Yellow-Sub.net · L’art du batteur · Chapitre 10
Ringo Starr après les Beatles : ses collaborations à la batterie de 1970 à 2026
Pour prolonger cette étude : l’encyclopédie des collaborations musicales de Ringo Starr présente les artistes, les sessions et les crédits d’enregistrement, au-delà de la seule batterie.
Sur quels disques Ringo Starr a-t-il joué après la séparation des Beatles ? Son histoire de batteur ne se résume pas à une succession d’albums solo. Dès la fin des années 1960, il participe aux projets de John Lennon et de George Harrison, devient un pilier des enregistrements dépouillés du Plastic Ono Band, joue avec Harry Nilsson, apparaît dans l’univers de Bob Dylan ou de Tom Petty et retrouve régulièrement Paul McCartney.
Ce chapitre suit ces collaborations dans leur ordre historique, tout en s’attachant à une exigence : une participation musicale ne doit jamais être attribuée par simple proximité entre artistes. Il faut distinguer les crédits de batterie, de percussion, de chant, les apparitions dans les clips et les projets où les anciens Beatles se réunissent par l’intermédiaire d’archives. C’est cette précision qui permet de restituer l’étendue réelle de la carrière de Ringo jusqu’en 2026, sans la réduire à l’ombre de son ancien groupe.
Pour suivre ses disques enregistrés en tant qu’artiste principal, le lecteur peut consulter sa discographie solo. La présente étude privilégie les collaborations et les participations à des projets extérieurs, en conservant les liens nécessaires avec l’histoire de sa complicité avec Paul McCartney et le dossier du All-Starr Band.
Après 1970 : une autre vie de batteur commence
La séparation des Beatles ne transforme pas immédiatement Ringo Starr en artiste travaillant seul. Dès la fin des années 1960, ses engagements personnels s’organisent dans un réseau de musiciens qui dépassent les frontières de son ancien groupe. John Lennon, George Harrison, Klaus Voormann, Eric Clapton, Harry Nilsson et bien d’autres enregistrent ou se produisent au même moment, parfois dans les mêmes studios. Ringo y apporte une qualité précieuse : la capacité à entrer dans une chanson nouvelle sans chercher à y imposer la sonorité des Beatles.
L’histoire de ces collaborations doit être séparée de sa discographie solo. Un album publié sous le nom de Ringo peut réunir plusieurs anciens Beatles et des dizaines de musiciens invités ; inversement, il peut jouer la batterie sur un disque d’un autre artiste sans être crédité en vedette sur la pochette. Pour décrire précisément son travail, il faut retrouver les crédits piste par piste, distinguer batterie et percussions, reconnaître les remplacements éventuels et ne pas confondre présence dans un clip et participation sonore au disque.
Cette étude s’attache avant tout aux collaborations instrumentales et musicales de Ringo après la séparation des Beatles, en privilégiant les enregistrements solidement documentés. Elle ne prétend pas remplacer l’inventaire de ses albums, ni anticiper le chapitre consacré à l’évolution de son jeu dans sa propre discographie. Son intérêt tient au contraire à la diversité des situations où le batteur a retrouvé ses anciens camarades ou s’est intégré au monde du rock international.
1969-1970 : Cold Turkey, la passerelle vers le Plastic Ono Band
Il faut commencer légèrement avant la rupture officielle des Beatles. En septembre 1969, John Lennon enregistre Cold Turkey avec Eric Clapton à la guitare, Klaus Voormann à la basse et Ringo Starr à la batterie. La Beatles Bible documente une première séance du 25 septembre dans le Studio Three d’EMI, puis une nouvelle session à Trident le 28 septembre. On ne peut donc pas attribuer sans nuance à une prise de la première soirée le résultat définitif du single publié, puisque plusieurs étapes d’enregistrement interviennent.
