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Yellow-Sub.net · Olympic Studios · 2 mai 1970 · Chess

Goin’ Down Slow : Ringo Starr à la batterie pour Howlin’ Wolf, de 1970 à London Revisited

La séance blues avec Eric Clapton et Klaus Voormann, sa sortie en 1974 et ses variantes éditoriales de 2003.

Une contribution majeure masquée par l’histoire des rééditions

L’enregistrement de « Goin’ Down Slow » par Howlin’ Wolf à Londres constitue une véritable séance de Ringo Starr dans le répertoire du Chicago blues. Elle est réalisée le 2 mai 1970 aux Olympic Studios, avec Eric Clapton à la guitare principale et Klaus Voormann à la basse. Pourtant, le titre ne figurait pas parmi les treize plages du LP original The London Howlin’ Wolf Sessions sorti en 1971. Cette absence explique une partie de son invisibilité dans les discographies courantes de Starr. La bande est publiée sur l’album commun Muddy Waters / Howlin’ Wolf London Revisited en 1974, puis incorporée à la Deluxe Edition des séances londoniennes en 2003. La date de participation musicale, la première publication et les rééditions ne coïncident donc pas.

2 mai 1970 : première journée à Olympic Studios

L’initiative de faire enregistrer le légendaire chanteur de blues Chester Burnett, connu sous le nom de Howlin’ Wolf, avec de célèbres musiciens de rock britanniques est menée pour Chess Records par le producteur Norman Dayron. Les séances londoniennes se déroulent du 2 au 7 mai 1970. La section rythmique habituellement associée aux Rolling Stones, Bill Wyman et Charlie Watts, n’étant pas disponible pour le premier jour, on fait venir d’autres musiciens. Klaus Voormann s’installe à la basse et Ringo Starr à la batterie. C’est cette configuration temporaire, distincte de celle de nombreuses plages de l’album de 1971, qui intervient sur « Goin’ Down Slow ». Le studio Olympic sert ici de point de rencontre entre le blues de Chicago et les instrumentistes de l’Angleterre rock.

De St. Louis Jimmy Oden à Howlin’ Wolf

« Goin’ Down Slow » appartient au répertoire du bluesman James B. Oden, appelé St. Louis Jimmy Oden. La chanson est une méditation sur la fin d’une vie, les dépenses, les plaisirs et le regard porté sur le temps qui reste. Bien avant la séance londonienne de 1970, Howlin’ Wolf l’avait interprétée dans son catalogue Chess. Il ne faut pas confondre l’enregistrement ancien de Wolf, notamment la version associée à son catalogue des années 1960, et la nouvelle performance de 1970. Le morceau possède une histoire antérieure propre, mais la version avec Starr constitue un master différent, réalisé dans des conditions et avec une distribution distinctes. L’auteur est Oden ; l’interprète principal en 1970 est Howlin’ Wolf ; Ringo est le batteur de cette nouvelle prise.

Personnel de la bande londonienne

Les crédits attribués à la version enregistrée le 2 mai réunissent Howlin’ Wolf au chant, Eric Clapton à la guitare solo, Klaus Voormann à la basse, Ringo Starr à la batterie et Jeffrey Carp à l’harmonica. La documentation discographique consultée recoupe les quatre premiers noms et donne Carp comme harmoniciste. Une formation relativement resserrée suffit à produire le dialogue attendu : la voix de Wolf, la guitare blues de Clapton, la basse de Voormann et le rythme de Ringo. Les rubriques encyclopédiques doivent éviter d’y importer automatiquement Steve Winwood, Hubert Sumlin, Bill Wyman ou Charlie Watts parce qu’ils se trouvent sur d’autres titres du même album. Les personnels des séances des 4, 6 et 7 mai ne sont pas interchangeables avec ceux du 2 mai.

Le rôle de Ringo, une batterie sans effet de vedette

Ce qui rend cette participation intéressante n’est pas une démonstration spectaculaire de percussion. Starr apparaît dans une production où le chanteur et la dynamique du blues doivent rester au premier plan. La partie de batterie appartient au soutien rythmique du groupe ; elle est une composante de l’interprétation de « Goin’ Down Slow », non le centre du disque. L’art de Ringo repose depuis les Beatles sur la capacité à installer un mouvement stable, à choisir la place des accents et à préserver l’espace entre les phrases vocales. Une notice peut interpréter ces caractéristiques en contexte, mais ne doit pas inventer des techniques de prise de son, des interventions de cymbales ou un nombre précis de breaks sans document d’écoute ou partition. Le fait discographique assuré est sa présence à la batterie.

Klaus Voormann et la section rythmique du 2 mai

Voormann n’est pas un remplaçant anonyme dans l’histoire de cette journée. Son parcours le lie aux Beatles depuis Hambourg et aux productions solo de John Lennon et George Harrison. Il offre ici une assise de basse à la séance de Wolf sans chercher à rivaliser avec le chanteur. Cette collaboration réunit temporairement deux instrumentistes déjà habitués à jouer ensemble, ce qui distingue la première journée londonienne du reste de l’album. La présence de Voormann est d’ailleurs confirmée sur « I Ain’t Superstitious » et « I Want to Have a Word with You », autres enregistrements liés à la séance du 2 mai. Ce triptyque permet de reconstituer une petite unité de travail cohérente, sans y ajouter fictivement tous les morceaux du programme Chess.

