’État du Tennessee décrit comme le groupe de honky-tonk le plus en vue de Jackson. Le batteur W. S. « Fluke » Holland complète la formation. On joue dans les bars, pour des clients qui veulent danser et qui ne font guère la différence entre un morceau de Bill Monroe accéléré et un blues joué sur une guitare électrique.
Sun Records et la révélation d’Elvis
En 1954, Perkins entend à la radio un jeune chanteur de Memphis qui reprend « Blue Moon of Kentucky », le classique bluegrass de Bill Monroe, dans une version accélérée et dépouillée. Le chanteur s’appelle Elvis Presley, le label est Sun Records, et le producteur se nomme Sam Phillips. Perkins comprend qu’un autre musicien fait déjà ce que les Perkins Brothers pratiquent dans les bars de Jackson. Il se rend à Memphis et finit par obtenir une audition auprès de Phillips. Son premier disque paraît en 1955 sur Flip, une marque annexe de Sun : on y trouve « Movie Magg » et « Turn Around », une ballade country qu’il chantera encore trente ans plus tard à Limehouse.
Sun est alors une petite entreprise installée au 706 Union Avenue, à Memphis, où Phillips enregistre aussi bien des bluesmen que des chanteurs de country. En quelques années, la maison voit passer Elvis Presley, Johnny Cash, Roy Orbison et Jerry Lee Lewis. Les trois derniers apparaîtront justement dans l’introduction filmée de l’émission de 1985, et ce n’est pas une coïncidence : quelques mois plus tôt, Perkins avait enregistré avec eux l’album Class of ’55, une réunion des anciens de Sun dans les studios mêmes de Memphis. C’est après ce projet que la séance de Londres a pu être programmée.
« Blue Suede Shoes » : trois versions d’une même naissance
La chanson qui va changer la vie de Perkins naît à la fin de 1955, et son histoire existe en plusieurs versions, qui ne s’excluent pas forcément. Selon Perkins, il l’a écrite le 17 décembre 1955 et l’a enregistrée deux jours plus tard. Une autre version, qu’il a aussi racontée, situe l’étincelle lors d’un bal : il aurait vu un danseur rabrouer sa partenaire parce qu’elle avait marché sur ses chaussures en daim bleu. Une troisième attribue l’idée à Johnny Cash, compagnon de tournée, qui lui aurait parlé d’un soldat obsédé par ses chaussures. Toujours selon ce récit, Perkins aurait répondu qu’il ne connaissait rien aux chaussures et qu’il ne voyait pas comment écrire une chanson là-dessus. L’encyclopédie du Tennessee retient d’ailleurs que Cash a « inspiré » la chanson-signature de Perkins.
Les dates les plus solides sont celles de l’enregistrement et de la sortie. La séance a lieu le 19 décembre 1955 au Memphis Recording Service, le studio de Sun. Phillips persuade Perkins de remplacer « go, boy, go » par « go, cat, go », détail qui donnera son titre à un album de Perkins quarante ans plus tard. Le 45 tours paraît en janvier 1956 sous la référence Sun 234, avec en face B « Honey Don’t », autre chanson de Perkins que Ringo Starr enregistrera avec les Beatles en 1964.
Le succès est foudroyant. « Blue Suede Shoes » atteint la deuxième place du classement pop de Billboard et du classement country, se classe aussi dans les ventes de rhythm and blues, ce qui est alors exceptionnel pour un chanteur blanc venu de la country, et dépasse le million d’exemplaires vendus à la mi-avril 1956. C’est le premier disque d’or de l’histoire de Sun. En 1986, l’année même de la diffusion de l’émission londonienne, l’enregistrement original de Perkins entre au Grammy Hall of Fame.
L’accident de Dover et la fenêtre qui se referme
Au sommet de ce succès, Perkins est invité au Perry Como Show, l’une des grandes émissions de variétés de la télévision américaine, programmée pour le 24 mars 1956. Deux jours plus tôt, sur la route de New York, la voiture du groupe percute un camion près de Dover, dans le Delaware. Le chauffeur du camion est tué. Carl et son frère Jay sont hospitalisés, Jay très gravement. Perkins a résumé ce moment d’une phrase souvent citée : il était un pauvre garçon de ferme, il avait enfin une chance avec cette chanson, et soudain il se retrouvait à l’hôpital.
Pendant sa convalescence, Elvis Presley, passé de Sun à RCA Victor à la fin de 1955, chante « Blue Suede Shoes » à la télévision à plusieurs reprises au cours de l’année 1956. Sa version, enregistrée à New York avec Scotty Moore, Bill Black et D. J. Fontana, ouvre son premier album. Selon Sam Phillips, RCA s’était engagée à ne pas la publier en 45 tours tant que celle de Perkins se vendait bien ; elle sort finalement en single en septembre 1956 et ne dépasse pas la vingtième place. Mais l’image s’impose : pour une grande partie du public, « Blue Suede Shoes » devient une chanson d’Elvis. L’historiographie du rock a longtemps entretenu l’idée d’un Perkins privé de son destin par cet accident. Elle n’est pas fausse, mais elle simplifie. Perkins n’avait ni le physique de jeune premier ni la présence scénique de Presley, et Phillips lui-même misait sur d’autres artistes.
Une carrière en dents de scie
Les années suivantes sont plus difficiles. Perkins enregistre encore pour Sun plusieurs titres que les Beatles connaîtront par cœur : « Boppin’ the Blues », « Dixie Fried », « Everybody’s Trying to Be My Baby », « Matchbox » et « Your True Love ». Le 4 décembre 1956, il est au studio Sun pour enregistrer « Your True Love » et « Matchbox » avec Jerry Lee Lewis au piano lorsque Elvis Presley passe en visiteur. Johnny Cash les rejoint, et la séance improvisée qui s’ensuit restera dans l’histoire sous le nom de Million Dollar Quartet. Le dernier 45 tours de Perkins chez Sun, « Glad All Over », paraît en janvier 1958, après quoi il signe chez Columbia.
Jay Perkins meurt en 1958, et Carl sombre pendant plusieurs années dans l’alcool. La reconnaissance lui viendra paradoxalement d’Angleterre. En 1964, il fait sa première tournée britannique, en compagnie des Nashville Teens, et découvre que de jeunes groupes anglais le considèrent comme un maître. Parmi eux, quatre garçons de Liverpool qui ont enregistré ses chansons à la BBC et qui s’apprêtent à en graver plusieurs sur disque.
