Une rétrospective au moment du changement
À la fin de 1975, Ringo Starr dispose déjà d’une identité discographique sensiblement différente de celle du batteur des Beatles. Ses premiers disques ont expérimenté plusieurs directions, du répertoire de standards à la country de Nashville, avant que les chansons pop et rock du début des années soixante-dix ne le placent régulièrement dans les classements. Blast from Your Past rassemble dix enregistrements permettant de parcourir cette première période solo sans prétendre en restituer toutes les nuances. Il faut y voir un choix de morceaux représentatifs et non un bilan intégral de cinq années particulièrement mouvementées.
Le disque paraît sur Apple, label associé à l’histoire des Beatles, alors que s’achève la première phase contractuelle de Ringo avec EMI. Cette situation lui donne une signification supplémentaire : il fixe un certain visage du musicien juste avant la suite de sa carrière, lorsque les albums paraîtront chez d’autres maisons de disques. Les dates de sortie diffèrent selon les territoires et les catalogues ; la présente fiche distingue les premières éditions américaine et britannique plutôt que de réduire l’ensemble à une date universelle.
Des succès qui ne se ressemblent pas
Le programme commence par You’re Sixteen, adaptation d’un succès plus ancien, et enchaîne avec No No Song, morceau souriant dont le narrateur repousse successivement plusieurs propositions de consommation. Ce rapprochement résume déjà la variété du personnage public de Ringo : la fraîcheur des chansons qu’il reprend compte autant que sa manière de jouer avec l’humour et l’autodérision. It Don’t Come Easy change ensuite de registre. Ce single de 1971 revendique une persévérance simple, soutenue par un arrangement rock associé à George Harrison, qui en assura la production.
Photograph représente la veine sentimentale de ce premier répertoire. Coécrite avec George Harrison, la chanson s’intéresse à la trace laissée par une relation disparue, et à la puissance d’une image conservée. Le contexte des retrouvailles avec d’anciens partenaires des Beatles prend ici un sens particulier : plusieurs de ces musiciens et compositeurs se croisent dans les sessions de Ringo, mais chacun apporte un rôle bien déterminé. Il serait inexact de considérer cette compilation comme un album enregistré par une formation unique.
Back Off Boogaloo réintroduit une énergie plus directe, proche du rock britannique du début des années soixante-dix. Only You (And You Alone) montre à l’inverse la manière dont Ringo peut transformer une ballade familière en interprétation personnelle, sans chercher à effacer l’existence de versions antérieures. Beaucoups of Blues rappelle son excursion à Nashville auprès de spécialistes de la country. Le disque ne retrace donc pas une progression linéaire : il met côte à côte plusieurs facettes d’un artiste capable de se déplacer d’une tradition à une autre.
Ce que racontent les faces B et les compositions
La présence d’Early 1970 est essentielle. Initialement publiée en face B d’It Don’t Come Easy, cette chanson évoque les relations de Starr avec ses anciens camarades au moment de la dissolution des Beatles. Elle constitue un témoignage musical rare, à mi-chemin de l’observation personnelle et du désir de maintenir une possibilité de jouer ensemble. Sa présence parmi les dix titres distingue Blast from Your Past d’une collection qui se limiterait strictement aux faces A les plus vendues.
Le choix de I’m the Greatest, écrit par John Lennon, ajoute une autre forme de complicité. La chanson permet à Ringo de jouer avec les apparences de la célébrité, ses excès et ses paradoxes. Oh My My, plus exubérante, complète le portrait par une pop teintée de rhythm and blues. Pour le lecteur désireux d’explorer les séances originales, les crédits de production doivent être examinés chanson par chanson : Pete Drake, George Harrison, Richard Perry et Ringo lui-même sont associés à des enregistrements réalisés à des moments différents.
Intérêt discographique et versions
La liste présentée ici correspond aux dix chansons du microsillon d’origine et conserve leur ordre. Les durées peuvent varier légèrement suivant les pressages, les indexages numériques et les éditions CD. Une compilation n’est pas automatiquement la meilleure référence pour identifier la séance d’enregistrement d’une chanson : il convient de remonter à la version publiée au départ, puis de signaler explicitement les différences éventuelles de mixage ou de montage.
Dans une discographie destinée à l’exploration historique, Blast from Your Past mérite sa propre fiche bien qu’une majorité de ses chansons soient présentes sur d’autres supports. Il fournit en effet des informations propres : une sélection, un ordre, une pochette, un contexte de publication, des classements et une place précise dans la carrière de Starr. Le lecteur doit pouvoir passer de cette compilation à chaque chanson, puis vers son single d’origine ou son album source, sans que ces niveaux documentaires se mélangent. C’est toute la différence entre un inventaire de titres et une discographie attentive aux objets publiés.
