WINGS · 1971–1974 · CHANSON, VERSIONS, ARCHIVES ET COLLECTION
Tomorrow (Wings, 1971) : composition, sessions, versions de 1974 et réception
Auteurs : Paul et Linda McCartney. Première édition : LP Wild Life (7 décembre 1971). Prise studio : Abbey Road, 26 juillet 1971 ; mixage du 8 octobre. Archives : rough mix, piano solo de One Hand Clapping (28 août 1974), projet instrumental « The Whippets » (septembre 1974). Objet collector : Apple SP 207, promotion française de 1972, avec Bip Bop.
Les versions sont cataloguées séparément ; ni le disque promotionnel français ni les acétates de 1974 ne prouvent l’existence d’une carrière de single commercial international de la chanson.
La mélodie que McCartney défend malgré les critiques de Wild Life
« Tomorrow » fait partie des chansons de Wild Life que Paul McCartney a personnellement défendues lorsque certains journalistes ont estimé que le premier album des Wings manquait de finition. Dans un entretien accordé à Rolling Stone en janvier 1974, il cite spontanément ce titre pour expliquer qu’un disque inégal peut tout de même contenir des compositions importantes. Ce témoignage est une source de réception particulièrement précieuse : il ne s’agit pas d’une réhabilitation formulée après cinquante ans, mais d’une réaction du compositeur trois ans après les sessions.
La chanson se distingue à l’intérieur de Wild Life par une écriture mélodique structurée, qui rappelle le savoir-faire pop de McCartney tout en conservant la souplesse de jeu du premier quatuor. Elle ne correspond ni à la décharge improvisée de « Mumbo » ni à la méditation orchestrale de « Dear Friend ». Son intérêt encyclopédique dépasse donc sa simple réputation de « bonne chanson cachée » : les bandes de 1971 et les interprétations postérieures documentent plusieurs formes différentes du même matériau.
Une conception peut-être antérieure aux premiers Wings
Le Paul McCartney Project associe « Tomorrow » à des travaux domestiques de la période Ram, parfois datés entre mai et août 1970, avant l’arrivée de Denny Laine et de Denny Seiwell dans la nouvelle formation. Cette origine possible ne doit pas être transformée en preuve d’une date exacte de composition, mais elle montre que McCartney puise dans un ensemble de chansons et d’idées qu’il développe depuis plusieurs mois.
Quand Wings se forme à l’été 1971, un tel matériau offre au groupe une composition qui demande davantage de précision mélodique que les improvisations enregistrées pendant les premiers jours. Les musiciens doivent s’accorder sur une progression de couplets et de refrains, sur les harmonies des voix et sur l’accompagnement de piano. Le travail de groupe ne signifie pas que chaque œuvre a été composée collectivement dans la salle de répétition.
Les auteurs sont identifiés comme Paul et Linda McCartney dans les discographies de sessions. Cette donnée doit être conservée séparément de l’identification du chanteur principal et du personnel des bandes.
26 juillet 1971 : prise de studio avec Mumbo et Wild Life
La prise principale est datée du 26 juillet 1971 aux studios EMI d’Abbey Road. Les agendas la regroupent avec les travaux de « Mumbo » et de la chanson-titre « Wild Life ». Le studio accueille alors Paul et Linda McCartney, Denny Laine et Denny Seiwell, encore peu expérimentés comme groupe, sous la prise de son de Tony Clark avec Alan Parsons à l’assistance.
Les crédits détaillés donnent à Paul le piano, la guitare électrique, le chant et peut-être la basse ; à Linda des voix ; à Denny Laine la guitare électrique, les chœurs et peut-être la basse ; à Denny Seiwell la batterie. Le point d’interrogation sur la basse est déterminant : une base encyclopédique doit signaler l’alternative plutôt que d’attribuer l’instrument arbitrairement à Paul ou à Laine.
La performance commerciale d’environ trois minutes vingt-huit représente l’un des morceaux les plus courts du programme, malgré une écriture relativement développée. Son équilibre résulte du choix d’un accompagnement assez simple qui laisse entendre la mélodie avant les effets de production.
Le 30 juillet, les voix supplémentaires et les premiers mixages
Le travail de studio ne s’arrête pas à la prise du 26 juillet. Des chronologies spécialisées recensent des overdubs vocaux quelques jours plus tard, notamment le 30 juillet, avant la préparation des rough mixes le 6 août. Le mixage associé au master final est documenté au 8 octobre. Il est donc inexact de présenter chaque morceau de Wild Life comme une première prise commercialisée sans autre intervention.
