Wings à Édimbourg en 1973 : bandeau des archives du groupe

ENCYCLOPÉDIE WINGS · 1972 · COMPOSITION, SESSIONS, ÉDITIONS

Hi, Hi, Hi (1972) : le rock censuré des Wings, sessions de 1972, paroles et concerts

Écrite en Espagne pour les premiers concerts européens, Hi, Hi, Hi connaît une fabrication de studio particulièrement longue, deux lectures de censure et une grande carrière sur scène. Son histoire est celle d’une chanson, d’un single double face A et d’un morceau de clôture des concerts.

Benidorm : un morceau conçu pour la scène

McCartney écrit Hi, Hi, Hi à Benidorm en juin 1972, pendant la préparation de la tournée européenne du groupe. L’intention initiale n’est pas de construire une grande fresque studio : il lui faut une chanson capable de terminer un spectacle sur une montée d’énergie. Le tempo et la répétition du titre répondent à cette fonction.

La formation rassemble Paul et Linda McCartney, Denny Laine, Henry McCullough et Denny Seiwell. Les performances estivales confirment que la chanson précède son master commercial. Une prise live n’est donc pas nécessairement une reprise de l’enregistrement diffusé en décembre.

19 août à Groningen : l’option live

Les Wings envisagent de sortir une performance enregistrée lors de leur tournée européenne, dont une version de Groningen est retenue un temps comme candidate au single. Le projet est abandonné au profit d’une réalisation en studio. Cette étape constitue un chapitre important des versions de la chanson.

Un enregistrement concert non retenu doit être classé comme bande de référence, et non comme premier pressage commercial. La chronologie distingue décision artistique et publication.

3 septembre à Morgan Studios : une première impasse

Les Wings entreprennent Hi, Hi, Hi à Morgan Studios, Londres, le 3 septembre 1972 avec Mike Bobak comme ingénieur. Le résultat ne convient pas. Le groupe doit repenser l’arrangement et poursuivre le travail à Abbey Road plutôt que de se contenter d’une bande déjà captée.

La procédure montre une recherche du bon rythme. Les témoignages de musiciens évoquent un grand nombre d’essais et de modifications de tempo. Le morceau entendu sur le 45 tours est l’aboutissement de cette sélection, non un souvenir immédiat de la tournée.

18 septembre : vingt-quatre prises

À Abbey Road, le 18 septembre, John Leckie supervise l’enregistrement d’une version à pulsation de rock plus droite. Vingt-quatre prises sont réalisées, dont treize complètes. La vingt-quatrième paraît momentanément meilleure, avant que McCartney ne revienne à la dix-septième lors de la session suivante.

La comparaison entre prises n’est pas une simple question de vitesse : la précision des guitares d’Henry McCullough et Denny Laine, la basse de Paul et la batterie de Seiwell conditionne l’effet d’ensemble. Le groupe cherche une énergie de concert compatible avec l’exigence du studio.

5 octobre : les superpositions de guitares

Le 5 octobre, les deux guitaristes ajoutent trois parties électriques, tandis que Denny Seiwell complète la bande par des percussions. Cette étape illustre le paradoxe de Hi, Hi, Hi : chanson volontairement franche, elle demande un travail de production élaboré.

Il ne faut pas déduire de l’effet de groupe que les guitares sont toutes captées simultanément. Une sessionographie complète séparera les prises initiales des overdubs, en identifiant leur date et leur ingénieur.

6 novembre : le master et la radio

La dernière séance majeure intervient le 6 novembre au Studio Two d’Abbey Road avec Alan Parsons. McCartney souhaite plus d’énergie à la fin du morceau : orgue, caisse claire, guitare rythmique et chœurs sont ajoutés. Huit mixes stéréo sont tentés, de RS10 à RS17, et RS14 est retenu pour la fabrication du disque.

Parsons expliquera combien le groupe avait cherché à obtenir un son puissant sur de petits haut-parleurs de radio. Cette contrainte est historique : le choix d’égalisation ne dépend pas seulement de l’acoustique d’un studio mais du support de diffusion populaire en 1972.

La censure : sexualité, drogue et erreur de transcription

Il est important de distinguer cette controverse, liée à des interprétations de paroles jugées problématiques, de la censure politique du single Give Ireland Back to the Irish. La comparaison est développée dans l’étude sur les Wings, la politique, la censure et la solidarité humanitaire ; la présente fiche conserve l’analyse du morceau, de ses sessions et de ses versions.

