Ringo Starr, l’artiste au-delà des Beatles : photographie, peinture et art numérique

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Blindman (1971) : Ringo Starr, le western italien et l’iconographie d’un personnage à contre-emploi

Une analyse du western de Ferdinando Baldi, de ses décors et des affiches internationales.

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Le film de Ferdinando Baldi attribue à Ringo Starr un rôle que les images promotionnelles peuvent faire paraître plus central qu’il ne l’est dans le récit. L’étude de Blindman exige de replacer Candy, son personnage, dans la tradition du western européen, les décors d’Almería et le travail des distributeurs. Son intérêt déborde largement l’anecdote du « Beatle en cow-boy » : il permet de suivre la transformation d’une image publique au contact d’un genre cinématographique violent et volontiers provocateur.

Blindman, un western dont Ringo n’est pas le héros

Le titre Blindman désigne le protagoniste aveugle joué par Tony Anthony. Ringo Starr incarne Candy, personnage du groupe de bandits lié à Domingo, interprété par Lloyd Battista. Ce partage des rôles doit figurer dès le début de toute notice sérieuse. Le nom de Ringo apparaît fréquemment en bonne position sur les supports publicitaires ; cela tient à sa renommée internationale et ne signifie pas qu’il est le personnage-titre ou le moteur de l’intrigue.

Ferdinando Baldi réalise un western italo-américain qui joue avec une figure presque paradoxale : le tireur d’élite privé de la vue. La mise en scène fait de cette particularité une source de suspense, de prouesse et de cruauté. La célébrité musicale de Starr est introduite dans cet univers comme un élément de dissonance, sans reprendre le personnage débonnaire que le public lui connaissait dans les films des Beatles.

Le cinéma populaire italien du tournant des années 1970 repose sur des circulations transnationales de producteurs, d’acteurs, de langues de doublage et de marchés. L’attribution d’une nationalité unique à un film de cette catégorie serait souvent insuffisante pour en comprendre la fabrication et l’exploitation.

Candy : une construction de costume et d’attitude

Une partie de la singularité du rôle tient à son apparence : les éléments du costume et la physionomie de Ringo sont réinscrits dans l’imagerie du western. Le visage reconnaissable continue d’appartenir au musicien, mais la gestuelle et l’environnement modifient les attentes. L’intérêt pour l’historien des arts visuels est d’identifier, plan après plan, ce qui relève du personnage écrit, de l’interprétation et du dispositif promotionnel.

Les photographies de publicité sont particulièrement ambiguës. Un cadrage rapproché sur une vedette peut créer l’illusion d’un héros de western alors que le récit déploie son action autour d’un autre protagoniste. Il faut comparer ces images au film, au générique d’ouverture, aux fiches de distribution et aux dossiers de presse pour mesurer l’écart entre fonction narrative et exploitation commerciale.

Il serait hasardeux de prêter à Ringo une intention psychologique précise à partir du seul costume. Ce que l’on peut affirmer, c’est que ce rôle l’éloigne des conventions de sympathie et de proximité qui structuraient son image publique dans les années Beatles.

Ferdinando Baldi, Tony Anthony et le western de genre

Baldi appartient à un secteur de production où les récits circulent par motifs : figures de tireurs, bandits, villages-frontières et conflits d’intérêt. Tony Anthony est à la fois interprète du héros et associé à l’élaboration du projet. Le travail du scénariste Pier Giovanni Anchisi figure parmi les crédits régulièrement reproduits ; certains catalogues ajoutent Vincenzo Cerami. La distribution des contributions à l’écriture gagne à être contrôlée directement sur les génériques des copies consultées.

La photographie est créditée à Riccardo Pallottini, le montage à Roberto Perpignani et la musique à Stelvio Cipriani dans les notices de référence. Ces noms méritent mieux qu’une simple ligne technique : le paysage, le rythme et l’accompagnement sonore participent pleinement à la création du personnage. L’image d’un Beatle dans un western n’a rien d’autonome ; elle est fabriquée par une équipe et un système de production.

Des prises de vues entre l’Italie et l’Espagne

Les fiches de lieux de tournage citent Cinecittà, à Rome, et la région d’Almería, en Andalousie, notamment les paysages du désert de Tabernas. Ces lieux constituent des points de repère classiques pour étudier les westerns européens. Leur usage ne prouve toutefois pas qu’une photographie attribuée au tournage montre tel village ou tel fort : il faut confronter son arrière-plan aux décors identifiables, aux feuilles de service et aux documents de production.

