Ringo Starr & His All-Starr Band
Sommaire
Jim Keltner
Musicien de studio · Collaborateur des Beatles en solo
Biographie
Il y a, dans l’histoire du All-Starr Band de Ringo Starr, deux façons d’être une vedette. La première consiste à avancer jusqu’au micro et à retrouver les chansons qui ont fait la renommée d’un groupe. La seconde est moins spectaculaire : rester à son instrument, écouter les autres, absorber les changements de style et faire en sorte que la soirée ne se disloque jamais. Jim Keltner appartient d’abord à cette seconde catégorie. Lorsqu’il intègre la formation…
Jim Keltner : l’apport d’un batteur sans tour de chant personnel en 1989
Enquête documentaire complémentaire : les performances datées, les crédits distincts des œuvres et la place du musicien dans l’orchestre.
Dallas et Atlantic City : membre permanent, mais aucun numéro vocal à son nom
Les programmes du 23 juillet 1989 à Dallas et du 6 août à Atlantic City répertorient Jim Keltner dans le personnel régulier et ne lui attribuent pas de chanson au chant principal. Cette situation est particulièrement significative dans un groupe dont le concept semble conçu pour permettre à chaque vedette de présenter ses succès. Keltner ne représente pas un catalogue d’interprète mais une compétence de studio, déjà reconnue autour de John Lennon, George Harrison et Ringo Starr. Il rappelle que le système des All-Starrs n’est pas uniquement une galerie de chanteurs célèbres : il dépend aussi d’instrumentistes capables de réunir des esthétiques éloignées. Sa présence doit être conservée dans la formation même lorsqu’aucune chanson du programme ne porte son nom.
Trois batteries : une formation, pas la preuve de trois prises simultanées
En 1989, Keltner partage les crédits de batterie avec Ringo Starr et Levon Helm. La distinction entre « présent dans le personnel » et « jouant sur une piste » est cruciale : les deux autres batteurs quittent parfois leur instrument pour chanter. Les archives de concerts permettent de documenter l’existence de la triple batterie dans le groupe sans dresser une feuille de session à partir de cette seule information. La mise en place de rythmes variés entre « Iko Iko », « The Weight » et « Rocky Mountain Way » montre la nécessité d’une section souple. Pour savoir lequel des batteurs tient un passage donné, on doit examiner une vidéo ou un enregistrement correspondant à une soirée identifiée. Ce niveau de précision ne s’obtient pas en recopiant les crédits du disque de 1990.
La première tournée : 30 dates nord-américaines suivies de sept représentations au Japon
La synthèse de The Beatles Bible
Un crédit général et les invités ponctuels : deux catégories documentaires
Keltner figure dans le premier All-Starr Band ; d’autres batteurs peuvent rejoindre le concert à une date précise. Les nomenclatures rétrospectives mélangent parfois membres réguliers et invités de rappels, et créent ainsi de faux « changements de formation ». La concertographie ne doit enregistrer une substitution de Keltner que lorsqu’une source atteste réellement une absence ou un remplacement, et non parce qu’une batterie supplémentaire apparaît sur une image. Cette vigilance s’applique aussi aux interventions ultérieures du musicien avec Ringo, qui ne constituent pas automatiquement un second engagement de tournée. Les notices de concerts renseignent l’événement ponctuel ; la biographie rassemble les engagements durables et les interventions documentées hors du noyau régulier.
Sources et pièces de contrôle
Dallas, juillet 1989 · Atlantic City, août 1989 · Première tournée 1989
Son rôle dans le All-Starr Band
- Instruments et voix : Batterie, percussions.
- Parcours musical : Musicien de studio · Collaborateur des Beatles en solo.
- Participation régulière : 1989 (formation fondatrice).
- Retours comme invité : Greek Theatre 2008 (mention à confirmer dans le film), 2014, 2018, 2019 et 2023 (interventions ponctuelles documentées).
Tournées avec le All-Starr Band
- 1989 — Première formation du All-Starr Band.
Chansons et répertoire
Les programmes de 1989 n’attribuent aucun numéro chanté en solo à Jim Keltner. Il accompagne les répertoires de Ringo Starr, de Dr. John, de Billy Preston, de Levon Helm, de Rick Danko, de Joe Walsh, de Nils Lofgren et de Clarence Clemons. Les crédits exacts de batterie par titre demandent un examen des captations datées. Ses retours ultérieurs concernent principalement le final collectif With a Little Help from My Friends et ne constituent pas un nouveau répertoire régulier.
