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Take 54 : Ringo Starr, Lowell George, Klaus Voormann et Bobby Keys sur Son of Schmilsson

Les crédits originaux du LP RCA, les sessions londoniennes de 1972 et la prise alternative rééditée en 2006.

Une chanson sur l’enregistrement lui-même, placée à l’ouverture de l’album

Au commencement de Son of Schmilsson, « Take 54 » met en scène un artiste en studio qui accumule les tentatives et transforme les exigences du travail musical en farce sentimentale. Le titre suggère une cinquante-quatrième prise, mais il ne faut pas prendre ce nombre pour une donnée d’archive : c’est d’abord un élément du texte de Harry Nilsson. Le refrain, les interruptions et le décalage volontairement comique participent du projet esthétique d’un album qui refuse de se comporter comme la suite docile de son précédent succès. La chanson ouvre la face A du microsillon RCA. Par sa position, elle annonce les contrastes qui suivront : ballade, country parodique, ballade orchestrée et rock joué avec un cercle très vaste de musiciens britanniques et américains. Pour un dossier consacré aux collaborations de Ringo Starr, ce premier titre offre également une preuve matérielle : le pseudonyme « Richie Snare » figure sur les crédits de batterie du morceau.

De Nilsson Schmilsson à Son of Schmilsson : 1971–1972

L’enregistrement prend place après le succès international de « Without You » et de Nilsson Schmilsson. RCA souhaite prolonger l’élan commercial de Nilsson, mais celui-ci use de sa liberté pour assembler un disque plus désordonné, volontiers satirique et d’une grande variété d’arrangements. Richard Perry demeure à la production. Son savoir-faire consiste à préserver l’excentricité du chanteur tout en organisant des séances de musiciens de premier plan. « Take 54 » est enregistré dans le contexte londonien de mars 1972 décrit par les mentions de l’album original : Trident Studios pour la plupart des prises, puis travail supplémentaire et remixage à Apple Studios. Ces indications portent sur le programme de l’album ; faute de feuille de séance portant l’heure et le numéro de bande de ce titre, il serait abusif d’y assigner une date au jour près.

Le crédit décisif : Richie Snare signifie Ringo Starr

Le microsillon original inscrit « Richie Snare » à la batterie. Il s’agit du pseudonyme de Richard Starkey, autrement dit Ringo Starr. L’intérêt de ce crédit est double. Il prouve la participation au master retenu et permet de la distinguer des morceaux de l’album joués par Barry Morgan ou d’autres batteurs. Il montre aussi que les disques du cercle des anciens Beatles recouraient parfois à des pseudonymes qu’un catalogue numérique peut prendre, à tort, pour deux personnes distinctes. Dans une base encyclopédique, la forme transcrite « Richie Snare » doit être conservée dans le champ « crédit imprimé », tandis que le champ « musicien identifié » contient « Ringo Starr ». En revanche, la simple présence de son nom dans le générique général de l’album ne justifie pas de le faire figurer sur chacune des onze plages.

Lowell George et l’apport de la guitare

« Take 54 » se distingue des autres collaborations du disque par la présence de Lowell George, guitariste et figure centrale de Little Feat, expressément crédité à la guitare sur la première plage. Ce détail donne un caractère unique à la formation : la section rythmique de l’entourage Beatles croise un musicien associé au rock américain et à ses inflexions blues et country. On peut décrire le caractère spontané, presque de bar-room rock, du morceau sans prétendre connaître l’ensemble des prises préparatoires. Le son de guitare, les interventions de la section de cuivres et les ruptures de la voix contribuent à la mise en scène du studio comme théâtre de la dérision. Lowell George n’est pas, pour cette raison, un membre permanent du groupe de Ringo ; il est un invité de la séance de Nilsson.

Klaus Voormann : le partenaire de rythme et les cuivres

Klaus Voormann, bassiste et proche des Beatles depuis les années de Hambourg, est indiqué à la basse sur la plage A1. Le crédit de l’album mentionne également sa contribution aux cuivres ou au saxophone selon les présentations du personnel. La cohérence historique de cette association vient d’une longue familiarité des musiciens : Ringo et Voormann ont joué dans les groupes montés autour de John Lennon, et tous deux demeurent présents dans les productions de George Harrison et d’autres artistes de la constellation Apple. Leur travail sur « Take 54 » n’est pas une reconstitution des Beatles ; c’est une activité de musiciens de studio expérimentés. Le dossier doit donc rattacher ce master à Harry Nilsson comme artiste principal, Ringo à la batterie et Voormann à la basse, sans substituer aux crédits réels une appellation de supergroupe.

