WINGS · CONCERTOGRAPHIE CRITIQUE · 1972–1980
Les concerts annulés, reportés ou jamais joués des Wings (1972–1980)
L’histoire des Wings ne se limite pas aux salles où les musiciens ont effectivement joué. Les programmes de tournée préparés puis abandonnés, les concerts déplacés de plusieurs semaines et deux projets japonais demeurés sans représentation éclairent aussi la carrière de Paul McCartney et de son groupe. Ce dossier examine ces « concerts fantômes » sans les ajouter artificiellement à la concertographie des prestations réelles.
De Lyon en juillet 1972 à Newcastle en 1973, puis du refus d’entrée au Japon en novembre 1975 à l’arrestation de Narita en janvier 1980, les causes et les conséquences diffèrent profondément. Le premier devoir de l’historien consiste à identifier le statut de chaque date : annoncée, déplacée, annulée, non confirmée ou effectivement jouée. Les affiches et les tickets ont une valeur documentaire réelle, mais ils ne prouvent pas à eux seuls que le public ait entendu un concert.
Un calendrier n’est pas une liste de concerts donnés
La première catégorie est celle du concert confirmé et joué : son existence peut être corroborée par des annonces, des témoignages, des photographies ou un enregistrement attribué à la salle et à la date. La deuxième est celle du concert annoncé puis annulé : la date appartient à l’histoire de la production, mais pas à celle de l’exécution musicale. La troisième concerne les dates reportées : l’événement initial ne se produit pas, alors qu’une nouvelle représentation a lieu ultérieurement, parfois dans une autre salle. La quatrième catégorie est celle des projets non aboutis, dont les informations peuvent être connues avant la confirmation du lieu ou la mise en vente. Enfin, certaines dates sont simplement mal attribuées par des compilations de seconde main ; leur présence dans un tableau n’établit pas l’existence d’un engagement.
Une confusion fréquente consiste à additionner les cinq catégories. Elle gonfle artificiellement les statistiques d’une tournée, multiplie les concerts supposés et produit des setlists fabriquées par recopie du programme d’une soirée voisine. L’erreur se diffuse ensuite à travers les photographies mal légendées, les pochettes de bandes privées et les notices de disques non officiels. Dans cette encyclopédie, les concerts joués forment un inventaire distinct des rendez-vous annulés ou déplacés.
Le vocabulaire est tout aussi important. « Annulé » décrit une décision de ne pas tenir la prestation. « Reporté » établit l’existence d’une nouvelle date liée à l’annonce initiale. « Prévu » peut désigner un simple projet, sans certitude sur l’ouverture de la billetterie. Une photographie d’un musicien devant une salle au cours d’un séjour n’autorise pas à écrire qu’il y a donné un concert.
14 juillet 1972 : Lyon, une date sur le papier
L’itinéraire du Wings Over Europe Tour débute à Châteauvallon, à Ollioules, le 9 juillet 1972. Il passe ensuite par Juan-les-Pins le 12, par Arles le 13 et par l’Olympia de Paris le 16. Entre Arles et Paris, les calendriers conservent un rendez-vous lyonnais daté du 14 juillet. La date apparaît même dans le parcours officiel rétrospectif, mais elle est expressément signalée comme annulée. Aucun concert de Wings à Lyon ce jour-là ne doit donc être décrit comme une prestation accomplie.
Le plus instructif concerne les raisons de cette non-réalisation. Des récits ont attribué l’annulation à une vente insuffisante de billets. Or les chercheurs travaillant sur The McCartney Legacy ont indiqué que la salle n’avait jamais été définitivement confirmée et ont contesté cette interprétation devenue une légende. L’encyclopédie doit donc présenter Lyon comme une date du projet de tournée non réalisée, sans lieu confirmé, plutôt que d’affirmer une cause commerciale non démontrée.
L’enjeu peut sembler minuscule, mais il change l’évaluation de la tournée. La séquence française compte Ollioules, Juan-les-Pins, Arles et Paris parmi les dates effectivement jouées, non une cinquième ville inventée à partir d’une ébauche d’itinéraire. Les étapes de la tournée servent pourtant à comprendre une évolution bien réelle : en quelques jours, le quintette qui avait sillonné les universités britanniques passe de scènes méridionales à l’Olympia. L’atlas des concerts français reconstitue ce parcours et renvoie aux études de chacune des quatre dates.