Les données filmographiques placent le début des prises de vues au 7 juin 1971, conformément au calendrier annoncé par la presse contemporaine. Le 5 juin, le Record Mirror parlait déjà du projet et d’un tournage devant passer par l’Italie et l’Espagne. La date du journal prouve l’existence de cette annonce ; la chronologie de chaque prise de vues doit reposer sur des documents supplémentaires.

La mention du plateau de Cinecittà et celle des extérieurs espagnols ne sont pas contradictoires. Elles illustrent le montage spatial du cinéma de studio : un même récit associe intérieurs construits et paysages éloignés, que le montage présente au spectateur comme un espace homogène.

Un film dont le contenu réclame une contextualisation critique

Le scénario repose notamment sur un groupe de cinquante femmes retenues dans un système de captivité et d’échanges. La violence, la coercition et les agressions sexuelles en font partie intégrante. Les notices qui réduisent ces éléments à un simple motif de farce western gomment une dimension essentielle de l’œuvre. Une étude historique doit décrire ce contenu avec précision, sans le présenter comme anodin ni confondre le rôle interprété par un acteur avec les opinions de celui-ci.

La publicité a pu choisir de privilégier l’aventure, le personnage aveugle ou la célébrité de Starr au détriment de ces aspects plus difficiles. Les différences entre une affiche et le film lui-même deviennent alors des indices sur les attentes commerciales et les limites morales des campagnes de diffusion.

Il pistolero cieco : circulation des titres et des affiches

Le titre italien Il pistolero cieco (« le pistolero aveugle ») recentre l’identification sur le protagoniste. En France, la circulation du titre Blindman, le justicier aveugle souligne une autre manière de présenter le film. Le rapprochement de ces désignations démontre l’utilité de conserver dans une base encyclopédique à la fois le titre original, les titres d’exploitation et les mentions littérales visibles sur chaque document.

Un catalogue des affiches devrait distinguer les formats italiens, les affiches françaises, les matériels américains et les images destinées à la presse. Il faudrait saisir le nom du graphiste seulement lorsqu’il peut être relié à un exemplaire documenté, puis noter dimensions, imprimeur, distributeur et variantes de composition. Les affiches retouchées et les visuels de réédition vidéo appartiennent à des générations de promotion différentes.

Cette méthode protège contre un piège fréquent : un portrait de Ringo sur une pochette DVD n’est pas la preuve que la même image apparaissait sur une affiche de 1971.

Qui a produit Blindman ? Confronter les crédits

Plusieurs bases filmographiques citent Tony Anthony, Allen Klein ou Saul Swimmer au titre de la production, tandis que les notices peuvent différer dans leur manière de distribuer les fonctions. La bonne méthode consiste à transcrire d’abord les mentions de la copie de référence puis à confronter ces informations aux documents d’ABKCO, aux éléments de promotion et aux génériques internationaux. Le terme « producteur » peut désigner des responsabilités distinctes selon le territoire ou les contrats.

Cette question dépasse la recherche nominale : autour des anciens Beatles, les sociétés et les intermédiaires de l’industrie musicale participent à des initiatives cinématographiques. Une cartographie exacte de ces liens permettrait d’étudier les transferts de capitaux, de réputation et de savoir-faire entre musique enregistrée et cinéma.

Le cas des chiffres de budget et de recettes

Certains répertoires reproduisent des montants de budget et de recettes particulièrement spectaculaires. Faute d’accès à une comptabilité, à des rapports de distributeurs ou à la presse professionnelle pertinente, il ne faut pas les transformer en résultats financiers vérifiés. Les chiffres de recettes peuvent désigner la billetterie globale, des locations versées au distributeur ou une extrapolation non datée.

Le même principe vaut pour la durée : 105 minutes dans plusieurs catalogues, d’autres valeurs dans certaines notices, parfois selon le marché et le support. Décrire une copie précise est plus fiable que proclamer une durée unique sans référence à son édition.

Un contre-emploi plus instructif qu’un simple caméo

Le choix de Candy ne représente pas une renonciation à l’humour de Ringo, mais un déplacement radical du registre. La célébrité de l’interprète persiste comme une seconde couche de lecture, tandis que le western impose ses propres conventions dramatiques. L’intérêt du film réside dans ce frottement entre une image connue dans le monde entier et la place assignée à un personnage de fiction.