L’intérêt musical est frappant. Lennon recherche un rock dépouillé, presque agressif, en rupture avec les harmonies élaborées des derniers albums des Beatles. Ringo répond par une frappe directe, solide et tendue, qui laisse à la voix beaucoup d’espace. L’instrumentiste n’est plus tenu de représenter le son d’un groupe déjà célèbre ; il participe à la naissance de l’identité d’un nouveau collectif. C’est une étape souvent oubliée lorsqu’on raconte sa carrière en commençant uniquement par les albums publiés après 1970.
La formation ne doit pas être confondue avec celle du concert de Toronto en septembre 1969. Pour Live Peace in Toronto, c’est Alan White qui joue la batterie aux côtés de Lennon, Clapton et Voormann. La présence de Ringo sur Cold Turkey ne signifie donc pas qu’il était derrière les fûts lors de toutes les apparitions du Plastic Ono Band. Cette distinction constitue un exemple essentiel de vérification des personnels de séance.
1970 : Ringo au cœur de John Lennon/Plastic Ono Band
En 1970, John Lennon entreprend l’enregistrement d’un disque d’une intensité rare, John Lennon/Plastic Ono Band. Ringo y retrouve Klaus Voormann, mais la musique n’est plus celle des Beatles. Le trio instrumental est volontairement resserré : guitare ou piano et chant de Lennon, basse de Voormann, batterie de Starr, avec quelques interventions supplémentaires de musiciens invités. Le site officiel de Lennon confirme cette répartition dans les crédits originaux et dans les éditions ultérieures.
Sur Mother, Ringo soutient une chanson où les silences et la lenteur possèdent une grande puissance. Le battement régulier ne cherche pas à remplir les espaces laissés par la voix. Dans God, l’accompagnement suit une suite de déclarations personnelles jusqu’à la conclusion désenchantée du morceau. Sur Well Well Well, la frappe devient plus âpre, épousant un chant qui se transforme progressivement en cri. Ces exemples montrent une même aptitude à l’adaptation, dans un contexte esthétique radicalement différent des singles de la Beatlemania.
Les crédits doivent être lus par chanson. Working Class Hero est fondé sur une guitare acoustique et une voix ; le nom de Ringo au générique de l’album ne signifie pas qu’il y joue. De même, Love s’appuie sur la voix et la guitare de Lennon ainsi que le piano de Phil Spector. Une discographie instrumentale rigoureuse doit éviter de distribuer à chacun des participants les crédits globaux de toutes les pistes.
Yoko Ono/Plastic Ono Band : la batterie comme moteur d’improvisation
Les sessions de 1970 donnent naissance à un autre disque tout aussi important pour comprendre le travail de Ringo : Yoko Ono/Plastic Ono Band. Le site officiel de John Lennon distingue clairement cet album de celui de Lennon, tout en confirmant la présence de Ringo à la batterie, de Klaus Voormann à la basse et de John Lennon à la guitare. L’approche de Yoko Ono est plus expérimentale, portée par la répétition, les textures et une expression vocale qui sort souvent des cadres habituels du rock.
Pour le batteur, la difficulté consiste à soutenir une musique dont les sections ne reposent pas toujours sur une forme couplet-refrain identifiable. Dans Why ou Why Not, il lui faut préserver un centre rythmique, réagir aux gestes des autres musiciens et accepter des durées ou des densités que les chansons des Beatles n’auraient pas réclamées. Ce travail montre une capacité d’improvisation collective qu’on ne peut pas réduire à sa réputation de batteur « simple ».
Une précision discographique est indispensable : le morceau AOS, enregistré avec Ornette Coleman en 1968, possède son personnel de musiciens propre et ne doit pas être attribué automatiquement au trio Lennon-Voormann-Starr. Les éditions élargies comportent également des prises supplémentaires, dont il faut vérifier les crédits distincts. Ici encore, le titre d’un album ne suffit pas à reconstituer une séance.
