Ringo Starr à l’écran · 1985
Water (1985) : Ringo Starr, George Harrison et le concert satirique de HandMade Films
Water (1985). Une étude historique détaillée de la participation de Ringo Starr, de l’origine de cette production à sa postérité.

Fiche technique
- Réalisation : Dick Clement
- Scénario : Dick Clement et Ian La Frenais, avec Bill Persky
- Interprètes principaux : Michael Caine, Billy Connolly, Valerie Perrine
- Ringo Starr : Apparition dans la séquence musicale des chanteurs rebelles
- Autres musiciens : George Harrison, Eric Clapton, Jon Lord, Ray Cooper, Chris Stainton
- Production : HandMade Films
- Année : 1985
Une comédie politique au milieu des années 1980
Water occupe une place très particulière dans la filmographie de Ringo Starr. Contrairement à Caveman ou The Magic Christian, son apparition n’est pas le cœur du récit : elle intervient dans une séquence musicale collective. Le film lui-même est une comédie politique britannique qui imagine la découverte d’une ressource inattendue sur une île fictive des Caraïbes, Cascara. Très vite, la richesse nouvelle attire les intérêts des gouvernements, des entrepreneurs et des opposants locaux.
L’humour repose sur les réflexes de domination et les rivalités géopolitiques. Derrière la fantaisie, le scénario évoque des questions de colonialisme, de commerce mondial et de contrôle des ressources. Il utilise le décor exotique de l’île pour multiplier les situations absurdes et les personnages caricaturaux. La présence d’anciens Beatles appartient donc à un contexte qui dépasse largement l’univers du rock : elle intervient comme un élément supplémentaire d’une satire des institutions.
L’île de Cascara : une ressource qui attire toutes les convoitises
Le récit tourne autour d’une eau minérale possédant des propriétés particulières, découverte sur une île jusque-là relativement ignorée. Cette trouvaille bouleverse les rapports de force. Les autorités britanniques, les intérêts américains, d’autres puissances et les militants locaux voient dans la ressource une occasion d’affirmer leur contrôle ou d’obtenir de nouveaux avantages.
Le film emploie un ressort de comédie politique classique : un petit territoire devient soudain le centre d’intérêts internationaux disproportionnés. Les personnages doivent alors composer avec des conflits qui dépassent leurs capacités et leurs motivations initiales. Michael Caine incarne le gouverneur Baxter Thwaites, tandis que Billy Connolly joue Delgado, militant local. Le contraste entre fonctionnaires, entrepreneurs et opposants constitue une grande part du mécanisme comique.
HandMade Films et l’ombre de George Harrison
Water est produit dans l’univers de HandMade Films, société étroitement associée à George Harrison. Celui-ci a contribué à rendre possible Monty Python’s Life of Brian à la fin des années 1970, ouvrant une période particulièrement intéressante du cinéma britannique. La présence de Harrison dans le film s’inscrit donc dans une relation plus large avec la production cinématographique, et non dans un simple engagement d’acteur isolé.
Le British Film Institute conserve des images de reportage tournées sur le plateau en juin 1984. Cette documentation replace l’œuvre dans son contexte réel de fabrication et permet de distinguer l’époque du tournage de l’année de sortie retenue pour sa filmographie. Elle souligne également le lien entre l’humour politique britannique, les auteurs de télévision et l’entourage musical de Harrison.
Le concert des chanteurs rebelles
L’apparition de Ringo Starr se situe dans une séquence musicale réunissant plusieurs musiciens célèbres. George Harrison, Eric Clapton, Jon Lord, Ray Cooper et Chris Stainton figurent parmi les participants, avec Ringo à la batterie. Le film transforme l’idée d’un concert engagé en élément de comédie. La réunion possède des résonances particulières pour ceux qui connaissent le Concert for Bangladesh organisé par Harrison en 1971.
Cette séquence doit être présentée comme un caméo musical, non comme un rôle dramatique développé. Ringo ne joue pas un personnage construit à travers tout le film. Sa présence reste pourtant digne d’une notice filmographique, car il participe effectivement à des images nouvelles tournées pour l’œuvre. C’est précisément la différence entre un film utilisant seulement des archives anciennes et une production dans laquelle le musicien se présente devant la caméra pour un nouveau tournage.