À partir de la fin des années 1960, Perkins rejoint la troupe de Johnny Cash, dont il devient le guitariste et l’un des invités réguliers à la télévision, notamment dans l’émission que Cash anime sur ABC. Il compose pour son ami « Daddy Sang Bass », succès country de 1968. Les deux hommes se produisent régulièrement à Wembley lors des festivals de country du début des années 1970, ce qui entretient sa popularité au Royaume-Uni. Son album Ol’ Blue Suede’s Back, paru en 1978, est d’ailleurs le seul à se classer dans les ventes britanniques. En 1977, il récupère les droits de ses chansons de l’époque Sun, que la société MPL de Paul McCartney rachètera en 2003.
Au milieu des années 1980, Perkins a donc derrière lui une gloire fulgurante, une longue traversée et un statut de patriarche respecté mais un peu oublié du grand public américain. C’est ce statut que l’émission de 1985 va transformer en fête, en le replaçant au centre d’une scène peuplée de ses héritiers. Il sera intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en 1987. Le lien le plus fort, et le plus documenté, unissait Perkins aux Beatles.
Perkins et les Beatles : une dette reconnue dès Liverpool
Peu d’artistes américains ont été autant joués par les Beatles que Carl Perkins. Chuck Berry, Little Richard et Buddy Holly occupent une place comparable dans leur répertoire de jeunesse, mais Perkins a un statut particulier : il est le modèle du guitariste soliste, celui dont on décortique les phrases, et c’est d’abord par George Harrison que passe cette influence. Paul McCartney résumera plus tard l’affaire d’une formule souvent citée, que reprenait encore un critique britannique en 2004 : sans Carl Perkins, il n’y aurait pas eu de Beatles. La formule est généreuse, comme souvent chez McCartney lorsqu’il parle de ses aînés, mais elle désigne une réalité musicale vérifiable.
« Carl Harrison » en Écosse
En mai 1960, le groupe qui s’appelle encore les Silver Beetles part en Écosse accompagner un chanteur de l’écurie du promoteur Larry Parnes, Johnny Gentle. Pour l’occasion, plusieurs membres adoptent des noms de scène dans le goût de l’époque. Paul McCartney devient Paul Ramon, Stuart Sutcliffe choisit Stuart de Staël, et George Harrison se fait appeler Carl Harrison, en hommage direct à Perkins. Le détail est connu des biographes et il est révélateur : à dix-sept ans, celui qui deviendra le guitariste des Beatles se reconnaît dans le style d’un musicien de Sun Records plus que dans celui d’Elvis Presley.
Dans les clubs de Hambourg et à la Cavern de Liverpool, le répertoire Perkins occupe une place de choix. Les Beatles jouent « Matchbox », longtemps chantée par leur premier batteur Pete Best avant que Ringo Starr n’en hérite, « Honey Don’t », d’abord chantée par John Lennon, « Everybody’s Trying to Be My Baby », « Sure to Fall », « Glad All Over », « Lend Me Your Comb » ou « Blue Suede Shoes ». Ceux qui veulent mesurer la place de ces reprises dans les nuits de Hambourg peuvent relire notre récit du retour des Beatles au Star-Club le 1er novembre 1962, ainsi que le portrait de Horst Fascher, le protecteur des Beatles à Hambourg, qui les a vus jouer du Perkins jusqu’à l’aube.
De l’audition Decca aux micros de la BBC
Le 1er janvier 1962, lors de leur audition malheureuse chez Decca à Londres, les Beatles enregistrent quinze chansons censées montrer l’étendue de leur talent. Parmi elles figure « Sure to Fall (In Love with You) », ballade de l’époque Sun que Perkins avait cosignée et que Paul McCartney chante avec une application remarquable. C’est précisément cette chanson que le Blu-ray de 2026 présente comme l’un de ses deux inédits filmés, cette fois chantée par Perkins avec George Harrison et Dave Edmunds. La boucle est bouclée de façon presque trop parfaite pour être fortuite.
Entre 1963 et 1965, les Beatles enregistrent pour la BBC plus de trente chansons qu’ils ne graveront jamais en studio pour leurs disques officiels, et Perkins y est très présent. « Glad All Over », chantée par Harrison, est captée en juillet 1963 et figure sur Live at the BBC, publié en 1994. Une seconde version, enregistrée pour l’émission Saturday Club, apparaît en 2013 sur On Air – Live at the BBC Volume 2. « Lend Me Your Comb », face B du dernier 45 tours de Perkins chez Sun, est sortie en 1995 sur Anthology 1 dans sa version BBC. Lennon chante « Honey Don’t » à la radio avant que Ringo ne la reprenne pour l’album. Le jeu de Harrison sur ces enregistrements, sec, rapide, fondé sur des doubles cordes et des glissés hérités du country, porte la marque directe de Perkins.
1964 : trois chansons sur disque, et le maître dans le studio
L’année 1964 est celle où Perkins entre officiellement dans la discographie des Beatles. Le 1er juin, le groupe enregistre « Matchbox » aux studios EMI d’Abbey Road, en cinq prises, sous la direction de George Martin, qui joue lui-même du piano. Ringo Starr chante et joue de la batterie en même temps, puis double sa voix. Or Carl Perkins, en tournée au Royaume-Uni, est présent ce jour-là dans le studio. Le site de référence The Beatles Bible signale même une rumeur selon laquelle il aurait joué le riff grave d’introduction, rumeur que rien ne vient confirmer et que l’on peut ranger parmi les légendes sympathiques. « Matchbox » paraît le 19 juin 1964 au Royaume-Uni sur l’EP Long Tall Sally. Notre dossier sur le coffret The Beatles Collection de 1978 et son disque Rarities rappelle comment cette version a ensuite circulé sur les compilations.
Il faut noter au passage la généalogie de « Matchbox ». La chanson de Perkins, enregistrée chez Sun en décembre 1956, reprend le cadre de « Match Box Blues », un blues en douze mesures gravé par Blind Lemon Jefferson en 1927. Perkins a affirmé ne pas avoir connu ce disque, et son père lui aurait soufflé quelques vers traditionnels. Quoi qu’il en soit, la chanson illustre la façon dont le rockabilly a recyclé le vieux blues rural, avant que les Beatles ne la renvoient à leur tour vers l’Amérique.