La version dite rough mix publiée sur l’Archive Collection de 2018 dure environ trois minutes trente et une, contre les trois minutes vingt-huit données pour le master original dans les catalogues de sessions. Le minutage n’est qu’un premier indice de différence ; il faut identifier la balance des instruments, les entrées de voix et la queue finale avant de déclarer qu’il s’agit d’un arrangement entièrement nouveau.
Ces états de bande montrent que la rapidité revendiquée par Paul concerne surtout le travail initial du quatuor. Les choix de production s’étendent sur plusieurs mois et doivent être datés séparément.
Analyse de l’écriture : de la chanson populaire au sentiment d’évasion
Le thème des paroles se concentre sur l’attente d’un jour à venir, sur l’espoir d’une parenthèse heureuse et sur des images simples de plein air. La nature n’y joue pas le même rôle que dans « Wild Life », dont le sujet concerne le sort des animaux : elle apparaît plutôt comme le décor d’un rapprochement amoureux et d’une échappée hors des difficultés quotidiennes.
Musicalement, la chanson avance avec une fluidité qui repose sur des phrases de longueur identifiable et sur un refrain mémorable. Le piano de Paul accompagne le mouvement de la mélodie, tandis que les guitares et la batterie du groupe lui donnent une texture de rock léger. Les voix additionnelles complètent la structure sans la transformer en un chœur massif.
Il serait excessif de prétendre que chaque image renvoie à un épisode daté de la vie des McCartney. La chanson exploite un vocabulaire familier, qui donne aux situations racontées un caractère général. C’est précisément cette simplicité émotionnelle qui peut expliquer sa persistance dans la mémoire des amateurs du premier Wings.
Dans Wild Life : la différence entre œuvre et support
Le programme original place « Tomorrow » vers la fin de la deuxième face, entre « I Am Your Singer » et « Dear Friend », avec un bref fragment de « Bip Bop » apparaissant autour de cette séquence selon les indexations ultérieures. Sur les premiers vinyles, les quatre grands titres de la face B sont « Some People Never Know », « I Am Your Singer », « Tomorrow » et « Dear Friend ». Les micro-fragments ne possèdent pas toujours le statut d’entrée imprimée autonome.
La première sortie commerciale de la chanson est donc celle de l’album Wild Life du 7 décembre 1971. Les références britanniques, américaines, françaises, allemandes et japonaises relèvent de l’histoire matérielle de cet album. La présence de « Tomorrow » dans un programme ne signifie pas qu’il ait existé un 45 tours vendu séparément partout en 1971.
Les éditions de collection doivent conserver les durées et l’ordre des titres tels qu’ils apparaissent sur chaque support, ainsi que l’origine d’une version sonore. Le disque et la chanson sont deux entités différentes.
France 1972 : le 45 tours promotionnel Apple SP 207
Le répertoire français de 45cat documente un 45 tours Apple SP 207 publié en 1972, exclusivement promotionnel, réunissant « Bip Bop » et « Tomorrow ». Les deux chansons sont créditées commercialement à « Paul and Linda McCartney », et non au simple nom Wings utilisé sur le LP. Cette édition constitue un objet de collection autonome extrêmement instructif pour la circulation française des premiers enregistrements du groupe.
Une fiche indépendante du SP 207 détaille les champs attestés : pays, année, label, numéro, format 7 pouces, couplage et statut promotionnel. Les matrices et éventuels mixages propres à cette édition demeurent à vérifier. Le fait que la face B soit une chanson déjà publiée sur Wild Life ne lui donne pas automatiquement le statut d’inédit ; c’est le support promotionnel qui représente la nouvelle publication.
Cette circulation particulière rend impossible une discographie des Wings limitée aux singles britanniques. Elle démontre aussi l’importance de préserver le nom commercial réellement inscrit sur l’étiquette, même lorsqu’il diffère du nom de l’artiste sur le LP.
Le retour de Tomorrow en 1974 : une version pour One Hand Clapping
Le 28 août 1974, Paul McCartney enregistre seul au piano et au chant une nouvelle version de « Tomorrow » pour les travaux associés à One Hand Clapping, au studio 2 d’Abbey Road. Les recherches identifient Geoff Emerick à la prise, avec Mark Vigars parmi les assistants. Cette interprétation d’environ deux minutes douze est très différente de la bande collective de juillet 1971.
La version d’archives publiée dans One Hand Clapping en 2024 permet d’entendre la composition presque réduite à son noyau mélodique. L’absence de batterie et de guitares de groupe révèle les relations entre voix et piano d’une autre manière. Une fiche doit donc enregistrer une prise autonome de 1974, distincte du master Wings de 1971 et du rough mix de cette première session.
