Il y a dans le premier McCartney des morceaux qui semblent presque s’excuser d’exister. Pas de grand discours, pas de stratégie de prestige, pas de démonstration destinée à prouver quoi que ce soit après les Beatles. Momma Miss America est de ceux-là, et c’est précisément pour cela qu’il est si passionnant. Cet instrumental né dans le huis clos domestique de Cavendish Avenue ne cherche ni l’élégance souveraine d’Abbey Road, ni la confession directe, ni le statut de classique instantané. Il avance autrement, à tâtons, dans l’élan, le montage, l’accident assumé. D’abord une idée, puis une autre, puis deux morceaux qui se percutent et continuent leur route ensemble parce que McCartney a l’intelligence de ne pas corriger ce que le hasard vient d’inventer. On entend là un musicien blessé par l’effondrement des Beatles, mais déjà sauvé par le simple fait de rejouer seul, chez lui, sans filtre, sans négociation, sans autre nécessité que celle de respirer à nouveau par la musique. Momma Miss America n’est pas une curiosité instrumentale perdue au milieu du disque. C’est l’un des cœurs secrets de McCartney, le moment où Paul transforme le bricolage, l’improvisation et la solitude en une déclaration d’indépendance aussi discrète que décisive.
À travers 32 trésors méconnus, l’article éclaire la face B du catalogue de Paul McCartney, du home-studio lo-fi de 1970 aux pistes d’Egypt Station. Faces B cultes (Daytime Nighttime Suffering), instrumentaux bricolés (Momma Miss America), ballades (Love In Song, Somebody Who Cares), soul-gospel (Souvenir), embardées punk-new wave (Spin It On) et protest-song (Big Boys Bickering) composent un panorama mêlant raretés d’Archive Collection, inédits bootlegués (Return To Pepperland) et collaborations avec Costello, Godrich ou Youth. Chaque vignette révèle l’art mélodique et l’ingéniosité d’atelier d’un McCartney multi-instrumentiste, passant de la slide pastorale aux cuivres jazz et des îles Vierges à Abbey Road.












