Wings à Édimbourg en 1973 : bandeau des archives du groupe

WINGS · 1972 · SINGLES HORS ALBUM

C Moon (1972) : reggae, John Bonham au studio, Henry McCullough à la batterie et sessions des Wings

Enregistré de septembre à novembre 1972, C Moon est un document majeur sur les expérimentations reggae des premiers Wings. Il faut distinguer la présence de John Bonham au studio de la prise finale, dont Henry McCullough joue la batterie.

Un langage reggae à l’intérieur de la pop des Wings

Pour replacer cette chanson dans une histoire plus vaste, consulter Les Wings et le reggae : de la Jamaïque à Love Is Strange, C Moon et Seaside Woman.

Le rythme de C Moon s’inspire en partie d’un voyage jamaïcain de Paul et Linda McCartney à la fin de 1971. Le morceau adopte une démarche pop-reggae, faite de souplesse rythmique et d’interventions vocales presque désinvoltes.

Le nom de la chanson joue sur une expression argotique inventée ou réappropriée par le couple McCartney ; il ne doit pas être transformé en référence historique fixe sans témoignage. La musique elle-même compte davantage que la seule explication du titre.

1er et 2 septembre : Morgan Studios, Londres

La chanson se développe à partir d’une improvisation du 1er septembre 1972. La bande de base est enregistrée le lendemain au Studio One de Morgan Studios, avec Mike Bobak comme ingénieur et Paul McCartney à la production.

La documentation rapporte que John Bonham, batteur de Led Zeppelin, se trouve au studio et participe à des improvisations. Pour le master de C Moon, c’est toutefois le guitariste Henry McCullough qui prend les baguettes. Confondre la présence de Bonham avec une participation à la batterie du disque commercial serait une erreur discographique.

Un personnel instrumental atypique

La sessionographie crédite Paul au chant et au piano, Denny Laine à la basse, Linda au tambourin et aux voix, Henry McCullough à la batterie, Denny Seiwell au xylophone et au cornet. Cette répartition des tâches illustre le fonctionnement flexible des Wings au début de leur carrière.

La couleur légère du morceau doit ainsi beaucoup à des rôles échangés. L’identité habituelle d’un membre — guitariste ou batteur — ne permet pas de deviner son rôle dans la prise publiée.

4 et 5 septembre : les voix

Les prises vocales principales et les harmonies sont réalisées les 4 et 5 septembre. Les bandes comportent également des interventions vocales de Heather et Mary McCartney. La proximité familiale est un fait de session, pas seulement une interprétation de la chanson.

L’impression de spontanéité tient aussi à des fragments parlés conservés au début et à la fin du master. Ces éléments donnent une sensation de séance encore en cours ; leur conservation finale représente néanmoins un choix de montage.

14 octobre : le xylophone

Denny Seiwell enregistre deux parties de xylophone le 14 octobre 1972. Ce timbre inhabituel constitue un élément reconnaissable de l’arrangement et élargit la palette au-delà des guitares et de la section rythmique.

Pour l’archéologie musicale, cet overdub est un exemple de transformation progressive d’une jam en chanson pop terminée.

7 novembre : cornet, tambourin et mix définitif

Aux studios EMI d’Abbey Road, les Wings ajoutent le 7 novembre de nouvelles voix, du tambourin et un cornet doublé joué par Seiwell. Une guitare électrique est enregistrée mais finalement écartée.

Alan Parsons supervise les travaux techniques. Sept mixes stéréo sont produits sous les numéros RS10 à RS16, et le dernier est retenu. Ces repères de mixage sont plus significatifs qu’une différence de durée affichée sur une annonce de disque.

1er décembre : le single avec Hi, Hi, Hi

Le disque paraît au Royaume-Uni le 1er décembre 1972 et aux États-Unis le 4 décembre. L’édition est connue comme un double face A Hi, Hi, Hi / C Moon. Les deux chansons sont musicalement très différentes, ce qui rend le couplage remarquable.

L’historien doit décrire les marchés séparément : face promue à la radio, hiérarchie d’étiquette, référence nationale et pochette peuvent varier, même si les deux œuvres circulent sur le même 45 tours.

Le contexte de la censure

Hi, Hi, Hi provoque une controverse à la BBC sur des paroles jugées suggestives. C Moon offre un revers stylistiquement plus doux et peut apparaître comme une alternative radiophonique, mais ne doit pas être présenté comme une nouvelle version de Hi, Hi, Hi.

Ce sont des œuvres distinctes. Le classement du disque ou d’une face dans un pays ne donne pas automatiquement le classement individuel de l’autre.

Répertoire de scène et rééditions

C Moon connaît une postérité dans les concerts et publications de McCartney, dont One Hand Clapping, Wingspan et des enregistrements scéniques postérieurs. Les versions jouées plusieurs années après les Wings devront être identifiées par leurs musiciens et leurs dates.

Le master studio de 1972 reste distinct de ces performances. Les compilations ne garantissent pas non plus à elles seules un mix inédit ; il faut vérifier la bande et le mastering.

Le jeu des instruments : une photographie inhabituelle des premiers Wings

À la différence de la disposition habituelle d’un quintette de rock, la prise principale de « C Moon » fait circuler les instruments entre les musiciens. Denny Laine tient la basse ; Henry McCullough, normalement guitariste solo, s’installe à la batterie ; Denny Seiwell quitte son poste ordinaire pour intervenir au xylophone et au cornet ; Paul McCartney joue du piano et du cornet, tout en assurant le chant principal. Linda McCartney accompagne le morceau aux percussions et aux harmonies. Cette redistribution traduit moins une fantaisie isolée qu’une conception souple du studio, dans laquelle les rôles peuvent être choisis pour leur effet sonore plutôt qu’en fonction de l’instrument habituel de chaque musicien.

