Il y a dans le premier McCartney des morceaux qui semblent presque s’excuser d’exister. Pas de grand discours, pas de stratégie de prestige, pas de démonstration destinée à prouver quoi que ce soit après les Beatles. Momma Miss America est de ceux-là, et c’est précisément pour cela qu’il est si passionnant. Cet instrumental né dans le huis clos domestique de Cavendish Avenue ne cherche ni l’élégance souveraine d’Abbey Road, ni la confession directe, ni le statut de classique instantané. Il avance autrement, à tâtons, dans l’élan, le montage, l’accident assumé. D’abord une idée, puis une autre, puis deux morceaux qui se percutent et continuent leur route ensemble parce que McCartney a l’intelligence de ne pas corriger ce que le hasard vient d’inventer. On entend là un musicien blessé par l’effondrement des Beatles, mais déjà sauvé par le simple fait de rejouer seul, chez lui, sans filtre, sans négociation, sans autre nécessité que celle de respirer à nouveau par la musique. Momma Miss America n’est pas une curiosité instrumentale perdue au milieu du disque. C’est l’un des cœurs secrets de McCartney, le moment où Paul transforme le bricolage, l’improvisation et la solitude en une déclaration d’indépendance aussi discrète que décisive.
Il y a chez Paul McCartney une manière bien à lui de s’échapper des grands récits qu’on plaque sans cesse sur sa carrière. Dès qu’on croit l’avoir enfermé dans le rôle du Beatle éternel, du maître absolu de la mélodie ou du patriarche du rock britannique, il réapparaît là où on ne l’attend pas : dans un conte animé, une fable musicale, un petit monde tropical peuplé d’animaux, de couleurs et de chansons. Tropic Island Hum appartient à cette géographie parallèle de son œuvre, celle des chemins de traverse, des projets moins célébrés mais souvent plus révélateurs. Conçu sur plusieurs années avec Geoff Dunbar, porté par la complicité de Linda McCartney et enrichi par l’élégance de George Martin, ce court métrage d’animation dit quelque chose de central sur Paul : son goût pour le merveilleux, sa fidélité à la narration musicale et son refus obstiné de devenir son propre monument. Derrière son apparente légèreté, Tropic Island Hum n’est pas une simple fantaisie exotique. C’est un refuge en musique, une petite utopie animale, un projet profondément personnel où McCartney transforme encore une chanson en monde habitable.
Il y a des phrases de Paul McCartney qui ont l’air de simples pirouettes avant de révéler, en y revenant, une vision entière de la chanson pop. Lorsqu’il affirme que Love Me Do est le morceau le plus philosophique des Beatles, on pourrait croire à une provocation légère, à une malice lancée pour déjouer les commentateurs trop sérieux. Pourtant, plus on s’arrête sur cette déclaration, plus elle devient passionnante. Car en choisissant cette chanson frêle, primitive, presque nue, McCartney ne rabaisse pas l’idée de philosophie : il la ramène au plus près de la vie. Il rappelle que la profondeur ne se loge pas toujours dans les textes obscurs, les constructions savantes ou les grands effets de mystère, mais parfois dans une poignée de mots simples, chantés avec assez de vérité pour traverser le temps. Avec ses trois accords, son harmonica obstiné et sa demande d’amour formulée sans détour, Love Me Do dit déjà quelque chose d’essentiel sur les Beatles : leur capacité unique à transformer l’évidence en événement. Ce premier single n’est pas seulement un point de départ historique. Il contient en germe tout un art de la sincérité, toute une morale du populaire, et peut-être même, comme le suggère McCartney, une forme de sagesse plus profonde que bien des discours compliqués.
On a souvent pris la mauvaise habitude de découper Paul McCartney en deux. D’un côté, le mélodiste infaillible, le compositeur de refrains si parfaits qu’ils semblent avoir toujours existé. De l’autre, l’expérimentateur domestique, le bricoleur passionné de textures, de boucles, de voix trafiquées et de formes bancales. Comme s’il fallait choisir entre le classicisme et l’étrangeté. Avec Deep Deep Feeling, pièce centrale de McCartney III, Paul balaie cette opposition stérile d’un revers de main. Car ce morceau de plus de huit minutes n’a rien d’un caprice tardif ou d’une fantaisie de légende qui se ferait plaisir. Il est au contraire l’une des preuves les plus éclatantes de sa vitalité intacte. En partant d’une sensation amoureuse presque physique, ce vertige étrange qui envahit le corps quand le sentiment devient trop intense, McCartney construit une chanson mouvante, insaisissable, hypnotique, qui refuse les formats habituels pour mieux épouser les oscillations du cœur. Né dans l’isolement du confinement, Deep Deep Feeling est bien plus qu’un grand morceau de McCartney III : c’est le laboratoire secret d’un artiste qui, après plus de soixante ans de carrière, continue de chercher, d’oser et de transformer l’émotion en aventure sonore.
