WINGS · ASIE · NOVEMBRE 1975 · CONCERTOGRAPHIE ET COLLECTION
Wings au Japon en 1975 : les trois concerts annulés du Budokan, visas et archives
En novembre 1975, Paul McCartney et les Wings doivent découvrir le Japon au cours de leur grande tournée internationale. Trois représentations au Nippon Budokan de Tokyo sont projetées pour les 19, 20 et 21 novembre 1975, quelques jours après le parcours australien. Pourtant, l’administration japonaise refuse finalement l’entrée de McCartney. Aucun des trois concerts ne se tient. Cet épisode, moins connu que l’arrestation de Narita en 1980, mérite un dossier autonome : il a produit des annonces, des démarches de visa, des documents promotionnels et une abondante mémoire de collectionneurs, mais aucune setlist japonaise réellement jouée.
L’étude confronte les dates de promotion, les témoignages de 1975, le calendrier officiel de la tournée mondiale et les particularités des objets conservés. Elle distingue les faits suffisamment établis, les incertitudes administratives et les affirmations parfois exagérées autour de billets qui n’ont vraisemblablement jamais été mis en vente au public. L’objet de cette monographie est bien le projet japonais de 1975 ; celui de 1980 possède un dossier séparé.
Wings Over the World : après le Royaume-Uni et l’Australie, le Japon espéré
Le dispositif international des Wings change brutalement d’échelle en 1975. L’album Venus and Mars est paru quelques mois auparavant ; la formation avec Jimmy McCulloch et Joe English peut désormais porter un spectacle long, appuyé sur un vaste répertoire et des moyens sonores considérables. Les concerts britanniques de septembre mettent le groupe en condition, puis l’itinéraire passe à l’Australie au début du mois de novembre. Les neuf soirées australiennes recensées se répartissent entre Perth, Adélaïde, Sydney, Brisbane et Melbourne, du 1er au 14 novembre. Le Japon devait prolonger cette première séquence internationale.
La géographie projetée est significative. Le Nippon Budokan de Tokyo évoque inévitablement les concerts japonais des Beatles en 1966, auxquels Paul McCartney avait participé. Envisager d’y présenter Wings neuf ans plus tard n’aurait toutefois pas constitué une reconstitution de l’époque Beatles. La formation de 1975 joue la musique de Venus and Mars et de Band on the Run, aux côtés de morceaux anciens retravaillés et de chansons confiées à Denny Laine ou Jimmy McCulloch. Le contexte est celui d’un groupe désormais autonome dans la conscience d’une grande partie de son public.
Les annonces japonaises précèdent les concerts australiens. Elles doivent être comprises comme une entreprise de production internationale comprenant les autorisations d’entrée, la location de salle, les démarches promotionnelles, la préparation d’imprimés et les équipes techniques. Dès lors, l’échec du projet ne peut être décrit comme une simple date effacée du calendrier : il affecte les engagements de plusieurs partenaires et laisse une trace archivistique différente des bandes de concert.
19, 20 et 21 novembre 1975 : trois soirées envisagées au Nippon Budokan
Les trois journées généralement indiquées pour le projet sont le mercredi 19 novembre, le jeudi 20 novembre et le vendredi 21 novembre 1975. Elles renvoient toutes au Budokan de Tokyo. Il ne faut pas introduire une quatrième date ni répartir ces soirées dans d’autres villes sans pièce de réservation identifiée. Les notices japonaises spécialisées et les rétrospectives consacrées au projet retiennent ce triptyque du 19 au 21 novembre comme calendrier proposé.
Le dossier distingue « trois représentations projetées » de « trois représentations annulées » selon la nature des documents. Les concerts n’ont pas eu lieu, et aucune audience japonaise n’a vu les Wings jouer à ces dates. Le calendrier officiel rétrospectif de la tournée mondiale mentionne les prestations effectivement données au Royaume-Uni et en Australie, tandis que les annonces de Tokyo relèvent d’un programme supplémentaire interrompu avant son exécution. Cette asymétrie explique pourquoi une base de données limitée aux concerts réels peut rester muette sur novembre 1975, alors qu’un inventaire d’archives ou de billets doit faire une place au projet.
Aucun programme horaire exact, chiffre de fréquentation ou ordre d’apparition des musiciens sur scène ne peut être attribué à ces trois dates. Des horaires ou catégories de billets imprimés sur un document promotionnel restent des indications de la production annoncée et non le compte rendu d’une soirée. Le mot « Budokan » constitue une localisation projetée vérifiable ; il n’autorise pas le récit fictif d’une foule accueillant le quintette.
