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Pete Ham, l’enfant d’Apple que le business a dévoré

Pete Ham : le génie de Badfinger broyé par Apple et l’industrie

Il y a des trajectoires qui donnent l’impression d’avoir été écrites pour dégoûter définitivement les âmes sensibles du romantisme rock. Celle de Pete Ham appartient à cette catégorie-là : un gamin de Swansea, happé par le rêve Apple, adoubé par les Beatles, capable d’écrire quelques-uns des refrains les plus limpides de la pop britannique, puis broyé par les contrats, les promesses creuses, les comptes introuvables et cette industrie musicale qui adore les chansons mais se montre parfois beaucoup moins tendre avec ceux qui les écrivent. Avec Badfinger, Ham aura pourtant laissé un héritage immense : No Matter What, Day After Day, Baby Blue, Without You, autant de merveilles où l’ombre des Beatles se transforme en langage personnel, plus fragile, plus douloureux, mais tout aussi capable de traverser les décennies. Son histoire est celle d’un groupe béni par Paul McCartney et George Harrison, puis abandonné au pire moment, au milieu du naufrage d’Apple et des manœuvres de Stan Polley. On la raconte souvent comme une tragédie. Elle l’est, évidemment. Mais avant d’être un dossier noir de l’industrie musicale, Pete Ham fut surtout un songwriter miraculeux, un artisan de mélodies dont la beauté continue de désobéir à la mort.

Ringo Starr, l’éternel mystère du batteur que les Beatles avaient toujours attendu

Ringo Starr : pourquoi les Beatles l’ont choisi comme batteur

Quand Ringo Starr confesse, à 85 ans, qu’il ne sait toujours pas vraiment pourquoi John Lennon, Paul McCartney et George Harrison l’ont voulu derrière eux, puis renvoie la question d’un sourire vers le dernier témoin encore là — “demandez à Paul” —, c’est tout le roman Beatles qui se remet à trembler. Car derrière cette pirouette se cache l’un des grands mystères domestiques de l’histoire du rock : comment Richard Starkey, gamin cabossé de Liverpool, batteur déjà respecté de Rory Storm and the Hurricanes, est-il devenu le dernier anneau de l’alchimie la plus célèbre de la musique populaire ? Il y a bien sûr Hambourg, les nuits interminables, les clubs poisseux, les regards échangés entre musiciens qui savent vite qui tient la route et qui joue faux. Il y a Pete Best, évincé au moment le plus cruel, juste avant que la fusée ne quitte le sol. Il y a surtout ce jeu de batterie sans esbroufe, souple, rond, inventif, qui ne cherchait jamais à écraser la chanson mais à lui donner un corps. Les Beatles n’avaient pas seulement besoin d’un batteur plus solide. Ils avaient besoin d’un cœur rythmique, d’une présence humaine, d’un quatrième visage capable de rendre le groupe complet. Et alors que Ringo revient aujourd’hui à ses amours country avec Long Long Road et s’apprête à croiser de nouveau la route de Paul, la réponse paraît plus simple que le mystère : les Beatles l’ont appelé parce qu’avec lui, ils devenaient meilleurs.

Les Beatles en France : l’autre roman national gravé sur vinyle

Discographie originale des Beatles en France : roman national en vinyle

On croit souvent connaître les Beatles par cœur, à force d’avoir appris leur histoire dans l’ordre anglais, celui des singles Parlophone, des albums canoniques et des grandes dates gravées dans le marbre de la pop. Mais il suffit de se pencher sur leur discographie originale en France pour comprendre qu’il existe une autre manière de raconter le groupe. Une manière plus oblique, plus matérielle, plus française aussi. Car dans l’Hexagone, les Beatles n’ont pas seulement été distribués : ils ont été réagencés, titrés autrement, habillés de pochettes devenues mythiques, disséminés dans une profusion de super 45 tours qui ont façonné une expérience d’écoute radicalement différente de celle des Britanniques. De Mister Twist aux grands objets Odéon, de Les Beatles No. 1 à Beatles 1965, de la pluie d’EP aux derniers pressages Apple, c’est toute une histoire parallèle qui se dessine, à la fois industrielle, sentimentale et profondément culturelle. Une histoire où le disque n’est jamais un simple support, mais un récit en soi. Revenir à cette discographie française, ce n’est donc pas céder au fétichisme du collectionneur : c’est comprendre comment un pays s’est emparé des Beatles pour les faire siens, sans jamais cesser de les regarder comme un miracle venu d’ailleurs.