À l’automne 1964, les Beatles enregistrent leur quatrième album dans l’urgence, entre deux tournées. Faute de compositions originales en nombre suffisant, ils y glissent six reprises, dont deux de Perkins. Le 18 octobre, George Harrison chante « Everybody’s Trying to Be My Baby », voix doublée et noyée dans un écho de bande prononcé. Le 26 octobre, Ringo Starr enregistre « Honey Don’t », son unique chant principal de l’album, en lançant à Harrison un encouragement resté célèbre avant le solo. Les deux titres paraissent sur Beatles for Sale le 4 décembre 1964 au Royaume-Uni, puis sur Beatles ’65 aux États-Unis le 15 décembre.
Une précision historique s’impose pour « Everybody’s Trying to Be My Baby ». Perkins l’a enregistrée chez Sun en mars 1956, et il a longtemps été crédité comme seul auteur, mais la chanson avait été écrite et gravée vingt ans plus tôt par le chanteur de country Rex Griffin, en 1936. Perkins y a apporté un arrangement rock and roll et un nouveau couplet. Les Beatles, eux, ont pris la version de Perkins comme modèle. Harrison la chantera sur scène jusqu’en 1965, notamment au Shea Stadium de New York le 15 août, version publiée en 1996 sur Anthology 2.
Twickenham, Toronto, Montserrat : Perkins après les années Beatlemania
Le lien ne se rompt pas avec la fin des tournées. Le 3 janvier 1969, aux studios de cinéma de Twickenham, au début des séances qui deviendront Let It Be et, plus tard, le film Get Back de Peter Jackson, les Beatles jouent « Your True Love », Paul McCartney au chant. Quelques mois plus tard, le 13 septembre 1969, John Lennon ouvre le concert du Plastic Ono Band au festival de Toronto avec « Blue Suede Shoes ». À la guitare solo, ce soir-là, se trouve Eric Clapton. Cet enregistrement, publié sur l’album Live Peace in Toronto 1969, sera repris en 1996 sur l’album de Perkins Go Cat Go!, aux côtés de contributions nouvelles de McCartney, Harrison et Starr.
En 1970, c’est au tour de Clapton de croiser directement Perkins. En novembre, l’émission de Johnny Cash sur ABC accueille Derek and the Dominos, le groupe de Clapton, sans Duane Allman. Cash et Perkins les rejoignent pour une version de « Matchbox » que Guitar World a rapprochée en 2018 de celle de Limehouse, quinze ans plus tard. Le document montre un Clapton déjà fasciné par l’aîné qu’il accompagne.
En février 1981, Paul McCartney invite Perkins aux studios AIR de Montserrat, dans les Antilles, où il enregistre l’album Tug of War. Ensemble, ils gravent « Get It », un duo bon enfant qui paraît en avril 1982. McCartney a raconté au magazine Guitar Player en 1990 que Perkins, ébloui par le buffet et le champagne servis à bord du yacht d’un ami, avait lâché une expression du Sud dont la crudité a obligé à couper la fin de la bande, où l’on entend encore les deux hommes rire. Pendant ce séjour, Perkins compose une chanson intitulée « My Old Friend », qu’il fait écouter à McCartney avant de partir. Selon le récit qu’en ont fait les deux hommes, l’une des phrases rappelle les derniers mots échangés entre McCartney et Lennon, et McCartney quitte la pièce en larmes. La chanson sera publiée en 1996 sur Go Cat Go!, avec McCartney à tous les instruments et George Martin à la production.
Il y a donc, en 1985, une longue histoire commune entre Perkins et les quatre Beatles, chacun à sa manière : Harrison le disciple, Ringo l’interprète de deux de ses chansons, Lennon qui l’a choisi pour son premier concert hors des Beatles, McCartney qui l’a invité dans son studio. L’absence de McCartney et, bien sûr, de Lennon, assassiné cinq ans plus tôt, donne à la séance de Limehouse un visage particulier : celui d’une réunion à deux Beatles, où l’élève George se retrouve au premier rang.
Genèse d’une séance : l’idée de Graham Nolder et dix-huit mois d’attente
L’émission ne doit rien au hasard d’une jam improvisée. L’idée revient à Graham Nolder, un éditeur musical britannique qui avait travaillé avec Perkins au début des années 1980. Son projet était simple à formuler et compliqué à réaliser : faire jouer Perkins devant les caméras, entouré d’une formation de vedettes qui comptaient parmi ses admirateurs déclarés. Perkins donne son accord en 1984. Il faudra ensuite environ dix-huit mois pour aligner les agendas des invités, ce qui n’étonnera personne connaissant les emplois du temps de Clapton ou la discrétion de Harrison à cette période.
Le calendrier final place la séance après l’enregistrement de Class of ’55, l’album qui réunit à Memphis Perkins, Johnny Cash, Roy Orbison et Jerry Lee Lewis. Perkins aimait souligner que la séance londonienne tombait trente ans, au mois près, après la naissance de « Blue Suede Shoes ». La symbolique est un peu arrangée, puisque la chanson date de décembre 1955 et que l’on tourne en octobre 1985, mais l’anniversaire servait de fil rouge à l’émission, au point de la clore par deux versions successives du morceau.
Un terrain préparé par le revival britannique
Le projet tombe à un moment favorable. Au Royaume-Uni, le rock and roll des années 1950 n’a jamais tout à fait disparu. Les Teddy Boys, apparus dans les années 1950, ont connu un retour remarqué dans les années 1970, et le début des années 1980 a vu un véritable regain du rockabilly dans les classements britanniques. Le chanteur gallois Shakin’ Stevens accumule alors les numéros un avec des reprises de vieux succès comme « This Ole House » ou « Green Door », en 1981. Les Stray Cats, partis de New York pour tenter leur chance à Londres, y décrochent leurs premiers succès avant de conquérir l’Amérique. Dave Edmunds, de son côté, entretient la flamme avec ses disques et ses productions.
Dans ce contexte, Carl Perkins n’est pas, pour le public anglais, un vieux souvenir. Il est l’une des sources que les jeunes revivalistes citent et que les collectionneurs vénèrent. Les rééditions de son catalogue Sun circulent dans les boutiques spécialisées, et ses passages réguliers à Wembley lors des festivals de country lui ont conservé un public fidèle. Une émission qui le présente entouré de vedettes britanniques répond donc à une attente réelle, et Channel 4, qui cherche des programmes musicaux originaux, est la chaîne idéale pour l’accueillir.
Il y a aussi, en filigrane, une dimension de réparation que les participants ne cachent pas. Les musiciens britanniques des années 1960 ont souvent été accusés d’avoir tiré profit d’une musique américaine dont les créateurs n’avaient pas toujours reçu leur dû. Rendre hommage à Perkins, c’était aussi reconnaître publiquement cette dette, à une époque où le rock commençait à regarder son propre passé avec un œil d’historien. Les intronisations au Rock and Roll Hall of Fame, dont la première cérémonie se tiendra en janvier 1986, quelques semaines après la diffusion de l’émission, participent du même mouvement.
