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Yellow-Sub.net · Richie Snare · CTS Studios · 1972

The Most Beautiful World in the World : Ringo Starr, Richard Perry et l’orchestre

Le dernier titre de Son of Schmilsson : batterie de Richie Snare, studios CTS, direction orchestrale et crédits piste par piste.

L’ultime plage de Son of Schmilsson, une conclusion théâtrale

On associe volontiers Ringo Starr aux rythmes spontanés du rock and roll, mais The Most Beautiful World in the World témoigne d’une autre facette de son activité de batteur invité. Placée à la fin du second côté du disque Son of Schmilsson, publié par RCA en 1972, cette chanson de Harry Nilsson est conçue comme une clôture orchestrale et chorale. Elle mobilise des guitares, un piano, une section rythmique et un travail d’arrangement beaucoup plus complexe que son statut de chanson courte ne le laisse supposer. Le crédit « Drums – Richie Snare » figure pourtant sur les indications de la plage B6. « Richie Snare » est le pseudonyme utilisé ici par Ringo Starr. La présence de ce pseudonyme dans les crédits du morceau constitue le point de départ de son classement parmi les collaborations de Ringo.

Un enregistrement différent des autres séances de l’album

La pochette du LP d’origine donne une information rarement reprise dans les bases de données généralistes : The Most Beautiful World in the World fut enregistré aux CTS Studios de Londres, tandis que l’essentiel du disque avait été réalisé à Trident Studios en mars 1972, avant des enregistrements et remixages complémentaires à Apple Studios. Il ne suffit donc pas de reporter « Trident, mars 1972 » sous toutes les chansons. Pour le présent titre, le lieu spécifique de CTS doit être retenu dans la fiche de master. La présence de Ringo au générique ne fournit toutefois pas, à elle seule, un jour précis de présence au studio, ni la chronologie de ses overdubs. Ces détails restent à confronter aux archives techniques de CTS et aux bandes multipistes.

Une chanson écrite et chantée par Harry Nilsson

L’œuvre appartient au répertoire de Nilsson, qui la signe et l’interprète. Sur cet album, le chanteur alterne des registres vocaux volontairement excessifs et des passages de grande délicatesse. La dernière plage exploite précisément ce potentiel dramaturgique. Elle est généralement donnée pour une durée d’environ 3 min 33 sur le LP RCA d’origine. Comme souvent chez Nilsson, la qualité de l’interprétation s’accompagne d’une mise en scène sonore dans laquelle l’orchestration occupe une place décisive. Il faut distinguer les crédits d’auteur, de chanteur, de producteur, d’arrangeur et d’instrumentiste : Ringo ne partage pas ici la signature de la composition, il apporte la partie de batterie qui figure sur le master publié.

Ringo Starr sous le nom de Richie Snare

La désignation « Richie Snare » associe le diminutif de Richard Starkey à la caisse claire, snare drum en anglais. C’est un alias de circonstance, non un batteur distinct. Il apparaît sur plusieurs morceaux de Son of Schmilsson, notamment « Take 54 », « Spaceman », « At My Front Door », « Ambush » et « The Most Beautiful World in the World ». Le générique du disque attribue toutefois « Joy » et « You’re Breakin’ My Heart » au batteur de studio Barry Morgan, ce qui montre l’importance d’une lecture piste par piste. Pour la chanson finale, le pseudonyme peut être rapproché sans ambiguïté de Ringo Starr. Le champ de participation doit rester précis : batterie, et non piano, chant ou direction de l’orchestre.

Richard Perry, Kirby Johnson et Del Newman : trois interventions complémentaires

Le détail des crédits de B6 mentionne Kirby Johnson et Richard Perry pour les arrangements, Perry à la direction de l’orchestre et du chœur, ainsi que Del Newman pour les orchestrations supplémentaires. Il serait donc réducteur de créditer « arrangements : Richard Perry » en effaçant les deux autres noms. Perry est aussi le producteur général de l’album. Le rôle de Johnson est identifié comme un travail d’arrangement, tandis que celui de Newman relève de l’écriture orchestrale ajoutée. En discographie, l’expression « avec orchestre » peut cacher plusieurs métiers et plusieurs moments de fabrication ; les crédits séparés renseignent mieux l’organisation effective de la production.

Les Thatcher et Paul Keough aux guitares

La pochette attribue les guitares de « The Most Beautiful World in the World » à Les Thatcher et Paul Keough. Ces deux noms sont moins fréquemment repris que ceux des anciens Beatles invités sur le disque, alors qu’ils sont essentiels pour restituer la formation propre à la chanson. On ne trouve pas Peter Frampton au générique spécifique de cette plage, contrairement à plusieurs autres morceaux de l’album. Ce constat est important pour la sessionographie : le fait qu’un musicien contribue à un LP n’implique aucunement sa participation aux onze titres. La guitare est ici assurée par un duo dont le rôle doit être lié au master B6, sans l’étendre à « Take 54 », « Spaceman » ou aux autres productions.