Biographie détaillée
Jim Keltner dans le All-Starr Band de Ringo Starr
Il y a, dans l’histoire du All-Starr Band de Ringo Starr, deux façons d’être une vedette. La première consiste à avancer jusqu’au micro et à retrouver les chansons qui ont fait la renommée d’un groupe. La seconde est moins spectaculaire : rester à son instrument, écouter les autres, absorber les changements de style et faire en sorte que la soirée ne se disloque jamais. Jim Keltner appartient d’abord à cette seconde catégorie. Lorsqu’il intègre la formation inaugurale de 1989, il n’apporte ni tube personnel à chanter ni personnage à mettre en scène. Il apporte des décennies d’expérience auprès de chanteurs et de musiciens qui exigent d’un batteur bien davantage que la simple régularité du tempo.
Cette singularité mérite d’être soulignée. Le premier All-Starr Band comprend Ringo Starr, Joe Walsh, Nils Lofgren, Rick Danko, Levon Helm, Dr. John, Billy Preston, Clarence Clemons et Jim Keltner. Les autres instrumentistes présentent, pour la plupart, des chansons identifiées à leur propre parcours. Keltner, lui, est engagé comme batteur d’accompagnement. Sa contribution est essentielle à la mécanique collective, mais elle ne peut être décrite honnêtement à partir d’une liste de morceaux chantés sous son nom. Sa carrière avec l’orchestre est concentrée sur 1989 ; ses présences ultérieures, bien réelles pour plusieurs soirées, relèvent d’invitations ponctuelles et non de nouvelles tournées comme membre permanent.
Avant 1989 : un partenaire déjà familier du cercle des anciens Beatles
James Lee Keltner, né à Tulsa, dans l’Oklahoma, en 1942, est devenu une figure du travail de studio américain. Son nom se retrouve associé à John Lennon, George Harrison, Ringo Starr, Bob Dylan et à plusieurs autres figures majeures du rock. Ses collaborations avec Lennon, Harrison et Starr au cours des années 1970 expliquent la confiance dont il bénéficie lorsque Ringo forme son premier All-Starr Band : Keltner connaît déjà les personnalités, les habitudes de studio et les exigences musicales de plusieurs de ses partenaires. L’essentiel est que Starr ne sollicite pas, en 1989, un inconnu choisi sur audition. Il retrouve un compagnon d’enregistrements, habitué aux tempéraments et aux méthodes de musiciens de premier plan.
Keltner appartient notamment à l’univers du Concert for Bangladesh de George Harrison, aux séances des anciens Beatles et, plus tard, à celui des Traveling Wilburys. Ces engagements ne constituent pas autant de participations au All-Starr Band. Ils éclairent cependant une donnée décisive : pour son retour sur la route, Ringo peut compter sur un réseau personnel qui s’est constitué loin des affiches et des tournées régulières. Les noms de Billy Preston et de Jim Keltner disent aussi quelque chose de la continuité entre la période des Beatles et l’après-1970. Tous deux sont familiers d’une musique où la partie instrumentale soutient une chanson au lieu de réclamer constamment le premier plan.
Il faut résister à une tentation biographique courante : transformer cette familiarité en preuve d’une décision précise. Les archives consultées établissent la présence de Keltner dans l’équipe définitive de 1989, mais ne permettent pas de reconstituer avec certitude la date de son invitation, la teneur d’une conversation privée ou l’ordre de chaque recrutement. La chronologie de la préparation du groupe se construit à partir des annonces successives, des témoignages rétrospectifs et des programmes, avec leurs différences de statut.
1989 : Ringo reprend la route et s’entoure de trois batteries
La tournée fondatrice débute le 23 juillet 1989 au Park Central Amphitheatre de Dallas. L’ancien Beatle n’a pas organisé de tournée régulière avec un groupe de rock depuis la fin des concerts des Beatles en 1966. Le contexte personnel compte : Ringo et Barbara Bach ont entrepris leur désintoxication l’année précédente. La tournée de 1989 ne doit donc pas être présentée comme la cause de sa sobriété, mais comme l’un des projets qui deviennent possibles après ce changement.
Au début de cette aventure, la distribution possède quelque chose d’extravagant. Ringo est lui-même batteur ; Levon Helm, ancien membre de The Band, joue de la batterie et chante ; Keltner occupe un troisième poste de batterie. Cette accumulation n’est pas la définition habituelle d’un orchestre de rock. Elle répond à un programme où plusieurs instrumentistes se succèdent au chant et où Starr quitte périodiquement sa place pour se présenter à l’avant-scène. L’architecture de l’ensemble doit donc être envisagée autant comme un dispositif de scène que comme une proposition musicale.
Dans un entretien accordé au Los Angeles Times en septembre 2024, Ringo revient lui-même sur ce choix. Interrogé sur la présence de trois batteurs, il l’explique par son manque d’assurance au moment de relancer sa carrière scénique. C’est un témoignage remarquable, parce qu’il déplace l’interprétation : le groupe n’a pas été doté de trois batteries uniquement pour impressionner le public ou grossir le son. Pour son fondateur, la présence de Helm et de Keltner constitue aussi une sécurité, humaine et musicale, au moment de reprendre une pratique de concert abandonnée depuis très longtemps.
