WINGS · HISTOIRE CHRONOLOGIQUE · SOURCES ET ARCHIVES
Wings de 1977 à 1981 : Mull of Kintyre, Back to the Egg et la séparation
Encyclopédie Wings · Histoire · Chapitre en préparation.
La dernière période de Wings n’est ni un simple déclin ni une continuation inchangée des grandes tournées de 1975–1976. Le groupe connaît encore des succès commerciaux spectaculaires, prend de nouvelles directions musicales, change de formation et retrouve brièvement la scène britannique avant une suite d’événements qui rend impossible la poursuite de son projet initial. De « Mull of Kintyre » à la séparation officialisée en 1981, ces années révèlent la fragilité autant que la longévité de l’expérience menée par Paul McCartney.
1977 : une transition personnelle et artistique
Après la vaste tournée internationale et Wings Over America, la formation perd Jimmy McCulloch et Joe English. Le noyau composé de Paul McCartney, Linda McCartney et Denny Laine se retrouve pour la seconde fois au centre de l’activité du groupe. Cette contraction de l’effectif ne signifie pas une suspension de la création : les recherches de nouveaux lieux et méthodes d’enregistrement se poursuivent.
Dans le même temps, le rock britannique évolue rapidement. Le punk, les nouveaux courants électroniques et l’évolution des médias musicaux modifient les cadres dans lesquels Wings est jugé. Il serait tentant d’opposer mécaniquement la musique de McCartney à ces transformations ; les disques de la fin de la décennie montrent au contraire des réactions multiples, parfois acoustiques, parfois synthétiques, parfois plus énergiques.
Mull of Kintyre : un succès hors des formules dominantes
Publié le 11 novembre 1977 selon la discographie officielle, le single « Mull of Kintyre », associé à « Girls’ School », devient un phénomène commercial au Royaume-Uni. La chanson est cosignée par Paul McCartney et Denny Laine et enregistrée avec la participation du Campbeltown Pipe Band. Sa singularité tient à l’association entre mélodie populaire, imaginaire écossais et sonorité des cornemuses, loin du modèle de rock électrique que Wings peut déployer en concert.
Le site officiel présente le disque comme le premier single à dépasser deux millions d’exemplaires vendus au Royaume-Uni. Il faut conserver cette précision géographique et temporelle dans la rédaction, sans extrapoler une quantité mondiale ou une position de classement qui ne serait pas directement sourcée. Dans l’histoire du groupe, ce succès confirme surtout qu’un collectif capable de remplir des arènes peut aussi toucher un vaste public par une chanson simple, liée à un territoire et à un sentiment d’appartenance.
London Town : un disque de transitions
London Town paraît le 31 mars 1978. Les enregistrements témoignent d’un groupe traversant des évolutions personnelles, notamment la grossesse de Linda McCartney avant la naissance de James, et une modification de ses effectifs. Le disque associe des compositions relativement douces à d’autres plus contrastées : « With a Little Luck », « London Town », « I’ve Had Enough », « Deliver Your Children », « Girlfriend » et « Morse Moose and the Grey Goose » donnent la mesure de cette diversité.
L’étude des crédits est ici essentielle. Un album enregistré sur plusieurs périodes ne reflète pas toujours une seule composition du groupe. Les départs de Jimmy McCulloch et Joe English ne permettent pas, à eux seuls, d’attribuer toutes les pistes au trio final. Les fiches de sessions devront être établies titre par titre, sur la base des crédits officiels et de documents de production, et identifier les cas où la chronologie exacte demeure incertaine.
Une dernière formation : Laurence Juber et Steve Holley
La phase finale du groupe voit l’arrivée du guitariste Laurence Juber et du batteur Steve Holley. Aux côtés de Paul, Linda et Denny Laine, ils participent au dernier album studio des Wings, Back to the Egg. Leur présence modifie à nouveau le son du collectif : la précision du jeu de guitare et la force rythmique servent des compositions souvent plus mordantes que celles de London Town.