Limehouse Studios, un plateau dans les Docklands
Le lieu choisi est un plateau de télévision indépendant installé dans les anciens docks de l’Est londonien, les Limehouse Studios. Au milieu des années 1980, ces studios accueillent de nombreuses productions pour Channel 4, la chaîne lancée en novembre 1982 avec une mission explicite d’innovation et une forte appétence pour les programmes musicaux. Le quartier, alors en pleine reconversion, sera transformé à la fin de la décennie par l’immense chantier de Canary Wharf, qui fera disparaître ces installations. Le décor de l’émission, avec son public serré au pied de la scène et son éclairage chaud, tient davantage du club que de la salle de concert.
Le format retenu est celui d’un concert filmé d’une heure environ. Les caméras captent la performance comme un spectacle en continu, ponctué par les interventions parlées de Perkins, qui présente ses invités avec une politesse de gentleman du Sud. Selon les crédits connus, la réalisation est confiée à Tom Gutteridge, homme de télévision britannique, tandis que Graham Nolder et Carl Perkins sont crédités à la production. La diffusion sur Channel 4 est fixée au 1er janvier 1986, une case de fête où un programme de rock and roll familial a toute sa place, avant une exploitation sur la chaîne câblée américaine Cinemax.
Dave Edmunds, chef d’orchestre et passeur
Le choix de Dave Edmunds comme directeur musical est la clé de voûte du projet. Né à Cardiff en 1944, le guitariste gallois a connu un numéro un britannique en 1970 avec sa reprise de « I Hear You Knocking », puis a formé avec Nick Lowe le groupe Rockpile, emblème du pub rock et du revival rock and roll de la fin des années 1970. Producteur recherché, il a supervisé en 1983 l’album Rant n’ Rave with the Stray Cats, et il a produit l’année suivante l’album du retour des Everly Brothers, EB 84, sur lequel figure une chanson offerte par Paul McCartney, « On the Wings of a Nightingale ». Edmunds parle donc le rockabilly comme une langue maternelle, il connaît les codes des musiciens anglais et il dispose d’un carnet d’adresses où figurent aussi bien des anciens Beatles que de jeunes revivalistes.
Sur scène, il tient la guitare rythmique et solo, chante plusieurs titres, ouvre le bal en duo avec Perkins sur « Boppin’ the Blues » et encadre les entrées et sorties des invités. Autour de lui se trouvent des musiciens de son entourage, que l’histoire retient moins mais sans lesquels rien ne tiendrait : le guitariste Mickey Gee, le pianiste Geraint Watkins, tous deux gallois et rompus au rock and roll, le bassiste John David et le batteur Dave Charles. Greg Perkins, fils de Carl, tient la basse électrique.
Les Stray Cats sans Brian Setzer
Une autre composante de l’orchestre vient du renouveau rockabilly du début des années 1980. Les Stray Cats, trio américain révélé à Londres en 1980 et produit à ses débuts par Edmunds, ont fait triompher un rockabilly juvénile et bien coiffé, avec des succès comme « Rock This Town » et « Stray Cat Strut ». En 1985, le groupe est en sommeil. Son chanteur et guitariste Brian Setzer poursuit une carrière solo, tandis que le batteur Slim Jim Phantom et le contrebassiste Lee Rocker ont fondé avec le guitariste Earl Slick un nouveau trio, Phantom, Rocker & Slick. Earl Slick n’est pas un inconnu pour les amateurs des Beatles : guitariste de David Bowie dans les années 1970, il a joué sur Double Fantasy, l’album de John Lennon et Yoko Ono publié en novembre 1980, quelques semaines avant l’assassinat de Lennon.
Leur présence apporte à l’émission une dimension intergénérationnelle. À côté des pionniers et des stars britanniques des années 1960, on voit des musiciens d’une trentaine d’années qui ont fait carrière en relançant le style de Perkins auprès d’un public de l’ère MTV. La contrebasse de Lee Rocker, frappée selon la technique du « slap », rappelle le son des premiers enregistrements Sun, où la contrebasse remplaçait souvent la batterie. Avec Ringo Starr, Slim Jim Phantom et Dave Charles, l’émission aligne d’ailleurs trois batteurs, ce qui donne à certains passages une densité rythmique inhabituelle pour du rockabilly.
George Harrison, retour sur scène ou presque
Pour les fans des Beatles, le grand événement de l’émission est la présence de George Harrison. Depuis sa tournée nord-américaine de la fin 1974, éprouvante et mal reçue par une partie de la critique, Harrison s’est tenu à l’écart des scènes. Son dernier album, Gone Troppo, est paru en 1982 dans une indifférence presque totale, et il consacre l’essentiel de son énergie à sa société de production cinématographique, HandMade Films, et à son jardin de Friar Park. Wikipédia présente la séance de Limehouse comme « la première apparition publique de George Harrison depuis plus de dix ans ».
La formule doit être nuancée. Le 13 décembre 1984, à Sydney, Harrison était monté sur la scène de Deep Purple pour un rappel improvisé sur « Lucille » de Little Richard, présenté au public sous un nom d’emprunt facétieux, comme l’a rappelé le site Ultimate Classic Rock. Il s’agissait d’une apparition éclair, sans répétition et sans caméras officielles. La séance de 1985 reste, en revanche, la première fois depuis 1974 qu’il accepte de jouer et de chanter devant un public dans le cadre d’un programme préparé, enregistré et diffusé. C’est une étape importante sur le chemin qui le mènera à l’album Cloud Nine en 1987, comme le raconte notre dossier sur le retour pop de George Harrison avec Cloud Nine, puis au concert du Prince’s Trust de juin 1987 et, plus tard, à la tournée japonaise de 1991 avec Eric Clapton.
Sur les images, Harrison paraît d’abord en retrait, presque timide, avant de se détendre au fil des chansons. Le critique de Get Ready to Rock décrivait en 2004 les invités britanniques comme « tout sourires espiègles », visiblement impressionnés et passant un excellent moment. Pour qui connaît la réputation de Harrison, souvent présenté comme le Beatle tranquille, la séance offre un démenti partiel : on y voit un musicien qui s’amuse, échange des regards complices avec Perkins et Edmunds, et retrouve sans effort les gestes appris vingt-cinq ans plus tôt. Le portrait que dressait Klaus Voormann de George Harrison, qui n’était pas le Beatle tranquille, prend ici une forme très concrète.