On raconte souvent les Beatles comme une forteresse imprenable : quatre garçons, quatre visages, quatre génies et, autour d’eux, rien qui compte vraiment. C’est une belle histoire, sans doute, mais une histoire trop simple. Car si Lennon, McCartney, Harrison et Starr ont bien bâti l’œuvre la plus sidérante de la pop moderne, ils ne l’ont jamais fait dans le vide. Autour d’eux gravitaient des présences qui, sans contester leur suprématie, ont parfois déplacé le cours des choses d’un simple geste, d’une idée, d’un climat retrouvé au bon moment. Billy Preston redonne de l’air à un groupe qui s’étouffe pendant les sessions de Get Back. Donovan glisse entre les mains de Lennon et McCartney une nouvelle manière de faire chanter la guitare acoustique. Mal Evans, colosse fidèle de l’ombre, appartient à cette catégorie rare d’hommes dont la proximité finit par entrer jusque dans la texture des chansons. Brian Jones, enfin, rappelle que la rivalité pop des sixties fut aussi une affaire d’échanges, de curiosités croisées et de frontières bien moins étanches qu’on ne l’a raconté. En s’intéressant à ces figures, on ne diminue pas les Beatles : on comprend au contraire plus finement comment leur grandeur a pris forme.
En 1964, les Beatles vivent à une cadence que personne ne semble pouvoir arrêter. L’Amérique vient de tomber à leurs pieds, la Beatlemania enfle jusqu’au vertige, et le groupe doit déjà penser au film A Hard Day’s Night, aux prochaines séances, aux prochains tubes. Tout va vite, trop vite, comme si la pop devait désormais se fabriquer dans l’urgence permanente. Et pourtant, au cœur de cette accélération insensée, surgit une chanson qui prend le contrepied de tout ce vacarme. And I Love Her n’a ni l’insolence frontale des premiers standards du groupe, ni le panache explosif de leurs futurs sommets. Elle avance à pas feutrés, avec une délicatesse presque désarmante. C’est justement là que réside son importance. Car sous ses airs de ballade modeste, le morceau marque un basculement décisif : celui où Paul McCartney comprend qu’il peut écrire autrement, avec moins d’effets, moins de démonstration, mais une profondeur émotionnelle inédite. Entre l’influence de Jane Asher, l’intelligence collective d’Abbey Road, le motif de guitare lumineux de George Harrison et les suggestions décisives de George Martin, And I Love Her devient bien plus qu’une jolie chanson d’amour : le premier grand moment où McCartney touche à une forme d’éternité.
Voici la liste des chansons que Paul McCartney a interprété lors de son concert du 31 mars au Apple Campus, à Cupertino, en Californie : Help! Coming Up Got to Get You Into My Life Let Me Roll It Getting Better Let ‘Em In My Valentine Nineteen Hundred and Eighty-Five Maybe I’m Amazed I’ve Just […]
Nous vous partagions la rumeur hier dans nos colonnes…. et c’est officiel : Paul McCartney s’est produit ce 31 mars au Apple Park de Cupertino en Californie, à l’occasion de l’événement 50th Apple’s Anniversary Restez en ligne pour d’autres informations !
Il y a des histoires minuscules qui, derrière leur air de farce, disent quelque chose de très exact sur l’époque. Celle de Paul McCartney et de Reddit appartient à cette catégorie. À la sortie de ses concerts donnés au Fonda Theatre de Los Angeles, organisés sans téléphones, l’ancien Beatle avait eu l’élégance de revenir vers son public pour lui offrir quelques photos officielles via un lien Dropbox. Un geste simple, presque délicat, pensé comme un prolongement naturel d’une expérience volontairement soustraite aux écrans. Et pourtant, en quelques heures, le récit a bifurqué : post disparu, compte officiel semblant banni, plateforme contrainte de plaider le bug technique. L’affaire est cocasse, évidemment, mais elle raconte surtout la manière dont les grandes machines numériques traitent désormais le réel : non plus comme une histoire, un contexte ou une présence humaine, mais comme une addition de signaux suspects à trier. Voir Paul McCartney, l’un des noms les plus évidents de l’histoire de la pop, momentanément confondu avec un comportement douteux, c’est assister en direct à cette étrange victoire de l’automatisme sur le bon sens.
Il y a des rumeurs qui ressemblent à de simples bruits de couloir, et d’autres qui s’imposent presque d’elles-mêmes tant elles paraissent répondre à une logique secrète. Voir aujourd’hui le nom de Paul McCartney circuler du côté d’Apple Park, au moment même où Apple fête ses 50 ans, relève précisément de cette seconde catégorie. Rien n’est officiel, et c’est bien ce qui rend l’affaire si intrigante : quelques indices, un campus qui se prépare à un final privé, un sous-entendu lâché dans la presse spécialisée, et soudain l’idée d’un ex-Beatle à Cupertino semble moins fantasque qu’évidente. Il faut dire que le moment est idéal. McCartney sort de deux concerts minuscules au Fonda Theatre, annonce The Boys of Dungeon Lane et rappelle, à 83 ans, qu’il n’est pas un monument posé sous verre mais un musicien toujours en mouvement. Face à lui, Apple cherche pour son demi-siècle une incarnation capable de relier innovation, mythe et mémoire. Entre Steve Jobs, qui voyait dans les Beatles un modèle de création collective, l’ancien contentieux entre Apple et Apple Corps, et la vitalité intacte de McCartney, cette rumeur dit déjà beaucoup. Peut-être même davantage qu’une simple annonce.