Dans une encyclopédie consacrée à Ringo artiste visuel, Blindman permet de faire dialoguer costume, photographie, affiches, histoire industrielle et réception. Ces archives disent autant sur le cinéma transnational de 1971 que sur l’évolution du musicien.

Chronologie documentaire

5 juin 1971. Le Record Mirror annonce le film avec Ringo Starr et signale le calendrier prévu des prises de vues.

7 juin 1971. Début de tournage indiqué dans les fiches de production consultables ; autres journées à documenter.

15 novembre 1971. Date de sortie italienne relevée dans plusieurs notices filmographiques.

1972. Exploitation américaine et française ; les dates précises dépendent de la nature des séances et des territoires.

Repères bibliographiques et sources de vérification

Larousse, Dictionnaire mondial des films, notice Blindman, le justicier aveugle ; archives du Record Mirror, 5 juin 1971 ; notices de production et de tournage IMDb ; génériques et fiches de distribution du film. Les différentes versions et les attributions d’affiches sont à vérifier à l’exemplaire.

Parcours complémentaire dans l’encyclopédie

Fiche filmographique principale · Affiches et variantes internationales · Photographies de plateau et documents publicitaires · Chronologie de l’art visuel.

Le contre-emploi de Ringo : lire Candy comme une figure de western

Dans Blindman, Ringo Starr ne joue pas un personnage qui bénéficierait spontanément de la sympathie attachée à l’ancien batteur des Beatles. Candy appartient au groupe de hors-la-loi qui s’oppose au protagoniste aveugle. Cette inversion constitue l’un des enjeux les plus intéressants du film. Le spectateur reconnaît une personnalité populaire, mais doit la suivre dans une fiction de violence, de cupidité et de domination. Le décalage n’est pas seulement narratif : il passe par la silhouette, le costume, la présence corporelle et les rapports de regard instaurés avec les autres personnages.

Le rôle ne peut pas être expliqué comme un simple prolongement de la fantaisie des comédies des Beatles. L’humour, lorsqu’il apparaît, se situe dans un univers bien plus brutal, soumis aux conventions du western italien du début des années 1970. Une notice consacrée aux arts visuels doit donc analyser la manière dont Ringo accepte de modifier son apparence et sa position morale à l’écran. Le fait qu’un musicien célèbre interprète un antagoniste ne constitue pas une autorisation pour confondre le personnage avec ses opinions ou ses comportements privés.

La figure du méchant et les attributs du pouvoir

Le western construit traditionnellement ses antagonistes à travers des accessoires qui prolongent leur autorité : armes, vêtements, montures et occupation de l’espace. Candy entre dans un système iconographique où la tenue et l’attitude signalent la place sociale avant même que le dialogue l’explique. Pour l’étude de Ringo, ces détails sont plus instructifs qu’une simple photographie de portrait : ils permettent de comprendre comment l’équipe de cinéma fait entrer une vedette du rock dans la grammaire visuelle d’un genre qui lui était jusque-là étranger.

La fonction du costume ne doit pas se réduire à l’idée de déguisement. Sa coupe et ses accessoires établissent des différences entre les membres d’un même groupe de personnages et orientent la lecture d’une scène. Une photographie promotionnelle peut accentuer la silhouette du musicien et laisser hors champ les rapports de domination qui caractérisent le film. La critique doit confronter l’image publicitaire au costume réellement visible dans les séquences, sans présumer que les mêmes accessoires ont été employés dans chaque prise de vue.

Le regard impossible du héros : une expérience particulière pour la caméra

Le personnage principal, interprété par Tony Anthony, est présenté comme un tireur aveugle. Cette convention transforme le regard en question centrale. Le spectateur voit les adversaires et les paysages que le héros ne peut pas appréhender de manière ordinaire ; le film doit alors construire l’action à partir de sons, de déplacements et de réactions physiques. Ringo appartient à cet univers où le pouvoir de voir, d’être vu et de tromper l’adversaire participe directement à la dramaturgie.