Roy Orbison aurait 90 ans aujourd’hui : comment le Big O a lié pour toujours les Beatles aux Traveling Wilburys

Roy Orbison et les Beatles : du Big O aux Traveling Wilburys

Il y a des artistes qui ne disparaissent jamais tout à fait, parce qu’ils continuent de hanter les chansons des autres. Roy Orbison est de ceux-là. À l’occasion de ce qui aurait été son 90e anniversaire, on mesure mieux ce que le Big O représente dans l’histoire du rock : non pas seulement un chanteur immense, auteur d’une poignée de classiques inusables, mais un trait d’union entre deux mondes. D’un côté, les Beatles de 1963, encore conquérants mais pas tout à fait intouchables, qui découvrent sur scène un géant américain dont la voix suffit à mettre une salle à genoux. De l’autre, George Harrison en 1988, devenu ancien Beatle, qui retrouve en Orbison un héros de jeunesse, un pair, puis un compagnon d’aventure au sein des Traveling Wilburys. Entre ces deux moments, c’est toute une histoire du rock qui se dessine : celle d’un artiste immobile en apparence, mais capable de traverser les époques, d’impressionner Lennon, de marquer McCartney, puis de donner une âme singulière au supergroupe le plus attachant de la fin des années 80. Des premiers élans de Liverpool à la fraternité Wilbury, Roy Orbison n’a jamais été un simple témoin. Il a changé l’air de la pièce.

Paul McCartney rouvre le dossier Lennon : qui était vraiment le “working class hero” des Beatles ?

John Lennon working class hero : Paul McCartney corrige le mythe

Il suffit parfois d’un mot, lancé presque en passant, pour faire vaciller des décennies de récit officiel. Le 16 avril 2026, à Los Angeles, lors d’une séance d’écoute consacrée à The Boys of Dungeon Lane, Paul McCartney n’a pas seulement présenté un disque tourné vers son enfance à Liverpool : il a aussi rouvert une vieille question enfouie sous la légende Beatles. En évoquant John Lennon et son célèbre imaginaire de “working class hero”, McCartney a rappelé avec une ironie tendre que son ancien partenaire avait aussi des proches plutôt “posh”, autrement dit plus installés, plus respectables, plus éloignés de la pure mythologie ouvrière qu’on associe volontiers à son nom. Derrière la petite phrase, il y a bien plus qu’une anecdote : une relecture passionnante des origines sociales des Beatles, de la géographie intime de Liverpool et de la façon dont John, Paul, George et Ringo ont transformé leurs enfances en personnages. Car Lennon n’a pas forcément menti : il a surtout fait de sa vérité intérieure une bannière artistique. Et McCartney, aujourd’hui, en cartographe patient de la mémoire, vient rappeler que chez les Beatles, la classe sociale fut moins une étiquette qu’un champ de tensions, de nuances et de récits concurrents.

Paul McCartney et Ringo Starr réunis sur « Home to Us » : le retour des garçons de Liverpool

Paul McCartney Ringo Starr Home to Us : Liverpool en chanson

Il y a des retrouvailles qui sentent le plan de communication à plein nez, et puis il y a celles qui ouvrent une brèche autrement plus troublante. En annonçant que Ringo Starr joue et chante sur “Home to Us”, l’une des pièces maîtresses de son prochain album The Boys of Dungeon Lane, Paul McCartney ne se contente pas d’agiter un vieux totem beatlesien pour émouvoir les foules. Il remet en circulation quelque chose de plus rare : une mémoire vivante, une complicité qui n’a rien d’un décor, une façon pour deux garçons de Liverpool de continuer à se parler en musiciens bien après que l’Histoire les a changés en monuments. Tout cela serait déjà émouvant en soi, mais la chanson en question parle justement du foyer, des rues rudes, de l’enfance modeste et de ce “chez nous” qui ne quitte jamais vraiment ceux qui en sont partis. Dès lors, la présence de Ringo n’a plus rien d’un clin d’œil pour collectionneurs de nostalgie. Elle devient le cœur même du morceau, sa vérité affective la plus profonde. Dans ce disque que McCartney présente comme l’un de ses plus autobiographiques, tourné vers Liverpool, Speke et l’avant-légende, “Home to Us” pourrait bien être l’instant où le passé cesse d’être commémoré pour redevenir une expérience sensible.

