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Filmographie de Ringo Starr · 1968 · Animation

Yellow Submarine (1968) : Ringo Starr et le film d’animation des Beatles

Sorti en juillet 1968, Yellow Submarine est bien plus qu’un dessin animé inspiré par les Beatles. Sous la direction de George Dunning et avec l’univers graphique de Heinz Edelmann, le film invente un monde où la musique libère Pepperland de la tyrannie des Blue Meanies. Ringo Starr y occupe une place décisive : il est le premier Beatle entraîné dans l’aventure, mais son personnage animé n’est pas doublé par lui. Le musicien intervient par ses chansons et dans une brève scène réelle finale. Cette étude distingue les artistes, les voix, les chansons, les versions du montage et les restaurations, pour raconter avec précision l’histoire d’un classique du cinéma d’animation.

Affiche de Yellow Submarine (1968), film d'animation des Beatles
Affiche du film Yellow Submarine (1968).

Fiche technique de Yellow Submarine

  • Titre original : Yellow Submarine
  • Titre français usuel : Yellow Submarine — Le Sous-marin jaune
  • Année : 1968
  • Première londonienne : 17 juillet 1968
  • Réalisation : George Dunning
  • Direction artistique : Heinz Edelmann
  • Production : Al Brodax
  • Scénario : Lee Minoff, Al Brodax, Jack Mendelsohn et Erich Segal
  • Direction de l’animation : Jack Stokes et Robert Balser
  • Supervision de production : John Coates
  • Direction musicale : George Martin
  • Voix originale du Ringo animé : Paul Angelis
  • Participation réelle de Ringo : Chant sur des enregistrements des Beatles et apparition filmée finale
  • Durée : Environ 87 à 90 minutes selon les versions et notices
  • Genre : Animation musicale, aventure psychédélique, fantastique

1968 : les Beatles quittent l’écran sans vraiment le quitter

En juillet 1968, les Beatles n’ont plus grand-chose à prouver au cinéma. Quatre ans auparavant, A Hard Day’s Night avait bouleversé le film musical en capturant leur insolence dans un noir et blanc rapide et inventif. Help!, l’année suivante, avait étendu cette liberté à une aventure colorée et absurdement mouvementée. Puis Magical Mystery Tour, produit pour la télévision en 1967, avait transformé leur univers en expérience presque sans scénario. Yellow Submarine emprunte une quatrième voie : les quatre musiciens deviennent des personnages de dessin animé, tandis que d’autres artistes imaginent à leur place un monde capable de donner corps à leurs chansons. L’entreprise aurait pu n’être qu’un produit de plus destiné à exploiter la célébrité des Fab Four. Elle devient au contraire l’une des propositions visuelles les plus originales de l’époque.

Pour comprendre la place de Ringo Starr dans cette aventure, il faut accepter d’emblée un paradoxe. Son personnage est très présent dans le récit et la chanson qui donne son titre au film est interprétée par lui, mais l’acteur ne prononce pas les dialogues de son double animé. Le spectateur assiste ainsi à une étrange séparation entre la voix chantée, la silhouette dessinée, le comédien qui parle et le véritable musicien qui apparaît brièvement à la fin. Cette situation rend le film passionnant pour une encyclopédie : elle rappelle que « jouer dans un film » peut désigner plusieurs contributions très différentes.

Un projet né d’un contrat, d’une série télévisée et d’une intuition

L’origine de Yellow Submarine s’inscrit dans les relations entre les Beatles, le cinéma et le marché de l’animation. La société King Features avait déjà exploité leur popularité au moyen d’une série américaine de dessins animés, diffusée à partir de 1965. Cette première adaptation, caractérisée par une animation plus économique et des voix qui ne sont pas celles des véritables musiciens, ne bénéficie pas d’une grande estime auprès des Beatles eux-mêmes. Le producteur Al Brodax voit pourtant dans cette licence une matière possible pour un long métrage. Les liens avec United Artists et les engagements cinématographiques du groupe fournissent un contexte commercial favorable. Le British Film Institute rappelle combien la perspective de participer à un film sans devoir passer des semaines sur un plateau pouvait séduire des artistes désormais peu disposés à tourner une nouvelle comédie traditionnelle.