Back to the Egg et l’expérience Rockestra
Publié le 8 juin 1979 selon la discographie officielle, Back to the Egg est un album de changements de couleurs : « Getting Closer », « Old Siam, Sir », « Arrow Through Me », « Rockestra Theme » ou « Baby’s Request » ne se ressemblent guère. Le producteur Chris Thomas travaille avec McCartney à la construction d’un son qui fait coexister arrangements rock directs et recherches de studio. Le projet Rockestra fait également intervenir de nombreux musiciens invités ; leurs rôles ne doivent pas être confondus avec une appartenance à Wings.
« Goodnight Tonight », enregistré dans le contexte de cette période mais non retenu dans le programme original de Back to the Egg, rappelle une nouvelle fois l’importance de la discographie des singles indépendants. Une présentation rigoureuse doit toujours distinguer la chronologie de l’enregistrement de la composition exacte d’un album commercialisé.
1979 : le retour sur les scènes britanniques
Le 23 novembre 1979, Wings ouvre à Liverpool une tournée britannique destinée à promouvoir Back to the Egg. L’archive officielle évoque une série de dix-neuf dates, dans un dispositif moins monumental que celui de 1975–1976, avec une section de cuivres. La tournée comprend notamment des étapes à Manchester, Southampton, Brighton, Londres, Birmingham, Édimbourg, Newcastle et Glasgow. Le répertoire fait place aux nouvelles chansons, aux succès plus anciens et à plusieurs séquences plus intimistes.
Le dernier concert public de Wings a lieu le 29 décembre 1979 à l’Hammersmith Odeon de Londres, dans le cadre du Concert for the People of Kampuchea, selon la documentation officielle de Paul McCartney. Cette date doit être distinguée du dernier concert de la tournée britannique ordinaire : le concert caritatif constitue une prestation particulière, postérieure à celle-ci.
1980 : le Japon, l’annulation et l’arrêt des tournées
Une tournée japonaise est prévue pour janvier 1980. À son arrivée à l’aéroport de Narita le 16 janvier, Paul McCartney est arrêté pour possession de cannabis ; les concerts programmés sont annulés. Cet épisode doit être décrit avec ses conséquences factuelles sans sensationnalisme. Il met fin à la perspective immédiate d’une nouvelle étape internationale pour Wings et se répercute sur le fonctionnement du groupe. Dans le futur inventaire des concerts, les dates japonaises figureront comme annulées, jamais comme des représentations jouées.
McCartney réoriente parallèlement une partie de son activité vers des enregistrements personnels. McCartney II, publié en 1980 sous son propre nom, ne doit pas être classé comme un huitième album de Wings. Le fait qu’une interprétation live de « Coming Up » par Wings existe et ait été diffusée en single ne modifie pas le crédit artistique de l’album studio original.
1981 : comment se termine l’histoire de Wings ?
La disparition de Wings prend la forme d’une séparation progressive plutôt que d’un dernier concert d’adieux. La date du 27 avril 1981 est généralement retenue pour l’annonce du départ de Denny Laine ; une dépêche de l’agence UPI du 28 avril relate la rupture. La presse de l’époque évoque notamment la divergence des aspirations concernant la reprise des concerts. Il faut donc distinguer l’arrêt de la scène en 1979, les événements de 1980 et la clarification de la séparation en 1981.
Dans une encyclopédie, cette distinction est fondamentale. Écrire que « Wings s’est séparé en 1980 » parce qu’une tournée a été annulée effacerait la chronologie de ses derniers mois ; affirmer que la formation a continué une activité scénique jusqu’en 1981 serait tout aussi trompeur. Une histoire précise permet au contraire de raconter comment une entreprise collective perd peu à peu son horizon commun.
Au-delà de la séparation
Le répertoire des Wings ne disparaît pas avec l’arrêt du groupe. Paul McCartney continue d’interpréter plusieurs chansons sur scène et les rééditions, anthologies et publications d’archives font progressivement connaître des documents longtemps peu accessibles. La parution officielle de One Hand Clapping en 2024 et l’entreprise documentaire Wings: The Story of a Band on the Run en 2025 témoignent de cette redécouverte. Elle doit être étudiée sans confondre histoire de l’activité du groupe et histoire ultérieure de son patrimoine enregistré.
