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London Revisited et Howlin’ Wolf : retrouver les vrais crédits de Ringo Starr de 1970 à 2012

Du LP Chess CH 60026 aux doubles CD : trois chansons de Howlin’ Wolf, deux batteurs et les variantes des sessions de Londres.

Un disque de 1974 au carrefour de deux discographies

Le LP London Revisited associe des enregistrements de Muddy Waters et de Howlin’ Wolf réalisés à Londres, mais issus de séances différentes. Publié en 1974 sur Chess/Janus CH 60026, il constitue un chaînon indispensable pour comprendre les collaborations de Ringo Starr enregistrées en mai 1970. Le groupe londonien de Howlin’ Wolf avait donné lieu, dès 1971, à un album très médiatisé. Pourtant, deux des trois plages de la face consacrée à Wolf dans London Revisited n’appartiennent pas à la sélection originale. « Goin’ Down Slow » et « I Want to Have a Word with You » y font entendre la batterie de Ringo avec la basse de Klaus Voormann. La troisième plage, « Killing Floor », mobilise au contraire Charlie Watts à la batterie. Ce seul disque réunit donc deux configurations instrumentales qu’il serait historiquement erroné de fusionner.

La chronologie : mai 1970, août 1971, février 1974, mars 2003

La provenance des bandes exige quatre dates clairement distinctes. Les séances de Howlin’ Wolf se tiennent à Olympic Studios à Londres du 2 au 7 mai 1970. L’album The London Howlin’ Wolf Sessions paraît en 1971 et retient treize performances. La compilation London Revisited paraît en février 1974, selon la documentation reproduite avec l’édition Deluxe. Enfin, Universal/MCA/Chess publie en mars 2003 une édition double CD contenant les treize morceaux initiaux, les trois titres de 1974 et de nombreuses prises et variantes. Aucun de ces trois jalons éditoriaux ne déplace la date à laquelle Ringo a joué de la batterie. La mention 1974 sur un fichier numérique désigne sa première publication sur LP, non une séance de studio en 1974.

La face Muddy Waters : ne pas y importer Ringo Starr

La première face du LP, réservée à Muddy Waters, contient « Hard Days », « Highway 41 », « I Almost Lost My Mind » et « Lovin’ Man ». Sa production et son personnel renvoient aux propres sessions londoniennes de Waters, avec notamment le guitariste Rory Gallagher, le batteur Mitch Mitchell et d’autres accompagnateurs. Le fait que Muddy Waters et Howlin’ Wolf partagent la pochette de London Revisited ne constitue pas la preuve d’une rencontre en studio entre les deux chanteurs. Il ne permet pas davantage de classer Ringo comme musicien de Muddy Waters. Cette règle protège la sessionographie contre un glissement fréquent des bases de données, dans lesquelles tous les noms inscrits sur une compilation deviennent parfois des collaborateurs de toutes les plages.

La face Howlin’ Wolf et son ordre de lecture

Le second côté comporte trois titres : B1 « Goin’ Down Slow », écrit par James B. Oden, durée approximative 5 min 50 ; B2 « Killing Floor », œuvre de Chester Burnett, durée approximative 5 min 15 ; B3 « I Want to Have a Word with You », également écrit par Chester Burnett, durée approximative 4 min 05. L’ordre est stable dans les recensements du LP. Leurs durées varient légèrement entre pochette, pressage, CD et plateformes numériques, ce qui ne prouve pas une prise alternative. Pour une comparaison sérieuse, il faut se référer à l’édition et, lorsque c’est possible, aux matrices ou aux identifiants de phonogramme, plutôt que d’opposer des différences de quelques secondes sans contrôle du silence et du montage.

B1 Goin’ Down Slow : le groupe de Ringo et Klaus Voormann

La première chanson de la face Wolf est enregistrée le 2 mai 1970. Les crédits de la documentation Deluxe identifient Howlin’ Wolf au chant, Eric Clapton à la guitare solo, Klaus Voormann à la basse, Ringo Starr à la batterie et Jeffrey Carp à l’harmonica. C’est une œuvre de St. Louis Jimmy Oden, déjà ancrée dans le répertoire du blues depuis plusieurs décennies. La version de Londres est bien une nouvelle performance de Wolf, et non la simple inclusion d’une bande Chess des années 1960. Le titre doit être indexé une fois comme master de session avec Starr, puis relié au LP de 1974 et aux présentations numériques ou remasterisées ultérieures.

B2 Killing Floor : la batterie de Charlie Watts

La deuxième plage de la face Howlin’ Wolf est datée du 7 mai 1970. Les musiciens recensés comprennent Howlin’ Wolf au chant et à la guitare, Eric Clapton à la guitare, Bill Wyman à la basse et Charlie Watts à la batterie. Cette chanson est capitale pour vérifier les catalogues de Ringo : elle constitue un voisin immédiat de deux plages où joue l’ancien Beatle, mais celui-ci n’est pas le batteur du master. Un relevé de personnel général au niveau de la compilation peut laisser croire que Ringo et Charlie Watts se partagent une batterie sur chaque morceau. Les crédits individualisés contredisent cette lecture. L’entrée « Killing Floor, version London Revisited » ne doit donc pas être comptée comme une prestation de Starr.