George Harrison, Ringo Starr et les retrouvailles à l’écran
Pour les lecteurs de Yellow-Sub.net, la réunion de Ringo et George est évidemment l’une des curiosités majeures de Water. On retrouve deux membres des Beatles dans un contexte très différent de leurs films communs des années 1960. La chanson et le concert ne constituent plus le but de toute une production ; ils apparaissent à la fin d’une comédie qui s’intéresse surtout au pouvoir, à l’argent et aux intérêts stratégiques.
Le plaisir de ces retrouvailles ne doit cependant pas fausser l’analyse. Il ne s’agit pas d’une réunion des Beatles, ni d’un enregistrement officiel du groupe. Les artistes prennent part à une prestation collective conçue pour les besoins de la fiction. On peut y reconnaître des complicités musicales anciennes sans transformer le générique en événement de l’histoire discographique des Beatles.
Dick Clement et Ian La Frenais : l’écriture d’une satire britannique
Dick Clement et Ian La Frenais appartiennent à une tradition de comédie qui utilise l’humour pour observer les rapports sociaux et les institutions. Dans Water, ils travaillent une intrigue qui évoque les préoccupations du Royaume-Uni des années 1980, entre héritage colonial et ambitions économiques. Les caricatures politiques restent volontairement larges, mais elles sont ancrées dans des questions immédiatement reconnaissables pour le public de l’époque.
La présence de Michael Caine apporte une certaine gravité comique, tandis que Billy Connolly donne au récit un ton plus énergique et contestataire. L’œuvre ne cherche pas à être un traité sur les relations internationales : elle associe quiproquos, personnages extravagants et une vision désabusée des intérêts économiques. Cette construction explique pourquoi un concert satirique peut trouver sa place dans le dénouement du film.
Eddy Grant et la musique caribéenne
La musique de Water est également associée à Eddy Grant, dont les chansons et l’esthétique participent à l’atmosphère du film. Les morceaux liés à la fiction ne doivent pas être confondus avec les prestations du groupe de musiciens célèbres figurant dans la séquence de concert. Certaines compositions sont attribuées à différents auteurs et interprètes.
Une vidéographie et une discographie rigoureuses devront distinguer la musique de fond, les chansons préexistantes, les numéros conçus spécialement pour le film et les performances réellement enregistrées par Ringo. Sa présence au générique des musiciens invités n’autorise pas à lui attribuer la totalité des pistes. Cette précaution est particulièrement importante lorsqu’une production rassemble plusieurs artistes reconnus.
La valeur des archives du BFI
Le reportage On the Set of HandMade Film’s Water, conservé par les archives du BFI, constitue une source particulièrement intéressante pour ce dossier. Daté du 18 juin 1984, il présente les conditions du tournage et le contexte de la production. Contrairement à certaines notices très courtes, ce document permet de replacer le film dans la géographie réelle des prises de vues et dans l’histoire de HandMade Films.
La datation est utile : l’œuvre relève de la filmographie de 1985, mais certaines images de préparation appartiennent à 1984. Une encyclopédie qui vise l’exactitude doit garder ces deux calendriers distincts. Elle doit également identifier le statut des documents : un reportage de plateau n’est pas une scène supplémentaire du long métrage, mais une source historique sur sa fabrication.
Une participation modeste, mais significative
Il serait exagéré de présenter Water comme un grand rôle de Ringo Starr. L’essentiel de son intérêt pour sa filmographie repose sur sa présence dans la séquence musicale et sur ses liens avec George Harrison et son entourage. En revanche, omettre le titre reviendrait à effacer une collaboration réelle qui illustre l’activité cinématographique de l’ancien Beatle au milieu des années 1980.
Le film occupe une position chronologique révélatrice. Peu après Give My Regards to Broad Street, où il retrouvait Paul McCartney, Ringo participe à une production associée à George Harrison. Les Beatles ne se sont pas reformés, mais les relations personnelles et artistiques continuent à produire des rencontres ponctuelles. Water en donne une trace cinématographique qui mérite d’être conservée avec précision.
Une séquence de concert conçue pour la satire politique
L’apparition de Ringo Starr se concentre dans la conclusion musicale de Water, autour d’un concert de soutien à l’île fictive de Cascara. Il ne s’agit pas d’un rôle de fiction comparable à Atouk dans Caveman : Ringo apparaît comme musicien invité au sein d’une formation réunie pour le film. La comparaison avec The Concert for Bangladesh est volontairement frappante. George Harrison, qui avait organisé en 1971 l’événement humanitaire du Madison Square Garden, se retrouve ici dans une imitation cinématographique du concert caritatif, cette fois intégrée à une comédie politique.
