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Jim Keltner, le cinquième homme de l’après-Beatles : joyeux anniversaire au batteur que Lennon, Harrison et Ringo ont adopté

Jim Keltner : le batteur des Beatles après les Beatles

On parle souvent des Beatles comme d’une histoire à quatre voix, arrêtée net en 1970 avant de se prolonger en trajectoires séparées, parfois fraternelles, parfois cruelles, souvent magnifiques. Mais dans cette géographie intime de l’après-Beatles, il existe des silhouettes qui ne figurent jamais au premier rang et sans lesquelles une partie du paysage sonnerait autrement. Jim Keltner est de celles-là. Né à Tulsa le 27 avril 1942, ce batteur américain d’une discrétion presque aristocratique n’a jamais eu besoin d’occuper le centre pour devenir indispensable. Lennon l’appelle au moment d’Imagine, Harrison l’embarque dans l’aventure du Concert for Bangladesh puis dans sa longue quête spirituelle, Ringo l’adopte comme un frère de rythme, et George le retrouve encore, jusqu’aux Traveling Wilburys, Brainwashed et l’adieu bouleversant du Concert for George. Keltner n’a pas remplacé Ringo, ni rejoué l’histoire des Beatles à la place des Beatles. Il a fait quelque chose de plus subtil : il a donné un corps, un souffle et une humanité aux chansons de ceux qui tentaient de vivre après le plus grand groupe du monde. Pour son anniversaire, retour sur le parcours d’un batteur de l’ombre qui, sans jamais hausser la voix, a tenu le pouls d’une légende.

Ringo Starr, une longue route entre Liverpool, Nashville et les fantômes des Beatles

Ringo Starr : Long Long Road, l’album country de la route

On a souvent regardé Ringo Starr comme le Beatle le plus simple à comprendre, ce qui est sans doute la meilleure manière de passer à côté de lui. Parce qu’il n’a jamais cherché à dominer la conversation, parce qu’il a préféré le battement juste au grand geste spectaculaire, parce qu’il a porté la légèreté comme une élégance et non comme une fuite, on a trop longtemps sous-estimé ce qu’il représentait vraiment : le cœur humain des Beatles, leur respiration, leur point d’équilibre. Avec Long Long Road, nouvel album produit par T Bone Burnett, Ringo ne vient pas réclamer une revanche tardive ni dresser son propre monument. Il reprend la route, simplement. Celle qui part de Liverpool, des disques américains rapportés par les marins, des boîtes de conserve transformées en tambours, des rêves de Texas abandonnés devant des formulaires administratifs, et qui passe par Hambourg, Abbey Road, Nashville, les excès, la sobriété, les retrouvailles et les fantômes apprivoisés. Ce disque country n’est ni un caprice de vétéran ni un testament sous cellophane. C’est le retour naturel d’un musicien qui a toujours su écouter avant de jouer, et qui, à quatre-vingt-cinq ans, continue d’avancer avec cette obstination désarmante : peace, love, et quelques kilomètres de plus.

Les Beatles, Michael Jackson et la grande bataille juridique derrière les chansons les plus célèbres du monde

Droits des chansons des Beatles : Michael Jackson, Sony et McCartney

On croit souvent connaître cette histoire : Michael Jackson aurait profité de l’amitié naissante avec Paul McCartney pour lui souffler sous le nez le catalogue des Beatles, dans un coup de billard froidement calculé. C’est une belle légende noire, avec son traître, sa victime et son trésor dérobé. Mais comme souvent avec les Beatles, la vérité est plus ancienne, plus juridique, plus cruelle aussi. Car lorsque Jackson achète ATV Music en 1985, Lennon et McCartney ont déjà perdu depuis longtemps le contrôle de leurs chansons. Tout s’est joué bien avant, dans les contrats signés au début des années 60, dans la création de Northern Songs, dans une introduction en Bourse mal comprise, puis dans la vente à ATV en 1969, au moment même où le groupe se fissurait de toutes parts. L’affaire devient alors beaucoup plus passionnante qu’un simple récit de trahison : elle raconte comment une chanson se transforme en actif financier, comment le droit américain peut rouvrir une porte fermée cinquante ans plus tôt, comment Sony finit par récupérer l’empire, et comment McCartney a patiemment utilisé les termination rights pour reprendre une partie de ce qui lui avait échappé. Derrière “Yesterday”, “Hey Jude” ou “Let It Be”, il y a donc une autre mélodie : celle des contrats, des sociétés, des héritiers, des avocats et d’un catalogue devenu l’un des plus convoités de l’histoire de la musique populaire.