Mull of Kintyre, 1977 : un tube au statut discographique particulier
« Mull of Kintyre » occupe une place singulière dans le catalogue de Wings. Composée par Paul McCartney et Denny Laine, la chanson s’appuie sur une sensibilité écossaise, un refrain immédiatement mémorisable et un dispositif instrumental éloigné des canons du rock de stade. Commercialement, le succès est immense au Royaume-Uni ; historiquement, il faut surtout rappeler que cette chanson paraît sur un single et non sur le premier pressage de London Town. La face associée, « Girls’ School », adopte une esthétique de guitares bien différente et mérite une fiche indépendante.
Le succès du single rappelle que l’histoire des Wings ne se lit pas uniquement album par album. La chronologie des 45 tours, des programmes radio et des apparitions télévisées dessine parfois une trajectoire distincte de celle des 33 tours. Les premiers pressages, les couleurs d’étiquettes, les versions promotionnelles et les fabrications territoriales devront être documentés sans fusionner les exemplaires britanniques, français, allemands ou japonais.
London Town : crédits mouvants et esthétique du déplacement
L’album du 31 mars 1978 résulte d’une période de reconfiguration. Le départ de Jimmy McCulloch et de Joe English, la grossesse de Linda McCartney et le recours à plusieurs espaces d’enregistrement contribuent à la diversité de ses textures. Le site officiel rappelle les séances réalisées notamment dans les îles Vierges ; cette mobilité géographique permet de comprendre l’atmosphère parfois aérienne de morceaux comme « With a Little Luck » ou « I’m Carrying ». Il ne faut pas pour autant imaginer que toutes les pistes furent enregistrées au même endroit ou par la même configuration de musiciens.
La contribution de Denny Laine dépasse celle d’un simple guitariste de tournée : son écriture et sa voix interviennent dans plusieurs morceaux, notamment « Deliver Your Children ». « Girlfriend », que Michael Jackson enregistrera ensuite, montre de son côté les échanges entre l’univers de McCartney et la pop américaine. Les enregistrements d’origine et leurs crédits doivent être séparés des succès ultérieurs des reprises, afin de ne pas attribuer aux séances de 1977–1978 des personnes qui n’y participaient pas.
1979 : la production de Chris Thomas et le langage du rock
Pour Back to the Egg, la nouvelle formation accueille Laurence Juber à la guitare et Steve Holley à la batterie. La collaboration avec Chris Thomas, ingénieur et producteur dont l’histoire croise celle des Beatles, contribue à une orientation plus agressive sur certaines plages. « Getting Closer », « Spin It On », « Old Siam, Sir » et « To You » témoignent de cette recherche d’énergie. Mais le disque conserve des espaces très différents : chansons intimistes, influences soul, jazz d’ambiance et séquences conceptuelles.
Le projet Rockestra rassemble un ensemble de musiciens invités au-delà du quintette. Leur présence sur les titres concernés ne doit pas être transformée en participation fictive à chaque chanson de l’album. Il faut relever les rôles des invités, le lieu et le moment des séances lorsque des documents le permettent, puis maintenir séparées les différentes éditions du programme d’origine.
La fin des concerts : Japon 1980, puis dissolution en 1981
Les Wings remontent sur scène au Royaume-Uni en 1979, dans le cadre d’une tournée plus brève que celle de 1975–1976. En janvier 1980, l’arrestation de Paul McCartney à son arrivée au Japon entraîne l’annulation des concerts prévus dans le pays. Cet événement ne doit pas être présenté comme la décision formelle et instantanée de dissoudre Wings : la période qui suit mêle projets individuels, incertitudes sur un retour et évolution des relations entre les membres.
Le départ de Denny Laine, rendu public au printemps 1981, clôt la continuité de la formation. La chronologie éditoriale doit retenir les déclarations datées, les éventuelles activités postérieures et le statut des sessions enregistrées avant la séparation mais publiées ensuite sous le nom de Paul McCartney. Par exemple, l’album McCartney II (1980) ne peut pas être réattribué aux Wings simplement parce qu’il paraît durant les derniers mois de leur histoire.
