Ringo Starr une superbe interview à découvrir !
À 83 ans, Ringo Starr avance sans nostalgie : tournée millimétrée avec son All-Starr Band, relais entre classiques et surprises (“With a Little Help…”, “Yellow Submarine”, “Octopus’s Garden”), atelier Star Art au Venetian et bénéfices pour la Lotus Foundation. Curieux, il peint, pratique le spin art et s’est même amusé avec Kid Pix. Côté archives, il annonce un Anthology 4 (démos, prises, remixes de Giles Martin) et une série sur Disney+. Prochain cap : un album country avec T-Bone Burnett, où il chante, compose et bat.
Entre tournée, art et projets d’archives, Ringo Starr garde l’allure et l’élan. Dans un échange à bâtons rompus, le batteur des Beatles évoque l’actualité de son All-Starr Band, une exposition caritative (Star Art), un futur album country copiloté par T-Bone Burnett, et un nouveau chapitre d’Anthology. Paroles directes, regard clair : l’énergie est intacte.
Sommaire
Un Beatle toujours en mouvement
Ringo ne s’en cache pas : il aime jouer. L’agenda est plus léger qu’autrefois, mais réglé au millimètre. La formule All-Starr Band reste son écrin préféré : chacun chante ses titres, se passe le témoin, et la dynamique respire.
« On se passe le relais. Il chante un titre, pause. Je chante, pause. Ce n’est pas comme Paul ou Mick qui chantent chaque morceau. On se lève, on rocke, et on fait de notre mieux. »
Ce « mieux » n’est pas négociable. Dans ses groupes, la règle d’or tient en une promesse simple : faire sa part, au plus haut, soir après soir.
« Je ferai de mon mieux pour toi ; fais de ton mieux pour moi et pour lui. On monte sur scène et on le fait. »
« Rock’n’roll lifestyle » : la page tournée
Le mythe de la nuit sans fin laisse Ringo, 83 ans, plutôt placide. La démesure a eu son heure ; elle n’est plus le moteur.
« Le lifestyle rock’n’roll, c’est rester debout et sortir toute la nuit. J’ai tourné la page vers 40 ans. Aujourd’hui, on se lève, on monte en camion ou en avion, on file au concert… et on joue. »
Au passage, un credo d’intendance : pas de privilège isolé. Là où va Ringo, va le groupe.
« Si je suis dans l’avion, le groupe est dans l’avion. Si je suis à l’hôtel, le groupe est à l’hôtel. C’est comme ça qu’on fait. »
Set-list : classiques, surprises et joie communicative
La clôture ne varie pas : “With a Little Help from My Friends” reste l’étreinte finale. “Yellow Submarine” demeure l’un des piliers de son répertoire. Mais une autre chanson a refait surface à sa grande surprise : “Octopus’s Garden”.
« Je ne la mettais pas. On s’est dit : on ne va pas être sous la mer deux fois. Et puis je l’ai remise… le public adore. À partir du premier riff, tout le monde sait. Moi aussi, je l’aime désormais. »
Star Art : l’autre atelier de Ringo
Au-delà de la scène, Ringo expose ses œuvres sous la bannière Star Art, dans une galerie des Grand Canal Shoppes au Venetian Resort, en écho à sa résidence. Peinture, spin art, tirages de peaux de batterie imprimées : un terrain de jeu assumé, offert aux fans comme souvenir plus intime qu’un t-shirt.
« C’est connecté à la musique et au reste. Juste une part de moi. J’aime peindre. Je n’ai pas un grand plan : je fais. »
Une part des pièces sont des tirages limités de drum-heads décorées — « au lieu d’un t-shirt, achète une peau de caisse claire » sourit-il.
Philanthropie : la Lotus Foundation au centre
Les bénéfices de cette exposition sont reversés à la Lotus Foundation, créée avec Barbara Bach. L’organisation soutient notamment la lutte contre les addictions, la paralysie cérébrale, les tumeurs cérébrales, certains cancers, l’aide aux sans-abri, la protection animale et l’accès à l’eau via WaterAid.
« Tout le monde devrait avoir au moins de l’eau. On soutient celles et ceux qui la trouvent et la distribuent. Tout a besoin d’eau. »
Du Kid Pix au spin art : le goût du jeu
Le Ringo peintre aime l’expérimentation, du spin art aux outils numériques. Anecdote savoureuse : à la fin des années 1990, il s’amusait avec un logiciel enfantin, Kid Pix, pour composer des images aux aplats francs — une esthétique parfois attribuée à Microsoft Paint.