Il serait néanmoins trop simple de considérer que le film a été imaginé par les Beatles dans une démarche collective comparable à celle d’un album. Le travail de scénario, la construction graphique et la réalisation sont assumés par une équipe de professionnels du cinéma d’animation. Les quatre musiciens apportent leurs chansons, leur image et un bref passage devant la caméra. Cette distance initiale vis-à-vis du projet n’empêche pas son résultat d’entrer profondément dans l’imaginaire du groupe. Elle explique au contraire l’une de ses libertés majeures : les dessinateurs n’ont pas constamment à reproduire le réalisme ou les intentions de leurs célèbres modèles.

La création d’un monde : Pepperland et les Blue Meanies

L’histoire commence à Pepperland, territoire d’harmonie où la musique irrigue la vie quotidienne. Ce paradis fantaisiste est menacé par les Blue Meanies, créatures bleues dont l’hostilité vise les couleurs, les chants et la joie. L’invasion se déploie comme un catalogue de terreurs grotesques : figures disproportionnées, armes absurdes et terrifiante main volante composent une armée faite de cauchemars graphiques. Le chef des Blue Meanies ne se réduit pas à un adversaire de conte ordinaire. Il incarne un principe de destruction de tout ce qui rassemble les habitants. L’opposition entre musique et silence devient donc immédiatement lisible, y compris par les enfants, sans qu’il soit nécessaire de fixer une interprétation politique unique.

C’est le marin Old Fred qui quitte le royaume à bord d’un sous-marin jaune pour trouver des secours. Son arrivée à Liverpool relie le merveilleux à la ville natale des Beatles. Le passage joue sur un choc de tonalité : le monde familier, représenté de façon tout aussi stylisée, devient la porte d’entrée vers un périple débridé. Le récit n’a pas besoin d’un méchant psychologiquement complexe ni d’un objectif plus subtil que la libération de Pepperland. Cette simplicité permet aux animateurs de faire de chaque étape du voyage une expérience visuelle autonome. La fable repose sur une idée facile à retenir, mais les images qui la racontent échappent à la simplicité.

Scène du film Yellow Submarine (1968), univers psychédélique des Beatles
Une scène de Yellow Submarine : l’animation réinvente l’univers des Beatles.

Pourquoi Ringo ouvre la route vers le sous-marin jaune

Dans le film, Ringo est le premier des quatre Beatles auquel Old Fred s’adresse pour obtenir de l’aide. Le personnage dessiné possède plusieurs qualités déjà associées au musicien par le public : une bonhomie légèrement mélancolique, un goût pour les remarques naïves et une aptitude à accepter les circonstances les plus extraordinaires avec un détachement comique. Sa présence sert de passerelle entre le spectateur et l’univers fantastique. Il n’est pas un héros triomphant qui maîtrise dès l’abord toutes les règles du voyage. Il découvre, s’étonne et pose les questions auxquelles les autres personnages ne pensent pas.

Cette fonction narrative est capitale. Dans A Hard Day’s Night, la promenade solitaire de Ringo suspendait l’agitation du groupe et laissait apparaître un tempérament plus rêveur. Yellow Submarine utilise à nouveau cette personnalité de fiction pour déclencher le mouvement : le Ringo animé est disponible pour l’aventure précisément parce qu’il paraît moins prisonnier d’un rôle de chef. Il faut cependant bien distinguer cette construction scénaristique de la personnalité réelle de Richard Starkey. Les auteurs ont repris un ensemble de traits devenus reconnaissables dans les films précédents, sans chercher à établir un portrait psychologique documenté du véritable batteur.