Ce dispositif donne à la séquence plusieurs niveaux de lecture. Dans le récit, la musique soutient une cause liée à l’indépendance et aux ressources naturelles. Dans l’histoire du cinéma, elle constitue un clin d’œil aux concerts de bienfaisance alors devenus familiers. Dans la filmographie de Ringo, elle témoigne du maintien de relations musicales après la séparation des Beatles, sans jamais constituer une reformation du groupe.
Le témoignage de Dick Clement sur la participation de George Harrison
Le réalisateur et scénariste Dick Clement a raconté que George Harrison évitait généralement d’apparaître dans les productions de sa propre société, HandMade Films. Il fit pourtant une exception pour Water et convainquit plusieurs musiciens de participer à la scène finale : Eric Clapton, Ringo Starr, Jon Lord et Ray Cooper notamment. Selon ce récit, l’équipe comptait aussi sur le prestige de cette réunion pour attirer le public. La présence de ces artistes relève donc d’une décision de production consciente, et non d’un simple hasard survenu au cours du tournage.
Le même témoignage, repris dans l’histoire de HandMade Films, précise que la séquence fut enregistrée en une seule journée aux studios Shepperton. Il indique également que Clapton, Harrison et Starr furent rémunérés au tarif minimal prévu pour des musiciens présents lors d’une séance de playback sur le plateau. Ce détail est essentiel : être filmé avec un instrument ne suffit pas à démontrer que le son entendu dans le film fut capté simultanément à l’image. La présence à l’écran et les enregistrements sonores sont deux objets documentaires différents.
Freedom et Celebration : une attribution musicale précise
Pour les crédits discographiques : une étude complémentaire examine « Freedom », le disque Ariston et le rôle de Ringo à la batterie dans la scène filmée. Elle distingue la présence à l’écran, confirmée, de la participation au master commercial, qui demande encore une vérification des documents de séance.
Les crédits des chansons du film permettent d’aller plus loin que la simple énumération de vedettes. La base filmographique IMDb attribue la musique de Freedom à Eric Clapton et ses paroles à Clapton et Ian La Frenais. Celebration est créditée à George Harrison et Mike Moran, avec une interprétation vocale de Jimmy Helms ; Focus of Attention réunit quant à elle Mike Moran, Dick Clement et George Harrison dans les crédits d’écriture. Ces attributions doivent être préservées : elles empêchent de présenter toute la musique de Water comme une création collective de Harrison, Clapton et Ringo.
Le film comporte aussi une importante dimension caribéenne à travers les chansons d’Eddy Grant, notamment Water, Living on the Frontline et Walking on Sunshine. Le choix de ces morceaux renforce l’identité musicale de cette satire située sur une île imaginaire. Il serait donc réducteur de ramener sa bande sonore au seul concert réunissant d’anciens compagnons des Beatles.
HandMade Films et les limites d’une réunion de célébrités
La place de Harrison dans Water tient à la double identité de sa compagnie : une entreprise de cinéma britannique capable de soutenir des œuvres atypiques et une structure bénéficiant de la notoriété de son fondateur. La participation de Ringo illustre cette circulation entre cinéma et industrie musicale. Elle ne saurait pourtant servir de preuve que l’ancien Beatle est producteur du film, ni qu’il a participé à l’écriture du scénario. Les crédits distinguent nettement les responsables de la réalisation et de la production des musiciens invités à l’écran.
Les critiques du film ont souvent souligné les limites de son humour politique, notamment les stéréotypes de la fiction coloniale et l’irrégularité des gags. La séquence de concert conserve malgré cela un intérêt patrimonial distinct : elle rassemble à l’image plusieurs musiciens importants de l’histoire du rock des années 1960 et 1970. Pour le lecteur, il faut donc séparer la valeur artistique globale du long métrage et la rareté documentaire de cette réunion finale.
Documents vérifiés pour cette séquence
- Dick Clement, témoignage repris dans les histoires de HandMade Films sur la présence de Harrison, Clapton, Starr et leurs collègues.
- IMDb, catalogue des chansons de Water : attributions de Freedom, Celebration et Focus of Attention.
- Film Stories, dossier consacré à Water et à sa place dans la carrière de Michael Caine, avec analyse de la séquence musicale.
Sources et références
- BFI Replay, reportage de tournage de Water, juin 1984
- Film Stories, étude critique de Water (1985)
- IMDb, chansons et crédits musicaux de Water












