Wings de Paul McCartney — encyclopédie : histoire, musiciens, chansons et discographie

ENCYCLOPÉDIE WINGS · 1974–1975 · HISTOIRE, SESSIONS ET DISCOGRAPHIE

Baby Face (1926 / Wings 1974–1975) : du piano d’Abbey Road au brass band de New Orleans

Ce standard américain est l’une des incursions de McCartney dans un répertoire antérieur au rock. Enregistré devant les caméras à Abbey Road, puis enrichi à La Nouvelle-Orléans, « Baby Face » possède une histoire sonore en plusieurs étapes.

Un standard ancien au milieu des archives Wings

« Baby Face » n’est pas une composition de McCartney. La chanson a été écrite en 1926 par Harry Akst pour la musique et Benny Davis pour les paroles. Devenue un standard de la chanson populaire américaine, elle appartient à l’univers musical qui nourrit depuis longtemps les goûts de Paul : refrains légers, humour et mélodies de l’entre-deux-guerres.

Sa présence dans les archives de Wings est pourtant remarquable. Le morceau traverse deux phases du groupe : une performance en piano-voix filmée à Abbey Road en 1974, puis un enrichissement instrumental effectué lors du séjour à La Nouvelle-Orléans en février 1975.

28 août 1974 : un numéro au piano devant les caméras

Paul McCartney interprète « Baby Face » à Abbey Road le 28 août 1974 au cours du tournage de One Hand Clapping. Il se présente seul au piano, adoptant une manière de chanter plus proche du cabaret que des performances électriques de « Jet » ou « Soily ». La séquence participe à un portrait élargi de l’artiste, qui montre ses références et non seulement ses succès récents.

Cette première étape ne doit pas être décrite comme une séance d’orchestre de Wings. Paul joue et chante, tandis que la réalisation audiovisuelle conserve un moment particulier du tournage. Les autres membres du groupe interviennent sur différentes séquences du projet, mais l’instrumentation de chaque plage ne peut être déduite du générique général.

13 février 1975 : New Orleans et le Young Tuxedo Jazz Band

Lors des séances de Venus and Mars à Sea-Saint, le 13 février 1975, McCartney fait intervenir des musiciens de la tradition des brass bands de La Nouvelle-Orléans sur la bande de « Baby Face ». Le Young Tuxedo Jazz Band apporte des cuivres, des anches et des percussions propres à cette culture musicale locale. L’enregistrement prend ainsi une seconde dimension, loin du seul piano-voix d’Abbey Road.

L’initiative documente l’enthousiasme de Paul pour le son des fanfares de rue. Elle offre également un rare cas où la bande captée pour un film britannique reçoit un ajout instrumental américain plusieurs mois plus tard. La date de prise principale et celle des overdubs doivent figurer séparément dans toute sessionographie.

Ce que l’arrangement change à l’écoute

Le standard possède déjà une mélodie directe et souriante. L’ajout du brass band introduit un relief presque carnavalesque, avec des interventions qui répondent à la voix et au piano. Les couleurs instrumentales sont plus rugueuses et vivantes que dans une production pop soigneusement lissée, ce qui contribue au charme du résultat.

Ce contraste musical ne doit pas être réduit à une simple recherche d’effet comique. Il matérialise le dialogue de McCartney avec une tradition américaine, un dialogue que l’on retrouve aussi sous une autre forme dans « My Carnival ». Les deux titres ont pourtant des auteurs et des histoires distincts.

Les publications de 2010, 2014 et 2024

Des images issues de One Hand Clapping figurent parmi les contenus vidéo proposés dans l’Archive Collection de Band on the Run en 2010. Une présentation audio de « Baby Face » apparaît ensuite dans les bonus de Venus and Mars Archive Collection de 2014. L’édition One Hand Clapping de 2024 propose une version complète sur disque, d’environ une minute cinquante-six, avec les ajouts néo-orléanais.

Les éditions de ces différentes années ne doivent pas être traitées comme des sorties d’une nouvelle séance. Elles correspondent à l’exploitation progressive d’un film, de ses bandes et d’un mixage moderne. Pour le collectionneur, la distinction entre DVD, piste CD, vinyle et version numérique est essentielle.

Une référence à la jeunesse musicale des McCartney

Le choix de « Baby Face » renvoie à la fascination de Paul pour les standards que l’on pouvait entendre dans les orchestres de danse et à la radio bien avant le rock and roll. La chanson vient compléter, sur le plan esthétique, l’hommage au père de Paul représenté par « Walking in the Park with Eloise ». Les deux œuvres éclairent les influences familiales et musicales de McCartney.

Pour le récit des Wings, l’existence de ces reprises est une garantie contre une histoire trop étroite du groupe, réduite aux seuls albums rock. McCartney explore simultanément de nouveaux sons et d’anciennes formes populaires.

Ne pas confondre reprise, adaptation et nouvelle composition

Le crédit d’écriture appartient à Harry Akst et Benny Davis. McCartney est interprète et acteur des enregistrements des années 1970 ; cela ne lui confère pas le statut d’auteur de l’œuvre de 1926. Toute base de données doit par conséquent conserver distincts la chanson originale, les séances de 1974, les interventions de 1975 et les éditions de 2014 et 2024.

Une version scénique ultérieure jouée par Paul en introduction d’une autre chanson relève encore d’une entrée distincte de concertographie, non du master de One Hand Clapping.

Liaisons discographiques

Repères essentiels : 1926, création du standard ; 28 août 1974, interprétation de McCartney à Abbey Road ; 13 février 1975, interventions du brass band à Sea-Saint ; 2014, sortie audio parmi les bonus de Venus and Mars ; 2024, publication de la version complète dans One Hand Clapping. Ces années décrivent des étapes différentes et toutes indispensables.

Pour prolonger, voir One Hand Clapping, Venus and Mars et les chansons des Wings.