Paul Angelis, et non Ringo Starr, est la voix du Ringo animé

La question du doublage est souvent mal présentée dans les filmographies sommaires. Paul Angelis prête sa voix au personnage animé de Ringo Starr. Il double également le chef des Blue Meanies et, selon le générique et les archives, intervient sur une partie des dialogues de George. John Clive assure la voix de John Lennon ; Geoffrey Hughes celle de Paul McCartney ; Peter Batten est associé à George Harrison. Dick Emery incarne plusieurs personnages, dont le maire et Jeremy Hillary Boob, tandis que Lance Percival joue Old Fred. Ce partage des rôles confirme que le film est bien une œuvre de comédiens de doublage, même lorsque ses personnages portent les noms des Beatles.

Ringo ne doit donc pas être crédité comme interprète vocal des dialogues de son personnage animé. Son intervention réelle se situe à deux autres niveaux : les chansons des Beatles enregistrées par le groupe, notamment Yellow Submarine où il chante, et le court épilogue filmé en prises de vues réelles. La distinction est plus qu’une correction de générique. Elle permet de comprendre la nature particulière du projet, où une célébrité peut être présente dans une œuvre sans avoir accompli elle-même toutes les tâches associées au personnage qui lui ressemble. Elle donne aussi aux comédiens de doublage la place historique qu’ils méritent.

La voix chantée : de Revolver au grand écran

La chanson Yellow Submarine précède le film de deux années. Les Beatles l’enregistrent en mai et juin 1966 pour l’album Revolver, avec Ringo Starr au chant principal. Elle paraît également en single avec Eleanor Rigby. Son refrain collectif, ses bruitages et son univers imaginaire la distinguent des chansons sentimentales habituelles. L’idée d’un véhicule fantastique dans lequel tout le monde peut embarquer ouvre un espace de rêve particulièrement propice à l’animation. Le long métrage ne provoque pas la naissance de la chanson ; c’est bien une chanson déjà populaire qui fournit aux cinéastes le principe de leur nouvelle histoire.

Cette chronologie est importante pour l’histoire musicale de Ringo. Le film de 1968 ne représente pas un enregistrement solo du batteur : les images utilisent la performance qu’il a réalisée comme membre des Beatles. Même les chansons spécialement exploitées dans le long métrage sont issues de séances du groupe et d’époques différentes. Pour les collectionneurs, trois dates doivent rester distinctes : l’enregistrement de 1966, la sortie du film en 1968 et la publication de l’album Yellow Submarine au début de 1969. Les confondre reviendrait à faire de la bande originale un document de séances qui n’existe pas sous cette forme.

Le voyage : une succession de mers plutôt qu’une intrigue conventionnelle

Une fois réunis, les Beatles embarquent avec Old Fred vers Pepperland. Le voyage traverse des espaces dont les noms annoncent les règles changeantes : la Mer du Temps, la Mer de la Science, la Mer des Monstres, la Mer des Trous ou encore la Mer de Nulle Part. Le récit cesse alors d’obéir aux conventions d’une aventure réaliste. Les lois de la perspective changent, les objets semblent posséder leur propre vie, les paysages se transforment en compositions graphiques, et les personnages peuvent être tantôt minuscules, tantôt perdus dans une immensité abstraite.

Pour Ringo, cette traversée offre une quantité de situations comiques fondées sur l’étonnement. Il intervient dans un récit où l’on peut rencontrer des créatures démesurées et des phénomènes impossibles sans que la logique doive être restaurée immédiatement. Le personnage sert souvent de référence humaine au milieu de ces métamorphoses. Son calme un peu désorienté accentue la bizarrerie des décors. Ces scènes rappellent que le film est beaucoup plus qu’une série de chansons illustrées : c’est une tentative de traduire au cinéma la sensation de liberté qui caractérise la musique et les arts graphiques de la fin des années 1960.

Autre scène du film Yellow Submarine (1968), cinéma d'animation des Beatles
Une autre scène de Yellow Submarine (1968).