La date 2024 est celle de la publication officielle moderne, pas la date de nouvelle performance. Ce décalage de cinquante ans fait de l’édition un document essentiel pour l’archiviste et ne doit pas être présenté comme une réinterprétation de McCartney enregistrée à l’occasion de l’anniversaire.
Les Whippets et l’étonnante interprétation instrumentale reggae
En septembre 1974, un projet instrumental associé au pseudonyme « The Whippets » utilise « Tomorrow » dans un style inspiré du reggae. Les recherches décrivent une bande dans laquelle des instruments électroniques et des cuivres remplacent la ligne chantée. Le travail est lié à des séances comprenant également l’instrumental publicitaire « Proud Mum », conçu dans le contexte d’une proposition de jingle pour Mother’s Pride.
Des acétates et des reproductions non officielles de cette interprétation ont circulé. L’existence d’une bande ou d’un acétate ne prouve pas la commercialisation d’un 45 tours standard par Wings en 1974. Le catalogue doit conserver le statut de projet, ses pseudonymes et les supports attestés plutôt que d’inventer une sortie commerciale régulière.
Cette variante met en évidence une faculté du compositeur : une chanson qui fonctionne initialement par le chant et le piano peut devenir un matériau de production instrumental. Elle mérite sa propre notice de version, avec un niveau de preuve sur les personnels à compléter à partir des bandes ou documents de session.
McCartney en 1974 : une réception contemporaine favorable de l’auteur
Dans l’entretien de Rolling Stone du 31 janvier 1974, Paul reconnaît que Wild Life est parfois difficile à écouter sans connaître l’artiste ou son projet, mais souligne la présence de chansons auxquelles il tient. « Tomorrow » figure explicitement parmi celles qu’il cite. Ce jugement apporte un correctif documentaire à la représentation simplifiée d’un McCartney qui aurait immédiatement renié tout son premier album.
Cette déclaration n’établit pas un consensus des critiques : elle révèle la manière dont le compositeur défend son travail à une date précise. Pour une histoire de la réception, il faudra retrouver les chroniques de l’album publiées en 1971–1972 et distinguer les commentaires consacrés à « Tomorrow » de ceux qui portent sur Wild Life dans son ensemble.
Plus tard, dans le magazine Club Sandwich, McCartney se souvient d’une discussion avec Lee Eastman, père de Linda, qui l’encourageait à réenregistrer la chanson dans une version beaucoup plus lente. Le récit montre que sa qualité mélodique était appréciée dans son entourage, mais ne prouve pas que cette interprétation proposée ait été effectivement gravée et commercialisée.
Classements et diffusion : les limites des chiffres disponibles
La chanson ne possède pas une carrière de single commercial britannique comparable à « My Love ». On ne peut donc pas lui attribuer le classement de Wild Life ou convertir le nombre de semaines du LP en réception individuelle. L’existence d’un SP 207 promotionnel en France établit une circulation de disque à destination particulière, mais ne permet pas d’annoncer un classement de ventes français pour ce support.
Plusieurs anthologies ultérieures donnent une visibilité nouvelle à la chanson ; la compilation Wingspan de 2001 reprend notamment le master dans certains programmes. Les éditions de 1993, 2018 et 2022 présentent des remasters ou états d’archives à identifier. Ces rééditions contribuent à la postérité du morceau, mais ne modifient pas les statistiques de 1971.
Une étude de réception internationale devra documenter séparément la diffusion en radio, les critiques publiées et les supports réellement vendus. Là où une donnée n’est pas connue, la fiche conservera un champ « non établi » plutôt qu’un nombre reconstruit.
Bilan : une chanson à plusieurs vies qui éclaire McCartney compositeur
« Tomorrow » permet de suivre l’évolution d’une même œuvre depuis les essais liés à la période Ram jusqu’au LP de Wings en 1971, puis aux interprétations très différentes de 1974. Les versions au piano et en style reggae montrent qu’une composition peut changer radicalement de contexte sans perdre son identité mélodique.
La notice encyclopédique réunit donc au moins quatre objets sonores à ne pas confondre : la prise studio de juillet 1971, son rough mix, le piano solo d’août 1974 publié en 2024 et le projet instrumental des Whippets. Elle ajoute les pressages du LP Wild Life et le 45 tours promotionnel français SP 207. Cette cartographie est plus informative qu’un simple commentaire sur la beauté de la chanson.