1970 : All Things Must Pass et le travail au service de George Harrison
À la même époque, George Harrison entreprend All Things Must Pass, immense projet orchestral et rock publié en triple album en novembre 1970. Le site officiel de George inscrit Ringo parmi les nombreux participants, aux côtés d’Eric Clapton, Billy Preston, Klaus Voormann, Pete Drake, Gary Wright et plusieurs musiciens du cercle de Delaney & Bonnie. La présence de plusieurs batteurs, dont Alan White et Jim Gordon selon les prises, interdit cependant d’attribuer à Ringo l’ensemble des parties rythmiques du disque.
Cette collaboration marque une nouvelle étape dans leur relation. Avec les Beatles, Ringo accompagnait des compositions de George alors intégrées à l’univers collectif du groupe. Après la séparation, il contribue à un ensemble entièrement organisé autour du compositeur et chanteur Harrison. La batterie doit trouver sa place au milieu des guitares, de la basse, des claviers, parfois d’une réverbération importante et de l’ample production de Phil Spector.
Le travail de Ringo s’inscrit dans une histoire plus vaste que les seuls crédits de l’album : un ancien Beatle répond à l’appel d’un ami qui cherche à faire entendre le répertoire accumulé pendant les dernières années du groupe. Pour l’historien, All Things Must Pass doit être étudié avec un inventaire de sessions qui distingue les différentes configurations, les nombreux overdubs et les éventuelles batteries simultanées. La mention « avec Ringo Starr » est vraie au niveau du projet ; elle ne vaut pas crédit automatique pour chaque chanson.
1971 : le Concert for Bangladesh et le dialogue avec Jim Keltner
Le 1er août 1971, George Harrison organise avec Ravi Shankar deux concerts au Madison Square Garden de New York au profit des populations touchées par la catastrophe humanitaire au Bangladesh. Ringo participe à ce rendez-vous historique auprès de musiciens tels que Eric Clapton, Billy Preston, Leon Russell, Klaus Voormann, Jim Keltner et Bob Dylan. Le site officiel de Harrison rappelle l’importance de ce spectacle dans l’histoire des concerts caritatifs à grande échelle.
Ringo ne se contente pas de jouer un rôle symbolique : il participe à la section rythmique et chante son propre succès It Don’t Come Easy, réalisé avec l’aide musicale de George. Le concert est aussi un moment où sa batterie dialogue avec celle de Jim Keltner. La présence de deux instrumentistes oblige à trouver une pulsation commune, à se répartir les accents et à éviter que la répétition des frappes ne rende la musique indistincte. Ce type de travail reviendra régulièrement dans la suite de leur carrière.
Le disque et le film du Concert for Bangladesh ne représentent pas simplement un spectacle rock parmi d’autres. Ils associent des musiciens issus d’horizons différents à une cause humanitaire et à un nouveau modèle d’événement. Le rôle de Ringo doit s’apprécier dans cette dimension collective, sans lui attribuer des prestations où il n’intervient pas personnellement, et sans oublier qu’il demeure également un chanteur à part entière de la soirée.
Harry Nilsson : Richie Snare, l’amitié et la batterie des années 1970
La rencontre de Ringo avec Harry Nilsson ouvre une autre famille de collaborations, souvent plus excentriques que celles des anciens Beatles. Sur l’album Son of Schmilsson, publié en 1972 et produit par Richard Perry, Ringo apparaît sous le pseudonyme Richie Snare. Le nom est un clin d’œil à son identité de batteur : snare signifie caisse claire. Les crédits par piste le désignent sur plusieurs titres, dont Take 54, Spaceman, At My Front Door, Ambush et The Most Beautiful World in the World.
L’ambiance musicale est moins contrôlée que chez les Beatles : rock, humour, arrangements extravagants et chansons très personnelles se croisent. Pour Ringo, cette diversité réclame davantage d’imagination que l’exécution d’une partie unique. Un morceau léger peut exiger un jeu discret, tandis qu’un arrangement plus rude appelle des accents appuyés. Il travaille avec des musiciens comme Nicky Hopkins, Klaus Voormann et Chris Spedding, qui connaissent eux aussi la culture des studios britanniques.