Le refus de visa : un obstacle avant même le départ de l’Australie
La cause principale de l’échec se trouve dans la décision des autorités japonaises de ne pas permettre à Paul McCartney d’entrer dans le pays. Des antécédents liés au cannabis pèsent alors sur l’examen administratif de son séjour. Cette décision intervient après des démarches préalables qui avaient fait croire aux organisateurs et aux musiciens que le voyage serait possible. Le projet n’échoue donc pas à cause d’un incident de scène au Japon : le chanteur ne s’y rend même pas dans le cadre de cette tournée.
Paul reviendra sur cet épisode dans un entretien publié au printemps 1976. Son souvenir est celui de visas signés par l’ambassade japonaise à Londres, puis d’une interdiction décidée par le ministère japonais de la Justice alors que le groupe se trouve encore en Australie. Il évoque aussi le projet de voyage du photographe et cinéaste David Bailey. Comme tout témoignage rétrospectif d’une partie directement concernée, ces propos renseignent sur son expérience personnelle ; ils ne dispensent pas d’examiner séparément la chronologie administrative des visas et des notifications aux promoteurs.
Des études japonaises consacrées aux brochures et aux pièces de promotion évoquent une demande de visa pour une équipe élargie comprenant les membres du groupe et les techniciens, ainsi qu’un accord initial vers la fin de septembre 1975. La date exacte de délivrance varie toutefois selon certains récits. Il est prudent de retenir que des démarches autorisées ou supposées acquises précèdent le refus définitif, sans transformer chaque indication reprise d’une archive secondaire en certitude sur la date d’une décision ministérielle.
L’automne 1975 : annonce, préparation puis annulation
Septembre : la publicité et la réservation se précisent
La presse japonaise commence à faire état de la venue attendue des Wings avant même le départ australien. Les informations parues à la fin de septembre font circuler les dates du Budokan et évoquent les négociations entre les représentants de l’artiste et les organisateurs japonais. Les annonces les plus précoces parlent encore d’un projet en cours de finalisation. Une chronologie sérieuse distingue la première mention journalistique de la confirmation officielle donnée par un promoteur et de la mise en vente véritable des billets.
Octobre : les démarches et les brochures
Au cours de l’automne, des documents promotionnels sont préparés. Les chercheurs japonais signalent des variantes quant au jour de l’annonce officielle : certains témoignages évoquent le 26 septembre, d’autres une communication en octobre. La meilleure solution n’est pas d’effacer la divergence, mais de conserver les deux jalons comme indices de campagnes successives, sous réserve de comparer les journaux d’époque. Les brochures survivent comme des témoins de l’organisation, non comme des preuves de concerts donnés.
Début novembre : la tournée continue en Australie
Pendant que Wings se produit à Perth, Adélaïde, Sydney puis Brisbane, le volet japonais semble toujours faire partie du programme attendu. Le groupe joue effectivement à Brisbane les 10 et 11 novembre, puis à Melbourne les 13 et 14. Les derniers concerts australiens constituent donc la fin effective de cette branche du voyage. Aucun déplacement vers Tokyo n’aboutit à une prestation publique. L’étude des neuf soirées australiennes permet de lire le calendrier réel en parallèle des trois soirées japonaises projetées.
Autour du 10–12 novembre : le refus est connu
Les souvenirs et chronologies attribuent l’annonce de l’interdiction japonaise aux environs du 10 ou du 11 novembre 1975. La presse britannique du 12 novembre traite déjà la décision. Il est donc préférable de formuler le jalon comme une annulation devenue publique au début de la deuxième semaine de novembre, sans inventer une minute ou un jour administratif précis que les documents ne permettent pas toujours de départager. À ce moment, les spectacles des 19, 20 et 21 novembre sont déjà compromis ; ils ne seront pas donnés.
Quels musiciens les Japonais auraient-ils dû entendre ?
L’effectif permanent de Wings à l’automne 1975 réunit cinq noms. Paul McCartney joue principalement de la basse, mais aussi du piano et de la guitare, et chante la majorité du programme. Linda McCartney tient les claviers et contribue aux harmonies. Denny Laine joue de la guitare et intervient régulièrement au chant, avec des possibilités de passages à la basse suivant les morceaux. Jimmy McCulloch est le guitariste soliste et possède aussi une place vocale autonome. Joe English est à la batterie et participe aux chœurs.