Cette configuration est importante pour les notices de personnel : une photographie présentant Seiwell à la batterie et McCullough à la guitare ne suffit pas à déterminer ce qu’ils jouent effectivement sur « C Moon ». Il faut également distinguer les instruments enregistrés pour le master des invités présents dans les locaux. John Bonham participe à des improvisations pendant la période de ces séances, mais il ne faut pas lui attribuer la batterie de la prise publiée. La présence d’un musicien célèbre au studio peut avoir engendré de nombreux raccourcis dans les discographies.

Production, rythme et influences jamaïcaines

Le morceau utilise une pulsation volontairement relâchée et des syncopes caractéristiques des emprunts pop au reggae de la période. Il n’est pas question d’une imitation stricte d’un enregistrement jamaïcain : le piano, les voix familiales, les ponctuations de cuivres et le xylophone produisent une musique hybride, très éloignée de la guitare électrique frontale de « Hi, Hi, Hi ». L’écart entre les deux chansons explique une partie de l’intérêt du 45 tours qui les réunit.

McCartney s’amuse à déplacer les accentuations, à faire respirer l’accompagnement et à juxtaposer un refrain très mémorisable à des interventions plus libres. La présence des enfants dans certains chœurs ajoute une dimension domestique, qui peut sembler déconcertante à l’écoute d’une production officiellement publiée sous le nom de Wings. Ce contraste est précisément l’un des caractères majeurs de la première période du groupe : la frontière entre vie familiale et travail musical reste mouvante.

Un double face A et une chronologie de collection

Le single britannique associant « Hi, Hi, Hi » et « C Moon » paraît le 1er décembre 1972 sur Apple. Il est souvent présenté comme un double face A, mais cette désignation ne dispense pas de relever les indications imprimées sur chaque édition nationale. Le disque donne à entendre deux directions musicales simultanées : le rock explicite de « Hi, Hi, Hi » et l’esprit pop-reggae de « C Moon ». La censure radiophonique visant le premier titre a pu attirer indirectement l’attention sur le second, sans que l’on puisse assimiler leur réception.

Les rééditions ultérieures sur CD et compilations doivent être cataloguées comme des publications nouvelles du master ou d’un remaster, sauf lorsqu’un mixage ou un montage alternatif est documenté. Dans le cadre de The 7 » Singles Box de 2022, la paire retrouve une forme proche du programme historique du single. Ce retour éditorial ne signifie pas que le titre ait été enregistré en 2022 : le master appartient pleinement aux séances de 1972.

La postérité de C Moon dans le répertoire de McCartney

« C Moon » continue d’intéresser Paul McCartney bien après la fin de Wings et réapparaît dans certaines performances et sélections rétrospectives. Cette longévité confirme la valeur d’un morceau souvent considéré comme une simple curiosité de face B. Pour l’historien de la pop, il révèle les goûts éclectiques de McCartney et sa liberté de passer d’un rock direct à un genre rythmique importé des Caraïbes, au sein d’un même projet commercial.

Les versions live doivent être classées selon leurs interprètes, leur arrangement et leur date. Une performance de McCartney avec ses musiciens solos dans les années 2000 ne constitue pas une prestation du quintette Wings de 1972. Cette distinction simple devient essentielle dès que l’on souhaite constituer une discographie ou une vidéographie exhaustive.

Le monde à l’envers des instruments de C Moon

L’un des aspects les plus singuliers de C Moon tient à la répartition des instruments au cours de la prise principale du 2 septembre 1972 aux studios Morgan de Londres : Henry McCullough tient la batterie, Denny Laine la basse, tandis que le batteur attitré Denny Seiwell intervient au cornet et au xylophone. Paul McCartney tient le piano et le chant ; Linda participe aux chœurs et au tambourin. Cette distribution montre que les premiers Wings ne se conforment pas systématiquement à leur organisation habituelle sur scène.

Les crédits évoquent également les voix de Heather et Mary McCartney. Il serait abusif de transformer cette participation familiale en preuve qu’elles étaient membres officiels de Wings, tout comme il serait incorrect d’attribuer à John Bonham la batterie de ce master sans preuve de sa présence dans la prise retenue. Un visiteur célèbre du studio, une répétition et un musicien crédité sur le master sont des situations documentaires différentes.

Le reggae comme principe de rythme, non simple décor

La chanson s’inscrit dans le dialogue des Wings avec la musique jamaïcaine en exploitant des accentuations et une pulsation différentes du rock direct de Hi, Hi, Hi, morceau qui occupe l’autre face du single britannique publié le 1er décembre 1972. Cette opposition de styles participe à l’identité d’un disque capable d’associer un rock provocateur et une pièce de pop à couleurs reggae.

Le mixage est documenté au 7 novembre 1972 à Abbey Road. Les versions de scène de 1975–1976 correspondent à une autre formation, avec Joe English à la batterie et Jimmy McCulloch à la guitare. La mention d’une chanson jouée sur scène ne suffit donc pas à reconduire les crédits instrumentaux atypiques du master de 1972. Cette évolution mérite une étude comparée des arrangements, et non une fusion de toutes les contributions dans une seule liste de musiciens.