Les crédits de Son of Schmilsson illustrent une précaution essentielle : la présence de Ringo ne veut pas dire qu’il joue sur tout le disque, ni sur le titre le plus connu. Les notices de l’album attribuent notamment la batterie de You’re Breakin’ My Heart à Barry Morgan. Nilsson et Ringo poursuivront leurs liens sur plusieurs productions ultérieures. Une biographie sérieuse doit distinguer l’amitié entre les artistes et la participation à une prise précise.
1973-1974 : les anciens Beatles se retrouvent autour des albums de Ringo
Le troisième album solo de Ringo, simplement intitulé Ringo et publié en 1973, est l’un des exemples les plus célèbres de retrouvailles indirectes entre anciens Beatles. John Lennon compose I’m the Greatest et participe à son enregistrement avec George Harrison, Ringo et Klaus Voormann ; Paul McCartney fournit Six O’Clock. George contribue par ailleurs à d’autres chansons, notamment Photograph, coécrite avec Ringo. Les quatre ex-Beatles apportent ainsi leur contribution au même disque, sans toutefois se retrouver tous ensemble sur une seule prise.
Il est tentant de raconter cet album comme une quasi-réunion des Beatles. La formule est séduisante, mais elle ne doit pas gommer la réalité musicale : les chansons appartiennent au projet de Ringo, conçu avec le producteur Richard Perry et de nombreux musiciens de studio. Le batteur y occupe plusieurs rôles — interprète, chanteur, parfois percussionniste, figure fédératrice — et l’on ne peut pas déduire du nombre de noms célèbres que chaque morceau restitue le son des années 1960.
Sur Goodnight Vienna, en 1974, une chanson écrite par John Lennon prolonge cette relation. Lennon en enregistre une version de travail, que Ringo transforme en morceau de son album. Il faut donc distinguer le rôle du compositeur, l’éventuelle présence de la voix de Lennon sur une démo et les crédits instrumentaux du disque final. Cette période démontre surtout la place singulière de Ringo dans les relations musicales des anciens Beatles : il demeure un collaborateur que chacun peut solliciter sans nécessairement reformer le groupe.
1981 : Bob Dylan, Heart of Mine et la précision des crédits de percussion
Ringo participe aussi à l’univers de Bob Dylan. L’album Shot of Love, publié en 1981, fait apparaître son nom aux crédits de batterie et de percussions, mais l’exemple le plus éclairant est celui de Heart of Mine. Le site officiel de Dylan précise que Ringo est crédité aux toms, tandis que la batterie principale est attribuée à Jim Keltner et Chuck Plotkin. La basse revient à Donald « Duck » Dunn, et Ron Wood intervient à la guitare.
Cette nuance est capitale. Un inventaire qui écrirait simplement « Ringo : batterie sur Heart of Mine » ferait perdre une partie de la vérité de l’arrangement. Le tom basse et les autres fûts peuvent constituer une couleur additionnelle plutôt que l’instrument qui porte tout le tempo. La contribution de Ringo est réelle, mais elle doit être décrite selon le crédit de l’édition officielle.
Le morceau illustre également la manière dont Ringo peut intervenir ponctuellement dans une formation déjà dotée d’excellents batteurs. Il n’est pas toujours engagé pour jouer une partie intégrale du début à la fin. Il peut apporter des attaques de toms, une couleur, un passage ou une intervention de percussion supplémentaire. Cette souplesse contribue à expliquer sa présence dans des sessions aux styles très différents.
1981-1987 : All Those Years Ago et When We Was Fab
Après la mort de John Lennon en décembre 1980, George Harrison transforme All Those Years Ago en hommage à leur ami disparu. Ringo participe à la batterie ; Paul McCartney ainsi que Linda McCartney et Denny Laine contribuent aux chœurs enregistrés ensuite. Publiée en 1981 sur Somewhere in England, la chanson réunit donc, à des moments distincts de sa fabrication, les trois Beatles survivants autour d’une œuvre consacrée au quatrième. Le site de George Harrison documente cette collaboration.
