Encyclopédie Ringo Starr · Animation et voix
Ringo Starr : dessins animés, doublage, Thomas le petit train et narration
De Yellow Submarine aux Simpson et à Thomas le petit train, la voix de Ringo Starr accompagne une histoire parallèle à sa carrière de rock star. Encore faut-il distinguer les personnages qu’il inspire des interprétations vocales qu’il enregistre réellement. Ce dossier retrace les différentes œuvres et les variations de versions qui intéressent les cinéphiles autant que les collectionneurs.
Repères chronologiques
- 1968 — Yellow Submarine : personnage animé de Ringo, doublé par Paul Angelis ; apparition réelle finale.
- 1971 — The Point! : narration de Ringo sur certaines éditions vidéo, non dans la première diffusion.
- 1984–1986 — Thomas the Tank Engine & Friends : narrateur britannique des deux premières saisons.
- 1989–1990 — Shining Time Station : Mr. Conductor, personnage interprété à l’écran.
- 1991 — The Simpsons : voix originale de Ringo dans Brush with Greatness.
- 1992 — Shelley Duvall’s Bedtime Stories : histoires racontées par Ringo.
- 2014 — The Powerpuff Girls : voix de Fibonacci Sequins.
Pourquoi la voix de Ringo Starr appartient aussi à l’histoire du cinéma
On associe souvent le cinéma aux visages. Pourtant, une grande partie de la carrière audiovisuelle de Ringo Starr se joue dans un domaine où le spectateur n’a pas besoin de le voir : la narration et le doublage. La voix de l’ancien Beatle, son rythme, son accent de Liverpool et sa manière de construire une phrase ont contribué à l’identité de plusieurs œuvres destinées au jeune public. Cette activité ne relève pas de l’anecdote ; elle constitue une seconde forme d’interprétation, distincte de ses apparitions dans Candy, The Magic Christian ou Caveman.
Le plus grand risque, pour une filmographie, serait cependant de confondre l’existence d’un personnage représentant Ringo avec un enregistrement effectué par Ringo lui-même. Yellow Submarine fournit l’exemple classique de cette distinction : le batteur est bien un personnage essentiel du film animé, mais un comédien professionnel assure son doublage. Dans The Point!, la question est plus compliquée encore, puisqu’il existe plusieurs narrations associées aux éditions du film. La précision du crédit et de sa version compte donc autant que le titre et l’année de première sortie.
Yellow Submarine (1968) : un Ringo animé qui n’a pas sa voix
À consulter également : la fiche encyclopédique complète de Yellow Submarine (1968), consacrée à l’histoire du long métrage, aux voix, à la musique et aux versions restaurées.
Réalisé par George Dunning et sorti en juillet 1968, Yellow Submarine demeure l’un des films d’animation les plus célèbres liés aux Beatles. Dans un monde fantastique appelé Pepperland, le groupe est représenté sous une forme dessinée qui réinvente les visages et les comportements familiers de ses quatre membres. Ringo y occupe une place importante dans la narration, notamment grâce à son caractère naïf et aventureux. L’esthétique graphique de Heinz Edelmann, le travail d’une grande équipe d’animateurs et la bande sonore des Beatles composent une œuvre devenue une référence de la culture psychédélique.
Mais les quatre Beatles n’ont pas enregistré les dialogues de leurs personnages animés. Le site officiel du groupe attribue la voix du Ringo dessiné à Paul Angelis, qui assure également celle du Chief Blue Meanie. George Harrison a expliqué rétrospectivement qu’il appréciait le film et qu’il pensait les interprètes professionnels probablement mieux adaptés à un dessin animé très caricatural. Cette précision permet de distinguer la participation musicale du groupe, la représentation dessinée de ses membres et leur courte apparition réelle dans la séquence finale.
Il faut aussi rappeler que la chanson Yellow Submarine précède le film. Enregistrée en 1966 pour Revolver, elle est chantée par Ringo. Le succès du morceau ouvre la voie à une adaptation cinématographique, et non l’inverse. Une notice discographique complète devra donc séparer la chanson de 1966, le film de 1968, l’album de bande originale de 1969 et les diverses restaurations du long métrage. La confusion entre ces objets peut sembler mineure, mais elle entraîne de nombreuses erreurs de datation et de crédit.
The Point! (1971) : plusieurs narrateurs pour une même œuvre
Étude encyclopédique : The Point! (1971) : Harry Nilsson, les quatre narrateurs et les éditions vidéo de Ringo.