1 — You're Sixteen
Voir la fiche de « You're Sixteen » sur yellow-sub.net/ →
Présentation
Un homme se laisse emporter par l'enthousiasme adolescent d'un coup de foudre. Cette reprise d'un classique des frères Sherman joue volontairement la carte de la légèreté et de la nostalgie du rock des premières années.
Auteurs et compositeurs
Robert B. Sherman, Richard M. Sherman
Enregistrement
5 et 6 mars 1973 ; 28 mars 1973
Lieux d’enregistrement
Sunset Sound Recorders, Los Angeles ; Apple Studios, Londres (ajouts)
Musiciens et instruments
- Ringo Starr — chant, batterie
- Vini Poncia — guitare électrique
- Jimmy Calvert — guitare électrique
- Klaus Voormann — basse
- Nicky Hopkins — piano
- Jim Keltner — batterie
- Paul McCartney — solo vocal traité, chœurs
- Harry Nilsson — chœurs
Anecdotes et particularités
Cette reprise d’un succès des frères Sherman devient l’un des grands tubes américains de Ringo ; Paul McCartney contribue à l'enregistrement.
Le solo souvent pris pour un kazoo est en réalité une imitation vocale réalisée par Paul McCartney, modifiée au traitement sonore. La chanson a d’abord été rendue célèbre par Johnny Burnette.
Présence sur la compilation « Blast from Your Past » ; Édition vinyle originale, dix plages. Durée correspondant au programme indiqué et non nécessairement à l’original.
2 — No No Song
Voir la fiche de « No No Song » sur yellow-sub.net/ →
Présentation
Une suite de propositions de substances et d'excès auxquelles le narrateur répond par un refus obstiné. L'humour de répétition donne à cette chanson sur la tentation la forme d'une satire légère.
Auteurs et compositeurs
Hoyt Axton, David Jackson
Enregistrement
Juillet–août 1974 ; ajouts le 18 septembre 1974
Lieux d’enregistrement
Séances de Los Angeles (studios exacts à contrôler)
Musiciens et instruments
- Ringo Starr — chant, batterie, percussions
- Jesse Ed Davis — guitare électrique
- Klaus Voormann — basse
- Nicky Hopkins — piano électrique
- Trevor Lawrence et Bobby Keys — cuivres
- Harry Nilsson — chœurs
Anecdotes et particularités
Chanson humoristique de Hoyt Axton et David Jackson : le narrateur promet de renoncer aux excès après une série de mésaventures.
Hoyt Axton et David Jackson signent ce récit ironique d’un narrateur repoussant successivement les tentations. Certains pressages mentionnent « Skokiaan » en raison d’une similitude musicale discutée.
Présence sur la compilation « Blast from Your Past » ; Édition vinyle originale, dix plages. Durée correspondant au programme indiqué et non nécessairement à l’original.
5 — Back Off Boogaloo
Voir la fiche de « Back Off Boogaloo » sur yellow-sub.net/ →
Présentation
Cette exclamation entêtante, née du langage de Marc Bolan, propulse Ringo dans la fièvre du glam rock de 1972. Un rythme de caisse claire immédiatement reconnaissable et l’élan de George Harrison font le reste.
Auteurs et compositeurs
Richard Starkey, George Harrison (contribution de Harrison reconnue en 2017)
Enregistrement
Février 1972.
Lieux d’enregistrement
Apple Studios, Londres, Royaume-Uni.
Musiciens et instruments
- Ringo Starr — chant, batterie, percussions
- George Harrison — guitares acoustique et électrique
- Klaus Voormann — basse, saxophone
- Gary Wright — piano
- Madeline Bell, Lesley Duncan, Jean Gilbert — chœurs
Production
George Harrison
Anecdotes et particularités
Réenregistrement produit par Harry Nilsson, avec des fragments rappelant notamment « It Don’t Come Easy », « Help! » et « Lady Madonna ». Attention : la version enregistrée pour ce disque date de 1980, contrairement au single original enregistré en 1972.
Présence sur la compilation « Blast from Your Past » ; Édition vinyle originale, dix plages. Durée correspondant au programme indiqué et non nécessairement à l’original.
VERSION ORIGINALE : ici, c’est la bande publiée en 1972 qu’il faut documenter, et non le réenregistrement de Stop and Smell the Roses (1981).
7 — Beaucoups of Blues
Voir la fiche de « Beaucoups of Blues » sur yellow-sub.net/ →
Présentation
Le blues des amours contrariées prend ici le langage de Nashville : malgré les blessures, Ringo privilégie une confession sans emphase et laisse la mélodie country porter le regret.
Auteurs et compositeurs
Buzz Rabin
Enregistrement
25 juin 1970 — séance de fin de soirée (22 h–1 h) ; session datée selon le jour d’ouverture.
Lieux d’enregistrement
Music City Recorders, Nashville (Tennessee, États-Unis). Prises réalisées sur place ; mixage à Nashville.