L’intérêt historique dépasse la nostalgie. La batterie de Ringo fournit une continuité humaine et sonore à une chanson écrite sous le coup du deuil, mais sa présence ne doit pas faire oublier le travail de réécriture et les enregistrements effectués après le décès de Lennon. Ce n’est pas une nouvelle séance des Beatles : c’est un disque de George, dont l’histoire rassemble des contributions séparées.
En 1987, Ringo retrouve George sur When We Was Fab, extrait de l’album Cloud Nine, coproduit par Jeff Lynne. Son apparition dans le clip de Godley & Creme est devenue célèbre : on l’y voit d’abord en assistant, puis derrière une batterie. Cette fois, la présence visuelle s’inscrit dans une véritable collaboration musicale. Mais l’iconographie d’un clip ne suffit jamais à attribuer chaque instrument : les crédits du disque, les séances et les éventuelles prises supplémentaires doivent primer sur la simple image.
1982 et 1997 : Take It Away, Beautiful Night et Really Love You avec Paul
La collaboration avec Paul McCartney prend une forme concrète sur Tug of War, en 1982. Ringo joue la batterie de Take It Away, chanson dont le site officiel de Paul confirme sa participation. La production associe l’ancienne section rythmique à George Martin, déjà présent dans l’histoire des Beatles. L’interprétation n’imite pas mécaniquement les enregistrements de 1964 : elle répond à une écriture pop et à une production du début des années 1980, beaucoup plus ouverte aux arrangements précis en studio.
Quinze ans plus tard, le travail sur Flaming Pie, paru en 1997, donne lieu à des retrouvailles plus intimes. Ringo joue la batterie sur Beautiful Night, chanson dont McCartney possédait déjà une version enregistrée des années auparavant. Les deux musiciens improvisent également Really Love You, crédité à leurs deux noms. Les entretiens de l’époque décrivent cette séance comme un moment de plaisir musical retrouvé, sans obligation de produire un nouveau morceau des Beatles.
Il faut distinguer l’histoire de ces chansons de celle des sessions d’Anthology, où Paul, George et Ringo travaillent en 1994-1995 sur des maquettes de John Lennon. Les albums de Paul relèvent de sa propre carrière, tandis que Free as a Bird et Real Love sont publiés comme enregistrements des Beatles. Les procédés de production et les obligations documentaires ne sont donc pas identiques, même lorsque les mêmes personnes se retrouvent en studio.
Tom Petty : une batterie discrète sur Wildflowers
Ringo ne limite pas ses engagements américains aux artistes issus de la première génération du rock britannique. Sa participation à Wildflowers, album de Tom Petty publié en 1994 et produit par Rick Rubin, montre combien son jeu peut trouver sa place dans une musique folk-rock plus introspective. La liste des musiciens de l’album l’identifie notamment sur To Find a Friend, chanson très éloignée de l’agressivité de Helter Skelter.
La batterie n’y cherche pas à impressionner. Elle soutient le tempo, accompagne la voix de Petty et donne à l’arrangement un sentiment de simplicité. Ce type de contribution est sans doute l’un des meilleurs prolongements de la philosophie que Ringo défend depuis les Beatles : une partie jouée pour la chanson, dont la musicalité tient d’abord à la façon dont elle laisse vivre le texte et les autres instruments.
Les rééditions de Wildflowers et les albums connexes comportent également des pistes et des prises alternatives. Il faut veiller à ne pas additionner leurs crédits sans distinguer les versions : un morceau présent sur une compilation de sessions peut provenir d’une prise différente de celle publiée en 1994. Notre dossier privilégie donc les contributions identifiables sur les éditions documentées.
Des studios de Los Angeles aux All-Starr Bands : une façon de collaborer durablement
À partir des années 1990, Ringo met une grande partie de son énergie au service du All-Starr Band. Ce projet repose sur une idée simple : inviter de grands musiciens à interpréter ensemble leurs propres succès, sans demander à Ringo de remplacer leur identité artistique. Il joue, chante, présente les invités et laisse beaucoup de place aux autres. La collaboration avec un autre batteur, souvent Gregg Bissonette dans les formations récentes, reprend l’expérience ancienne des configurations à deux batteries.
