ENCYCLOPÉDIE WINGS · 1970–1973 · COMPOSITION, SESSIONS, ÉDITIONS
I Lie Around (1973) : New York 1970, Denny Laine, overdubs et face B de Live and Let Die
Sous le nom de Wings paraît en 1973 une chanson enregistrée dès octobre 1970 au cours des séances de Ram. Denny Laine y prend la voix principale sur une bande dont Paul McCartney a pourtant chanté la partie d’origine.
1973 : une face B que le nom Wings ne date pas
I Lie Around accompagne Live and Let Die au revers du single publié en 1973. Pour le public, elle appartient alors au répertoire des Wings, mais sa bande instrumentale est plus ancienne de près de trois ans. Elle fournit un exemple particulièrement net d’une composition qui change de contexte artistique avant sa première publication.
Il faut distinguer le copyright de l’œuvre, la date de la prise, la finition en studio et la sortie. Les catalogues qui ne donnent qu’une année 1973 sont utiles pour la discographie commerciale, mais insuffisants pour une histoire des enregistrements.
19 octobre 1970 : les prises de CBS à New York
La chanson est commencée le lundi 19 octobre 1970 dans le Studio B du CBS Studio Building à New York. La bande de base est enregistrée en huit prises, avec McCartney et David Spinozza aux guitares acoustiques et Denny Seiwell à la batterie. L’équipe procède aussi à divers travaux de piano et d’instruments complémentaires.
Seiwell réalise une percussion avec une pièce recouverte de papier abrasif. Ce détail technique montre combien les expérimentations de timbre pouvaient rester modestes en apparence, sans nécessiter d’équipement électronique : une matière brute ajoute un effet de frottement au rythme.
La genèse pendant Ram
Le morceau appartient à la même famille de sessions que d’autres chansons de Ram, mais n’est pas sélectionné pour le LP de 1971. Son parcours n’est donc pas celui d’une prise des Wings avec le guitariste Henry McCullough et le batteur Joe English, deux personnalités d’époques différentes.
Denny Seiwell, qui deviendra le premier batteur des Wings, est présent sur la prise initiale, mais ce statut ultérieur ne change pas rétrospectivement l’identité du groupe au moment de l’enregistrement.
La transformation vocale avec Denny Laine
Des overdubs réalisés pendant les séances de Red Rose Speedway ajoutent des voix parlées au début, du Mellotron et surtout le chant principal de Denny Laine. La voix d’origine de McCartney subsiste dans la partie finale du master, ce qui donne à la chanson une identité vocale partagée et un profil sonore complexe.
Le fait est important pour l’histoire de Laine comme interprète : il ne se limite pas à doubler les harmonies. Il adopte une chanson commencée par Paul avant la création du groupe et la transforme en prestation de Wings. Dans une fiche de personnel, le compositeur et le chanteur principal doivent donc être renseignés séparément.
Les paroles : immobilité et fantaisie
Le texte met en scène une posture de détente, d’immobilité et de rêverie. La chanson refuse un récit de conflit ou une affirmation spectaculaire. Les images qui apparaissent donnent une tonalité presque paresseuse au chant, mise en valeur par la souplesse des guitares.
Aucune source établie ne justifie de lire cette paresse comme un aveu autobiographique littéral. On peut en revanche étudier l’opposition entre la tranquillité suggérée par le narrateur et les multiples reprises de studio nécessaires à sa réalisation.
Ce que change le Mellotron
Le Mellotron ajouté en Angleterre permet d’enrichir l’accompagnement par des nappes ou des timbres préenregistrés. Sa présence ne permet pas de conclure automatiquement qu’un orchestre a été recruté pour la prise de base : il appartient à une phase de finition séparée.
L’usage de cet instrument montre la volonté de McCartney de mettre en contact plusieurs esthétiques, entre une chanson acoustique et une production qui conserve des effets de studio. La comparaison de versions doit identifier chaque intervention sans attribuer toutes les couches à la journée de 1970.
1973 : le revers de la chanson de James Bond
Le choix de I Lie Around pour accompagner Live and Let Die produit un couplage contrasté : la face A fait intervenir George Martin et un orchestre dans le cadre d’un film de James Bond, alors que le revers provient d’une histoire d’enregistrement beaucoup plus longue et intimiste.
Le 45 tours porte les crédits commerciaux propres aux Wings, mais les producteurs et musiciens doivent être documentés titre par titre. Affirmer que George Martin a produit le revers parce qu’il dirige la face principale serait une attribution non démontrée.
Le rôle des pressages nationaux
Live and Let Die / I Lie Around circule sous des références Apple différentes selon les pays. Pour en établir la discographie, il faut noter le titre imprimé, les auteurs, le numéro, les matrices, la présence d’une pochette illustrée et la durée de chaque face.
Une variation de durée n’est pas une version alternative établie tant qu’elle ne s’accompagne pas d’une comparaison du master. L’état physique d’une pochette relève du collectionneur ; l’identité d’une prise relève du sessionographe.