Ringo Starr, Eric Clapton et Rosanne Cash
Ringo Starr traverse lui aussi une période creuse. Son album Old Wave, paru en 1983, n’a même pas trouvé de distributeur au Royaume-Uni ni aux États-Unis, et il est devenu, pour le grand public britannique, la voix du narrateur de la série télévisée pour enfants Thomas the Tank Engine, lancée en 1984. Sa présence à Limehouse le ramène à son répertoire de jeunesse, celui qu’il chantait avec les Beatles. Il y interprète « Honey Don’t », seul au chant, et partage « Matchbox » avec Perkins et Clapton. Les lecteurs qui suivent son parcours retrouveront ces deux chansons au fil de sa carrière, notamment dans notre article sur Ringo Starr et le Plastic Ono Band.
Eric Clapton, à l’inverse, est en pleine activité. Il a publié au printemps 1985 l’album Behind the Sun et s’est produit en juillet au Live Aid de Philadelphie. Sa présence apporte à l’émission le guitariste vedette que le public attend, mais il se comporte en invité discret, laissant à Perkins les premiers rôles et répondant à ses phrases plutôt que de chercher la démonstration. Sa complicité avec Harrison est ancienne : il avait joué le solo de « While My Guitar Gently Weeps » en 1968 et participé au Concert pour le Bangladesh en 1971.
Enfin, Rosanne Cash, fille aînée de Johnny Cash et de sa première épouse Vivian Liberto, représente la country moderne. Elle vient de publier Rhythm & Romance, l’un de ses albums les plus réussis, et connaît Perkins depuis l’enfance, puisqu’il faisait partie de la troupe de son père. Elle chante avec lui « Jackson », duo associé à Johnny Cash et June Carter, et « What Kind of Girl ». Sa présence rappelle que la famille Cash est l’autre famille de Perkins, celle qui l’a recueilli dans les années les plus sombres.
Le programme, chanson par chanson
L’émission suit une dramaturgie simple et efficace. Perkins est en scène du début à la fin, et les invités entrent un par un, ou par petits groupes, avant de se retrouver tous ensemble pour le pot-pourri central et le final. Selon le décompte de Wikipédia, Perkins y interprète seize chansons, auxquelles s’ajoutent deux rappels. La liste publiée par Madfish pour le CD compte dix-huit plages, parce qu’elle sépare le rappel de « Blue Suede Shoes » et la coda instrumentale de « Gone Gone Gone ». Passer ce programme en revue permet de mesurer à quel point il raconte, en une heure, l’histoire du rockabilly et sa traversée de l’Atlantique.
L’ouverture : Sun Records en version de poche
Le spectacle s’ouvre sur « Boppin’ the Blues », chanté par Perkins en duo avec Dave Edmunds. Coécrit par Perkins et Howard « Curley » Griffin, le titre a été l’un de ses succès de 1956, juste après « Blue Suede Shoes ». Le choix est habile : plutôt que de commencer par l’hymne attendu, on installe le style, ce mélange de guitare claquante, de contrebasse frappée et de voix nasale qui définit le son Sun. Edmunds, qui a passé sa vie à reproduire ce son, est le partenaire idéal pour cet échauffement.
Suit « Put Your Cat Clothes On », que Perkins chante seul. La chanson a été enregistrée chez Sun dans les années 1950 mais elle est longtemps restée dans les archives, faute de sortie à l’époque, avant d’être exhumée par les compilations consacrées au label. Sa présence au programme montre que Perkins ne se contente pas d’aligner ses succès : il puise aussi dans ses titres moins connus, ceux que les collectionneurs anglais du revival rockabilly connaissaient souvent mieux que le public américain. Sa répétition générale fait partie des bonus du Blu-ray.
Ringo et Clapton : « Honey Don’t », « Matchbox », « Mean Woman Blues »
Ringo Starr entre en scène pour « Honey Don’t », la face B de « Blue Suede Shoes » qu’il avait chantée sur Beatles for Sale. À Limehouse, il chante et joue de la batterie, comme il le faisait en 1964 à Abbey Road, et l’on retrouve sa manière nonchalante d’avaler les mots. La version dure un peu plus de quatre minutes, ce qui laisse de la place aux solos des guitaristes. C’est l’un des moments où la complicité entre les anciens Beatles et leur modèle saute aux yeux : Perkins s’efface derrière son interprète, avant de reprendre la main.
Eric Clapton les rejoint pour « Matchbox », que Perkins, Ringo et Clapton se partagent. La chanson est ici le symbole parfait de la généalogie déjà évoquée : un blues de Blind Lemon Jefferson recomposé par Perkins chez Sun, repris par les Beatles avec Perkins dans le studio, puis interprété par Perkins et Clapton chez Johnny Cash en 1970, et enfin réuni à Limehouse dans une version à trois voix. Le Blu-ray de 2026 en propose aussi la répétition générale, qui permettra de comparer l’interprétation de travail et celle de l’émission.
Perkins et Clapton enchaînent avec « Mean Woman Blues », une chanson de Claude Demetrius popularisée par Elvis Presley en 1957 dans le film Loving You, puis enregistrée par Jerry Lee Lewis et, en 1963, par Roy Orbison, qui en a fait un succès. Le communiqué de Madfish insiste sur l’échange de phrases de guitare entre les deux hommes, et c’est effectivement l’un des passages où l’on voit le mieux les deux styles se répondre : le jeu de Perkins, fait de doubles cordes, de notes étouffées et de glissés country, et celui de Clapton, plus chanté, plus bluesy, qui cherche la note tenue plutôt que l’accumulation.
La parenthèse country : « Turn Around », « Jackson », « What Kind of Girl »
Au centre du programme, Perkins ralentit. « Turn Around », ballade de 1955 parue sur son tout premier 45 tours, rappelle qu’il a commencé comme chanteur de country traditionnelle avant de devenir un pionnier du rock. Le morceau, qu’il chante seul, est l’un des plus émouvants de l’émission par sa simplicité : un homme de 53 ans revient à la chanson d’un jeune homme de 23 ans, avec une voix plus grave mais intacte.