Ce travail de scène ne doit pas être confondu avec les enregistrements de studio cités plus haut. Dans un All-Starr Band, Ringo peut jouer sur un titre qui appartient au répertoire d’un autre artiste sans avoir participé à son disque original. À l’inverse, un enregistrement sur lequel Ringo apparaît à la batterie n’a peut-être jamais été interprété par lui dans une tournée All-Starr. Notre dossier spécifique consacré au All-Starr Band permet de suivre l’histoire de ces formations, leurs membres et leurs concerts.
Au-delà des sessions célèbres, le fil conducteur de sa carrière reste la sociabilité musicale. Ringo appelle les amis, accepte les invitations, participe à des hommages et trouve souvent plus de plaisir à jouer avec d’autres qu’à se présenter comme un soliste isolé. Mais chaque projet possède ses propres crédits : la présence d’un nom sur une affiche, une photographie ou une vidéo ne suffit pas à prouver la participation à une bande master.
2019 : Grow Old With Me, la mémoire de John et le retour de Paul
En 2019, l’album de Ringo What’s My Name contient un hommage particulièrement émouvant à John Lennon : sa version de Grow Old With Me, chanson composée par Lennon et connue notamment par des enregistrements domestiques. Le communiqué officiel de Ringo détaille les participants : Ringo chante et joue la batterie, Paul McCartney tient la basse et assure des chœurs, Joe Walsh joue de la guitare, Jim Cox du piano et un ensemble à cordes complète l’arrangement.
Ringo explique avoir découvert certaines maquettes de Lennon grâce au producteur Jack Douglas et avoir voulu enregistrer cette chanson en pensant à son ami. Il insiste sur le fait que la participation de Paul n’est pas un effet publicitaire : elle correspond à une histoire personnelle et musicale. L’arrangement de cordes glisse aussi une référence mélodique à Here Comes the Sun, hommage indirect à George Harrison.
Le morceau ne prétend pas être un nouvel enregistrement des Beatles. Il utilise une composition de Lennon interprétée par Ringo, avec Paul invité et une évocation de George dans la partie orchestrale. La distinction est importante, notamment pour les classements discographiques. La valeur émotionnelle d’une rencontre entre anciens camarades ne dispense pas de décrire correctement qui joue, qui chante et de quel artiste est l’enregistrement publié.
1995-2023 : les Beatles réunis par leurs archives et par Now and Then
Les années Anthology constituent un cas particulier. Au milieu des années 1990, Paul, George et Ringo complètent des enregistrements domestiques de John Lennon : Free as a Bird est publié en 1995, puis Real Love en 1996. Les Beatles disposent alors de la technologie et de la production de Jeff Lynne pour enregistrer de nouvelles parties autour d’une voix existante. Ce travail ne ressuscite pas l’activité ordinaire du groupe des années 1960 ; il crée des œuvres nouvelles à partir de matériaux conservés.
En 2022, Paul et Ringo reprennent le travail sur une troisième maquette de Lennon, Now and Then, que George avait également travaillée en 1995. Le système de séparation des sources de WingNut Films permet désormais de mieux isoler la voix de Lennon. La chanson, publiée en novembre 2023, comporte les parties de guitare enregistrées par George en 1995, une nouvelle batterie et des percussions de Ringo, ainsi que la basse, la guitare, le piano et d’autres instruments de Paul. Le document officiel des Beatles donne précisément ces crédits.
Ringo ne joue donc pas sur une fausse batterie créée par intelligence artificielle : il enregistre une partie réelle dans la production achevée. La technologie intervient pour traiter une source sonore historique, non pour inventer une performance du batteur. Cette nuance est indispensable à la compréhension de Now and Then et à sa place dans la discographie du groupe.
