Wings à Édimbourg en 1973 : bandeau des archives du groupe

WINGS · TRAGEDY · OLYMPIC STUDIOS · MARS 1972 · 2018

Tragedy (Wings, 1972) : la reprise oubliée de Red Rose Speedway

« Tragedy » est une reprise d’une chanson américaine plus ancienne, enregistrée par les Wings en mars 1972 et envisagée pour le double Red Rose Speedway. Elle demeure absente du disque simple commercialisé en 1973, avant sa publication dans l’Archive Collection de 2018.

Une composition antérieure aux Beatles et aux Wings

Contrairement à plusieurs titres du programme Red Rose Speedway, « Tragedy » n’a pas été écrite par Paul et Linda McCartney. Elle est signée Gerald H. Nelson et Fred B. Burch. La chanson a notamment été popularisée par Thomas Wayne à la fin des années 1950, puis a circulé dans la mémoire des musiciens de pop et de rock. La reprise par Wings s’inscrit dans le goût durable de McCartney pour les standards américains et les mélodies qu’il écoutait durant sa jeunesse.

13 mars 1972 : l’enregistrement à Olympic Studios

Les sessions de « Tragedy » sont documentées le 13 mars 1972 à Olympic Sound Studios, à Londres. La formation comprend Paul et Linda McCartney, Denny Laine, Denny Seiwell et Henry McCullough. Le groupe ne se contente pas de jouer des compositions inédites de McCartney : il explore aussi la réinterprétation d’un répertoire plus ancien. Il faut distinguer cette prise de studio des morceaux de concert de la tournée de 1972 et du répertoire de reprises joué devant le public.

Une reprise au milieu d’un album d’auteur

L’idée d’insérer « Tragedy » dans Red Rose Speedway éclaire une conception de l’album différente de celle qui s’imposera finalement. Dans une sélection sur deux disques, les compositions originales peuvent cohabiter avec une reprise de standard, comme dans certaines formes anciennes du rock’n’roll. Ce choix aurait donné au public une vision plus éclectique des inspirations de McCartney, mais il est écarté lorsque la production se concentre sur neuf plages.

La quatrième face du programme reconstitué

Dans le double album reconstitué en 2018, « Tragedy » figure sur la quatrième face, après « One More Kiss » et avant « Little Lamb Dragonfly ». Elle sert de respiration entre une chanson pop relativement concise et la longue suite mélodique conclusive. Cet emplacement contribue à une progression d’ensemble qui n’existe pas sur le disque simple de 1973. Le classement exact des faces est un élément historique, et non un détail de présentation.

1973 et 2018 : deux calendriers distincts

Red Rose Speedway paraît en 1973 sans « Tragedy ». Le morceau appartient néanmoins aux séances qui ont nourri cet album. Il ne faut pas en déduire l’existence d’un single Wings ou d’un LP commercial de 1973 l’incluant parmi les titres d’origine. La publication dans l’Archive Collection du 7 décembre 2018 est une sortie officielle tardive, qui restitue un choix artistique envisagé, mais abandonné.

Pourquoi cette reprise est intéressante à écouter

« Tragedy » révèle l’attachement de McCartney à un mode d’écriture pop antérieur à l’explosion de la seconde moitié des années 1960. Il peut chanter une mélodie d’une génération précédente tout en la faisant interpréter par le groupe électrique qu’il vient de former. Cette démarche peut être rapprochée de l’interprétation live de « Blue Moon of Kentucky » durant Wings Over Europe : les deux performances n’ont pas la même origine, mais elles rappellent la continuité des influences country, pop et rock’n’roll.

Tragedy et l’histoire des reprises enregistrées par les Wings

Tragedy appartient à un répertoire antérieur à la formation des Wings. Son inclusion dans le projet de Red Rose Speedway démontre que McCartney ne limitait pas les séances aux compositions portant son nom. Le premier quintette pouvait emprunter à la musique américaine des années 1950 un climat mélodique et sentimental différent du rock qu’il pratiquait sur scène. Pour cette œuvre, il faut donc distinguer l’histoire de la chanson originale, celle de son adaptation par les Wings et celle du master enregistré à Olympic Studios le 13 mars 1972. Une discographie qui présenterait l’œuvre comme une composition inédite de McCartney confondrait l’arrangement et le crédit d’auteur.

La retenue comme choix d’arrangement

Les reprises des Wings ne poursuivent pas toutes le même but. Long Tall Sally sert de final électrique à certains concerts, alors que Tragedy favorise une atmosphère plus mélancolique, où la couleur des voix et la progression harmonique importent davantage que la puissance du riff. Cette différence permet de comprendre la diversité du double album envisagé : l’idée n’était pas uniquement d’augmenter le nombre de rocks rapides, mais de présenter des facettes de l’ensemble. La chanson doit s’analyser comme une interprétation datée, avec un personnel de séance précis, non comme une version définitivement attachée au répertoire scénique de 1973.

Un master conservé et publié tardivement

Les étapes de 1972 puis de janvier 1973 situent Tragedy dans un travail destiné à un album encore en chantier. Son exclusion du programme simple de 1973 ne signifie pas que la chanson a été effacée des archives : elle reste une composante de l’histoire du disque et revient dans les éditions rétrospectives. Le journal de sessions doit relever séparément la prise initiale, le mixage et l’édition moderne. Une durée différente sur deux supports demande ensuite de vérifier s’il s’agit d’une coupe, d’un fondu ou d’un autre état de bande, sans annoncer un inédit musical uniquement à partir d’une étiquette ou d’une différence de quelques secondes.

Pour prolonger le dossier

Retrouvez cette chanson dans le contexte des sessions, de la discographie, des formations et des archives de 2018. Les attributions instrumentales et l’histoire des supports sont à distinguer du seul crédit commercial imprimé au moment de la sortie.