Paul McCartney revient à Dungeon Lane, là où les Beatles n’étaient encore que des garçons

Paul McCartney : The Boys of Dungeon Lane, l’album des origines Beatles

Il y a chez Paul McCartney une manière bien à lui de faire descendre les mythes de leur piédestal. Il suffit parfois d’une guitare, d’un souvenir de bus, d’un rire de Ringo ou du nom d’une rue de Liverpool pour que l’histoire la plus commentée de la pop redevienne soudain une affaire de garçons, de trajets, d’amitiés et de chansons à peine nées. Avec The Boys of Dungeon Lane, présenté dans l’intimité du studio Diamond Dust d’Andrew Watt à Los Angeles, McCartney semble avoir choisi de ne plus tourner autour de sa propre légende, mais de la reprendre par le commencement : Speke, Forthlin Road, la Mersey, George Harrison montant à l’arrêt suivant, John Lennon rendu à ses contradictions, Ringo Starr revenu chanter à ses côtés. L’album n’a pourtant rien d’une carte postale Beatles ni d’un mausolée pour collectionneurs. Il avance comme McCartney a toujours su le faire lorsqu’il est inspiré : par détours, éclats, ballades, embardées rock, souvenirs domestiques et trouvailles de studio. À 83 ans, la voix porte l’âge, mais l’imaginaire reste d’une fraîcheur désarmante. On croyait connaître l’histoire ; Paul revient nous rappeler qu’avant la légende, il y avait une route, et que sur cette route les garçons de Dungeon Lane parlent encore de guitares et de rock’n’roll.

Il y a 28 ans disparaissait Linda McCartney

Linda McCartney : photographe, musicienne, militante

Il y a des figures que l’histoire du rock a longtemps condamnées à n’exister qu’en bordure du cadre, comme si leur présence ne pouvait se lire qu’à travers le destin d’un homme plus célèbre. Linda McCartney fut de celles-là. Vingt-huit ans après sa disparition, le 17 avril 1998, il est temps de la regarder autrement : non plus comme la femme de Paul, non plus comme l’éternelle cible des sarcasmes adressés à Wings, mais comme une photographe pionnière, une musicienne imparfaite et obstinée, une militante végétarienne en avance sur son époque, une mère, une entrepreneuse, une femme qui a tenu ensemble ce que le rock préférait souvent voir brûler. Avant les Beatles, elle avait déjà saisi les Rolling Stones, Hendrix, Janis Joplin ou Aretha Franklin dans cet instant fragile où les idoles n’étaient pas encore devenues des statues. Après les Beatles, elle offrit à Paul McCartney un refuge, une famille, une manière de survivre à sa propre légende. Linda n’a pas seulement accompagné une histoire : elle en a déplacé le centre de gravité.

“Mother Nature’s Son”, la clairière de Paul McCartney au milieu du grand désordre blanc

Mother Nature’s Son : Paul McCartney dans le White Album

Au milieu du tumulte du White Album, “Mother Nature’s Son” arrive comme une respiration. Une chanson presque nue, posée là par Paul McCartney comme on ouvre une fenêtre dans une pièce où l’air commence à manquer. En 1968, les Beatles ne sont déjà plus tout à fait ce groupe miraculeusement soudé qui semblait avancer d’un seul corps. Ils reviennent de Rishikesh avec des carnets remplis de chansons, des visions spirituelles plus ou moins digérées, des ego grandissants et une quantité de tensions qu’Abbey Road ne parvient plus vraiment à contenir. Dans ce grand album blanc, où cohabitent les fureurs électriques, les comptines inquiétantes, les pastiches, les confessions et les expériences limites, Paul choisit l’inverse du fracas : une ballade pastorale, douce, presque enfantine, mais d’une sophistication discrète. “Mother Nature’s Son” parle d’un fils de la nature, d’un ruisseau, d’un soleil, d’un rêve de simplicité. Mais derrière cette carte postale bucolique se cache une chanson beaucoup plus trouble : enregistrée presque seul par McCartney, enrichie par les cuivres délicats de George Martin, elle dit autant le désir d’apaisement que la solitude croissante des Beatles. Une clairière, oui, mais entourée par une forêt qui commence déjà à brûler.

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