Jeremy Hillary Boob : le Nowhere Man que les Beatles rencontrent

L’un des habitants les plus mémorables du voyage est Jeremy Hillary Boob, personnage érudit mais solitaire auquel la chanson Nowhere Man donne une profondeur inattendue. Il accumule des mots et des connaissances tout en paraissant incapable de trouver sa place. Sa rencontre avec les Beatles associe un humour presque enfantin à une certaine tristesse. Dans cette séquence, l’insertion de la chanson n’est pas un simple interlude promotionnel. Le sens du texte, composé auparavant par John Lennon, entre en résonance avec la situation du personnage.

L’effet est révélateur de la force particulière de Yellow Submarine. Les chansons ont été enregistrées dans des contextes différents, mais les dessinateurs leur découvrent un sens narratif nouveau. Le même procédé traverse d’autres moments du film : l’animation n’illustre pas servilement chaque mot du texte, elle construit un espace où la musique devient un événement. La présence de Ringo et des autres Beatles donne à ces rencontres une continuité émotionnelle malgré l’absence d’une intrigue serrée. Le film invente ainsi une manière d’utiliser un répertoire préexistant comme une langue de fiction.

Heinz Edelmann : le dessinateur qui donne au film son identité

Le nom de Heinz Edelmann est essentiel à toute étude sérieuse de Yellow Submarine. Directeur artistique du film, ce graphiste transforme les personnages, les paysages et les transitions en un univers dont les couleurs et les formes sont immédiatement identifiables. L’esthétique associe silhouettes découpées, aplats éclatants, typographie imaginative, motifs mouvants et perspectives déroutantes. On peut y reconnaître l’esprit de plusieurs tendances graphiques des années 1960, du pop art à la publicité expérimentale, mais réduire le film à une simple mode psychédélique reviendrait à ignorer la précision de son langage.

L’œuvre d’Edelmann possède une cohérence assez forte pour survivre aux limites techniques et budgétaires de la production. Certains personnages bougent de façon relativement simple, mais les cadres et les changements de forme deviennent des sources permanentes de surprise. Il faut également rappeler qu’un film collectif ne naît pas de la seule imagination de son directeur artistique. Les responsables de l’animation, les graphistes, les décorateurs et les techniciens contribuent à traduire ses principes en milliers d’images. L’identité du film résulte d’une collaboration, même si Edelmann est la figure la plus souvent associée à son apparence.

George Dunning, Jack Stokes, Robert Balser et les artisans de l’animation

George Dunning dirige le long métrage. Jack Stokes et Robert Balser sont associés à la direction de l’animation, tandis que John Coates supervise une production particulièrement ambitieuse pour l’industrie britannique. Le British Film Institute replace ce chantier parmi les grandes expériences qui permettent au cinéma d’animation britannique d’acquérir une visibilité internationale. Les équipes doivent inventer des méthodes pour faire passer sur la pellicule des idées graphiques qui ne correspondent pas toujours aux procédés habituels du dessin animé.

La difficulté ne consiste pas seulement à animer les quatre Beatles de manière identifiable. Les paysages abstraits, les créatures, les transitions entre les chansons et les jeux de perspective exigent une organisation complexe. Les dessins, les transparents, les prises de vues et les combinaisons d’éléments visuels forment une matière très délicate. Cette réalité technique deviendra évidente lors de la restauration de 2012, lorsque chaque image devra être nettoyée avec un soin particulier. Le film conserve ainsi une double importance historique : comme objet de culture pop et comme réalisation majeure de dessinateurs et de techniciens de l’animation.

Photographie des coulisses ou de l'équipe de production de Yellow Submarine (1968)
Archives des coulisses de Yellow Submarine (1968).

La satire des Blue Meanies : musique, pouvoir et résistance

Les Blue Meanies ne sont pas seulement des monstres pittoresques. Ils incarnent un ordre qui rejette la musique, les couleurs et la diversité des comportements. Leur règne transforme Pepperland en un espace sans joie. Le récit propose une libération par l’invention et la musique plutôt que par la seule puissance physique. Cette opposition correspond aux valeurs affichées par une partie de la contre-culture de 1968, mais le film demeure assez ouvert pour ne pas se réduire à un message politique déterminé.