La postérité contemporaine, une histoire à part entière
L’histoire éditoriale se prolonge avec les rééditions, les livres d’entretiens, les films et les archives. Le livre Wings: The Story of a Band on the Run publié en 2025 et réédité en format poche en octobre 2026, le recueil WINGS de 2025 et le film documentaire de Morgan Neville Man on the Run (2026) remettent cette décennie au premier plan. Leur intérêt est incontestable mais leur perspective reste rétrospective : la confrontation aux documents des années 1970 demeure indispensable.
Chronologie critique 1977–1981 : effectifs, concerts, rupture et postérité
Protocole historique : les dernières publications studio ne sont pas confondues avec les derniers concerts, les dates japonaises annulées ni la dissolution de 1981. Les musiciens des bandes sont identifiés séparément des formations photographiées et des invités de Rockestra.
Le passage de 1976 à 1977 : une formation célébrée mais déjà fragilisée
Le succès de Wings Over America à la fin de 1976 donne rétrospectivement l’image d’un groupe arrivé à sa maturité scénique. Mais cette impression de stabilité masque les tensions qui précèdent le départ de Jimmy McCulloch et de Joe English en 1977. Paul et Linda McCartney et Denny Laine deviennent à nouveau le noyau de l’activité, sans pour autant repartir de zéro : les expériences des tournées, les méthodes de production et les nombreuses chansons accumulées constituent une mémoire collective.
La décision de travailler sur London Town dès février 1977 démontre que la créativité n’attend pas une nouvelle tournée. Le groupe réunit alors encore le quintette pour certaines prises, puis termine le disque avec un effectif réduit. Dans une chronologie rigoureuse, l’année du départ d’un musicien ne suffit pas à déterminer sa présence sur un master. C’est l’enregistrement daté, et non la photographie de l’album publié, qui doit guider l’attribution.
Cette période se déroule dans un contexte musical en mutation rapide. Le punk britannique, les nouveaux groupes de rock et les possibilités des synthétiseurs modifient l’horizon d’écoute. Les Wings ne répondent pas à ces changements par une seule stratégie : ils écrivent aussi bien un grand succès folklorique écossais que des ballades acoustiques, de la pop électronique ou un rock plus incisif. L’histoire culturelle du groupe doit prendre en compte cette pluralité sans prétendre que chaque chanson serait une réaction directe à un événement extérieur.
1977 : deux histoires très différentes réunies sur un même 45 tours
Mull of Kintyre est composé par Paul McCartney et Denny Laine puis enregistré en août 1977 avec le Campbeltown Pipe Band. L’écriture privilégie une mélodie qui peut être reprise collectivement et se développe autour d’une sonorité traditionnelle écossaise. Les bandes reçoivent des ajouts à Abbey Road en octobre avant la publication du single le 11 novembre. Le geste est très éloigné du rock spectaculaire de Wings Over America.
Girls’ School, l’autre face principale du disque, est quant à elle un enregistrement électrique lié aux séances londoniennes de février 1977, avec Jimmy McCulloch et Joe English. L’objet commercial présente donc deux états du groupe et deux vocabulaires instrumentaux : une chanson folklorique du noyau McCartney–Laine avec des musiciens locaux, et un rock de quintette enregistré avant les départs. Le catalogue doit conserver cette différence, même si les deux titres ont été commercialisés simultanément.
Au Royaume-Uni, Mull of Kintyre devient un succès majeur de ventes et marque l’histoire de la musique populaire. Ce chiffre symbolique appartient à un marché précis : les classements des États-Unis et ceux d’autres pays ne sont pas interchangeables. La chanson est ensuite retrouvée sur des compilations comme Wings Greatest, mais elle n’appartient pas au programme original de London Town publié en mars 1978.
London Town, le Fair Carol et l’impossibilité de réduire 1977 au trio
Les séances de London Town se déroulent en six périodes de février 1977 à janvier 1978. L’une d’elles s’effectue sur le Fair Carol dans les îles Vierges américaines, avec un équipement d’enregistrement mobile professionnel. D’autres prises sont réalisées à Abbey Road et à AIR Studios, avant les mixages de janvier. Cette dispersion géographique et chronologique reflète la recherche d’une autre façon de produire, mais aussi les réalités de la vie familiale et les départs progressifs du groupe.