1973 : une tournée britannique d’abord envisagée plus tôt
À la fin de 1972, la presse britannique annonce un retour des Wings sur les routes nationales au printemps 1973. Certaines premières annonces évoquent un départ le 25 mars à Bristol et des représentations jusqu’à la mi-avril. Ce calendrier initial subit une réorganisation importante alors que Paul et Linda McCartney préparent l’émission télévisée James Paul McCartney. Ce tournage, le travail sur l’album Red Rose Speedway et les besoins logistiques du nouveau circuit expliquent que les calendriers de publicité et de presse ne coïncident pas toujours avec les représentations finalement jouées.
La tournée britannique effectivement répertoriée commence au Bristol Hippodrome le 11 mai 1973. Elle comprend notamment Oxford, Cardiff, Bournemouth, Manchester, Liverpool, Leeds, Preston, les deux étapes écossaises, puis les trois soirs du Hammersmith Odeon les 25, 26 et 27 mai. Le circuit reprend en juillet à Sheffield, Birmingham et Leicester avant Newcastle le 10. Recopier les affiches annonçant mars et avril dans une chronologie des concerts sans leur donner le statut de projets ou dates remaniées fausserait le récit de la préparation du groupe.
La manière dont une tournée est annoncée révèle pourtant des faits historiques importants. Les premières annonces de dates, les publicités, les reports, les nouvelles locations de salles et la communication sur la télévision montrent le passage d’une formation volontairement spontanée à une production organisée. Le calendrier non réalisé est donc une archive, non une prestation supplémentaire.
Newcastle : une date abandonnée le 22 mai, un concert joué le 10 juillet
Newcastle constitue le cas le plus clair d’un report individuel au sein du circuit de 1973. Le 22 mai figure dans plusieurs annonces initiales. Toutefois, aucun spectacle effectivement joué par Wings ce soir-là ne peut être retenu sur cette base. La représentation a finalement lieu le mardi 10 juillet 1973 au City Hall de Newcastle upon Tyne, après les trois dates du début de juillet à Sheffield, Birmingham et Leicester.
La différence ne porte pas seulement sur le mois. L’annonce initiale mentionne parfois l’Odeon, tandis que le rendez-vous du 10 juillet se déroule au City Hall. Un billet daté de mai ne doit donc pas être confondu avec le contrôle d’accès de juillet. Une photographie attribuée à tort au 22 mai peut avoir été prise lors du spectacle effectivement donné en juillet. Pour interpréter les souvenirs du public ou les coupures de presse, la salle et la date deviennent deux critères de vérification indépendants.
La fiche « Newcastle, 22 mai 1973 : date reportée » conserve la trace du programme initial. La monographie du 10 juillet analyse, elle, la représentation jouée, ses cinq musiciens et les chansons recensées. La distinction est décisive pour l’histoire de Band on the Run : Henry McCullough et Denny Seiwell participent encore à ce dernier épisode scénique du quintette avant leur départ et ne doivent pas être crédités par automatisme sur les séances nigérianes ultérieures.
Étude spécialisée : pour le programme de Tokyo, les démarches de visa, les trois soirées projetées au Nippon Budokan et les documents de collection, consulter Wings au Japon en 1975 : concerts annulés et archives. Cette monographie examine les pièces du projet ; la présente page conserve la synthèse comparative des annulations de toute la décennie.
Novembre 1975 : première tournée japonaise empêchée
Un autre type d’annulation intervient au moment où Wings est en train de devenir une attraction mondiale. En novembre 1975, le quintette de Paul McCartney, Linda McCartney, Denny Laine, Jimmy McCulloch et Joe English doit prolonger sa tournée internationale par une visite au Japon. Trois représentations au Nippon Budokan de Tokyo, envisagées les 19, 20 et 21 novembre, apparaissent dans des documents et rétrospectives japonais. Toutefois, l’autorisation d’entrée de Paul est remise en cause par les autorités japonaises. Les concerts ne se tiennent pas.
Les déclarations de McCartney dans la presse de l’époque expliquent qu’il pensait les formalités initialement réglées avant d’apprendre, durant la tournée australienne, la décision des autorités japonaises. Le refus est alors lié à des antécédents concernant le cannabis. Il ne s’agit ni d’une tournée japonaise commencée puis suspendue, ni d’un concert unique interrompu : aucune représentation des Wings ne se déroule au Japon en novembre 1975.