La BBC interdit la diffusion de Hi, Hi, Hi, jugée suggestive. La controverse est alimentée notamment par une transcription fautive d’une formule de paroles, qui transforme une image fantaisiste en expression sexuelle plus explicite. McCartney revient plus tard sur son goût pour l’absurde et les références à Alfred Jarry.

Le morceau comportait aussi des expressions qui pouvaient être interprétées comme des allusions aux stupéfiants, mais il serait incorrect de ramener toute l’histoire de l’interdiction à un seul mot ou à un seul thème. Une étude doit présenter les motifs invoqués et les explications ultérieures de l’auteur.

1er décembre : le double face A avec C Moon

Le single paraît au Royaume-Uni le 1er décembre 1972, avec C Moon. Il atteint la cinquième place des classements britanniques et le top 10 américain. Cette réception contribue à redonner aux Wings une visibilité après deux publications très débattues.

Le support est fréquemment considéré comme un double face A. Le collectionneur doit toutefois vérifier comment les deux titres sont présentés dans chaque territoire et sur les étiquettes d’origine, plutôt que de traiter le libellé britannique comme universel.

Clips, 1973 et retour sur scène

Un film promotionnel est réalisé le 25 novembre 1972 à Southern Television, sous la direction de Steve Turner. Hi, Hi, Hi est ensuite jouée sur les tournées britanniques de 1973 et sur Wings Over the World en 1975–1976. La prestation du McNichols Sports Arena à Denver figure sur Wings Over America.

La chanson revient bien plus tard dans le répertoire solo de McCartney. Ces diverses interprétations constituent des bandes et des personnels distincts, même lorsque le titre et le crédit d’auteur demeurent inchangés.

Une chanson censurée ne devient pas automatiquement un disque interdit

Hi, Hi, Hi occupe une place singulière dans l’histoire des Wings parce que les réserves exprimées par la BBC concernent des interprétations du texte et de ses allusions possibles. La mention d’une diffusion refusée ou limitée par une chaîne ne doit pas être confondue avec une interdiction générale de vendre le disque au Royaume-Uni. Le 45 tours peut circuler dans le commerce, être joué lors des concerts et apparaître dans les classements même si certaines antennes refusent de le programmer. L’historien doit également distinguer la formulation exacte de la décision de radio des récits ultérieurs qui ont résumé la controverse par un simple « disque interdit ». La même vigilance s’applique à Give Ireland Back to the Irish : les deux chansons posent des problèmes différents, l’une par son propos politique, l’autre par les interprétations de son langage.

Groningen, Morgan Studios et les prises de septembre : ne pas confondre les bandes

L’histoire de Hi, Hi, Hi comprend une tentative de représentation live à Groningen, une session à Morgan Studios au début de septembre, puis de nouvelles prises et des ajouts instrumentaux jusqu’à l’automne 1972. Ces étapes ne sont pas interchangeables. Une bande de concert documente l’énergie et le fonctionnement du quintette devant le public ; une prise de studio permet un travail différent sur les guitares, les voix et la construction du morceau. Les vingt-quatre prises signalées lors de la séance du 18 septembre montrent que la version publiée ne résulte pas simplement de la première exécution réussie. Le catalogue doit séparer les maquettes, les versions de scène, les pistes de travail et le master commercial.

Le double face A avec C Moon : deux identités musicales sur un même 45 tours

La publication de décembre 1972 associe un rock électrique particulièrement direct à C Moon, dont le vocabulaire rythmique emprunte à d’autres traditions. Ce contraste n’est pas une anomalie de pressage, mais l’une des caractéristiques de la période : McCartney explore plusieurs langages sous le nom Wings sans chercher encore à enfermer le groupe dans un seul style. Pour le collectionneur, la présentation du 45 tours, le pays et les crédits imprimés constituent autant d’informations à distinguer du contenu musical. Deux éditions portant le même couplage ne représentent pas forcément une nouvelle séance, et une différence de label ne suffit pas à identifier un mixage inédit.

Le guide des versions et de collection

Pour une base de référence, il faut distinguer : la version live envisagée avant septembre, les essais Morgan, les prises et overdubs EMI, le master du 45 tours, les films promotionnels et les versions de concert. Il s’agit de couches documentaires différentes.

Les disques physiques sont ensuite répertoriés par référence Apple, matrice, pays, graphie, pochette et mastering. Un exemplaire qui porte le même master sous une étiquette allemande ou japonaise n’est pas pour cette seule raison un mix inédit.