Le cinéaste peut utiliser le cadrage pour donner au public une information refusée au protagoniste ou, au contraire, limiter temporairement ce que chacun comprend. Une analyse des séquences doit donc distinguer le point de vue de la caméra de celui des personnages. Il serait trompeur d’en déduire que l’image reproduit objectivement la vision de l’aveugle. Le western utilise précisément cette dissymétrie pour produire tension et ironie. La présence d’un ancien Beatle dans le camp adverse apporte à ce dispositif une reconnaissance supplémentaire qui peut être exploitée par les images de promotion.

De Ferdinando Baldi aux équipes de cascade : un rôle fabriqué collectivement

La réalisation de Ferdinando Baldi inscrit Blindman dans une tradition de coproductions et de westerns européens où les cascades, les décors et les postures comptent autant que les dialogues. Le rôle de Candy ne saurait être ramené aux seules décisions de son interprète. Le réalisateur organise l’action et les déplacements ; les équipes techniques règlent les effets et la sécurité ; les professionnels du costume et du maquillage rendent le personnage cohérent d’un plan à l’autre. Ringo en donne une incarnation reconnaissable sans devenir l’auteur de chaque choix visuel.

La documentation doit conserver ces frontières professionnelles, particulièrement lorsque les photographies de plateau ne donnent aucun renseignement sur leur auteur. Une image montrant Ringo près d’une arme ou d’un cheval peut avoir été réalisée pour la presse plutôt que pendant la prise d’une scène précise. Sans négatif, légende d’époque ou plan de travail, il faut s’abstenir de la dater au jour près. Cette prudence protège aussi le travail des photographes et techniciens dont les noms disparaissent souvent derrière ceux des vedettes.

Le titre original et les affiches internationales : plusieurs manières de vendre le même film

La circulation de Blindman sous différents titres et dans plusieurs pays a nécessairement produit des objets de promotion adaptés aux distributeurs locaux. Une affiche peut mettre en avant le héros aveugle et la violence du western ; une autre peut privilégier Ringo pour attirer les admirateurs des Beatles. Ces choix n’ont pas forcément été décidés par les réalisateurs du film, et leur date peut être postérieure au tournage. Il faut donc identifier le territoire, le distributeur, le format et les crédits d’illustration avant d’utiliser une affiche comme preuve sur la conception de l’œuvre.

Le titre français Blindman, le justicier aveugle appartient à cette vie commerciale. La sortie française de 1972 ne déplace pas la production du film dans cette année-là. Le décalage entre 1971 et 1972 représente une succession d’événements industriels, non une contradiction à résoudre par une date unique. Pour les collectionneurs, une affiche française originale, un document de presse italien et une jaquette vidéo récente sont trois objets distincts qui peuvent reproduire le même personnage sans être de la même époque.

Une présence rare mais décisive pour l’histoire des images de Ringo

Le rôle de Candy ne fait pas de Ringo une vedette principale de western comparable à Tony Anthony. Sa place reste limitée par le récit, mais son image publique rend la participation particulièrement remarquable dans sa filmographie. L’intérêt encyclopédique ne dépend pas du nombre de minutes à l’écran : il tient à la rupture avec l’identité familière du batteur et aux moyens visuels nécessaires pour fabriquer cette nouvelle figure. La photographie de plateau, les affiches et le film monté documentent chacun une dimension différente de la transformation.

Le dossier doit relier cette étude à l’analyse des costumes et personnages, à l’histoire des affiches lorsque les exemplaires sont identifiés, et à la vidéographie pour distinguer promotion et fiction. Il ne s’agit pas de reproduire toutes les scènes du western, mais de comprendre pourquoi la figure de Candy compte dans l’histoire visuelle de Ringo Starr.

Le désert de Tabernas : une géographie espagnole qui représente l’Ouest américain

Le tournage de Blindman utilise des décors et extérieurs de la région d’Almería en Espagne, notamment le désert de Tabernas, célèbre pour les westerns européens. Cette situation donne au film une identité particulière : le récit évoque les territoires de l’Ouest américain, mais une partie de sa fabrication repose sur des paysages espagnols et des infrastructures de cinéma installées en Europe. La photographie transforme ces sites en lieux de fiction, sans que le choix des rochers, des plaines ou des forts relève d’une reconstitution géographique rigoureusement américaine.

Le personnage de Candy, interprété par Ringo, traverse un univers visuel déjà structuré par le western italien. Ses vêtements, ses armes et ses gestes doivent être immédiatement lisibles dans des scènes où le spectateur reconnaît des codes de genre. Le paysage devient un partenaire de la représentation : il agrandit la distance entre les personnages et donne aux poursuites ou aux affrontements une intensité que des décors intérieurs ne pourraient offrir seuls. L’identification d’un lieu de tournage réel ne permet toutefois pas de dater chaque scène au même jour.