Les rôles de Jimmy McCulloch et Joe English se retrouvent sur plusieurs enregistrements, notamment I’ve Had Enough et d’autres titres travaillés en mai. Paul, Linda et Denny Laine achèvent un programme qui réunit pourtant des bandes antérieures. La présentation d’une ‘formation à trois’ doit donc s’accompagner d’une distinction entre groupe actif à la sortie et musiciens présents sur les prises initiales.
Denny Laine participe à plusieurs compositions du programme : London Town, Children Children, Deliver Your Children, Don’t Let It Bring You Down et Morse Moose and the Grey Goose. Son importance ne se limite pas à la seconde guitare de scène. La construction du dernier grand répertoire des Wings est aussi celle d’une collaboration d’écriture durable entre Laine et McCartney.
1978 : Laurence Juber et Steve Holley redonnent un corps scénique au groupe
Au printemps 1978, Wings recrute Laurence Juber à la guitare et Steve Holley à la batterie. Les deux musiciens rejoignent Paul, Linda et Denny Laine alors que London Town vient de paraître et que McCartney envisage déjà un nouvel album. Cette formation ne doit pas être confondue avec le quintette de 1975–1976 : les personnalités instrumentales des nouveaux venus sont différentes, et leur arrivée correspond à une nouvelle organisation des répétitions.
Les premières séances de Back to the Egg démarrent au Spirit of Ranachan en Écosse à la fin de juin 1978. Laurence Juber a rapporté que le travail y était relativement détendu, ce qui permet au groupe de trouver des arrangements collectivement. Steve Holley installe une batterie énergique, tandis que la relation entre les guitares de Denny et de Juber contribue à une identité rock plus rude que celle de plusieurs titres de London Town.
Cette formation reste active pour les concerts britanniques de novembre et décembre 1979. Le document de studio de 1978 et la setlist de 1979 doivent toutefois être séparés : une chanson peut posséder un master enregistré en Écosse et une performance beaucoup plus rapide ou plus développée devant le public.
Chris Thomas : un coproducteur qui renouvelle le travail de McCartney
Back to the Egg marque une collaboration de Paul McCartney avec Chris Thomas, déjà connu pour son travail à la fin des années 1960 et dans le rock des années 1970. Le disque est produit par les deux hommes ; les prises et finitions sont réparties entre Spirit of Ranachan, Lympne Castle, Abbey Road et Replica Studio. Cette pluralité de lieux rappelle que le nouvel album n’est pas un retour spontané à des bandes réalisées en une semaine.
Les chansons les plus rapides montrent un effort pour obtenir un son de groupe à la fois direct et dense. Les expériences de studio vont néanmoins au-delà du rock agressif : Arrow Through Me mobilise un langage de soul et de claviers électriques ; les suites After the Ball / Million Miles et Winter Rose / Love Awake développent des atmosphères contrastées ; Baby’s Request se rapproche d’un standard ancien. Le rôle du coproducteur est d’aider à donner une cohérence technique à ces idées très diverses.
Cette orientation fut diversement reçue par la presse de 1979. L’analyse ne doit pas se contenter de déclarer que le disque serait une imitation du punk, ni faire disparaître l’influence des styles contemporains. Elle doit considérer comment les guitares, la batterie, les voix et les claviers modifient le son des Wings pendant cette période précise.
Rockestra, octobre 1978 : une formation de session et non un nouveau Wings
Les 3 et 4 octobre 1978, McCartney réunit à Abbey Road de nombreux instrumentistes pour enregistrer Rockestra Theme et So Glad to See You Here. Le catalogue officiel de Back to the Egg cite notamment Pete Townshend, David Gilmour, Hank Marvin, John Paul Jones, John Bonham, Kenney Jones, Ronnie Lane, Bruce Thomas et Gary Brooker. Le rôle de ces musiciens relève de sessions invitées : ils ne deviennent pas membres permanents de Wings.