Bobby Keys, Jim Price et Milt Holland : un ensemble élargi

La documentation de la pochette américaine signale Bobby Keys au saxophone, Jim Price aux cuivres et Milt Holland aux percussions. Ces noms illustrent la densité du réseau musical mobilisé par Richard Perry. Bobby Keys travaille notamment dans l’orbite des Rolling Stones ; Jim Price intervient comme trompettiste et arrangeur sur de nombreux disques rock des années 1970 ; Milt Holland apporte une dimension percussive complémentaire à la batterie. Le numéro de piste et le détail instrumental doivent être examinés par édition : certaines listes de personnel agrègent les contributions à tout l’album et perdent les spécificités du morceau. Pour « Take 54 », l’association de Ringo à la batterie et de Lowell George à la guitare est particulièrement bien documentée par les crédits piste par piste.

Harry Nilsson : auteur, chanteur et pianiste électrique

Nilsson signe la composition et interprète une performance vocale à plusieurs registres : répliques parlées, chant poussé et ironie, le tout servant un texte qui feint l’agacement devant le processus d’enregistrement. Le microsillon le crédite également au piano électrique sur cette plage. Son attitude contraste avec la batterie de Ringo, qui donne un socle rythmique suffisamment solide pour que le chanteur puisse multiplier les incartades. Cette opposition, entre rythme stable et voix instable, est l’une des clefs de lecture du morceau. Une notice encyclopédique doit distinguer la composition — Nilsson — du chant — Nilsson — de la batterie — Starr — et de la production — Richard Perry. Aucun de ces rôles ne se déduit des autres.

RCA 1972 : supports, territoires et numéros de référence

L’édition américaine de l’album paraît sur RCA Victor sous le numéro LSP-4717 ; le LP britannique est répertorié SF 8297 et le disque japonais sous la référence RCA-6041. Sur l’édition américaine d’Indianapolis documentée par la pochette et les étiquettes, la première face porte la matrice BPRS-8249, la seconde BPRS-8250. Il s’agit de références d’album et de matrices de face, non de numéros spécifiques à l’enregistrement de « Take 54 ». La pochette à rabat et l’affiche dépliante participent de l’objet publié à l’époque. Les variations de numéro de matrice propres aux pressages doivent être conservées séparément du crédit musical, inchangé pour la prise originale.

Une seconde Take 54 publiée en CD : attention à l’attribution des musiciens

L’histoire discographique ne s’arrête pas au LP de 1972. Une alternate take de « Take 54 », d’une durée approximative de 3 min 38 à 3 min 39 selon les métadonnées, est donnée en supplément sur la réédition américaine RCA/Legacy de 2006, référence 78249-2. Sa durée est plus courte que celle de la version de l’album, généralement cataloguée autour de 4 min 18 à 4 min 22. Il s’agit d’un enregistrement différent, et non automatiquement d’un nouveau mastering du même master. Le crédit Richie Snare imprimé pour la version 1972 ne doit pas être transféré sans preuve à cette prise alternative. Une vérification de l’écoute, des notes de bande ou d’un livret détaillé serait nécessaire pour en certifier le personnel. Ce principe évite de doubler artificiellement les participations de Ringo.

Les éditions de 2000, 2006 et 2007 ne contiennent pas les mêmes suppléments

La réédition européenne BMG de 2000, portant notamment la référence 57546-2, conserve l’album avec deux démonstrations de « Joy » en supplément. L’édition américaine de 2006 ajoute un autre ensemble de titres, dont « What’s Your Sign? », « Take 54 » en prise alternative, « Campo de Encino » et « Daybreak » dans sa version single. La réédition japonaise BMG BVCM-35121 de 2007 réunit des suppléments des éditions antérieures. Il est donc inexact d’indiquer « cinq titres bonus » sans préciser le territoire, l’année et le numéro du CD. Pour le collectionneur comme pour le chercheur, les paroles « Take 54 » sur la jaquette ne suffisent pas à reconnaître la variante sonore : il faut examiner l’intitulé complet et la durée du programme.

Ce que permet, et ce que ne permet pas, une sessionographie

Pour la version de « Take 54 » publiée en 1972, la preuve de présence de Ringo est élevée : le générique par plage lui donne la batterie sous le pseudonyme Richie Snare, et plusieurs discographies indépendantes recoupent cette attribution. Pour la prise alternative commercialisée beaucoup plus tard, le niveau de preuve est plus limité. La sessionographie peut enregistrer deux manifestations éditoriales d’une même chanson, mais ne peut encore compter deux prestations distinctes de Starr avec une certitude égale. La distinction entre œuvre, prise et édition phonographique est indispensable pour obtenir un catalogue complet qui ne soit pas gonflé par les rééditions.

Sources discographiques et vérification

Pochette et crédits par plage du LP Son of Schmilsson, RCA Victor LSP-4717, 1972 (notamment la liste détaillée publiée avec un exemplaire du pressage Indianapolis) ; site officiel HarryNilsson.com, présentation historique de Son of Schmilsson ; AllMusic, générique de l’album et pseudonyme Richie Snare ; Dave Connolly, « Nilsson: Son of Schmilsson », relevé des pressages, des musiciens et des suppléments 2000, 2006 et 2007 ; catalogue RCA/Legacy, édition remasterisée 2006. Les crédits de la prise alternative restent volontairement non attribués tant que la documentation de cette prise n’est pas retrouvée.