2026 : Home to Us, Ringo à la batterie et au chant avec Paul McCartney
L’histoire des collaborations instrumentales de Ringo Starr se prolonge en 2026 avec Home to Us, publié en single le 8 mai puis inclus dans l’album de Paul McCartney The Boys of Dungeon Lane (29 mai). La chanson réunit les deux anciens Beatles dans un véritable duo : leurs lignes vocales alternent, tandis que Chrissie Hynde et Sharleen Spiteri participent aux chœurs. L’édition spéciale annoncée par le site officiel de McCartney en octobre 2026 propose en outre un Flip Mix, où leurs parties chantées sont permutées.
Mais la contribution de Ringo ne se limite pas au chant. L’enregistrement est construit autour d’une partie de batterie jouée par Ringo Starr, issue de son travail avec le producteur Andrew Watt. La presse musicale, notamment Pitchfork lors de la sortie du single, souligne que cette piste est la seule de l’album de McCartney faisant intervenir un batteur invité. Le Paul McCartney Project rappelle également que Paul a composé la chanson à partir de cette interprétation de Ringo. Cette source instrumentale permet de classer Home to Us à la fois comme collaboration à la batterie et comme duo vocal, et non seulement comme un morceau chanté par deux amis.
Le processus de création est inhabituel : plutôt que d’enregistrer un accompagnement après une chanson entièrement écrite, McCartney développe une composition autour d’une piste de batterie préexistante. Le groove de Ringo participe donc à la naissance de la chanson elle-même. C’est un prolongement particulièrement parlant de leur dialogue musical commencé chez les Beatles : en 2026, la batterie de Ringo sert encore de point de départ au travail de Paul.
La précision reste nécessaire : la présence de Ringo à la batterie sur le disque est attestée, mais cette information ne permet pas d’affirmer sans autre document qu’il aurait enregistré tous les ajouts rythmiques du master. Une notice encyclopédique doit séparer la piste originale de batterie, les overdubs ultérieurs, les contributions vocales et les variantes de mixage.
Comment construire un inventaire fiable des collaborations de Ringo ?
Une véritable base de référence doit distinguer quatre rôles : le batteur d’une séance, le percussionniste jouant sur une partie limitée, le chanteur ou choriste, et le musicien simplement présent à l’image. Ces rôles peuvent évidemment se cumuler, mais on ne peut pas les déduire les uns des autres. L’exemple de Heart of Mine chez Dylan montre un crédit précis aux toms ; celui de Home to Us cumule une partie de batterie documentée et un duo chanté ; celui de Cold Turkey identifie clairement Ringo à la batterie, tandis qu’un concert du Plastic Ono Band utilisant une autre formation ne doit pas lui être attribué.
Chaque notice devrait aussi préciser la date d’enregistrement, la date de publication, le titre exact de l’édition, le producteur, les autres musiciens, le degré de certitude des crédits et les sources utilisées. La différence entre 1970 et 2026 ne tient pas seulement à l’évolution des studios. Elle tient à la manière dont un ancien Beatle peut être invité à jouer quelques mesures sur un album, participer à une œuvre entière, retrouver un ami dans un duo ou prêter son nom à une célébration.
Les collaborations citées ici ne sont pas une liste exhaustive des centaines de séances auxquelles Ringo a pu être associé. Elles forment un parcours documenté à travers ses principaux interlocuteurs : John, Yoko, George, Harry Nilsson, Dylan, McCartney, Tom Petty et les artistes du All-Starr Band. L’inventaire sera enrichi dans la rubrique discographique sans effacer les nuances indispensables à l’authentification des performances.
Conclusion : l’histoire d’un musicien toujours appelé par ses pairs
De Cold Turkey en 1969 à Home to Us en 2026, les collaborations de Ringo Starr dessinent une carrière étonnamment diversifiée. Chez Lennon, il joue une musique presque dépouillée jusqu’à l’os ; chez George Harrison, il participe à de grandes productions collectives et à des événements caritatifs ; avec Nilsson, il adopte les excentricités d’une pop expérimentale ; chez Dylan, il peut n’apporter qu’une couleur de toms ; avec Paul, il retrouve périodiquement une complicité de section rythmique construite chez les Beatles.