L’interprétation historique demande de la prudence. On peut voir dans les créatures bleues des figures de répression, d’autoritarisme ou de refus de la différence. Il n’existe cependant aucune raison de transformer chacune de leurs caractéristiques en allégorie officielle d’un événement précis. La force du film tient à sa façon de représenter graphiquement la suppression du plaisir : couleurs éteintes, instruments immobilisés, personnages privés de mouvement. Le retour des Beatles et de leurs chansons se comprend alors comme une remise en circulation de la vie. La musique devient le moyen d’ouvrir à nouveau les frontières du monde.

La musique dans le film : des chansons connues et des titres nouveaux

Le long métrage fait appel à un ensemble de chansons des Beatles provenant de plusieurs albums et séances. On y entend notamment Eleanor Rigby, When I’m Sixty-Four, Nowhere Man, Lucy in the Sky with Diamonds, All You Need Is Love et, naturellement, Yellow Submarine. Certaines séquences offrent des images immédiatement devenues célèbres, comme l’univers graphique construit autour d’Eleanor Rigby. D’autres utilisent la chanson comme moteur d’une scène d’action ou de métamorphose.

Quatre chansons des Beatles publiées sur la bande originale de 1969 sont alors inédites sur album : Only a Northern Song, All Together Now, Hey Bulldog et It’s All Too Much. Les deux titres de George Harrison sont particulièrement importants pour comprendre la diversité musicale du film. Only a Northern Song adopte un ton volontairement déstabilisant, tandis qu’It’s All Too Much déploie une ampleur psychédélique spectaculaire. Hey Bulldog, construit autour d’un piano et de l’énergie vocale de Lennon et McCartney, aura également une histoire particulière dans les versions du montage. Le film devient ainsi un véritable carrefour entre la période Revolver, les expérimentations de 1967 et les premières séances de 1968.

Le disque de 1969 n’est pas le film de 1968

L’album Yellow Submarine, publié en janvier 1969, possède une structure originale. Sa première face réunit six chansons des Beatles : Yellow Submarine, Only a Northern Song, All Together Now, Hey Bulldog, It’s All Too Much et All You Need Is Love. La seconde face propose la musique orchestrale composée et arrangée par George Martin pour le film. Ce partage est l’une des principales différences avec les albums généralement présentés comme de simples bandes originales de chansons.

L’album ne rassemble pas toutes les chansons entendues au cinéma. Cette précision est fondamentale pour le collectionneur : la filmographie et la discographie se recoupent sans se superposer. Yellow Submarine Songtrack, lancé en 1999, répond précisément à cette situation en proposant quinze enregistrements des Beatles associés au film, dans de nouveaux mixages, mais sans la seconde face orchestrale du disque original. On possède donc au moins trois objets complémentaires à comparer : le montage cinématographique de 1968, l’album de 1969 et le Songtrack de 1999. Chaque édition possède sa logique et son histoire.

Le cas Hey Bulldog et les différences entre les versions

Hey Bulldog représente l’un des meilleurs exemples de la nécessité d’étudier les différentes versions du film. Le numéro figure dans la version britannique d’origine, mais il est retiré de certaines copies internationales, notamment américaines, au profit d’une séquence alternative. Pendant des années, de nombreux spectateurs ont donc découvert un Yellow Submarine où cette chanson n’apparaissait pas de la même manière. Selon les territoires et les supports vidéo, deux personnes peuvent avoir vu des versions sensiblement différentes tout en pensant connaître le même montage.

La restauration et la ressortie de 1999 permettent de retrouver le numéro Hey Bulldog dans un ensemble renouvelé. Robert Balser, l’un des responsables de l’animation, a expliqué dans un entretien consacré à la restauration qu’il avait participé à l’adaptation du film pour le public américain et à la version où ce passage avait été supprimé. Ce témoignage montre que la différence ne relève pas seulement d’une coupure accidentelle survenue lors d’une diffusion télévisée. Elle appartient à l’histoire même de l’exploitation cinématographique. La fiche de chaque édition devra donc mentionner la présence ou l’absence de ce numéro avant d’indiquer sa durée.