La place de Clapton, Wolf et du blues américain

Eric Clapton apporte sa guitare dans une entreprise à laquelle il participe par admiration pour les figures du blues qui ont nourri sa formation musicale. Mais l’artiste principal du disque reste Howlin’ Wolf. Son phrasé et sa stature de chanteur ne doivent pas être relégués derrière les noms de rock stars employés dans la promotion de l’album. Cette hiérarchie est particulièrement importante pour une encyclopédie centrée sur Ringo Starr : son intérêt pour cette séance tient à sa participation à un enregistrement d’un maître du blues, non à une supposée « collaboration avec Clapton » dont Wolf serait l’accessoire. Dans les données structurées, le titulaire principal du master doit donc être Chester Burnett / Howlin’ Wolf.

Pourquoi le morceau ne se trouve pas sur le LP de 1971

La première version publiée de The London Howlin’ Wolf Sessions compte treize plages et accueille « I Ain’t Superstitious » comme principale trace sonore de la journée avec Ringo. « Goin’ Down Slow » et « I Want to Have a Word with You » restent hors de cette sélection initiale. Il serait erroné d’écrire qu’ils sont restés inédits jusqu’en 2003 : tous deux circulent dès 1974 dans London Revisited. Une compilation d’époque peut publier des prises issues d’une séance antérieure sans être une réédition de l’album pour lequel elles furent enregistrées. La sélection originale, la compilation rétrospective et le programme Deluxe sont trois publications différentes d’un même fonds de bandes.

1974 : London Revisited, Chess CH 60026

Le disque London Revisited, paru en février 1974 selon la documentation de la Deluxe Edition, associe une face de Muddy Waters à une face de Howlin’ Wolf. Il est publié sur Chess/Janus, CH 60026. La face réservée à Wolf comporte trois morceaux : « Goin’ Down Slow », « Killing Floor » et « I Want to Have a Word with You ». Il faut distinguer l’équipe des enregistrements de Muddy Waters de celle de Wolf. Les crédits globaux de certains catalogues de la compilation sont insuffisants pour retrouver la configuration réelle de la batterie de chaque plage. La comparaison avec les notes des sessions de 1970 et les éditions ultérieures confirme que Ringo joue sur les première et troisième chansons de la face Wolf, tandis que la batterie de « Killing Floor » revient à Charlie Watts.

2003 : les bandes réintégrées à la Deluxe Edition

La Deluxe Edition parue en 2003 réunit le programme original et de nombreux suppléments. « Goin’ Down Slow » y prend place sur le premier CD, en piste 14, immédiatement après le treizième titre de l’album de 1971. La durée du programme est généralement annoncée autour de 5 min 52, avec des minutages voisins dans les services numériques. Il s’agit d’une nouvelle présentation d’une performance publiée en 1974, pas d’une séance de 2003. Les notes décrivent des remixages réalisés à partir des multipistes pour certaines plages de London Revisited. Il faut donc préserver deux niveaux d’identification : la performance enregistrée en 1970 et la version sonore propre à l’édition en question. La réédition n’ajoute pas automatiquement un second passage de Ringo au studio.

Versions numériques et erreur de chronologie

L’enregistrement apparaît également dans des éditions numériques et dans la formule Rarities Edition diffusée autour de 2010 sous un intitulé indiquant explicitement la « 1974 London Revisited Version ». Une telle mention peut être lue à tort comme une date d’enregistrement ; elle désigne une source éditoriale. La chronologie correcte est la suivante : mai 1970, fixation de la prise ; 1974, publication Chess de la version tirée des bandes ; 2003, incorporation et nouvelle présentation dans la Deluxe Edition ; éditions numériques et reconditionnements ultérieurs. La conservation de ces jalons est essentielle pour les collectionneurs, mais aussi pour une base de données de collaborations qui sépare les disques des performances.

Une participation à inscrire dans la sessionographie, sans doublon artificiel

L’œuvre « Goin’ Down Slow » peut exister dans des centaines de répertoires de blues. La performance de Howlin’ Wolf avec Starr est liée au 2 mai 1970. Le LP Chess de 1974, le CD Deluxe de 2003 et les fichiers diffusés ultérieurement constituent des manifestations éditoriales à indexer sous cette performance. Il ne faut donc pas créer trois collaborations instrumentales distinctes avec Ringo sur la seule base de trois sorties. Si la recherche phonographique établissait une prise alternative nouvelle, celle-ci pourrait alors recevoir sa propre entrée ; le changement de mixage seul ne démontre pas une exécution instrumentale différente. Cette méthode rend le catalogue plus exact qu’une simple addition des titres trouvés sur différentes compilations.

Sources et pièces discographiques

The London Howlin’ Wolf Sessions, Chess, LP original 1971 et Deluxe Edition double CD 2003, notes de personnel et de prise ; Muddy Waters & Howlin’ Wolf, London Revisited, Chess/Janus CH 60026, 1974, liste des plages de la face Wolf ; MusicBrainz, notice de l’édition Deluxe avec identification des titres de 1974 ; Qobuz, crédits numériques de « Goin’ Down Slow (London Revisited Version) » et mention phonographique 1974 ; AllMusic, édition Rarities et répartition du programme. Le détail des prises repose sur les crédits de l’édition Chess enrichie, et non sur les seuls noms prestigieux imprimés sur le recto de l’album.