Le rôle de Klaus Voormann et de Nicky Hopkins

Les crédits généraux de la pochette affectent Klaus Voormann à la basse sur la dernière plage, tout comme Nicky Hopkins au piano. Leur présence complète le groupe rythmique et harmonique à la base de l’orchestration. Voormann, autre figure de l’entourage des Beatles, est régulièrement associé à Lennon, Harrison et Starr. Hopkins est un pianiste de session essentiel dans le rock britannique. Néanmoins, la proximité personnelle ou stylistique entre ces artistes ne fait pas du titre une production collective de Beatles. Il s’agit d’une chanson de Harry Nilsson enregistrée sous la direction de Richard Perry, avec une équipe de musiciens individuels recrutés pour ses besoins.

Ray Cooper et Richard Perry aux percussions

La présence d’une batterie ne doit pas masquer celle des percussions. Sur la plage B6, Ray Cooper et Richard Perry sont mentionnés au générique des percussions. Cela indique que le motif rythmique n’est pas exclusivement réalisé par Ringo Starr, même si sa partie de batterie est bien documentée. Une base discographique peut enregistrer simultanément « batterie : Ringo Starr », « percussions : Ray Cooper » et « percussions : Richard Perry », sans inventer un partage de chaque frappe ou une répartition en pistes qui n’apparaît pas dans la documentation. La différence entre batterie et percussion est ici aussi fondamentale que la différence entre arrangement et composition.

Robin Cable et la chaîne technique de l’album

Le crédit de la chanson donne Robin Cable comme ingénieur. Le microsillon indique aussi Ken Scott à la balance originale et Phil MacDonald pour les enregistrements complémentaires et remixages effectués à Apple Studios. L’existence de ces trois niveaux techniques traduit l’organisation complexe de l’album, mais il faut se garder d’attribuer toutes les interventions d’ingénierie à chacune des chansons. Pour B6, Robin Cable est nommé directement. L’enregistrement CTS rend plausible une organisation spécifique des parties orchestrales, sans permettre de déduire, faute de feuilles de piste, l’ordre exact dans lequel batterie, guitares, orchestre et chœur furent enregistrés. Les éléments prouvés et les hypothèses doivent être clairement séparés.

Une géographie studio qui dépasse les anciens Beatles

Cette dernière chanson est un cas d’école pour l’histoire de la carrière de Ringo : sa partie de batterie s’insère dans une production orchestrale qui relève pleinement du monde de Nilsson et de Richard Perry. La séance de CTS ne ressemble ni à une répétition du Plastic Ono Band ni à un concert des anciens Beatles. Ringo y intervient comme instrumentiste au sein d’une organisation de studio où producteur, directeur musical, arrangeurs, guitaristes, pianiste, bassiste et ingénieur remplissent des fonctions autonomes. Le fait qu’un album soit enregistré en plusieurs lieux est également révélateur de la production du rock au début des années 1970 : un ensemble peut passer d’un studio de rock à une salle plus adaptée à l’orchestre, puis revenir en studio pour équilibrages et mélanges.

Les éditions du LP et la continuité du master

La chanson clôt les onze titres du LP original, paru en 1972 sur RCA Victor LSP-4717 aux États-Unis, SF 8297 au Royaume-Uni et RCA-6041 au Japon. Ces numéros permettent d’identifier des objets discographiques commercialisés dans des territoires différents, et non plusieurs enregistrements assurément distincts de la chanson. Les CD de 2000, 2006 et 2007 ajoutent des bonus, mais rien dans la documentation examinée ne prouve qu’une prise alternative de « The Most Beautiful World in the World » ait été publiée dans ces programmes. Il convient de ne pas confondre remasterisation, nouveau transfert analogique et véritable variante de performance. Un numéro de support différent ne constitue pas, à lui seul, une nouvelle séance de Ringo Starr.

État critique de la preuve et pistes de recherche

Le niveau de preuve est fort pour l’identité du batteur de la version originale et pour le lieu CTS : les crédits de la pochette les désignent directement. Il est également fort pour les rôles de Perry, Johnson, Newman, Thatcher, Keough, Cooper et Cable. Il est moins précis pour la date au jour près et le déroulement détaillé des prises. La prochaine étape archivistique devrait consister à retrouver une feuille de séance de CTS, les bandes multipistes ou une photographie annotée de la production. En leur absence, une notice encyclopédique peut être complète sans être artificiellement certaine : elle donne les données documentées et explicite les informations encore manquantes.

Sources discographiques

Pochette intérieure et crédits par plage du LP Son of Schmilsson, RCA Victor LSP-4717, 1972 ; notes de l’édition américaine pressée à Indianapolis, matrices BPRS-8249 / BPRS-8250, avec mention CTS Studios pour B6 ; site officiel HarryNilsson.com, « Son Of Schmilsson » ; AllMusic, personnel de Son of Schmilsson ; Dave Connolly, « Nilsson: Son of Schmilsson », discographie des éditions LP et CD. Les attributions non documentées au jour près ne sont pas utilisées.