Rosanne Cash entre alors pour « Jackson », la chanson de Billy Edd Wheeler et Jerry Leiber que son père avait enregistrée en duo avec June Carter en 1967, et qui leur avait valu un Grammy. Le choix est un clin d’œil familial, d’autant que Jackson est aussi la ville de Perkins dans le Tennessee, même si la chanson évoque plutôt la capitale du Mississippi. Le duo enchaîne avec « What Kind of Girl », bref échange de deux minutes, pour lequel le tracklisting inverse l’ordre des noms et place Rosanne Cash en tête. Ces deux titres donnent à l’émission une respiration et rappellent que le rockabilly est né d’une branche de la country, pas d’une rupture avec elle.
Le bloc Harrison : « Everybody’s Trying to Be My Baby » et « Your True Love »
Vient alors le moment que les admirateurs des Beatles attendent. George Harrison partage avec Perkins « Everybody’s Trying to Be My Baby », la chanson qu’il avait chantée sur Beatles for Sale et au Shea Stadium. Vingt et un ans après l’enregistrement d’Abbey Road, il la retrouve aux côtés de celui qui l’a rendue célèbre. La version de 1985 est plus détendue, moins nerveuse que celle des Beatles, et l’écho de bande qui saturait la voix de Harrison en 1964 a disparu. On entend un chanteur plus mûr, plus sûr de lui, qui laisse sa voix légèrement voilée porter la mélodie.
Harrison reste pour « Your True Love », qu’il chante avec Perkins et Dave Edmunds. Le titre est la face A du 45 tours Sun 261, paru en février 1957 avec « Matchbox » en face B, et enregistré le 4 décembre 1956, le jour même du Million Dollar Quartet. Il avait atteint la treizième place du classement country de Billboard. Les Beatles l’avaient jouée à Twickenham en janvier 1969. Quatre décennies plus tard, « Your True Love » prendra une valeur particulière dans la relation entre Harrison et Perkins, puisque c’est elle que Harrison chantera à ses funérailles en 1998.
Perkins se retrouve ensuite seul pour « The World Is Waiting for the Sunrise », un standard de la fin des années 1910, composé par Ernest Seitz sur des paroles de Gene Lockhart, que le guitariste Les Paul et la chanteuse Mary Ford avaient remis à la mode au début des années 1950. Le choix n’est pas anodin : Les Paul est l’un des modèles de tous les guitaristes de la génération de Perkins, et ce morceau, d’un peu plus de deux minutes, est une démonstration de virtuosité qui rappelle que Perkins n’est pas seulement un auteur-compositeur, mais aussi l’un des grands instrumentistes de son époque.
Le pot-pourri Sun : Elvis, Bill Monroe et Roy Acuff
Le pot-pourri qui suit est l’un des sommets de l’émission. Perkins, Harrison et Clapton, rejoints par l’ensemble des invités selon Wikipédia, enchaînent « That’s All Right », « Blue Moon of Kentucky » et « Night Train to Memphis ». Les deux premiers titres forment le tout premier 45 tours d’Elvis Presley chez Sun, publié en juillet 1954 : « That’s All Right » est une chanson du bluesman Arthur « Big Boy » Crudup, « Blue Moon of Kentucky » une valse bluegrass de Bill Monroe. C’est précisément ce disque qui avait poussé Perkins à se rendre chez Sam Phillips. « Night Train to Memphis », popularisée par Roy Acuff dans les années 1940, ferme la boucle en ramenant le train vers la ville de Sun.
Wikipédia et Where’s Eric mentionnent un quatrième élément, « Amen », qui ne figure pas dans l’intitulé de la plage publié par Madfish. Il pourrait s’agir d’une simple coda chantée, non comptée comme chanson à part entière dans le nouveau minutage de cinq minutes et dix-sept secondes. Ce détail illustre la difficulté de documenter précisément une émission qui a circulé pendant quarante ans sous des formes et des montages variables.
Le final : « Glad All Over », « Whole Lotta Shakin’ », « Blue Suede Shoes »
La dernière partie accélère. Harrison revient chanter avec Perkins « Glad All Over », le titre écrit par Aaron Schroeder, Sid Tepper et Roy Bennett, publié en janvier 1958 sur le dernier 45 tours de Perkins chez Sun et chanté par Perkins dans le film Jamboree de 1957. Harrison l’avait chantée à la BBC en 1963, et la retrouver vingt-deux ans plus tard avec son interprète d’origine a quelque chose d’un pèlerinage. Il ne faut pas la confondre avec le « Glad All Over » du Dave Clark Five, succès de 1963 qui n’a rien à voir.
Perkins et Clapton reprennent ensuite « Whole Lotta Shakin’ Goin’ On », l’immense succès de Jerry Lee Lewis chez Sun en 1957. C’est un hommage au troisième larron du Million Dollar Quartet, qui apparaît d’ailleurs dans l’introduction filmée. Puis vient « Gone Gone Gone », une chanson de Perkins parue chez Sun en 1955, en face B de « Let the Jukebox Keep On Playing », qui prépare le terrain pour l’apothéose.
Celle-ci arrive avec « Blue Suede Shoes », que Perkins chante une première fois avant de revenir pour un rappel avec George Harrison et Dave Edmunds au premier plan, et l’ensemble de la troupe derrière eux. Selon Wikipédia et le critique de Get Ready to Rock, la chanson a fait pleurer Perkins à la fin de l’émission. On comprend pourquoi. Trente ans après l’accident de Dover, après la gloire volée par la télévision et la longue traversée du désert, l’homme qui l’a écrite se trouve enfin au centre de la fête, entouré de musiciens qui doivent leur carrière à ses disques. Le Blu-ray de 2026 propose un montage alternatif de près de six minutes de ce moment, ce qui laisse espérer d’autres angles sur cette émotion.
L’émission se termine par une courte reprise instrumentale de « Gone Gone Gone », qui accompagne le générique. En une heure, le programme a donc parcouru tout l’arc du rockabilly : ses racines dans le blues et la country, ses années Sun, sa diffusion britannique par les Beatles et les groupes de la génération suivante, et son renouveau dans les années 1980 avec les Stray Cats. C’est sans doute ce qui explique la longévité de ce document, bien au-delà de la seule présence de deux anciens Beatles.
Les bonus du Blu-ray : coulisses, entretiens et deux inédits
La seconde moitié du Blu-ray est ce qui justifie, pour les amateurs qui possèdent déjà l’émission, l’achat de cette nouvelle édition. On ne peut pas encore juger de sa qualité, mais la liste publiée par Madfish permet de comprendre ce qu’elle promet, et de formuler quelques attentes raisonnables.