Les vrais Beatles dans la séquence finale

La principale apparition des Beatles en chair et en os se situe à la fin du film, lorsqu’ils prennent brièvement la parole devant la caméra. Cette courte séquence prolonge l’aventure animée par une rencontre directe avec ses modèles. Elle est très importante pour la filmographie de Ringo Starr, car elle justifie de le classer parmi les personnes effectivement présentes à l’écran, sans lui attribuer à tort le doublage de son personnage dessiné. Il y a donc trois dimensions distinctes : le Ringo de fiction animé, l’enregistrement chanté du groupe et le musicien filmé pour la conclusion.

Cette présence brève aurait pu sembler un détail commercial destiné à confirmer l’authenticité de l’aventure. Elle produit pourtant un effet particulier. Après avoir traversé un univers où les corps des Beatles sont sans cesse étirés, déformés et réduits à des silhouettes graphiques, le spectateur retrouve les véritables musiciens, reconnaissables et proches. La transition rappelle qu’aucun dessin ne peut totalement se substituer à la personnalité de ces quatre hommes. Elle clôt également une expérience dont ils n’ont pas directement assuré la majeure partie du travail de fabrication.

17 juillet 1968 : sortie britannique et premières réactions

Le film connaît sa première londonienne le 17 juillet 1968, avant de sortir aux États-Unis au cours du mois de novembre. L’accueil diffère selon les pays et les générations, mais son importance visuelle est remarquée dès sa première exploitation. Le caractère expérimental de l’animation, la présence de chansons connues et la fantaisie de Pepperland lui permettent de dépasser la clientèle adolescente que visent souvent les films consacrés aux vedettes du rock. Son esthétique se prête autant à la découverte enfantine qu’à une lecture adulte attentive aux références culturelles.

Il serait exagéré de prétendre que tous les critiques de 1968 saluent immédiatement une révolution sans réserve. Le rythme du récit peut paraître irrégulier, certains passages privilégient l’expérience graphique au détriment de la progression dramatique et les voix des personnages ne sont pas celles des Beatles. Mais c’est précisément ce mélange d’étrangeté et de familiarité qui explique sa persistance. Là où de nombreuses productions promotionnelles vieillissent avec la mode qu’elles exploitaient, Yellow Submarine conserve une personnalité esthétique propre.

La restauration de 2012 : sauver des images dessinées à la main

Après les éditions vidéo et la remise en circulation de 1999, Yellow Submarine connaît une nouvelle restauration majeure en 2012. Apple annonce alors un travail numérique en résolution 4K conduit sous la supervision de Paul Rutan Jr. et de son équipe. L’entreprise est particulièrement délicate en raison de la nature du matériau d’origine : aplats de couleur, contours, textures, transparences et tracés dessinés. Selon la documentation officielle des Beatles, les équipes privilégient un nettoyage manuel, image par image, sans procéder à un traitement automatisé susceptible d’altérer les caractéristiques du dessin.

Le film restauré est publié en DVD et Blu-ray. Parmi les suppléments annoncés figurent le documentaire Mod Odyssey, une bande-annonce, des commentaires de John Coates et Heinz Edelmann, des extraits d’entretiens, des storyboards, des dessins originaux et des photographies de production. Cette documentation représente une source de première importance pour les futurs développements de l’encyclopédie. Elle rappelle qu’une réédition vidéo peut être considérée non seulement comme un support de visionnage, mais aussi comme une archive sur l’histoire de la production et de la restauration cinématographique.