L’originalité du dispositif vient de la multiplication des basses, batteries, guitares, claviers et percussions. Le projet explore ce que peut être une grande masse sonore constituée d’instrumentistes issus du rock plutôt que d’une formation orchestrale classique. Rockestra Theme reçoit le Grammy de la meilleure interprétation instrumentale rock lors de la cérémonie de 1980. Le succès de cette pièce ne doit pas être converti en crédit de groupe pour tous les titres de l’album.
Le concert pour le peuple du Kampuchea organisé à la fin de 1979 donne à Rockestra une autre occasion de se rassembler sur scène, avec des musiciens et une configuration à identifier séparément. La différence entre l’enregistrement d’octobre 1978 et la prestation de décembre 1979 est capitale pour la sessionographie et la filmographie.
La tournée britannique de 1979 : dix-neuf concerts, pas une seule soirée
Le relevé du Paul McCartney Project donne dix-neuf concerts britanniques entre le 23 novembre et le 17 décembre 1979, avec un départ au Royal Court Theatre de Liverpool. L’itinéraire passe notamment par Manchester, Southampton, Brighton, plusieurs salles de Londres, Birmingham, Newcastle, Édimbourg et Glasgow. Les dates de Londres et les deux soirées finales écossaises doivent être individualisées : une série de concerts dans une même ville ne constitue pas une seule performance.
Outre les cinq membres permanents, la tournée bénéficie de la section de cuivres Howie Casey, Thaddeus Richard, Steve Howard et Tony Dorsey. Ces musiciens participent à la forme scénique des chansons mais ne sont pas identiques à tous les instrumentistes invités présents sur les bandes de studio. Le programme associe les nouveautés de Back to the Egg, des grands titres des Wings, des œuvres des Beatles et plusieurs morceaux chantés par Denny Laine.
La formule de dix-neuf concerts permet d’établir un décompte vérifiable pour la tournée proprement dite, qui se termine le 17 décembre. Le concert du 29 décembre à Hammersmith pour le Kampuchea doit être répertorié séparément : il se déroule après le circuit britannique de salles ordinaires et dans le contexte d’une opération caritative collective.
Glasgow, 17 décembre 1979 : une date charnière pour Coming Up
Le 17 décembre 1979, Wings donne le dernier concert de cette tournée au Glasgow Apollo. Une bande de Coming Up interprétée sur scène occupera ensuite une place particulière dans la carrière solo de McCartney, car une version live sera publiée avec le single de 1980 et contribuera fortement à son succès américain. Le morceau ne provient pas du programme de Back to the Egg : il a été composé et enregistré dans un autre contexte, lié à l’album McCartney II.
La proximité des dates peut créer une confusion. Une œuvre sortie en studio sur McCartney II en 1980 peut avoir déjà été jouée devant le public par Wings en 1979. Il faut distinguer composition et enregistrement solo, performance scénique de groupe et édition commerciale du single. C’est un exemple frappant de l’utilité d’une base qui sépare chanson, master et disque physique.
Les bandes du Glasgow Apollo occupent une place particulière dans les archives non commerciales et dans certains documents de session. Une source qui identifie une soirée peut soutenir une fiche de concert, mais ne rend pas automatiquement officiel un album live diffusé sans l’accord de McCartney. Les éditions pirates et les publications autorisées possèdent des statuts documentaires différents.
29 décembre 1979 : les derniers Wings devant un public
Les Concerts for the People of Kampuchea ont lieu au Hammersmith Odeon de Londres à la fin de décembre 1979 dans un contexte de soutien humanitaire. Wings participe au dernier spectacle, le 29 décembre, en compagnie d’autres musiciens et d’un rassemblement Rockestra. Les recherches discographiques présentent généralement cette soirée comme le dernier concert public des Wings.
La prestation comprend des chansons du répertoire McCartney et Wings, tandis que le final collectif met en scène de nombreux instrumentistes extérieurs. Il faut donc différencier les morceaux interprétés par la formation Wings seule du final Rockestra, comme on distinguerait le répertoire d’un groupe d’une jam caritative réunissant plusieurs formations.