« Sure to Fall » et « Right String, Wrong Yoyo », les deux chansons coupées au montage
Les deux inédits sont les éléments les plus précieux. « Sure to Fall (In Love with You) », d’une durée de quatre minutes, réunit Perkins, Harrison et Edmunds. C’est une ballade de l’époque Sun, que Perkins a cosignée avec Quinton Claunch et Bill Cantrell et qui figure sur son premier album, Dance Album of Carl Perkins, en 1957. On l’a vu, les Beatles l’avaient choisie pour leur audition chez Decca le 1er janvier 1962, et l’avaient chantée à plusieurs reprises à la BBC. La retrouver avec Harrison aux côtés de Perkins referme une histoire commencée vingt-trois ans plus tôt dans un studio londonien où le groupe venait d’essuyer l’un de ses refus les plus fameux.
« Right String, Wrong Yoyo », dont le titre complet est souvent cité sous la forme « Right String Baby (But the Wrong Yo Yo) », est un vieux rhythm and blues du pianiste d’Atlanta Piano Red, enregistré au début des années 1950, que Perkins avait repris chez Sun. La présence de Harrison et d’Edmunds sur ce titre montre que la séance débordait largement le cadre de l’émission telle qu’elle a été diffusée. On ignore pourquoi ces deux chansons ont été coupées au montage. La contrainte d’une case d’une heure suffit probablement à l’expliquer, mais on peut aussi penser que la production a préféré limiter le nombre de passages de Harrison pour équilibrer l’émission entre les invités.
Le bref « Let’s Go Fishing », avec Clapton, d’une minute et demie, a tout l’air d’un moment de détente capté entre deux prises plutôt que d’une interprétation complète. Il faudra le voir pour juger.
Cash, Orbison, Lewis : les anciens de Sun parlent
Plusieurs modules d’entretiens donnent la parole aux anciens de Sun et à Clapton. Johnny Cash, Roy Orbison et Jerry Lee Lewis évoquent l’origine de « Blue Suede Shoes » dans un module dédié, et Cash et Clapton se retrouvent dans un autre, intitulé « Wild Rock ‘n’ Roll ». Cash, Clapton et Orbison parlent ensuite de « Technique », un titre qui laisse espérer des considérations sur le jeu de guitare de Perkins. Clapton intervient seul dans deux modules, « Easy » et « Musical Oak Tree ». Ce dernier titre, « chêne musical », suggère une image de Perkins comme arbre généalogique dont tous les guitaristes de rock seraient les branches, mais il faudra attendre la parution pour connaître le propos exact.
Ces entretiens ont une valeur historique particulière, puisque Roy Orbison mourra en décembre 1988, Johnny Cash en septembre 2003 et Jerry Lee Lewis en octobre 2022. Les trois hommes avaient enregistré quelques mois plus tôt l’album Class of ’55 avec Perkins, et l’on peut penser que ces séquences proviennent de la même période. Orbison, quant à lui, allait bientôt retrouver George Harrison au sein des Traveling Wilburys, formés en 1988 avec Bob Dylan, Jeff Lynne et Tom Petty. La séance de Limehouse apparaît ainsi comme l’une des pièces du puzzle qui conduira Harrison à retrouver le goût du jeu collectif.
Répétitions, montage alternatif et ce que l’on peut attendre de l’image
Les extraits de la répétition générale, consacrés à « Boppin’ the Blues », « Put Your Cat Clothes On » et « Matchbox », permettront de voir les musiciens au travail avant l’enregistrement définitif. Le montage alternatif de « Blue Suede Shoes », plus long de deux minutes et demie que la version diffusée, devrait montrer davantage de plans des invités pendant le final.
Il faut néanmoins tempérer les attentes. L’émission a été tournée pour la télévision britannique de 1985, selon les standards de l’époque. Un Blu-ray ne peut pas inventer des détails qui n’existent pas sur la bande d’origine, et l’on parlera vraisemblablement d’une image remise à l’échelle plutôt que d’une véritable haute définition. Le gain viendra surtout d’une meilleure restauration, d’une compression moins agressive que celle des DVD et d’un son mieux équilibré. Quant au mixage « ambient 5.1 », il faudra vérifier s’il s’appuie sur des bandes multipistes d’origine ou s’il s’agit d’une spatialisation réalisée à partir du mixage stéréo. Le communiqué ne le précise pas.
Après Limehouse : une amitié jusqu’aux funérailles de Jackson
La séance de 1985 n’est pas un épisode isolé. Elle ouvre une dernière période dans la carrière de Perkins, pendant laquelle il entretient des liens étroits avec ses admirateurs britanniques. Intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en 1987, il publie en 1996 Go Cat Go!, un album produit par Bob Johnston sur lequel figurent les quatre Beatles. Paul McCartney y joue « My Old Friend », la chanson née à Montserrat. George Harrison produit « Distance Makes No Difference with Love ». Ringo Starr y participe également, et John Lennon est présent par l’enregistrement de « Blue Suede Shoes » à Toronto en 1969, où l’on entend Eric Clapton. L’album réunit aussi Johnny Cash, Tom Petty, Paul Simon, Bono, Willie Nelson et John Fogerty, ce qui donne une idée du respect dont Perkins jouissait alors.
Carl Perkins meurt le 19 janvier 1998 à Jackson, dans le Tennessee, à l’âge de 65 ans, après une série d’accidents vasculaires cérébraux. Lors de ses funérailles, George Harrison interprète une version improvisée de « Your True Love », la chanson qu’il avait chantée avec lui à Limehouse. Le geste est d’autant plus fort que Harrison, soigné l’année précédente pour un cancer de la gorge et qui mourra en novembre 2001, apparaît alors très rarement en public. La même année, Bruce Springsteen chante « Everybody’s Trying to Be My Baby » en hommage à Perkins lors d’un concert.
Quatre ans plus tard, le 29 novembre 2002, au Royal Albert Hall de Londres, lors du Concert for George, Ringo Starr chante « Honey Don’t » en hommage à Harrison. Le choix boucle la boucle : une chanson de Perkins, chantée par Ringo sur Beatles for Sale, puis à Limehouse avec Harrison à la guitare, devient l’hommage d’un Beatle à un autre. Ringo n’a jamais abandonné ce répertoire : « Matchbox » a longtemps figuré dans les concerts de son All-Starr Band, et « Honey Don’t » ouvrait encore ses concerts lors de la tournée de l’été 2025. Notre article sur les chansons que Ringo Starr associe à ses proches rappelle la place de « Honey Don’t » dans cette mémoire affective.
