WINGS · BAND ON THE RUN · 1973 · COMPOSITION, SESSIONS ET VARIANTES
Bluebird (1973) : Lagos, Remi Kabaka, Howie Casey, concert et versions — Wings
Chanson de Paul et Linda McCartney, déjà associée aux travaux du programme télévisé James Paul McCartney au printemps 1973. Studio EMI de Lagos en septembre, finitions londoniennes en octobre, Howie Casey au saxophone et Remi Kabaka aux percussions. Version officielle de Wings Over America enregistrée à Cincinnati le 27 mai 1976.
Crédits instrumentaux et versions sont rattachés aux dates de prise, de mixage et de publication, pour éviter de confondre les prestations du trio de 1973 avec celles des autres formations des Wings.
Une chanson qui dépasse l’épisode de Lagos
Bluebird figure à la troisième place de Band on the Run. Son histoire précède cependant le départ du trio vers le Nigeria : les chronologies de sessions relient le titre au projet audiovisuel James Paul McCartney de février-mars 1973. Il faut donc distinguer la présence d’une chanson dans un film ou une répétition de son enregistrement définitif sur un LP paru en décembre.
Ce parcours fournit une observation importante pour l’encyclopédie : tous les morceaux associés à Lagos ne furent pas nécessairement composés sur place. La création, les maquettes, la prise de base et les overdubs constituent des événements différents. Le titre devient une œuvre de Wings dont les bandes commerciales portent le travail du trio et d’invités, non la simple captation d’un voyage.
Lagos en septembre 1973 : une formation réduite
Paul et Linda McCartney et Denny Laine travaillent à EMI Studios Lagos pendant les trois premières semaines de septembre 1973. Les départs d’Henry McCullough et Denny Seiwell ont réduit le groupe. L’enregistrement du disque nécessite donc que Paul prenne plusieurs rôles instrumentaux, tandis que Laine et Linda participent à la guitare, aux claviers et aux voix.
La sessionographie de Bluebird cite les guitares acoustiques et la basse de Paul, la guitare acoustique et les chœurs de Denny Laine, les chœurs de Linda. Mais elle relève aussi un batteur et percussionniste extérieur, Remi Kabaka. Affirmer que Paul joue toute la batterie du disque serait donc inexact dans le cas de cette piste.
Remi Kabaka : un collaborateur essentiel
Les crédits identifient Remi Kabaka à la batterie et aux percussions. Sa participation atteste l’ouverture de la production à des musiciens dont l’histoire ne se limite pas au noyau britannique. Il serait insuffisant de le ranger sous le mot « musicien local » sans conserver son nom et ses instruments.
Le groove de la chanson est souple et aérien ; les percussions jouent une fonction différente de la batterie rock spectaculaire de certaines chansons des Wings. Le travail de Kabaka contribue à la continuité rythmique qui donne à la pièce sa sensation de légèreté, sans qu’on puisse attribuer à un seul instrument la totalité de cette atmosphère.
Howie Casey et le saxophone
Le saxophone de Howie Casey fait partie des caractéristiques musicales les plus reconnaissables de Bluebird. Casey n’est pas un membre permanent du trio qui enregistre le LP de 1973, mais un collaborateur important de McCartney. Son solo doit être rattaché aux travaux londoniens d’octobre plutôt que présenté comme une contribution démontrée de la prise de base de Lagos.
Cette intervention modifie l’équilibre de l’arrangement : la guitare acoustique et la voix de Paul créent l’ossature, les harmonies de Linda et Denny apportent une couleur collective, puis le saxophone élargit la mélodie en lui offrant une seconde voix instrumentale. La présence de ce musicien invité montre la différence entre formation permanente et personnel réel des masters.
Londres : overdubs et mise au point du mixage
Les travaux continuent à AIR Studios de Londres en octobre 1973, puis les mixages définitifs ont lieu à Kingsway Studios à la fin d’octobre et au début novembre avec Geoff Emerick. Pete Swettenham et l’assistant surnommé Monday sont documentés dans les équipes de session. Il faut donc éviter le récit selon lequel les trois Wings auraient terminé toutes les chansons au Nigeria avant de rentrer.
L’écart entre une première bande acoustique et le master publié se mesure dans les interventions additionnelles, la balance des voix et la place du saxophone. La date de publication de décembre 1973 n’est pas celle du mixage quadraphonique, réalisé plus tard en 1974.
L’oiseau comme image de libération
Bluebird utilise l’image de l’oiseau pour exprimer la liberté et le mouvement. Le texte ne doit pas être réduit au compte rendu d’un rêve personnel précis sans source de l’auteur. Les lignes mélodiques souples et l’arrangement acoustique contribuent à créer une sensation d’évasion plutôt qu’un récit riche en personnages.
Cette image résonne avec le titre général de l’album, Band on the Run, dans lequel l’idée de fuite et de sortie d’un enfermement est présente. Un lien thématique peut être étudié sans en déduire que le disque de 1973 possède nécessairement un scénario de concept album unifié et documenté.
Un arrangement qui prépare la scène de 1975–1976
En concert, Bluebird permet à Wings de présenter une autre dimension que les grands rocks de scène. Le programme live conserve le saxophone de Howie Casey et des guitares acoustiques. Le Paul McCartney Project rattache le master officiel de Wings Over America à une performance de Cincinnati datée du 27 mai 1976.
La formation scénique comprend alors Jimmy McCulloch à la guitare et Joe English à la batterie, en plus du trio Paul–Linda–Denny Laine et de Casey. Elle diffère donc du personnel de la prise de 1973. Le fait que le même saxophoniste participe aux deux époques n’autorise pas à attribuer les autres instruments de concert au master de Lagos.
La première édition britannique et le programme américain
Band on the Run paraît en décembre 1973. Le programme britannique officiel comporte neuf titres ; Capitol ajoute Helen Wheels sur le disque américain, qui présente dix chansons. Bluebird figure sur les deux, mais son environnement de séquençage et l’équilibre des faces ne sont pas exactement identiques.
La fiche collector conservera ces deux programmes en entier, avec les références de catalogue et les pays. Un même master peut apparaître sur plusieurs pressages sans nouvel enregistrement, tandis qu’un album live de 1976 possède une interprétation distincte. Ce sont deux dimensions différentes de l’histoire physique de Bluebird.
Les archives, les mixages quadraphoniques et les éditions modernes
Le Paul McCartney Project répertorie un mixage quadraphonique de Band on the Run réalisé au début de 1974. Pour Bluebird, ce mixage constitue un autre état spatial de l’enregistrement, et non une nouvelle prise de guitare ou une séance de 1974 réunissant tous les musiciens.
Les rééditions de 1993, le vingt-cinquième anniversaire de 1999 et l’Archive Collection de 2010 ajoutent leur propre histoire de mastering et de programmation. Leur étude doit distinguer les supports numériques, les éditions de luxe et les vinyles sans qualifier de version inédite toute nouvelle remastérisation.
Réception et valeurs documentaires
Bluebird est une chanson d’album appréciée pour sa mélodie et son saxophone, mais elle ne possède pas une trajectoire de grand single commercial britannique comparable à Jet ou Band on the Run. Les chiffres du LP ne peuvent donc pas être attribués à cette piste seule. La version live de 1976 atteste néanmoins son importance dans le répertoire de scène.
Une étude de réception digne de ce nom devra retrouver les critiques contemporaines qui citent le titre, et les distinguer des réévaluations publiées lors des anniversaires. Les premiers pressages France/Allemagne/Japon restent à inventorier matériellement, en vérifiant les pochettes, les matrices et le programme réel.