Beatles : la Butcher Cover, anatomie d’un scandale américain

La chanson qu’Aaron Paul souhaite voir jouée à ses funérailles

Il y a des pochettes qui accompagnent tranquillement un disque, et d’autres qui finissent par le dévorer tout entier. Dans l’histoire des Beatles, la Butcher Cover appartient évidemment à la seconde catégorie : quatre garçons en blouses blanches, couverts de viande crue, de membres de poupées décapitées et de sourires inexplicablement tranquilles, comme si l’image la plus scandaleuse de leur carrière n’était qu’une plaisanterie de fin d’après-midi. On a souvent réduit cette photo à une provocation de mauvais goût, à une erreur de jugement, à un caprice macabre aussitôt puni par Capitol Records. Mais ce serait passer à côté de ce qu’elle raconte vraiment. Car cette pochette interdite de Yesterday and Today est bien plus qu’un accident industriel : elle est le symptôme parfait d’un groupe en train d’échapper à son propre mythe. En 1966, les Beatles ne veulent plus être des poupées propres pour adolescentes américaines. Ils enregistrent Revolver, se lassent des tournées, expérimentent en studio et regardent leur célébrité comme une forme de dévoration. La Butcher Cover condense tout cela en une seule image brutale : l’art contre le commerce, Londres contre l’Amérique puritaine, les Beatles contre leur emballage.

Quand le Manoir de Valotte donna son nom au premier album de Julian Lennon

Julian Lennon Valotte : l’histoire du manoir nivernais

Dans la cartographie intime des Beatles, il y a les lieux consacrés, ceux que l’on photographie depuis des décennies comme des reliques : Liverpool, Hambourg, Abbey Road, Rishikesh, le Dakota Building. Et puis il y a les adresses plus secrètes, celles qui n’entrent pas immédiatement dans les circuits de pèlerinage mais qui disent pourtant beaucoup de la manière dont cette histoire continue de rayonner. Le Manoir de Valotte, à Saint-Benin-d’Azy, dans la Nièvre, appartient à cette seconde géographie. C’est là qu’à la fin de 1983, Julian Lennon vient chercher un peu de silence pour travailler les chansons de son premier album, loin du vacarme médiatique promis à tout fils de John Lennon. Le lieu n’est pas un simple décor champêtre : il devient un refuge, un laboratoire, presque une chambre de décompression où un jeune musicien de vingt ans tente de faire exister sa voix avant que le monde ne l’écoute déjà à travers celle de son père. Publié en octobre 1984, produit par Phil Ramone, porté par “Valotte” et “Too Late For Goodbyes”, l’album connaîtra le succès, les certifications et une nomination aux Grammy Awards. Mais avant l’industrie, les clips et les classements, il y eut ce manoir nivernais, ses anciennes écuries transformées en studio, et ce moment fragile où Julian Lennon commença simplement à devenir Julian.

Il y a 44 ans, Paul McCartney tirait sur la corde : Tug of War et le sens d’un anniversaire

Paul McCartney Tug of War : 44 ans après, l’album qui tient encore

Il y a des anniversaires qui ressemblent à de simples prétextes, et d’autres qui finissent par éclairer une œuvre mieux que toutes les rééditions du monde. Tug of War, publié par Paul McCartney le 26 avril 1982, appartient clairement à cette seconde famille. Quarante-quatre ans plus tard, le disque n’a rien perdu de son étrange gravité : il demeure ce moment suspendu où l’ancien Beatle, sorti de Wings, encore sonné par l’assassinat de John Lennon, retrouve George Martin pour remettre de l’ordre dans le chaos et donner une forme pop à ce qui, dans sa vie, menace de se défaire. On a souvent résumé l’album à Ebony and Ivory, son énorme succès avec Stevie Wonder, ou à Here Today, la lettre bouleversante adressée à Lennon. Ce serait oublier le reste : la majesté de Wanderlust, l’élan de Take It Away, la tendresse de Somebody Who Cares, la finesse de production d’un disque qui tire dans toutes les directions sans jamais rompre. À l’heure où McCartney appartient désormais au temps long de la musique populaire, Tug of War se réécoute moins comme un retour nostalgique que comme l’un de ses grands albums de résistance intime : celui d’un homme qui continue, parce que la chanson reste encore sa meilleure manière de tenir debout.

Sean Ono Lennon, John et Yoko : anatomie d’une fausse ironie

Sean Ono Lennon défend John Lennon et Yoko Ono au Bed-In

Il suffit parfois d’une vieille photo pour rallumer les vieux procès. Pas une archive sonore, pas une chanson retrouvée, pas une nouvelle révélation sur les Beatles ou la période Plastic Ono Band : une simple image de John Lennon et Yoko Ono dans une chambre d’hôtel, pendant qu’une femme de chambre refait le lit du Bed-In for Peace. Et voilà que ressurgit, en avril 2026, l’accusation commode : ces deux pacifistes de luxe auraient prêché la paix depuis le confort d’une suite, servis par ceux que l’histoire ne regarde jamais. Sean Ono Lennon a répondu avec une formule aussi sèche qu’efficace : ses parents ne protestaient pas contre le service de chambre. Ils protestaient contre la guerre. Derrière la saillie, il y a plus qu’une défense familiale. Il y a une mise au point sur notre manière de juger les images, de confondre malaise social et ironie, contradiction et imposture, contexte et punchline. Car le Bed-In d’Amsterdam, en mars 1969, n’était ni un monastère ni une retraite de saints : c’était un happening médiatique, absurde, naïf, brillant, pensé pour vendre la paix comme on vend un refrain. Et cette photo, loin de tout résumer, mérite mieux que le ricanement facile.

