On a souvent résumé Paul McCartney au mélodiste lumineux, à l’homme de Yesterday, de Hey Jude et des refrains capables de consoler la planète entière. C’est oublier un peu vite qu’avant d’être ce Beatle élégant et souriant, Paul était aussi un gamin de Liverpool nourri à Little Richard, un compétiteur féroce, et un musicien que la moindre fanfaronnade pouvait pousser dans ses derniers retranchements. Quand Pete Townshend affirme, à la fin de 1967, que les Who viennent d’enregistrer le disque rock le plus sale, le plus bruyant et le plus déchaîné jamais entendu, McCartney ne se contente pas de hausser les épaules : il encaisse le défi, le retourne, et décide que les Beatles peuvent aller plus loin.
De cette vexation presque enfantine naîtra Helter Skelter, morceau-monstre du White Album, enregistré dans la sueur, le vacarme et la démesure : jams interminables, guitares saturées, cendrier enflammé, hurlements de Paul, batterie martyrisée de Ringo et cri final entré dans la légende. Mais l’histoire ne s’arrête pas au studio d’Abbey Road. Proto-hard rock, matrice du heavy metal, chanson maudite par l’appropriation délirante de Charles Manson, puis reprise par le punk, le metal et McCartney lui-même sur scène, Helter Skelter reste l’un des sommets les plus inquiétants et les plus fascinants de l’histoire des Beatles.