Il convient aussi de distinguer la solidité des différents renseignements. Le principe d’un projet japonais refusé est bien établi ; en revanche, les mentions rétrospectives des jours précis, des salles réservées, du stade de vente des billets ou des causes administratives détaillées demandent l’examen des annonces et pièces d’époque. Les trois dates projetées ne sauraient devenir des soirées jouées et ne justifient aucune setlist japonaise de 1975. La chronologie des Wings en 1975 replace ce revers dans le programme de la tournée mondiale, entre Australie, Europe et Amérique du Nord.
Janvier–février 1980 : onze dates japonaises supprimées en bloc
Cinq ans plus tard, la dernière formation des Wings prépare une nouvelle opération japonaise. Elle réunit Paul et Linda McCartney, Denny Laine, Laurence Juber et Steve Holley. Onze concerts sont officiellement prévus entre le 21 janvier et le 2 février 1980 : sept représentations au Nippon Budokan de Tokyo, deux au gymnase préfectoral d’Aichi à Nagoya et deux à Osaka, dans le Festival Hall puis dans le gymnase préfectoral. La précision du calendrier, les salles et les préparatifs matériels rendent ce projet autrement documenté qu’une simple intention.
Le 16 janvier 1980, à son arrivée à l’aéroport de Narita, Paul McCartney est arrêté après la découverte de cannabis dans ses bagages. Le lendemain, le 17 janvier, la tournée est annulée. L’ensemble du groupe est alors concerné par l’immobilisation d’une organisation qui devait jouer dans trois villes japonaises. Les autres musiciens repartent avant Paul, libéré et expulsé du Japon le 25 janvier. L’événement a des répercussions professionnelles, humaines et financières, mais son effet sur la concertographie est sans ambiguïté : aucune des onze représentations programmées n’a lieu.
Les journées prévues à Tokyo étaient les 21, 22, 23 et 24 janvier, puis les 31 janvier, 1er et 2 février. Les deux soirs de Nagoya étaient fixés aux 25 et 26 janvier. Osaka devait accueillir le groupe les 28 et 29 janvier dans deux établissements distincts. Cette répartition des salles doit être préservée lorsqu’un programme ou un billet apparaît en collection. L’absence de concerts joués interdit de donner un nombre de chansons interprétées, de spectateurs présents, de rappels ou de durées de prestation.
Notre étude spécialisée des onze concerts japonais annulés en 1980 présente le détail de chaque date et le déroulement de la crise. Le présent article s’en distingue : il examine la généalogie des annulations et la différence de nature entre ce projet, celui de 1975, le report de Newcastle et l’engagement lyonnais jamais confirmé.
Les billets et affiches ne prouvent pas tous la même chose
Un programme imprimé prouve que des documents promotionnels ont été préparés ; il ne démontre pas que le programme ait été distribué le soir du spectacle. Un billet portant une date annulée peut avoir été vendu, conservé, remboursé ou imprimé sans jamais être utilisé. Une affiche peut garder un lieu de réservation qui change avant l’arrivée du public. L’authenticité matérielle d’un document et la véracité de l’événement auquel il renvoie sont ainsi deux questions différentes.
Les collectionneurs doivent relever le texte exact, le format, l’imprimeur, le promoteur, la date, la ville, la salle, le prix facial et les éventuelles mentions de report ou d’annulation. Lorsque deux versions coexistent, les comparer renseigne sur l’évolution de la production. Pour Newcastle, le report permet de comprendre les différences de lieu et de calendrier ; pour Tokyo 1980, la présence de onze dates sur des supports réels doit être conservée comme témoignage d’un projet finalement abandonné.
Les images numériques créent une difficulté supplémentaire : une légende ajoutée bien après la prise de vue peut être erronée, même lorsque la photographie est authentique. Les collections privées, ventes aux enchères et disques non officiels doivent être utilisés avec discernement. Identifier un visage et une année ne suffit pas à attribuer une photo à l’une des onze dates japonaises où aucun concert n’a eu lieu.