Cette confidence tardive ne permet pas de répartir les parties instrumentales à la chanson près. Elle fournit en revanche une explication directe du principe, là où bien des récits n’offrent qu’une hypothèse sur l’effet sonore recherché. Ringo ne prétend pas avoir préparé une démonstration de virtuosité à trois ; il décrit une manière de se sentir entouré. Qu’un des grands batteurs de l’histoire du rock ait eu besoin de cette présence rassurante est moins paradoxal qu’il n’y paraît : une scène où l’on passe sans cesse des fûts au microphone n’exige pas le même métier qu’une séance d’enregistrement ou qu’un concert des Beatles.
De Dallas au Greek Theatre : Keltner dans l’équipe de base
La première représentation de Dallas fixe l’idée du spectacle. Les chansons de Ringo côtoient celles de Joe Walsh, Dr. John, Nils Lofgren, Billy Preston, Clarence Clemons et des deux anciens membres de The Band, Rick Danko et Levon Helm. Le programme répertorié comprend notamment It Don’t Come Easy, The No No Song, Yellow Submarine, The Weight, Shine Silently, Will It Go Round in Circles, Life in the Fast Lane, Up on Cripple Creek, Rocky Mountain Way, Photograph et With a Little Help from My Friends. Ce sont des univers différents que la même équipe accompagne en quelques heures.
Le nom de Keltner figure dans le personnel de cette formation. Il ne s’agit pas d’un invité surgissant pour un rappel, comme cela se produira ultérieurement à Los Angeles. En 1989, sa présence relève de la structure régulière de l’orchestre. Cela n’autorise pourtant pas à écrire qu’il frappe ses cymbales sur l’intégralité des morceaux : un crédit d’effectif prouve la participation à une tournée ou à un concert, non l’activité de chaque musicien à chaque seconde de la représentation.
La distinction se complique encore lorsqu’apparaissent des batteurs invités. Zak Starkey intervient sur certaines soirées, notamment lorsque son père est à l’avant-scène. Son passage derrière les fûts ne fait pas de lui un neuvième membre permanent de la première équipe, pas plus qu’il ne remplace rétrospectivement Keltner dans les crédits de 1989. Pour un historien, chaque document possède donc son périmètre : une affiche établit une annonce, une photographie montre un instant, une captation renseigne une séquence, un générique décrit parfois l’équipe d’un film entier.
La triple batterie : davantage une responsabilité partagée qu’un concours de solos
On pourrait imaginer que la rencontre de Ringo Starr, Levon Helm et Jim Keltner se transforme en démonstration de batterie permanente. Les sources de 1989 suggèrent une réalité moins tapageuse. Le groupe est construit autour des chansons et de leurs interprètes successifs ; les batteurs doivent surtout permettre à cette grande revue de conserver une unité. Les trois parcours se complètent. Ringo possède un sens de la phrase rythmique hérité des Beatles ; Helm a développé avec The Band une manière de jouer et de chanter profondément ancrée dans les traditions américaines ; Keltner a forgé sa réputation dans l’accompagnement de studio et l’attention aux voix.
Ces descriptions sont des repères de style, non des transcriptions d’une soirée précise. Lorsque trois kits sont visibles, on ne peut pas supposer que trois caisses claires frappent ensemble sur chaque temps ou qu’un batteur prend toujours les fills pendant qu’un autre maintient le tempo. Le son enregistré résulte aussi du placement des microphones, du mixage, du choix des plans dans les vidéos et de la salle elle-même. Identifier un roulement de toms comme étant « celui de Keltner » réclame des images synchrones ou des documents de production plus précis qu’une liste générale de musiciens.
L’intérêt musical de sa présence est ailleurs. Keltner sait évoluer dans des contextes où le groove peut être lourd, mobile, retenu ou très simple selon la chanson. Le concert sollicite cette faculté d’adaptation dans les transitions entre un morceau de Dr. John, une ballade de Rick Danko, un rock de Joe Walsh et un succès solo de Ringo. Plutôt qu’un virtuose venu accomplir un numéro identifié, il représente ce que le travail de session a produit de plus précieux : un instrumentiste qui accepte de faire de chaque chanson l’événement principal.
La Nouvelle-Orléans, The Band et le rock californien : des répertoires à réunir
La diversité de la première formation est parfois présentée comme une succession de grandes chansons. Pour la batterie, elle constitue surtout une succession d’obligations contradictoires. Iko Iko ou Right Place, Wrong Time rappellent les racines néo-orléanaises de Dr. John ; The Weight et Up on Cripple Creek viennent du langage plus terrien de The Band ; Rocky Mountain Way appartient à la tradition du rock amplifié de Joe Walsh ; Will It Go Round in Circles met la soul et les claviers de Billy Preston au centre du spectacle. Un seul orchestre doit accueillir ces identités sans les dissoudre dans une rythmique uniformément lourde.