Ce parcours rappelle une évidence parfois oubliée : Ringo n’est pas seulement une figure historique assise devant le célèbre logo des Beatles. Il est un collaborateur recherché, un musicien capable de se fondre dans des arrangements différents et un chanteur que ses anciens camarades continuent d’inviter. L’analyse exige cependant de distinguer cette importance humaine des crédits de chaque disque. C’est en décrivant précisément les instruments, les versions et les dates que l’on peut rendre justice à sa contribution.
Le chapitre consacré à l’évolution du jeu de Ringo dans sa discographie solo étudie les transformations de sa batterie sur ses disques et ses EP, depuis ses premiers albums de 1970 jusqu’aux enregistrements les plus récents. Il complétera le présent inventaire sans en répéter les collaborations extérieures.
Sources discographiques et crédits
Les indications instrumentales s’appuient prioritairement sur les crédits originaux et les sites officiels des artistes. Les notices généralistes sont utilisées seulement comme repères complémentaires lorsque les sources primaires ne fournissent pas un détail de piste.
- John Lennon, notice officielle de John Lennon/Plastic Ono Band (1970).
- John Lennon, Yoko Ono/Plastic Ono Band et ses crédits originaux.
- The Beatles Bible, séances de Cold Turkey (septembre 1969).
- George Harrison, présentation officielle de All Things Must Pass.
- George Harrison, The Concert for Bangladesh (1971).
- George Harrison, discographie The Dark Horse Years et All Those Years Ago.
- Bob Dylan, crédits officiels de Shot of Love : Heart of Mine.
- Paul McCartney, notice officielle du single Take It Away.
- Paul McCartney, album Flaming Pie, crédits et commentaires.
- Paul McCartney, notice officielle de Beautiful Night.
- Harry Nilsson, récapitulatif des musiciens de Son of Schmilsson.
- Ringo Starr, communiqué et crédits officiels de What’s My Name (2019).
- The Beatles, communiqué et crédits de Now and Then (2023).
- Paul McCartney, The Boys of Dungeon Lane Special Edition (octobre 2026) : duo et Flip Mix.
- Pitchfork, 8 mai 2026, Home to Us : Ringo, batteur invité sur le disque de Paul McCartney.
- The Paul McCartney Project, Home to Us : origine de l’enregistrement et création à partir de la partie de batterie de Ringo.
- Tom Petty, notice des participants de Wildflowers et To Find a Friend.
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Les collaborations de Ringo
- Après 1970 : une autre vie de batteur commence
- 1969-1970 : Cold Turkey, la passerelle vers le Plastic Ono Band
- 1970 : Ringo au cœur de John Lennon/Plastic Ono Band
- Yoko Ono/Plastic Ono Band : la batterie comme moteur d’improvisation
- 1970 : All Things Must Pass et le travail au service de George Harrison
- 1971 : le Concert for Bangladesh et le dialogue avec Jim Keltner
- Harry Nilsson : Richie Snare, l’amitié et la batterie des années 1970
- 1973-1974 : les anciens Beatles se retrouvent autour des albums de Ringo
- 1981 : Bob Dylan, Heart of Mine et la précision des crédits de percussion
- 1981-1987 : All Those Years Ago et When We Was Fab
- 1982 et 1997 : Take It Away, Beautiful Night et Really Love You avec Paul
- Tom Petty : une batterie discrète sur Wildflowers
- Des studios de Los Angeles aux All-Starr Bands : une façon de collaborer durablement
- 2019 : Grow Old With Me, la mémoire de John et le retour de Paul
- 1995-2023 : les Beatles réunis par leurs archives et par Now and Then
- 2026 : Home to Us, Ringo à la batterie et au chant avec Paul McCartney
- Comment construire un inventaire fiable des collaborations de Ringo ?
- Conclusion
- Sources et crédits