Les tournées 1975–1976 utilisent aussi une section de cuivres comprenant Howie Casey, Tony Dorsey, Steve Howard et Thaddeus Richard. Dans l’analyse d’un spectacle de cette période, il faut distinguer la composition officielle du quintette, les renforts scéniques et les personnels techniques. La présence de cuivres sur une autre étape documentée ne doit pas devenir un crédit de concert japonais effectivement joué. Pour Tokyo en novembre 1975, on peut décrire la formation prévue et les musiciens de la tournée ; on ne peut pas fabriquer une fiche d’interprétation instrumentale d’une représentation inexistante.
Les biographies individuelles de tous les musiciens des Wings détaillent les carrières et changements de formation. Ce renvoi conserve la distinction entre la composition du groupe de 1975 et la dernière formation avec Laurence Juber et Steve Holley, qui ne se mettra en place qu’en 1978.
La setlist japonaise de 1975 : l’absence est une information
Le programme entendu dans les villes australiennes au début de novembre 1975 est connu par les archives du circuit Wings Over the World. Il présente, entre autres, « Venus and Mars », « Rock Show », « Jet », « Let Me Roll It », « Spirits of Ancient Egypt », « Medicine Jar », « Maybe I’m Amazed », « Call Me Back Again », « Lady Madonna », « The Long and Winding Road », « Live and Let Die », « Bluebird », « I’ve Just Seen a Face », « Blackbird », « Yesterday », « Magneto and Titanium Man », « My Love », « Listen to What the Man Said », « Band on the Run », « Hi, Hi, Hi » et « Soily ». Il serait tentant d’en faire la setlist du Budokan. Ce serait une erreur documentaire.
Une formation peut conserver une trame d’une ville à l’autre, supprimer une chanson, déplacer un numéro ou changer un rappel. Surtout, aucune des trois soirées japonaises n’a eu lieu. Il n’existe donc ni chanson « jouée à Tokyo le 19 novembre » ni version live japonaise de 1975 pouvant être comparée à une bande australienne. Un éventuel projet de programme doit rester étiqueté répertoire envisagé ou répertoire de la tournée de référence, et jamais « concert du Budokan ». Cette discipline évite que des catalogues de bandes privées mettent en circulation des faux titres japonais.
Le contraste est précieux pour les lecteurs collectionneurs. Une cassette australienne bien attribuée, une émission de télévision enregistrée à Melbourne et une photographie du quintette à Sydney sont de véritables traces musicales ou visuelles de 1975. Les réattribuer à Tokyo pour répondre à une demande de « bootleg rare » revient à fabriquer l’histoire. Le silence de la documentation sonore japonaise est parfaitement logique : les concerts y étaient annoncés, pas joués.
Melbourne, David Bailey et le message destiné au public japonais
La fin du séjour australien donne à l’épisode une dimension audiovisuelle distincte. Des images des Wings à Melbourne le 13 novembre 1975 circulent dans les archives télévisées de la tournée. D’autre part, l’histoire de l’annulation japonaise est associée à un message de McCartney destiné au public qui ne pourra pas accueillir le groupe. Il ne faut pas présenter automatiquement toute séquence filmée en Australie comme un document tourné pour la télévision japonaise : l’émission d’origine, les ajouts éventuels et les versions ultérieures doivent être catalogués séparément.
La possibilité qu’un projet de film implique David Bailey apparaît dans le souvenir de McCartney. Elle éclaire l’importance que le déplacement japonais pouvait avoir au-delà des seuls concerts. Mais ce projet ne prouve pas l’existence de rushes filmés dans un Budokan 1975, puisque le groupe n’y joue pas. Les images d’une répétition ou d’un entretien ne sauraient non plus être qualifiées de captation de scène. La monographie de l’Australie en 1975 constitue le point de départ pour retrouver les événements réellement filmés.
Collectionneurs : les brochures sont réelles, les billets « utilisés » ne le sont pas
Le collectionneur doit faire une distinction essentielle entre une brochure promotionnelle, un carton de réservation, un billet imprimé, un billet officiellement vendu et un billet contrôlé à l’entrée. Des études spécialisées menées au Japon sur les documents de l’automne 1975 signalent que des brochures et annonces préparatoires ont existé. Elles soulignent aussi que la distribution des bons ou tickets de réservation a été interrompue avant la mise en vente publique prévue. Il serait donc imprudent de décrire une prétendue collection complète de billets authentiques « utilisés au Budokan du 19 au 21 novembre 1975 ».