Il serait tentant d’écrire que Keltner « apporte » tel accent spécifique sur The Weight ou qu’il « dirige » les percussions sur Iko Iko. Les sources actuellement réunies ne démontrent pas une telle distribution. Ce qu’elles permettent d’affirmer est plus modeste, mais solide : le batteur appartient à l’équipe qui accompagne ce répertoire, et sa fonction n’est pas d’y introduire une chanson personnelle. L’analyse instrumentale piste par piste doit rester ouverte jusqu’à consultation systématique des images du concert et de leurs crédits de montage.
La structure du All-Starr Band impose également aux musiciens d’écouter les chanteurs qu’ils accompagnent. Levon Helm peut quitter l’accompagnement pour défendre une chanson, tandis que Ringo revient au micro pour Photograph ou Act Naturally. Le rôle exact de Keltner sur une transition donnée doit être vérifié, mais le besoin général est évident : dans un spectacle de ce type, les mouvements des chanteurs ne peuvent pas provoquer un arrêt de la pulsation. Le mécanisme sera progressivement simplifié lors des tournées suivantes, lorsque la formule de deux batteurs remplacera l’exubérance inaugurale.
Jim Keltner, un All-Starr sans « solo spot » vocal
La présence de Keltner révèle une exception dans la règle que Ringo se donnera par la suite : choisir des musiciens capables de présenter leurs propres succès au public. Le batteur de studio n’a pas de catalogue comparable à celui de Billy Preston, de Dr. John ou de Nils Lofgren. Les programmes de 1989 ne lui attribuent pas de titre personnel au chant principal. Il n’est donc pas pertinent de fabriquer une rubrique de chansons « interprétées par Jim Keltner » sur le modèle de celles de ses compagnons chanteurs.
Cette différence ne l’abaisse pas dans la hiérarchie artistique. Elle rappelle plutôt qu’un grand groupe de scène ne peut être composé uniquement de personnalités cherchant le premier plan. La réputation de Keltner lui vient en large partie de sa capacité à se rendre indispensable sans devenir le sujet de la chanson. Dans l’All-Starr Band, cette compétence trouve un terrain idéal : le groupe change de voix, de répertoire et d’atmosphère, mais doit donner au public l’impression d’une formation soudée.
La formule offre en retour au batteur une visibilité inhabituelle. Alors que les pochettes des albums de studio placent ordinairement le chanteur au premier plan, l’affiche de 1989 associe les noms de ceux qui l’accompagnent. Keltner est ainsi reconnu comme l’un des All-Starrs fondateurs. Sa notoriété n’est pas celle d’un chanteur à succès ; elle est celle d’un musicien que ses pairs souhaitent avoir derrière eux. C’est une distinction importante pour comprendre pourquoi Ringo l’a invité et pourquoi ses retours ultérieurs ont une valeur symbolique.
Septembre 1989 : la critique du Greek Theatre ne se laisse pas impressionner
Les concerts de Los Angeles constituent un moment documentaire majeur. Au Greek Theatre, le 3 septembre 1989, les trois batteries sont l’un des traits les plus remarqués de la formation. La chronique publiée le lendemain par Mike Boehm dans le Los Angeles Times se montre toutefois peu convaincue par le résultat. Le critique souligne, en substance, que la réunion de Starr, Helm et Keltner ne rend pas automatiquement le jeu plus intéressant. Sa réserve porte sur les arrangements entendus ce soir-là, pas sur le parcours individuel des batteurs.
Le commentaire est précieux précisément parce qu’il résiste au prestige des noms. Il arrive souvent qu’une relecture tardive décrive la première tournée comme un rassemblement miraculeux de virtuoses, sans se demander si les instruments jouent des parties distinctes. Boehm adopte le point de vue d’un spectateur de 1989 et note qu’une grande partie du concert repose sur une pulsation simple. Il salue en revanche l’énergie de Billy Preston, la présence de Dr. John, les harmonies de Danko et Helm et plusieurs séquences de Nils Lofgren. Cette diversité de jugements confirme que le spectacle n’est pas uniformément reçu, ni uniformément construit.
Une autre critique contemporaine publiée dans Music Connection décrit le moment où Ringo retourne derrière les fûts pour soutenir, avec Helm et Keltner, les interprètes qui prennent le relais au chant. Le compte rendu reconnaît la solidité du soutien rythmique. Confronter ces deux regards permet d’éviter une conclusion trop simple : la triple batterie peut offrir une assise fiable sans devenir en elle-même l’attraction musicale de chaque chanson. Les critiques ne décrivent d’ailleurs pas nécessairement les mêmes aspects du concert, ni avec le même degré d’attention aux instrumentistes.