B3 I Want to Have a Word with You : Wolf, Sumlin, Clapton, Voormann et Starr

Le troisième titre de la face réunit Howlin’ Wolf, Hubert Sumlin à la guitare rythmique, Eric Clapton à la guitare solo, Klaus Voormann à la basse et Ringo Starr à la batterie. L’enregistrement est daté du 2 mai 1970, la même journée que « Goin’ Down Slow ». Le morceau est signé Chester Burnett lui-même, contrairement au premier titre de la face. Dans cette configuration, Ringo intervient comme batteur de session ; il ne participe ni à la signature de l’œuvre ni à la production. La présence de Hubert Sumlin rappelle le caractère véritablement blues du projet et l’importance du partenaire historique de Wolf. À l’instar de B1, B3 doit être rattaché au master de mai 1970, même lorsqu’une édition porte le millésime 1974.

Un paradoxe documentaire : les crédits globaux de la compilation

Les pochettes de compilations d’époque donnent parfois un personnel groupé pour une face entière. Un exemplaire du LP London Revisited décrit ainsi le personnel de Wolf d’une manière qui ne permet pas, isolément, d’identifier exactement les deux batteurs. La réédition Deluxe de 2003 et ses relevés piste par piste permettent de rétablir le partage entre Ringo et Charlie Watts. Il faut donc hiérarchiser les sources : une liste agrégée n’est pas forcément fausse, mais sa granularité est insuffisante pour attribuer la batterie d’une chanson précise. La sessionographie ne doit pas effacer les sources plus anciennes ; elle doit expliquer pourquoi leur structure entraîne des erreurs de lecture, puis conserver le résultat de la confrontation.

L’histoire sonore de la Deluxe Edition

La Deluxe Edition 2003, conçue par les ayants droit du catalogue Chess, comprend deux disques. Le premier reproduit le programme de 1971 avant d’intégrer en plages 14, 15 et 16 les trois performances de la face Wolf de London Revisited. Les notes signalent un travail de remixage à partir des bandes multipistes pour ces titres. Le second disque donne accès à des prises de répétition, alternatives et mixages différents. Cette architecture permet au collectionneur de distinguer au moins trois états : le master d’origine, sa première manifestation commerciale en 1974, et sa présentation remixée au sein de la compilation de 2003. Le réexamen de la bande est intéressant pour l’histoire de la prise de son, mais il n’indique pas que Ringo est revenu au studio lors de la préparation des CD.

Deux variantes supplémentaires de I Ain’t Superstitious

La deuxième partie de la Deluxe Edition est particulièrement pertinente pour les chercheurs de la batterie de Ringo. On y trouve une prise alternative de « I Ain’t Superstitious » d’environ 4 min 10 et un mix alternatif d’environ 3 min 53, associés aux sessions du 2 mai 1970. Les crédits citent Ringo à la batterie sur ces deux états sonores ; la version initialement choisie pour le LP de 1971 porte elle aussi sa participation. Il faut distinguer la prise alternative, qui correspond à une performance pouvant être différente, du mix alternatif, qui réassemble en principe une performance existante. Dans le décompte des œuvres, ces trois objets relèvent de la même chanson ; dans le décompte des masters et versions, leur relation doit être explicitée plutôt que nivelée.

Le nombre réel de chansons de Howlin’ Wolf avec Ringo

Au niveau des œuvres identifiables, les documents des London Sessions font apparaître trois titres avec la batterie de Ringo : « I Ain’t Superstitious », « Goin’ Down Slow » et « I Want to Have a Word with You ». Le premier est présent dès 1971 sur le LP initial. Les deux autres deviennent accessibles sur London Revisited en 1974. Les éditions ultérieures multiplient les représentations et parfois les prises de ces œuvres, mais elles ne multiplient pas leur nombre d’œuvres distinctes. Dire « Ringo a joué sur une seule chanson » minimise sa contribution en ignorant les publications de 1974 ; dire « Ringo a joué sur cinq chansons » peut confondre des prises et des mixages avec de nouvelles compositions. Le dossier retient la ventilation à trois titres, accompagnée du registre des variantes publiées.

Les éditions et les métadonnées après 2003

Des éditions ultérieures reprennent le programme Deluxe ou en extraient les raretés. Une édition européenne en double CD est répertoriée en 2012 ; l’Rarities Edition des plateformes est identifiée autour de 2010 avec les mentions « 1974 London Revisited Version ». Les durées, les remasterings et les modes de distribution doivent figurer dans le champ de l’édition, pas dans celui de la séance. Il faut également se garder de déduire l’identité d’un batteur à partir de la jaquette seule : la mention de Clapton, Steve Winwood, Bill Wyman et Charlie Watts sur la couverture originale ne décrit pas uniformément chacune des prises. Les éléments du personnel de Ringo exigent la lecture des génériques à l’échelle de la piste.

Sources primaires et recoupements

Muddy Waters & Howlin’ Wolf, London Revisited, Chess/Janus CH 60026, LP 1974 ; Howlin’ Wolf, The London Howlin’ Wolf Sessions, LP Chess 1971 et Deluxe Edition MCA/Chess double CD, 2003, notes de production et liste des versions ; MusicBrainz, métadonnées et historiques des plages de 1974 intégrées au programme Deluxe ; Qobuz, crédits piste par piste avec mentions phonographiques de 1974 ; AllMusic, Rarities Edition ; inventaires de collectionneurs relatifs à la réédition européenne de 2012. Les crédits de batterie sont systématiquement conservés piste par piste, et les programmes de compilation ne sont pas assimilés à des séances communes.