« J’utilisais Kid Pix tout le temps. Le bouton seau qui remplit tout d’une couleur m’éclatait. Pourquoi ils l’ont retiré ? Aucune idée. Qu’on le ramène ! »
Ses toiles aiment les silhouettes : “les quatre gars”, ébauchés, jamais réalistes — « je ne sais pas faire les visages », concède-t-il — et ses « wooden men », bonshommes stylisés au charme brut.
« Je ne suis pas Rembrandt. Je peins comme je peins, comme je joue de la batterie. Voilà ce que vous avez. »
Anthology 4 : un nouveau tour d’archives
Trente ans après la série originelle, Ringo confirme un quatrième volet d’Anthology : démos, répétitions, prises alternatives, remixes et masterings signés Giles Martin.
« J’adore les remixes : on entend enfin la grosse caisse. Dans les années 60, on était en mono, on nous disait tout le temps : “baissez la basse”. On a fini par leur dire quoi faire. »
Le projet embrasse aussi un déploiement XXL (éditions vinyle et CD) et une série documentaire annoncée en neuf parties sur Disney+. Ringo se souvient de la sidérante découverte à l’origine de Get Back : des heures et des heures de pellicule inédites.
« Ils ont retrouvé 56 heures de film inutilisé. De quoi permettre à Peter Jackson de refaire du neuf avec de l’ancien. Et quelque part, il reste encore des choses. »
L’homme des studios connaît la valeur d’une « bonne prise » — et le mirage des numéros.
« Quand on lit take 24, souvent c’était la take 2 ou 3 qui tenait du début à la fin ; les autres, c’étaient deux mesures foirées. Les chiffres, ça impressionne, mais l’oreille décide. »
Un album country avec T-Bone Burnett
Autre actualité : Ringo prépare un album country avec T-Bone Burnett. Il compose, chante et tient la batterie sur chaque piste. L’un des nouveaux titres revisite Carl Perkins, fil reliant ses premiers enregistrements beatlesiens à sa passion de toujours pour ce carrefour entre country et rockabilly.
« T-Bone adore l’idée que mes deux premiers titres sur des disques des Beatles étaient des Carl Perkins. On en coupe un autre pour le disque. Simple et beau. »
La genèse All-Starr : l’orchestre rêvé, version réelle
Retour en arrière. Après l’arrêt des concerts des Beatles en 1966, c’est en 1989 que Ringo renoue avec la route au long cours, avec un premier All-Starr Band monté presque sur un coup de fil — et une envie d’orchestre XXL.
« Quelqu’un a demandé à mon avocat si je tournerais. J’ai appelé tout le monde. On m’a dit d’arrêter sinon on aurait eu un orchestre. Joe, Dr. John, Leon, Rick, Nils… Un panier garni. Et ça continue depuis 1989. »
Entre deux sourires, un aveu de producteur : tout ne fut pas simple.
« On a eu de grands groupes, de bons groupes… et des gens qui ne connaissaient pas leur place. Ça arrive. »
Le fil rouge : faire simple, faire vrai
Ringo aime les méthodes qui vont droit. Studio ou scène, peinture ou photo, la boussole reste la même : faire. Et laisser la musique parler.
« Je fais. S’ils m’envoient des fichiers, je bat dessus, je renvoie. Je dis toujours : “Use me or lose me.” Si ça ne marche pas, enlevez-moi. »
Entre scène, atelier et archives, Ringo Starr cultive l’utile et l’essentiel : le jeu, la curiosité, le don. Dans la salle, l’explosion de “With a Little Help from My Friends” continue de souder les voix ; sur toile, ses wooden men et ses quatre lads esquissent une mémoire en mouvement ; en studio, un coup de caisse claire rappelle que, dans sa musique comme dans sa peinture, il n’a qu’une seule méthode : se mettre au travail — et faire son mieux.
La transcription de l’interview :
Ringo — Eh bien, dis-leur : si tu as Kid Pix sur quelqu’un
Ringo — Je ne pense pas qu’on puisse se souvenir de chaque instant de sa vie. Mais dans le dernier – tu parles de George, Paul et moi en studio en train de jouer : on joue un morceau de rock… je ne me souviens plus lequel. C’est un de ces morceaux qu’on connaissait tous et qu’on a juste joué, parce que c’est ce qu’on faisait – on jouait. On travaillait dur si c’était un disque, si c’était nouveau. Mais, vous savez, Carl Perkins, je viens de faire un remake d’une autre chanson de Carl Perkins sur mon