Musiciens et instruments
- Ringo Starr — chant principal
- Charlie McCoy — harmonica
- The Jordanaires — chœurs
Anecdotes et particularités
Premier titre du disque enregistré à Nashville en juin 1970. La partie d’harmonica est documentée au nom de Charlie McCoy et les chœurs au nom des Jordanaires. Il existe une réédition CD en 1995 avec bonus, à distinguer de l’album original.
Buzz Rabin avait écrit le morceau-titre. Sur l’enregistrement du 25 juin, l’harmonica de Charlie McCoy et les harmonies des Jordanaires sont spécifiquement crédités.
Enregistrement sous la direction de Pete Drake ; Scotty Moore est crédité comme ingénieur du son. Le groupe de musiciens de Nashville varie selon les titres : la liste intégrale des participants à cette prise reste à attribuer individuellement.
Discographie des éditions : l’album Apple de 1970 comprend 12 plages ; « Coochy Coochy » et « Nashville Jam » apparaissent en plages 13 et 14 de la réédition CD de 1995. « Coochy Coochy » avait déjà été publié en face B du single américain de 1970.
Présence sur la compilation « Blast from Your Past » ; Édition vinyle originale, dix plages. Durée correspondant au programme indiqué et non nécessairement à l’original.
8 — Oh My My
Voir la fiche de « Oh My My » sur yellow-sub.net/ →
Présentation
Numéro festif où la sensualité et le jeu amoureux prennent le pas sur l'introspection. Les échanges de voix, les cuivres et le rythme donnent au texte un ton de célébration collective.
Auteurs et compositeurs
Richard Starkey, Vini Poncia
Enregistrement
6, 7 et 14 mars ; 12 mai 1973
Lieux d’enregistrement
Sunset Sound Recorders, Los Angeles (prise et ajouts)
Musiciens et instruments
- Ringo Starr — chant, batterie
- Billy Preston — piano, orgue
- Jimmy Calvert — guitare
- Tom Scott — saxophone
- Klaus Voormann — basse
- Jim Keltner — batterie
- Vini Poncia — chœurs
- Martha Reeves — chœurs
- Merry Clayton — chœurs
Anecdotes et particularités
Coécriture Starkey–Poncia aux accents soul et funk, portée par une prestation débridée et l’orgue de Billy Preston.
Le titre assemble deux batteries, celles de Starr et de Jim Keltner, et les interventions vocales de Martha Reeves et Merry Clayton ; un authentique esprit de revue soul.
Présence sur la compilation « Blast from Your Past » ; Édition vinyle originale, dix plages. Durée correspondant au programme indiqué et non nécessairement à l’original.
9 — Early 1970
Voir la fiche de « Early 1970 » sur yellow-sub.net/ →
Présentation
Un message adressé aux trois anciens Beatles : sous une country détendue, Ringo évoque leur éloignement et laisse percer l’espoir de rejouer ensemble.
Auteurs et compositeurs
Richard Starkey
Enregistrement
3 octobre 1970.
Lieux d’enregistrement
Abbey Road Studios, Londres.
Musiciens et instruments
- Ringo Starr — chant, batterie, guitare acoustique, dobro, piano, contrebasse
- George Harrison — guitare électrique, piano
- Klaus Voormann — basse, guitare acoustique
Anecdotes et particularités
Enregistrée dans le contexte tendu de la séparation des Beatles, cette composition personnelle apparaît d’abord en face B d’It Don’t Come Easy.
Face B attestée de « It Don’t Come Easy » ; pressage de référence : Apple, 1971. Ne pas confondre les données de ce support avec celles d’autres pressages nationaux.
Présence sur la compilation « Blast from Your Past » ; Édition vinyle originale, dix plages. Durée correspondant au programme indiqué et non nécessairement à l’original.
10 — I'm the Greatest
Voir la fiche de « I'm the Greatest » sur yellow-sub.net/ →
Présentation
Autoportrait ironique écrit par John Lennon, où le chanteur joue avec son image publique et son statut de vedette.
Auteurs et compositeurs
John Lennon
Enregistrement
13 et 14 mars 1973
Lieux d’enregistrement
Sunset Sound Recorders, Los Angeles
Musiciens et instruments
- Ringo Starr — chant, batterie
- John Lennon — piano, chœurs
- George Harrison — guitare
- Klaus Voormann — basse
- Billy Preston — orgue
Anecdotes et particularités
John Lennon a écrit ce portrait ironique de la célébrité ; la séance réunit Lennon, George Harrison et Ringo Starr, avec Klaus Voormann et Billy Preston.
Lennon, Harrison et Starr rejouent ensemble en studio pour la première fois depuis la séparation des Beatles, avec Klaus Voormann à la basse. Les prises initiales comportent un chant témoin de Lennon.
Présence sur la compilation « Blast from Your Past » ; Édition vinyle originale, dix plages. Durée correspondant au programme indiqué et non nécessairement à l’original.