Le fort El Condor : une construction cinématographique réutilisée

Le fort El Condor, dans les décors de Tabernas, fait partie des sites associés à la production. L’intérêt de ce type de construction réside dans sa capacité à accueillir plusieurs films sans constituer un véritable bâtiment historique du Far West. La caméra sélectionne certaines façades, des portes et des cours, tandis que les accessoires et les costumes renouvellent leur identité fictive. Le même environnement matériel peut ainsi jouer plusieurs lieux dans des histoires sans relation directe.

Pour les photographies de plateau, cette caractéristique impose une prudence supplémentaire. Un portrait de Ringo devant un bâtiment de western doit être identifié par les personnes, les inscriptions ou le contexte de publication, et pas uniquement par la silhouette du fort. Les productions voisines peuvent partager des éléments de décor. La reconnaissance d’un lieu de tournage offre un indice utile, mais elle n’établit pas à elle seule la provenance de l’image. La notice patrimoniale doit séparer le décor construit, la fiction et la photographie d’exploitation.

Candy : une figure de pouvoir incarnée par un musicien peu associé à la violence

Ringo joue un personnage de western dont l’attitude tranche avec son image publique de batteur souriant des Beatles. L’effet repose sur la différence entre le modèle connu des spectateurs et le rôle adopté. Le personnage peut sembler brutal et menaçant, alors même que le visage de Ringo évoque une culture de pop et d’humour. Le film exploite cette dissonance au lieu d’essayer de la dissimuler complètement. Une telle distribution représente un véritable contre-emploi, mais ne doit pas être lue comme une déclaration personnelle de l’acteur sur la violence.

Le costume participe au changement de registre. Les vêtements du western, la coiffure et les accessoires appartiennent à un monde où le statut du personnage peut se lire avant qu’il parle. Le chef opérateur, le réalisateur Ferdinando Baldi et les équipes d’accessoires construisent le cadre qui rend cette transformation crédible pour la fiction. Le nom de Ringo reste un argument promotionnel, mais le rôle de Candy possède son propre fonctionnement dans le récit, distinct de la biographie du musicien.

Tony Anthony et la cécité du héros : un défi de cadrage et de dramaturgie

Le personnage principal interprété par Tony Anthony est un tireur aveugle. Le titre du film transforme cette condition en principe dramatique : le héros doit agir sans l’usage ordinaire du regard, tandis que le spectateur voit les dangers autour de lui. Le cinéma peut exploiter cette différence d’information en montrant un obstacle ou un adversaire que le protagoniste ne peut pas percevoir directement. Cette construction donne au cadrage et au montage un rôle particulièrement important, puisqu’ils déterminent ce que le public sait avant les personnages.

La relation entre le héros et Candy s’inscrit dans cette organisation. Les gestes et les déplacements de Ringo doivent être lisibles face à un adversaire dont le mode d’action est inhabituel. La dramaturgie ne repose pas simplement sur des échanges verbaux. Elle fait intervenir l’espace, les armes, les bruits et le temps nécessaire à chaque réaction. Le chercheur ne doit cependant pas interpréter les capacités fictives du héros comme une description médicale de la cécité réelle : le western utilise une convention spectaculaire qui appartient à ses propres règles.

Angelo Novi : la photographie de plateau se distingue du travail du chef opérateur

Les photographies de production associées à Angelo Novi fournissent un autre témoignage sur Blindman. Une image fixe peut montrer Ringo en costume, auprès de Tony Anthony ou dans un décor de western, et être destinée à la presse avant la sortie du film. Il serait trompeur de considérer toutes ces photographies comme des photogrammes extraits du long métrage. Le photographe de plateau peut se déplacer et capter un regard que la caméra de cinéma n’a pas retenu dans le montage définitif.

La valeur du document dépend de sa provenance. Un tirage portant une mention d’agence ou un cachet de distributeur renseigne sur sa circulation, mais le dos peut avoir été modifié lors d’une réédition. Un cliché reproduit sur une affiche italienne ou américaine possède aussi une histoire de recadrage et de traitement. Les différents objets peuvent partager la même image source sans avoir les mêmes inscriptions ni la même date de fabrication. La documentation doit conserver ces étapes plutôt que regrouper toutes les reproductions sous une légende unique.