Une chanson prévue n’est pas une chanson jouée
La catégorie « setlist » est réservée à une suite de chansons effectivement interprétées lors d’une représentation. Il faut distinguer les répétitions, les programmes de tournée, les feuilles techniques et les bandes de concert. Une feuille de préparation peut contenir des titres qui ne seront pas joués, ou un ordre qui changera devant le public. Par conséquent, aucune liste de chansons correspondant à Lyon le 14 juillet 1972, Newcastle le 22 mai 1973 ou aux dates japonaises de 1975 et 1980 ne peut être publiée comme une setlist d’un spectacle effectivement donné.
Cette règle ne prive pas les archives de leur intérêt. Les répétitions de Wings avant le Japon de 1980 peuvent être documentées indépendamment, tout comme la setlist de la tournée britannique de 1979 ou les arrangements du quintette final. Mais les chansons entendues à Glasgow le 17 décembre 1979 ne doivent pas être déplacées par erreur dans le Budokan de janvier 1980. La version live de « Coming Up » publiée en 1980 provient de Glasgow, non d’une soirée japonaise qui n’existe pas.
La même discipline vaut pour les concerts parisiens de juillet 1972 : des répertoires compilés pour une étape ou une tournée ne doivent pas être présentés comme une liste certifiée de chaque spectacle d’une même journée. Un document peut avoir une valeur comparative sans résoudre toutes les questions de datation.
Les musiciens que les projets auraient dû réunir
Chaque date projetée correspond à une formation historique et ne doit jamais recevoir rétroactivement le nom d’un instrumentiste engagé plusieurs années après. En juillet 1972 comme à Newcastle en 1973, le quintette comprend Paul, Linda, Denny Laine, Henry McCullough et Denny Seiwell. Le projet japonais de 1975 associe Paul, Linda, Denny Laine, Jimmy McCulloch et Joe English ; la tournée de janvier 1980 est préparée par Paul, Linda, Denny Laine, Laurence Juber et Steve Holley.
Ces distinctions montrent qu’une étude des engagements non tenus peut aussi servir de chronologie des formations. Les cuivres qui accompagnent Wings sur plusieurs étapes de la tournée 1975–1976 ne changent pas la composition officielle du quintette. Une publicité peut annoncer « Paul McCartney and Wings » sans préciser les musiciens présents sur scène : une étude critique croise alors les dates de départ et d’arrivée des membres, les répétitions attestées et les crédits des enregistrements contemporains.
Les biographies encyclopédiques des dix membres et la chronologie des formations détaillent ces changements. Pour chacune des dates non jouées, l’expression la plus précise est « formation prévue », plutôt qu’un faux témoignage d’interprétation.
Pourquoi conserver les concerts fantômes dans une encyclopédie
Supprimer purement et simplement les dates abandonnées reviendrait à effacer une partie de l’histoire des Wings. Les projets de 1972, 1973, 1975 et 1980 témoignent de la géographie d’une carrière, des ambitions de production, des relations avec les promoteurs, des obstacles administratifs et de la transformation du groupe en entreprise internationale. Leur valeur ne réside pas dans un nombre fictif de spectacles, mais dans la possibilité d’en reconstruire l’histoire avec précision.
L’encyclopédie conserve donc un espace éditorial pour les dates non jouées, en séparant sans ambiguïté le projet de sa réalisation. Le récit doit pouvoir être corrigé à partir d’une archive plus précise : contrat de salle, correspondance de production, calendrier de tournée annoté, journal de billetterie, annonce imprimée datée ou témoignage direct. Une nouvelle pièce ne suffit pas nécessairement à transformer une date prévue en concert joué ; elle peut simplement préciser pourquoi l’événement avait été annoncé.
Cette rigueur est également une protection contre les doublons dans le référencement : la concertographie conserve un index de toutes les tournées, les fiches de soirées analysent chacune une performance attestée et les pages sur les annulations abordent ce qui n’a jamais eu lieu. Ces trois portes d’entrée correspondent à trois questions différentes, pas à trois reformulations de la même notice.
Les archives détaillées à consulter
Le lecteur peut repartir de la concertographie générale des Wings, étudier les quatre dates françaises de 1972 et le concert parisien de 1976, examiner l’annonce de Newcastle du 22 mai 1973 puis le véritable concert de Newcastle du 10 juillet, et poursuivre dans le calendrier complet du Japon 1980. Les chronologies annuelles de 1972, 1973, 1975 et 1980 replacent ces événements parmi les enregistrements, les parutions et les autres engagements.