Le disque de 1990 : un document essentiel, mais pas une sessionographie complète
La tournée de 1989 produit le premier album live officiel du projet, Ringo Starr and His All-Starr Band, publié en 1990. La notice conservée dans les collections du Rock and Roll Hall of Fame identifie Keltner parmi les musiciens crédités, avec Levon Helm à la batterie, Rick Danko à la basse, Billy Preston et Dr. John aux claviers, Joe Walsh et Nils Lofgren aux guitares et Clarence Clemons au saxophone. L’album propose une sélection de titres du spectacle : il ne reproduit pas la totalité des numéros d’une soirée.
Ce caractère sélectif change la manière dont on doit le citer. Un disque de cinquante-quatre minutes n’est pas un relevé intégral de plus de deux heures de scène. La présence du nom de Keltner au générique est une preuve de participation au projet enregistré ; elle n’est pas, en elle-même, une attestation de la partie de batterie sur chaque plage. De même, le montage peut utiliser des prises issues de représentations différentes. Une notice de catalogue donne parfois une date d’enregistrement erronée : celle du Rock and Roll Hall of Fame indique une année incompatible avec les concerts de septembre 1989, alors même que la publication date bien de 1990. Il faut conserver la date de concert établie par les chronologies et les témoignages contemporains.
Les éditions vidéo de cette première tournée ajoutent une autre couche documentaire. Elles permettent d’observer les placements et les mouvements des musiciens, mais leur montage n’est pas nécessairement le déroulement continu du concert. Le spectateur peut voir un batteur pendant un plan et en entendre plusieurs au mixage. Cette précaution est particulièrement utile pour Keltner, dont la fonction de soutien se prête mal à une attribution intuitive des accents de caisse claire ou des passages de cymbales.
Une tournée américaine, puis japonaise : ce que couvre exactement « 1989 »
La formation inaugurale ne se réduit pas au célèbre concert du Greek Theatre. Elle accompagne Ringo en Amérique du Nord pendant l’été 1989, puis se rend au Japon. Les répertoires, les durées et les invités peuvent différer selon les soirées. Les synthèses documentaires indiquent trente dates nord-américaines et sept dates japonaises, mais une étude critique de chaque représentation doit partir des calendriers et des traces disponibles, en distinguant une date annoncée d’un concert réellement donné.
Pour Keltner, cette tournée constitue la participation régulière identifiable au sein du All-Starr Band. Son nom doit figurer dans les fiches de formation de 1989 ; il ne faut pas le transporter par automatisme vers celles de 1992 ou 1995, lorsque les personnels changent. En revanche, il est légitime de relier sa biographie aux concerts de Dallas, du Greek Theatre et aux étapes japonaises documentées. Le degré de précision de la fiche individuelle doit être proportionné aux pièces retrouvées : un programme imprimé peut prouver son nom sur la tournée sans établir un détail de jeu particulier dans une salle donnée.
Cette prudence vaut aussi pour les spectacles au cours desquels d’autres batteurs ont été invités. Les interventions de Zak Starkey, dont plusieurs sont attestées, expliquent que l’on puisse voir quatre batteurs différents au cours d’une même période sans que quatre titulaires aient simultanément assuré chaque morceau. L’encyclopédie doit donc distinguer la composition stable de l’orchestre, les substitutions pendant le concert et les invités supplémentaires. Ce n’est pas un raffinement de classement : c’est la condition pour éviter de fabriquer de fausses distributions musicales.
Après 1989 : ni deuxième mandat permanent, ni disparition des scènes de Ringo
À partir de 1992, l’All-Starr Band change régulièrement de personnel. Keltner ne fait pas partie des formations permanentes annoncées pour les grandes tournées ultérieures. Il reste pourtant lié à Ringo par une histoire partagée et réapparaît ponctuellement lors de concerts particuliers. Le mot invité est ici indispensable. On ne peut pas additionner ces apparitions à sa participation de 1989 pour en déduire qu’il aurait appartenu à la même équipe pendant plusieurs décennies.
Le piège se rencontre souvent dans les bases de données musicales : une ligne « 1989, 2008, 2014, 2018, 2019 » peut donner l’impression d’une succession de mandats complets. En réalité, ces millésimes désignent des situations hétérogènes. En 1989, Keltner est un membre de tournée. Aux dates plus récentes qui disposent d’une documentation, il rejoint le spectacle pour une séquence, souvent le final collectif. La différence est autant musicale qu’historique : l’orchestre possède déjà un batteur régulier lorsque Keltner vient saluer Ringo.