Des extraits du concert paraîtront sur des supports officiels ultérieurs, notamment dans le projet de disque lié au Kampuchea. Le lien entre une date de performance de 1979 et une publication de 1981 ne doit pas être masqué. La représentation officielle et les bandes de captation ont leur propre histoire éditoriale.
16 janvier 1980 : le Japon, un événement qui interrompt onze concerts
Wings prépare pour janvier–février 1980 une série de onze concerts au Japon. La tournée doit commencer le 21 janvier au Budokan de Tokyo, passer par Nagoya et Osaka, puis revenir à Tokyo jusqu’au 2 février. Paul McCartney est arrêté le 16 janvier à son arrivée à l’aéroport de Narita, après la découverte de cannabis dans ses bagages. Les organisateurs annoncent l’annulation de la tournée le 17 janvier.
L’incident n’est pas une représentation musicale : aucun des onze concerts prévus n’a lieu. Leur présence dans une chronologie doit donc être marquée comme ‘annulé’, jamais comme date de tournée effectivement jouée. Cette distinction compte autant pour les statistiques de concerts que pour la reconstitution du parcours du dernier quintette.
McCartney est libéré le 25 janvier et quitte le Japon ; les sources varient dans leur manière de compter les journées de détention, neuf ou dix selon que l’on compte inclusivement. La chronologie documente une arrestation le 16 et une libération le 25, ce qui permet d’éviter un décompte affirmatif trompeur. Les autres membres avaient quitté le Japon quelques jours auparavant.
1980 : la mise en sommeil, et non une dissolution immédiate
L’annulation japonaise met fin aux perspectives de tournée du moment, mais elle ne correspond pas à une déclaration immédiate de dissolution de Wings. Paul McCartney publie McCartney II en 1980, disque réalisé dans une démarche essentiellement solo qui s’éloigne du travail habituel de quintette. La version studio de Coming Up et sa version live des Wings de décembre 1979 illustrent le chevauchement des répertoires.
Des répétitions et contacts entre les musiciens subsistent en 1980 selon plusieurs chronologies. Paul engage ensuite de nouveaux travaux avec George Martin, qui conduiront à Tug of War. Les projets ne dépendent plus d’une formation Wings permanente ; cela constitue une évolution progressive de méthode plutôt qu’une décision annoncée d’un seul coup à la presse après la sortie de Back to the Egg.
Les historiens doivent donc distinguer la fin des concerts, datée de décembre 1979 ; la suspension des tournées, liée à janvier 1980 ; et la dissolution du groupe en 1981. Confondre ces étapes crée une histoire simplifiée où la parution du dernier album annoncerait automatiquement la fin d’une formation qui continue pourtant à se réunir ou à préparer des projets.
1981 : Denny Laine et la décision de poursuivre autrement
En 1981, Denny Laine quitte définitivement l’aventure et Wings cesse d’être une formation active. La relation McCartney–Laine avait duré depuis 1971, à travers plusieurs changements de guitaristes et de batteurs et les deux périodes où le groupe s’était retrouvé réduit à un trio. Sa fin marque donc bien davantage qu’un simple remplacement possible de musicien : elle met un terme au partenariat collectif le plus constant après Paul et Linda.
La documentation contemporaine mérite d’être confrontée aux souvenirs rétrospectifs des différents acteurs. Certains témoignages mettent l’accent sur les choix professionnels de McCartney, d’autres sur la frustration liée aux projets de concerts interrompus. Une encyclopédie ne doit pas expliquer la séparation par une cause unique sans preuve écrite, mais reconstituer la succession des dates, des décisions et des carrières parallèles.
Le livre officiel Wings: The Story of a Band on the Run, annoncé en 2025 et fondé sur des centaines de milliers de mots de témoignages, représente une source tardive de grande valeur pour réexaminer cette période. Comme pour tout récit oral publié plusieurs décennies plus tard, il faut citer les personnes, les questions et la date de publication, et confronter leurs souvenirs aux documents d’époque.
Poursuivre l’histoire des Wings