2018 : cinquante ans après, le retour à la salle de cinéma

En 2018, une ressortie en salles accompagne les célébrations du cinquantième anniversaire. Cette redécouverte permet de retrouver les dimensions et la puissance visuelle prévues pour le grand écran. Voir Pepperland sur un téléviseur peut préserver l’essentiel du récit, mais la projection cinématographique met davantage en valeur les compositions panoramiques, les changements d’échelle et les contrastes de couleurs. La restauration contribue également à faire mieux connaître le travail des artistes de l’animation, dont l’apport fut longtemps éclipsé par l’immense célébrité des Beatles.

La réception actuelle du film se joue sur plusieurs générations. Les admirateurs historiques y voient un témoignage de l’âge psychédélique ; les nouveaux spectateurs découvrent une œuvre singulière qui ne ressemble pas totalement au dessin animé commercial contemporain. Ringo demeure une présence attachante au centre de cette mémoire, grâce à sa chanson de 1966 et à son personnage, mais il serait injuste de réduire le succès durable de l’œuvre à la seule puissance des quatre noms inscrits à l’affiche. Son autonomie artistique est devenue l’une de ses plus grandes qualités.

La place de Yellow Submarine dans la carrière audiovisuelle de Ringo Starr

Cette histoire se prolonge avec Thomas le petit train (1984–1986), où Ringo devient narrateur, puis avec ses apparitions et doublages ultérieurs.

Yellow Submarine se situe à un point d’équilibre étonnant dans la filmographie de Ringo. Il est l’un des films où son double fictionnel est le plus immédiatement identifiable, mais aussi l’un de ceux où son travail d’acteur devant la caméra est le plus limité. Cette contradiction oblige à dépasser les inventaires automatiques qui additionnent sans distinction toutes les œuvres associées à un nom célèbre. Le film appartient bien à sa carrière audiovisuelle, mais à travers une présence composite : image, chanson, personnage inspiré de lui et court passage réel.

La suite de sa vie professionnelle rendra ce paradoxe encore plus intéressant. En devenant narrateur de Thomas the Tank Engine & Friends, Ringo exercera précisément la tâche qui lui avait échappé ici : donner lui-même une voix à des personnages animés ou filmés image par image. En prêtant sa voix à son propre personnage dans Les Simpson en 1991, il refermera symboliquement une boucle ouverte en 1968. L’étude de Yellow Submarine devient ainsi la porte d’entrée idéale vers l’histoire de Ringo à la télévision et dans l’animation.

Pour les collectionneurs : comment classer le film et ses éditions

L’inventaire physique de Yellow Submarine doit distinguer les affiches, programmes de salles, versions vidéo et disques de musique. L’affiche d’une sortie française de 1969 ne constitue pas un document de première sortie britannique de 1968 ; une jaquette VHS de la fin des années 1980 ne peut être traitée comme équivalente au Blu-ray restauré de 2012. Les génériques, les durées et surtout les passages musicaux peuvent différer selon les versions. Il faut enregistrer systématiquement le territoire, le distributeur, la référence du support, les caractéristiques audio, le format de l’image et les suppléments.

Le travail encyclopédique devra aussi conserver séparément les dessins de production, les reproductions d’art et les objets de merchandising. Le film a donné naissance à un univers commercial considérable, mais tous les objets illustrés par les Blue Meanies ou le sous-marin jaune n’appartiennent pas à sa vidéographie. Une base de référence doit relier ces produits à l’œuvre sans les confondre avec les éditions cinématographiques. Cette méthode permet de construire un inventaire réellement utile aux collectionneurs français, allemands, britanniques, américains et japonais.

Sources et vérifications documentaires

Documentation consultée pour l’établissement des crédits et des dates : notices officielles des Beatles consacrées au film, à sa musique et à la restauration de 2012 ; British Film Institute, notice de Yellow Submarine (1968), études sur l’animation britannique et hommage à John Coates ; entretien de Robert Balser sur la fabrication et les différences entre les montages ; documentation des albums Yellow Submarine et Yellow Submarine Songtrack. Les documents et les génériques des éditions vidéo serviront à préciser progressivement les variantes territoriales.

Pour poursuivre : retrouver toutes les voix et narrations de Ringo Starr, ou revenir à la filmographie complète.