Une réédition qui vaut surtout pour ce qu’elle documente
Que faut-il penser de cette édition du quarantième anniversaire ? Sur le plan musical, l’émission de 1985 n’est pas un chef-d’œuvre méconnu. C’est un concert de télévision chaleureux, interprété par des musiciens qui s’amusent, avec les approximations et les longueurs du genre. Les versions de Harrison ne remplacent pas celles des Beatles, et Clapton y joue en invité plutôt qu’en vedette. Mais le document est précieux pour plusieurs raisons.
D’abord, il montre George Harrison à un moment charnière, entre la retraite des années 1980 et le retour de Cloud Nine, dans un contexte où il joue sans pression le répertoire qui l’a formé. Ensuite, il réunit sur une même scène trois générations du rock : les pionniers de Sun, les vedettes britanniques des années 1960 et les revivalistes des années 1980. Enfin, il offre à Carl Perkins une forme de réparation, l’hommage collectif qu’il n’avait pas reçu en 1956, lorsque l’accident de Dover et la télévision avaient fait d’Elvis le visage de sa chanson.
Pour les amateurs qui ne possèdent pas l’émission, le CD et le Blu-ray de Madfish offrent la façon la plus complète de la découvrir. Pour ceux qui ont déjà le DVD, l’intérêt dépendra de la qualité de la restauration et des bonus, en particulier des deux inédits avec Harrison, dont on espère qu’ils seront à la hauteur de leur promesse. Dans tous les cas, cette réédition rappelle une évidence que les Beatles eux-mêmes n’ont jamais cessé de répéter : leur musique est née de celle de quelques Américains du Sud, et Carl Perkins était l’un d’eux.
Le track-listing
Disc 1
Disc 2
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Questions fréquentes
Quand sort l’édition du 40e anniversaire de Blue Suede Shoes – A Rockabilly Session ?
Le label Madfish annonce la sortie pour le 13 novembre 2026, en coffret CD et Blu-ray (référence SMACD1364) et en 33 tours sur vinyle jaune (SMALP1364).
Où et quand la séance a-t-elle été enregistrée ?
Aux Limehouse Studios, dans les Docklands de Londres, le 21 octobre 1985 selon la majorité des sources. Une légende de Guitar World évoque le 23 octobre, date moins bien attestée.
Quels Beatles participent à l’émission ?
George Harrison et Ringo Starr. Paul McCartney n’y figure pas, et John Lennon avait été assassiné en 1980. Harrison chante notamment « Everybody’s Trying to Be My Baby » et « Glad All Over », Ringo « Honey Don’t » et « Matchbox ».
Qu’apporte le Blu-ray par rapport aux anciens DVD ?
L’émission complète en stéréo et en « ambient 5.1 », des répétitions, un montage alternatif de « Blue Suede Shoes », des entretiens avec Johnny Cash, Roy Orbison, Jerry Lee Lewis et Eric Clapton, et deux titres inédits à l’image, « Sure to Fall » et « Right String, Wrong Yoyo ».
Qui a réalisé l’émission ?
Le communiqué du label présente Dave Edmunds comme producteur et réalisateur, mais les crédits connus attribuent la réalisation à Tom Gutteridge, la production à Graham Nolder et Carl Perkins, et la direction musicale à Edmunds.
Était-ce vraiment la première apparition publique de George Harrison depuis dix ans ?
Pas tout à fait : il était monté sur scène avec Deep Purple à Sydney le 13 décembre 1984 pour un rappel. Limehouse reste sa première prestation préparée et filmée devant un public depuis sa tournée de 1974.
Quelles chansons de Carl Perkins les Beatles ont-ils enregistrées ?
En studio, « Matchbox », « Honey Don’t » et « Everybody’s Trying to Be My Baby » en 1964. À la BBC ou en audition, ils ont aussi joué « Sure to Fall », « Glad All Over », « Lend Me Your Comb » et « Honey Don’t » chantée par Lennon.
Quand Carl Perkins est-il mort ?
Le 19 janvier 1998 à Jackson, dans le Tennessee, à 65 ans. George Harrison a chanté « Your True Love » lors de ses funérailles.
Sources
- Carl Perkins & Friends (Clapton, Harrison, Starr, Edmunds) Gets 40th Anniversary Edition, Best Classic Bands, 1er novembre 2026 (consulté le 3 novembre 2026).
- Blue Suede Shoes – A Rockabilly Session (fiche produit), Proper Music (consulté le 3 novembre 2026).
- Выступление Карла Перкинса с Харрисоном и Старром впервые выпустят на Blu-ray, Beatles.ru, 2 novembre 2026 (consulté le 3 novembre 2026).
- Blue Suede Shoes: A Rockabilly Session, Wikipédia en anglais (consulté le 3 novembre 2026).
- 21 October 1985 – Eric Clapton with Carl Perkins, Others – Limehouse Television Studios, London, Where’s Eric (consulté le 3 novembre 2026).
- Carl Perkins & Friends – A Rockabilly Session DVD, Pete Whalley, Get Ready to Rock (consulté le 3 novembre 2026).
- Carl Perkins and Friends: Blue Suede Shoes – A Rockabilly Session, S. Graham, Video Librarian, 2002 (consulté le 3 novembre 2026).
- Watch Eric Clapton and Carl Perkins Perform the Same Song in 1970 and 1985, Damian Fanelli, Guitar World, 26 février 2018 (consulté le 3 novembre 2026).
- Blue Suede Shoes: A Rockabilly Session, PowerPop, 25 octobre 2023 (consulté le 3 novembre 2026).
- George Harrison Joins Deep Purple on Stage, Nick DeRiso, Ultimate Classic Rock, 13 décembre 2015 (consulté le 3 novembre 2026).
- Carl Lee Perkins, Stacy Harris, Tennessee Encyclopedia (consulté le 3 novembre 2026).
- Blue Suede Shoes, Wikipédia en anglais (consulté le 3 novembre 2026).
- Matchbox, The Beatles Bible (consulté le 3 novembre 2026).
- Honey Don’t, Wikipédia en anglais (consulté le 3 novembre 2026).
- Everybody’s Trying to Be My Baby, Wikipédia en anglais (consulté le 3 novembre 2026).
- Glad All Over (Carl Perkins song), Wikipédia en anglais (consulté le 3 novembre 2026).
- Your True Love, Wikipédia en anglais (consulté le 3 novembre 2026).
- Get It, The Beatles Bible (consulté le 3 novembre 2026).
- Go Cat Go!, Wikipédia en anglais (consulté le 3 novembre 2026).
- Collaborations between ex-Beatles, Wikipédia en anglais (consulté le 3 novembre 2026).