The Point! est une fable musicale et animée imaginée par Harry Nilsson, réalisée par Fred Wolf et diffusée pour la première fois à la télévision américaine en février 1971. Elle raconte l’histoire d’Oblio, un garçon dont la tête ne possède pas la pointe que tous les autres habitants de son royaume semblent avoir. Accompagné de son chien Arrow, il découvre un monde où la différence peut devenir une manière de comprendre les autres. L’œuvre mêle humour, musique et une réflexion tendre sur l’exclusion.
Ringo Starr est régulièrement crédité comme narrateur du film. Cette affirmation est exacte pour certaines éditions, mais elle ne décrit pas la première diffusion. Dustin Hoffman fournit la voix du père narrateur dans la version originale de 1971, pour une utilisation contractuellement limitée. D’autres enregistrements seront ensuite réalisés, notamment avec Alan Barzman et Alan Thicke. La narration de Ringo figure dans des éditions vidéo diffusées ultérieurement. Lui attribuer la création originale de la voix en 1971 conduirait donc à une erreur historique.
Cette situation constitue un cas d’école pour les collectionneurs. Deux exemplaires de The Point! peuvent présenter le même titre, la même animation et la même musique de Nilsson, mais comporter des voix différentes. Il ne suffit pas de relever le format VHS ou DVD : la fiche devra identifier la narration effectivement présente et son territoire de diffusion. La place de Ringo dans l’histoire du film dépend précisément de la version considérée.
Thomas the Tank Engine & Friends : le narrateur qui donne vie à Sodor
Grand dossier encyclopédique : Ringo Starr et Thomas le petit train : les 52 épisodes britanniques, les maquettes et les différentes versions.
À partir d’octobre 1984, la télévision britannique diffuse Thomas the Tank Engine & Friends, série adaptée des livres ferroviaires de Wilbert Awdry. Ringo assure la narration des deux premières saisons, diffusées en 1984 et 1986. Il ne s’agit pas d’un simple commentaire enregistré au-dessus des images. Sa voix organise les interactions entre les locomotives, accompagne les récits et contribue à donner une personnalité aux différents personnages. Dans les premiers épisodes, les figures miniatures n’emploient pas chacune un comédien de doublage distinct : le narrateur porte une grande partie des dialogues et de l’expressivité.
Ce dispositif met en valeur les qualités vocales de Ringo. Sa manière de parler est précise sans devenir professorale. Elle conserve une chaleur qui permet aux plus jeunes spectateurs de suivre des histoires simples, parfois traversées de querelles, de jalousie ou d’apprentissages moraux. Pour ceux qui ont découvert Ringo à travers ces émissions, son identité de Beatle n’était pas nécessairement connue. Il devenait le narrateur des aventures de Thomas avant d’être replacé dans l’histoire du rock.
La chronologie exige cependant quelques nuances. Les épisodes britanniques ont été diffusés au milieu des années 1980, mais certaines narrations ont ensuite circulé dans des versions américaines et des programmes composites. Des comédiens comme Michael Angelis ou George Carlin ont succédé à Ringo ou réenregistré des épisodes. Il ne faut jamais déduire le narrateur d’une seule jaquette : une édition postérieure peut présenter une bande sonore différente de celle diffusée initialement.
Shining Time Station : de la voix au personnage de Mr. Conductor
Consultez Shining Time Station (1989–1990) : Ringo Starr en Mr. Conductor pour les vingt épisodes et les archives de cette période.
La télévision américaine franchit une étape supplémentaire avec Shining Time Station, lancé en 1989. La série combine des scènes tournées dans une gare et des histoires de Thomas. Ringo y interprète Mr. Conductor, figure minuscule qui introduit les aventures ferroviaires. Le spectateur voit désormais le musicien à l’écran dans une fiction destinée aux enfants, alors que son rôle précédent reposait principalement sur la narration.
Mr. Conductor sert de passerelle entre deux univers. Il peut expliquer ce qui se passe, transmettre un message ou ouvrir l’accès aux histoires des locomotives. Sa petite taille devient un ressort de mise en scène et un élément reconnaissable de la série. Le jeu de Ringo est toujours discret, mais très visible : il doit donner l’impression que cet être fantastique appartient naturellement au quotidien de la gare.
Il joue dans la première saison et un spécial de Noël, avant que d’autres interprètes prennent le relais. Cette présence doit être classée comme un rôle télévisuel et non comme un simple doublage. Pour une base encyclopédique, il faut donc créer des renvois dans les deux rubriques, tout en conservant une fiche centrale qui détaille exactement les épisodes et les prestations de Ringo.
Les Simpson (1991) : Ringo prête réellement sa voix à Ringo
Étude complète : Le Pinceau qui tue : Ringo Starr, Marge et l’épisode de 1991.