Enjeux pour l’encyclopédie du groupe
I Lie Around demande au moins trois notices liées : l’œuvre, la session de 1970, l’édition de 1973. Elle mérite également une place dans une histoire des interprétations de Denny Laine et dans un inventaire des bandes antérieures reprises pour les Wings.
Ce cas explique pourquoi l’histoire du groupe ne doit pas commencer et s’achever sur les dates de publication des sept albums : les archives traversent d’autres contextes et continuent de raconter une création collective en construction.
Un enregistrement né avant la formation officielle de Wings
« I Lie Around » constitue un cas important pour l’histoire de la transition entre Ram et Wings. Le travail initial remonte à octobre 1970, pendant la période des enregistrements new-yorkais de Paul et Linda McCartney. Le groupe Wings n’existe alors pas encore. Des contributions et retouches ultérieures sont réalisées avec ses musiciens avant que le titre ne soit retenu pour un single. Le crédit commercial ne doit donc pas conduire à réécrire rétrospectivement l’effectif de la séance d’origine.
Ce trajet complexe révèle la manière dont McCartney conserve et transforme ses bandes. Des chansons peuvent rester inachevées, puis être enrichies par de nouveaux instrumentistes et intégrées à un programme publié sous un nom différent de celui envisagé lors de la première prise. L’étude de « I Lie Around » doit rester attentive aux différents états de l’enregistrement et aux voix enregistrées successivement.
Denny Laine au chant, Paul McCartney en réponse
Dans la version commercialisée, Denny Laine assure les deux premiers couplets en voix principale et Paul McCartney le troisième. Cette répartition est capitale, car elle fait entendre très tôt une autre voix que celle du fondateur au premier plan d’un disque publié sous le nom de Wings. Le passage de témoin vocal contribue à créer l’impression d’un groupe qui interprète une chanson plutôt qu’une seule vedette entourée d’un accompagnement anonyme.
Le ton détendu du morceau et sa structure presque narrative contrastent avec la puissance dramatique de « Live and Let Die », auquel il est associé au format 45 tours. Les deux titres n’ont ni la même ambition sonore ni la même histoire de studio, ce qui renforce l’intérêt du single comme objet complet.
Pourquoi la face B de Live and Let Die mérite une fiche autonome
En 1973, « Live and Let Die » bénéficie d’une exposition très large grâce au film de James Bond. « I Lie Around », sur l’autre face du disque, se trouve nécessairement moins au centre du discours promotionnel, mais il éclaire mieux certaines méthodes du groupe : récupération d’une prise ancienne, reconfiguration du chant, mélange entre expérience solo et présentation collective.
Dans les catalogues, il faut indiquer l’origine des séances de 1970, les overdubs de la période Wings, la première sortie en 1973 et les rééditions postérieures. Les titres bonus d’une anthologie de Ram ne deviennent pas automatiquement des morceaux enregistrés par la première formation des Wings : la chronologie du master demeure une propriété distincte de l’emplacement du morceau sur un disque récent.
19 octobre 1970 : enregistrer avant de fonder Wings
La prise initiale de I Lie Around est associée au 19 octobre 1970 aux studios CBS de New York, dans la période des travaux de Ram. C’est un point chronologique essentiel : les Wings n’existent pas encore sous leur forme de groupe annoncé en 1971. Les parties instrumentales initiales ne peuvent donc pas être systématiquement attribuées au quintette de Denny Laine, Henry McCullough et Denny Seiwell, qui se constitue plus tard.
Des compléments sont documentés vers la mi-novembre 1972 à Abbey Road. C’est au cours de cette vie ultérieure de la bande que Denny Laine apporte son chant principal sur les premières strophes, tandis que Paul McCartney conserve un rôle vocal plus marqué dans la dernière section. Les listes de collaborateurs rassemblent donc des personnes intervenues à des étapes différentes. Certaines attributions de guitare ou de vents restent incertaines ; elles doivent être conservées comme telles dans l’index des participants.
Une bande des années Ram devenue un single Wings
L’écoute révèle une construction inhabituelle : la même idée mélodique est reprise et déplacée tandis que l’arrangement s’étoffe, avec le Mellotron, les guitares et les voix qui modifient progressivement la couleur sonore. La longueur d’environ cinq minutes distingue la pièce des simples faces B strictement formatées pour la radio. Le chant partagé entre Laine et McCartney renforce le sentiment d’un collectif qui transforme une idée plus ancienne.
I Lie Around paraît commercialement en 1973 au verso de Live and Let Die. La célébrité du thème du film de James Bond a souvent masqué ce second titre, qui possède pourtant une histoire de studio et de personnel autonome. Pour les discographies, les dates à retenir sont l’enregistrement de 1970, les retouches de 1972 et la parution de 1973 ; il serait inexact de donner 1973 comme année de prise de l’ensemble du master.