Le Greek Theatre en 2008 : archives filmées et crédits
Le concert du 2 août 2008 au Greek Theatre de Los Angeles, dont une captation sera publiée sous le titre Live at the Greek Theatre 2008, possède une importance particulière pour cette histoire. Les relevés de concert signalent une intervention de Keltner sur le final, With a Little Help from My Friends, suivi du refrain de Give Peace a Chance. Il ne figure pas parmi les sept membres réguliers de cette tournée : l’accompagnement est alors assuré par l’équipe comprenant notamment Gregg Bissonette, Hamish Stuart, Colin Hay, Edgar Winter, Gary Wright et Billy Squier.
L’apparition ponctuelle de Jim Keltner s’inscrit dans la tradition des invités réunis autour de Ringo Starr. Une liste de chansons établie par des spectateurs peut mentionner sa présence, mais ne permet pas de déterminer à elle seule s’il joue pendant tout le morceau, participe seulement au final ou rejoint les musiciens pour les saluts. En l’absence de confirmation précise par la captation et ses crédits, cet épisode demeure une participation exceptionnelle, distincte de l’effectif régulier de la tournée de 2008.
19 juillet 2014 : l’ancien compagnon reprend une batterie au Greek Theatre
Le 19 juillet 2014, Ringo retrouve le Greek Theatre avec une formation où figurent Steve Lukather, Gregg Rolie, Todd Rundgren, Richard Page, Warren Ham et Gregg Bissonette. Un compte rendu publié par VintageRock rapporte que Jim Keltner, d’abord aperçu dans le public parmi d’autres musiciens, rejoint la scène au moment du final. Le journaliste le situe derrière une batterie pendant With a Little Help from My Friends, alors que plusieurs invités viennent participer au chant.
Cette description est plus précise qu’une simple liste d’invités : elle indique un instrument et une séquence. Elle reste néanmoins le témoignage d’un observateur de concert, et non un relevé multitrack. Rien ne justifie d’étendre sa présence aux autres chansons interprétées plus tôt par le groupe. Le retour de Keltner est un geste de retrouvailles, un rappel d’une histoire commune commencée sous cette même enseigne vingt-cinq ans auparavant. Sa portée symbolique tient précisément à cette brièveté : le premier All-Starr de 1989 reparaît quelques minutes au milieu de musiciens d’une génération de tournée différente.
29 septembre 2018 : une nouvelle réunion pour le final californien
La tournée de 2018, qui associe notamment Steve Lukather, Gregg Rolie, Colin Hay, Graham Gouldman, Warren Ham et Gregg Bissonette à Ringo, s’achève le 29 septembre au Greek Theatre de Los Angeles. Les archives réunies pour cette soirée signalent plusieurs invités, dont Joe Walsh, Edgar Winter, Gary Wright, Matt Sorum et Jim Keltner, lors de With a Little Help from My Friends. L’ancienne génération rejoint ainsi une formation qui a, depuis les débuts, considérablement déplacé son centre musical vers les succès des années 1970 et 1980.
La participation de Keltner est attestée comme apparition ponctuelle au final, non comme reprise d’une place régulière aux côtés de Gregg Bissonette. La documentation disponible ne doit pas conduire à lui attribuer un instrument sur chaque minute de cette chanson sans examen des images correspondantes. Cette différence entre le fait de monter sur scène et celui de jouer une partie identifiée est au cœur de l’inventaire des invités. Elle doit être appliquée à Keltner comme à Joe Walsh, Gary Wright ou aux autres participants de la même soirée.
1er septembre 2019 : trente ans après, la mémoire du groupe devient un film
Le 1er septembre 2019, le Greek Theatre accueille le concert de clôture de la tournée du trentième anniversaire. La comparaison avec septembre 1989 est délibérée : Ringo retourne dans la salle où la première formation avait joué trois décennies plus tôt. Cette fois, le groupe régulier est formé autour de Steve Lukather, Colin Hay, Gregg Rolie, Hamish Stuart, Warren Ham et Gregg Bissonette. Pour le final, des membres de différentes époques rejoignent les musiciens sur scène. Parmi eux figurent Joe Walsh, Nils Lofgren et Jim Keltner, trois noms du premier All-Starr Band.
Cette réunion ne repose pas uniquement sur des souvenirs de spectateurs. Le site officiel de Ringo l’a reprise dans sa communication consacrée à Live at the Greek Theater 2019, film et album publiés en 2022. Il confirme explicitement la présence de Keltner parmi les anciens All-Starrs réunis pour With a Little Help from My Friends. La captation a ainsi une valeur supérieure à celle d’une anecdote de coulisses : il existe un support éditorial identifiable dont les images et les crédits peuvent être vérifiés.
Une particularité des communiqués justifie toutefois l’attention de l’historien. Un texte promotionnel de 2022 évoque, dans une formule isolée, le 2 septembre 2019, tandis que l’annonce officielle de la tournée, les comptes rendus contemporains et les autres notices situent bien le concert le 1er septembre. Une fiche encyclopédique ne doit pas reproduire mécaniquement la date erronée d’un communiqué au détriment du faisceau concordant. Ce petit écart rappelle pourquoi il faut confronter les sources même lorsqu’elles proviennent de l’entourage de l’artiste.