Il a été question de billets déjà imprimés et d’un exemplaire de référence conservé dans le milieu de l’organisation. Un objet imprimé mais non distribué n’a cependant pas la même histoire qu’un ticket acheté par un spectateur puis présenté à l’entrée. Les catalogues de vente peuvent reproduire des prototypes, des fac-similés, des photographies d’objets ou des créations fantaisistes. La qualification exacte d’un support exige la comparaison de son papier, de ses numéros, de son impression et de sa provenance.
Plusieurs documents présentés comme des billets de 1975 proviennent de reproductions ou même de pastiches destinés aux amateurs. La simple présence d’une date, d’une catégorie de prix et du nom du Budokan n’authentifie pas un billet de billetterie. Une pièce remarquable peut être importante comme maquette de fabrication, sans jamais avoir été vendue. La notice de collection doit alors indiquer cette provenance et son niveau de certitude, plutôt que de présenter le ticket comme le souvenir matériel d’une soirée qui n’a pas eu lieu.
Le vocabulaire recommandé est précis : « brochure promotionnelle de concert projeté », « annonce imprimée », « maquette ou billet non distribué », « fac-similé postérieur », « objet à authentifier ». Ces descriptions protègent les archives réelles contre les faux positifs et offrent aux collectionneurs un langage commun pour signaler un document inédit sans exagérer son statut.
1975 et 1980 : deux annulations, deux histoires administratives
Les deux projets japonais des Wings ne doivent pas être additionnés comme une tournée unique. En 1975, le groupe est encore en Australie lorsqu’il apprend le refus japonais d’autoriser l’entrée de McCartney. Trois représentations au Budokan prévues du 19 au 21 novembre sont supprimées avant tout déplacement du groupe vers le Japon. En 1980, une autre formation prépare onze concerts entre Tokyo, Nagoya et Osaka ; Paul arrive à Narita le 16 janvier, où il est arrêté, puis les organisateurs annulent les onze rendez-vous le lendemain.
Le personnel change profondément entre les deux épisodes : Jimmy McCulloch et Joe English appartiennent au quintette de 1975, alors que Laurence Juber et Steve Holley prennent part au projet de 1980. Le contexte discographique évolue également, de Venus and Mars à Back to the Egg et à la préparation de McCartney II. Les onze dates de 1980 ne remplacent pas simplement celles de 1975 ; elles témoignent d’une nouvelle campagne de scène dont la fin sera décisive pour l’avenir collectif.
Pour le lecteur qui souhaite suivre la seconde crise, le dossier « Japon 1980 : onze concerts annulés, chronologie des salles et conséquences » tient lieu de référence événementielle. Notre synthèse transversale des concerts annulés explique les similitudes et différences avec Lyon 1972 et Newcastle 1973.
La place historique d’une tournée qui n’a pas eu lieu
Le projet japonais de 1975 révèle un paradoxe. Wings est alors l’un des groupes britanniques les plus ambitieux sur scène ; il dispose d’un nouveau catalogue de succès, d’une équipe expérimentée et d’une tournée qui vient de traverser la Grande-Bretagne et l’Australie. Pourtant, une décision administrative suffit à interrompre l’élargissement prévu du parcours. Les trois soirées jamais jouées du Budokan ont finalement laissé une documentation principalement promotionnelle, journalistique et biographique.
Cette absence de concert n’efface pas le travail de préparation accompli avant novembre. Elle incite au contraire à examiner les agents, organisateurs, photographes, équipements et formalités nécessaires pour faire fonctionner une tournée mondiale en 1975. La distinction entre projet et exécution n’appauvrit pas l’encyclopédie : elle explique pourquoi des photographies, brochures et annonces continuent de circuler à propos d’un événement qui, au sens strict, n’a jamais eu lieu.
Poursuivre l’enquête dans l’encyclopédie Wings
Le contexte musical se retrouve dans l’ensemble de Wings Over the World et dans les neuf concerts d’Australie de novembre 1975. La chronologie encyclopédique de 1975 relie cette annulation aux autres événements, séances et parutions de l’année. Pour comparer les statuts documentaires, l’article « Concerts annulés et reportés des Wings » couvre 1972 à 1980, tandis que la série japonaise avortée de janvier–février 1980 dispose de son propre inventaire de onze dates. Enfin, les biographies des membres des Wings éclairent la formation prévue et les transformations du groupe entre les deux projets japonais.