Il pistolero cieco, Blindman : un film dont le titre circule autrement que les images

La production est connue sous des titres qui varient selon les territoires, dont Blindman et l’italien Il pistolero cieco. Les affiches internationales peuvent jouer sur ces intitulés, la notoriété de Ringo et les habitudes graphiques des distributeurs. Un même film se présente ainsi dans plusieurs langues avec des mises en page différentes. Les titres ne prouvent pas l’existence de plusieurs films montés à des dates distinctes, mais ils signalent des éditions et des stratégies commerciales qui doivent être identifiées.

Le dossier se relie à l’histoire des affiches de cinéma et à celle des photos de plateau. Le premier étudie les objets conçus pour attirer les spectateurs ; le second conserve les caractéristiques des tirages et cartes d’exploitation. La monographie de Blindman peut ainsi se concentrer sur le rôle de Candy et la fabrication du western sans répéter l’ensemble des inventaires commerciaux.

Blindman : trois géographies pour construire un seul western

Le film Blindman de Ferdinando Baldi, produit au début des années soixante-dix et sorti en 1971, superpose plusieurs espaces qu’une notice sommaire risque de confondre. L’histoire se déroule dans un Ouest américain imaginaire ; une partie des prises de vues est réalisée en Espagne ; la production et les conventions de genre appartiennent au cinéma italien. La participation de Ringo Starr s’inscrit dans cette circulation internationale. Il interprète Candy, un personnage antagoniste lié au bandit Domingo, dans un monde visuel fondé sur les fortins, les paysages arides et la violence stylisée. Le catalogue doit donc distinguer la géographie fictive, les lieux de tournage et les territoires d’exploitation commerciale.

Les paysages de Tabernas, en Andalousie, permettent au film de retrouver les horizons de nombreux westerns tournés en Europe. Le fort El Condor, décor utilisé par plusieurs productions, participe à cet univers. Sa présence dans une image ne permet pourtant pas de dater celle-ci par la seule construction du décor. Un même lieu peut accueillir différents tournages, être modifié ou photographié à des années d’intervalle. Les historiens du cinéma devront confronter les plans, les documents de production et les photographies de plateau avant de conclure à l’identification exacte d’une scène.

Candy : un personnage de cinéma dont la célébrité du comédien modifie la réception

Le nom Candy pose une ambiguïté intéressante puisqu’il renvoie aussi au film de 1968 où Ringo jouait un autre rôle. Dans Blindman, il ne s’agit ni d’une reprise du personnage antérieur ni d’une suite. Les deux participations appartiennent à des récits et à des systèmes visuels radicalement différents. L’utilisation de sa célébrité dans les affiches du western peut donner l’impression qu’il en est le héros principal, alors que le personnage du pistolero aveugle est interprété par Tony Anthony. Il importe donc de séparer la place narrative de l’acteur et la place qui lui est réservée dans la promotion.

La représentation de Ringo passe notamment par le costume, les accessoires, l’attitude corporelle et la photographie de presse. Il ne serait pas rigoureux d’attribuer au musicien la conception de ces éléments sans crédit de production. Le rôle est fabriqué collectivement par le réalisateur, les responsables des costumes, la photographie et les interprètes. Sa contribution essentielle est l’incarnation du personnage, qui introduit dans l’imaginaire du western un visage associé jusqu’alors à la musique pop britannique.

Le travail d’Angelo Novi et la distinction des images

Les photographies de plateau liées au film ont notamment été associées au travail d’Angelo Novi. Une image fixe de Ringo peut reproduire un costume visible dans la version montée tout en proposant un cadrage spécialement destiné à la presse. Elle ne doit pas être confondue avec la prise réalisée par le directeur de la photographie pour l’écran. Les tirages de presse, affiches illustrées et reproductions modernes forment au moins trois générations documentaires que l’on peut rapprocher sans les déclarer identiques.

La circulation du titre italien Il pistolero cieco et de son équivalent anglophone Blindman montre aussi que les objets publicitaires doivent être classés par pays et date. Une affiche rééditée pour une manifestation patrimoniale ne constitue pas une affiche d’exploitation originale. Cette précision permet de préserver la qualité de l’enquête iconographique tout en reliant la fiche à l’histoire des affiches de cinéma et à celle des photographies de plateau.