Le retour de Keltner est ici une ponctuation historique. Le public voit se rejoindre des hommes qui ont participé à l’invention du concept et ceux qui le font fonctionner trente ans plus tard. La chanson de conclusion, enregistrée par les Beatles en 1967, n’est pas une création de Keltner, mais elle devient le lieu naturel de cette réunion d’anciens partenaires. On peut y voir un hommage à la mémoire collective de l’orchestre ; ce serait en revanche aller trop loin que de déduire d’un rappel une nouvelle appartenance officielle au groupe de tournée.
15 juin 2023 : une apparition précisément décrite par la presse
Une autre intervention de Keltner est documentée le 15 juin 2023 au Greek Theatre. Dans sa critique publiée deux jours plus tard par Jazz Weekly, George W. Harris indique que l’ancien All-Starr s’installe à la batterie de Ringo pour le final de With a Little Help from My Friends, prolongé par Give Peace a Chance. Le même compte rendu cite la présence de Howard Jones, David Paich et Benmont Tench parmi les invités vocaux de cette conclusion.
Cet épisode se distingue des apparitions signalées en 2018 et 2019 : un témoignage contemporain identifie le rôle de Keltner et la séquence à laquelle il participe, sans établir sa présence pendant l’ensemble du spectacle. Il ne permet pas davantage d’affirmer que Ringo Starr aurait cessé de jouer durant le final ou que les autres batteurs auraient quitté la scène. L’événement souligne néanmoins la permanence des liens entre les deux musiciens, plusieurs décennies après la première tournée du All-Starr Band.
Cette répétition des retrouvailles au Greek Theatre dit quelque chose de la place de la salle dans l’histoire du groupe. Elle ne transforme pas l’amphithéâtre de Los Angeles en résidence officielle, mais en fait un lieu de mémoire privilégié : 1989, 2008, 2014, 2018, 2019 et 2023 sont autant de dates qui réclament chacune une notice propre. Le rapprochement est instructif, à condition de ne pas confondre un concert complet avec le passage de quelques minutes d’un musicien invité.
Pourquoi les listes d’invités doivent rester datées
Les listes récapitulatives peuvent mentionner Keltner comme invité de différentes années intermédiaires, notamment lors de célébrations d’anniversaire ou de concerts exceptionnels. Certaines sources confondent toutefois la présence d’un artiste dans la salle, sa montée sur scène, sa participation au chant collectif et une intervention instrumentale. Le cas du soixante-dixième anniversaire de Ringo au Radio City Music Hall, le 7 juillet 2010, illustre cette difficulté : les comptes rendus évoquent un final rassemblant de nombreux musiciens, puis l’arrivée de Paul McCartney pour Birthday, mais n’offrent pas tous le même niveau de détail sur Keltner ni sur son rôle exact.
Une présence dans une distribution générale ne constitue pas, à elle seule, le crédit d’une partie de batterie sur un titre particulier. L’histoire de Keltner auprès de Ringo comporte par ailleurs deux types de participation : membre régulier de la première formation en 1989 et invité ponctuel lors de représentations ultérieures attestées. Cette différence éclaire sa relation durable avec Ringo sans transformer une apparition exceptionnelle en engagement pour toute une tournée.
Le piège du générique global : une apparition n’est pas une partie sur chaque chanson
La multiplication des enregistrements live ajoute un problème familier aux discographes. Un disque peut reproduire une soirée, une sélection de chansons ou un montage réalisé à partir de plusieurs concerts. Le générique énumère alors des participants sans préciser si chacun est entendu sur toutes les plages. Le nom de Jim Keltner dans les crédits de Ringo Starr and His All-Starr Band en 1990 a un sens différent de son apparition dans la vidéo de 2019 : dans le premier cas, il est membre de l’orchestre enregistré ; dans le second, il revient pour un événement final auquel participent de nombreux anciens partenaires.
Les dates de captation et de publication doivent également être séparées. L’album de 1990 documente des spectacles de 1989 ; le film de 2019 paraît commercialement en 2022 ; une réédition ultérieure n’ajoute pas une nouvelle performance au calendrier de Keltner. Il serait tout aussi trompeur de compter chaque édition audio, DVD, Blu-ray ou vinyle comme une apparition distincte. Ces supports sont des témoins différents d’une même soirée, parfois avec des montages ou des crédits divergents. La future vidéographie doit analyser ces différences sans fabriquer de nouvelles dates de concert.