Quand Derek Taylor retournait le couteau : Paul McCartney, avril 1970, et le procès médiatique d’un Beatles en fuite

Paul McCartney 1970 : Derek Taylor et la fin des Beatles

l y a des unes de presse qui ne se contentent pas de raconter l’histoire : elles la déforment au moment même où elle est encore chaude, tremblante, presque impossible à regarder en face. Le 25 avril 1970, Disc and Music Echo publie un titre d’une brutalité parfaite : “This Is Why The Beatles Left Paul!”. Non pas Paul quittant les Beatles, mais les Beatles quittant Paul. Toute la tragédie tient dans ce renversement. Au printemps 1970, alors que le plus grand groupe du monde se défait dans un mélange de fatigue, d’orgueil, d’avocats, de rancœurs et de chansons encore magnifiques, Paul McCartney devient le coupable idéal. Celui qui aurait brisé le rêve. Celui qui aurait parlé trop tôt. Celui qui, parce qu’il restait debout au milieu des ruines, semblait nécessairement les avoir provoquées. Plus troublant encore, l’article est signé Derek Taylor, ancien attaché de presse des Beatles, homme du temple, poète officiel de la mythologie pop, témoin privilégié des grandeurs comme des fissures. Relire aujourd’hui cette charge, ce n’est pas seulement revenir sur la séparation des Beatles. C’est observer comment une guerre familiale devient un procès public, comment un musicien paniqué devient un personnage, et comment l’histoire finit parfois par corriger les verdicts trop rapides.

Les Beatles en Grande-Bretagne : huit ans pour inventer le disque moderne

Discographie britannique des Beatles : redécouvrez, de Love Me Do à Let It Be, les albums, singles et EP UK qui ont changé la pop moderne.

On croit connaître la discographie des Beatles parce qu’on a usé jusqu’à la corde les pochettes de Sgt. Pepper, Abbey Road ou Revolver, parce qu’on sait réciter les grands titres comme un catéchisme pop et que le passage piéton d’Abbey Road est devenu une image plus célèbre que bien des monuments officiels. Mais il faut parfois revenir au commencement réel des choses, c’est-à-dire non pas à la légende globale, aux compilations confortables ou aux coffrets remasterisés, mais au sillon britannique, celui des singles Parlophone, des albums mono, des EP oubliés et de cette pomme Apple qui devait promettre la liberté avant de devenir le décor d’une séparation. Entre Love Me Do en 1962 et Let It Be en 1970, les Beatles ne se contentent pas d’aligner des chansons immortelles. Ils changent la nature même du disque populaire. Le 45-tours devient événement, l’album devient œuvre, le studio devient instrument, la pochette devient manifeste et les faces B, chez eux, regardent souvent les faces A sans baisser les yeux. Revenir à la discographie originale britannique, c’est donc lire le vrai roman des Beatles : une ascension fulgurante, une mutation permanente, puis une désagrégation dont les disques gardent encore la trace brûlante.

Quand Liverpool sautait de joie : l’été 1963, Brian Epstein et l’innocence perdue du Mersey Sound

Beatles 1963 : replongez dans l’été où Brian Epstein, Gerry and the Pacemakers et Billy J. Kramer célébraient les numéros un du Mersey Sound, juste avant la Beatlemania.

Il y a des images qui semblent d’abord modestes, presque anecdotiques, et qui finissent pourtant par contenir tout un monde. Celle-ci montre quelques garçons de Liverpool en costumes sombres, suspendus dans un saut collectif, le sourire large, la cravate sage et l’avenir encore invisible. Sur la gauche, on reconnaît John, Paul, George et Ringo, pas encore écrasés par leur propre légende. Autour d’eux, Gerry and the Pacemakers, Billy J. Kramer and the Dakotas, toute cette petite armée du Mersey Sound qui, au cœur de l’été 1963, vient de prouver à Londres que la pop britannique pouvait aussi naître dans les caves humides du Nord. Et puis il y a Brian Epstein, vingt-huit ans seulement, déjà plus grave que les autres, déjà dans ce rôle impossible du jeune homme chargé de rendre présentable un chaos qu’il ne pourra bientôt plus contenir. Ce que cette photographie célèbre, ce ne sont pas seulement des numéros un dans les charts. C’est le dernier instant où la victoire ressemble encore à une fête simple, avant la Beatlemania, l’Amérique, les studios, les fractures, les disparitions et la transformation de quatre garçons en mythologie mondiale. Un saut dans l’air, juste avant que la gravité de l’Histoire ne les rattrape.

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