Avec Brush with Greatness, épisode de la deuxième saison des Simpsons, Ringo retrouve le dessin animé sous une forme très différente de Yellow Submarine. Il enregistre cette fois lui-même la voix de son personnage. Le scénario exploite une idée à la fois comique et affectueuse : les Beatles ont reçu un nombre considérable de lettres de leurs admirateurs, et Ringo prend encore le temps de leur répondre, même lorsque l’envoi remonte à de nombreuses années.
Le passage intervient dans une histoire consacrée notamment au talent artistique de Marge Simpson. Le personnage de Ringo n’a pas besoin d’occuper tout l’épisode pour laisser une empreinte durable. Quelques répliques suffisent à associer son image publique — attention, courtoisie, humour un peu décalé — à l’univers satirique de la série. On pourrait y voir un hommage à la Beatlemania, mais le mécanisme comique fonctionne également pour un jeune public qui ne connaît pas toute l’histoire des Beatles.
Le crédit est ici sans ambiguïté : il s’agit d’une prestation vocale originale de Ringo Starr pour un dessin animé, et non de l’utilisation d’archives sonores. Ce détail permet de le comparer directement à Yellow Submarine, où les voix des membres du groupe étaient enregistrées par des acteurs de doublage.
The Powerpuff Girls : Fibonacci Sequins et le plaisir du jeu
En 2014, Ringo prête sa voix à Fibonacci Sequins dans Dance Pantsed, un épisode spécial de The Powerpuff Girls. La participation démontre que son intérêt pour l’animation ne disparaît pas après les années 1990. Le personnage appartient à un univers comique dont les règles peuvent paraître très éloignées du cinéma musical des Beatles, mais le principe reste proche de certaines expériences antérieures : un artiste célèbre accepte d’entrer dans un monde de fantaisie.
L’importance du crédit doit être évaluée justement. Ce n’est ni un long métrage de Ringo, ni un grand retour à l’interprétation dramatique. C’est un travail vocal ponctuel, suffisamment identifié pour figurer dans sa filmographie d’animation. Il illustre aussi la continuité d’une carrière où le jeu et l’autodérision conservent une place notable.
Les livres racontés et les variations de narrateur
Nouvelles fiches : Elbert’s Bad Word (1992), raconté par Ringo Starr et Dance Pantsed (2014), rôle vocal et chanson.
La participation à Shelley Duvall’s Bedtime Stories en 1992 prolonge le lien de Ringo avec les histoires destinées aux enfants. Les récits Elbert’s Bad Word et Weird Parents sont associés à son travail de narration. Ce genre de programme demande un savoir-faire moins visible que le jeu devant la caméra : il faut adapter les inflexions de la voix à un récit déjà illustré, marquer les personnages et maintenir l’attention sans transformer chaque phrase en effet spectaculaire.
Pour les productions destinées à la jeunesse, la distinction entre livre audio, épisode de télévision, vidéocassette et compilation est particulièrement importante. Une histoire peut avoir été enregistrée une seule fois, puis publiée sous plusieurs formes. Compter chaque édition comme une nouvelle interprétation gonflerait artificiellement la filmographie. L’encyclopédie retiendra donc l’enregistrement de référence, puis rattachera les supports qui le reproduisent.
Comment documenter les voix de Ringo sans multiplier les erreurs
Parmi les attributions à confronter aux éditions complètes figure Walking After Midnight (1988), documentaire canadien où Ringo est crédité et parfois présenté comme narrateur.
Une filmographie de l’animation exige quatre questions simples : qui apparaît à l’écran, qui parle réellement, quelle version est examinée et quand cet enregistrement a-t-il été réalisé ? Pour les Beatles, le nom d’un membre célèbre dans le titre d’un film ne fournit jamais à lui seul la réponse. Une même œuvre peut réunir des chansons de Ringo, un personnage inspiré de son visage et la voix d’un autre comédien.
Cette attention au détail constitue l’un des signes d’un travail encyclopédique fiable. Elle permet de restituer à Ringo ce qu’il a effectivement apporté au cinéma d’animation et à la télévision pour enfants, sans lui attribuer des prestations inexistantes. Elle permet également au collectionneur d’identifier les éditions recherchées pour des raisons précises : entendre le premier narrateur, retrouver un doublage particulier ou comparer les restaurations successives. Derrière ces différences apparemment techniques, c’est une part importante de la mémoire audiovisuelle du XXe siècle qui se conserve.
Sources et documents consultés
Site officiel des Beatles, générique et historique de Yellow Submarine ; documentation de production de The Point! ; génériques britanniques des premières séries de Thomas the Tank Engine & Friends ; filmographies et génériques de Shining Time Station, The Simpsons et The Powerpuff Girls. Les variantes nationales et les éditions vidéo appellent des contrôles complémentaires.