Le lien musical avec Ringo, au-delà des images de groupe
On comprend mieux la présence de Keltner si l’on revient à ce que Ringo apprécie chez ses partenaires. Dans le All-Starr Band, Starr ne cherche pas à rester seul devant des accompagnateurs anonymes. Il aime faire partie d’une équipe, reprendre place derrière les fûts et écouter les chansons des autres. Keltner incarne l’autre face de cette philosophie : une carrière qui consiste largement à servir les compositions d’autrui, sans que cette discrétion implique un effacement de la personnalité instrumentale.
Ce parallélisme ne doit pas être forcé. Le jeu de Ringo et celui de Keltner ne sont pas identiques, et aucune déclaration retrouvée ne permet d’en faire les créateurs d’une méthode commune de batterie à trois. Leur histoire est plutôt celle d’une confiance suffisamment durable pour survivre aux changements de personnel et aux décennies. Quand Keltner revient au final d’une tournée récente, il ne vient pas rappeler un succès personnel oublié : il vient rendre visible, pour quelques minutes, un réseau d’amitiés et de collaborations au cœur du rock américain des années 1970.
Cette lecture a aussi une dimension critique. Les tournées de nostalgiques ou de vedettes réunies peuvent être accusées de ne proposer qu’une addition de tubes. La présence de Keltner en 1989 montre que le projet repose également sur des professionnels capables de transformer une affiche prestigieuse en groupe qui fonctionne sur scène. Mais le compte rendu sévère de 1989 rappelle l’autre moitié de la vérité : le professionnalisme ne dispense pas d’inventer des arrangements, et l’accumulation des noms ne produit pas automatiquement un concert musicalement audacieux. L’All-Starr Band est à la fois une fête de répertoires et un orchestre soumis aux exigences ordinaires de toute scène.
Le partage des batteries sur scène
La présence de Jim Keltner dans la première formation de 1989 est établie. La distribution des parties de batterie d’un morceau à l’autre est plus difficile à reconstituer, particulièrement lorsque Ringo Starr quitte ses fûts pour chanter et que Levon Helm participe lui aussi à la section rythmique. Une captation ne montre pas nécessairement les trois musiciens en permanence ; l’attribution d’un passage précis dépend donc des images disponibles et non du seul crédit général de la tournée. Rien ne permet de présumer que cette répartition demeurait rigoureusement identique de Dallas à Tokyo.
Pour les retours de 2008 et des années 2010, les questions sont plus restreintes : Keltner joue-t-il sur l’intégralité du final ou seulement sur une partie ? Quelle batterie occupe-t-il ? Un montage vidéo a-t-il supprimé un passage ? Les sources déjà consultées répondent parfois à l’une de ces questions, rarement à toutes. L’édition de 2008 doit notamment être comparée aux images commercialisées ; celle de 2019 possède un communiqué officiel, mais appelle toujours une lecture de ses plans et de ses crédits. Les mentions plus vagues d’autres années doivent rester dans un dossier de vérification jusqu’à obtention d’une preuve datée.
Les photographies datées et les programmes de tournée fournissent des indices complémentaires sur la présence de Jim Keltner. Un cliché peut confirmer qu’il se trouve derrière une batterie, sans établir pour autant la place exacte de son instrument dans un mixage. À l’inverse, l’écoute d’une captation où plusieurs batteries se superposent ne permet pas toujours d’identifier chaque exécutant. La participation attestée du musicien et l’attribution d’un solo particulier sont donc deux informations différentes.
La place de Jim Keltner dans l’histoire du All-Starr Band
Jim Keltner n’est pas l’All-Starr le plus souvent photographié au centre de la scène, ni celui dont le public vient réclamer un refrain. Il est pourtant l’un des noms indispensables pour comprendre la première incarnation du groupe. Ringo Starr, Levon Helm et lui ont constitué en 1989 un trio de batteurs atypique, né autant d’un besoin de confiance que d’une ambition d’accompagnement collectif. La tournée fut une réussite durable pour le concept, sans que tous ses choix musicaux aient échappé à la critique de l’époque.
La suite de son histoire se raconte en dates, et non en formations fictives : membre de l’orchestre de 1989 ; invité ponctuel de plusieurs finales ultérieures ; témoin vivant du lien entre les anciens Beatles, leurs amis musiciens et le public qui continue de venir les entendre. Ses retours au Greek Theatre, particulièrement celui du trentième anniversaire en 2019 et celui documenté en 2023, donnent une forme visible à cette fidélité. Ils ne changent pas la nature de son engagement initial. La meilleure manière de lui rendre justice est de résister à la tentation d’exagérer : Jim Keltner a contribué à faire naître le All-Starr Band en tant que musicien de la première heure, puis il est revenu le saluer à des moments choisis. Cette histoire suffit largement à expliquer sa place.
- Programmes et formations du dossier All-Starr Band de Yellow-Sub.
- Chronologie et archives de la tournée 1989.












