Bannière du dossier Apple Corps, la société créée par les Beatles

APPLE CORPS · ÉDITION MUSICALE · ANNÉES 1960

Apple Music Publishing : l’édition musicale des Beatles, de Grapefruit à Focal Point

Apple Music Publishing est une activité d’édition : elle concerne les œuvres et leurs auteurs, pas nécessairement la fabrication des disques sous le label Apple Records. Les activités sont distinguées pour éviter de confondre contrats d’édition, labels, films et entreprises.

Éditeur et maison de disques : deux métiers différents

Une chanson possède plusieurs histoires juridiques. Le compositeur et l’auteur créent une œuvre ; un éditeur peut intervenir pour gérer son exploitation, la présenter à des interprètes, négocier des utilisations et collecter des revenus liés aux droits de composition. Une maison de disques publie, quant à elle, des enregistrements précis. Ces métiers peuvent être exercés par des sociétés apparentées sans devenir interchangeables.

Chez les Beatles, cette différence est fondamentale. Apple Music Publishing précède le lancement public d’Apple Records en août 1968. Un musicien peut ainsi conclure un accord d’édition avec Apple tout en voyant son disque sortir sur une étiquette extérieure. L’existence d’un contrat Apple ne transforme pas le vinyle en pressage Apple Records.

Terry Doran et les premiers projets

Terry Doran, un proche de longue date de l’entourage des Beatles, joue un rôle important dans l’activité d’édition. Dès 1967, les projets de chansons et d’auteurs se développent autour de lui, alors que la future structure Apple est encore en formation. Le but est de repérer des compositions dont l’exploitation ne dépendrait pas exclusivement des maisons traditionnelles.

Les premières expériences correspondent à la philosophie générale du groupe : ouvrir des portes à des artistes qui ne disposent pas encore d’une carrière installée. Mais il faut se garder de projeter sur cette époque le fonctionnement ultérieur d’Apple Records, dont les premières publications officielles sous la pomme ne datent que de la fin d’août 1968.

Focal Point : un groupe de Liverpool chez un autre label

Deux auteurs de Liverpool, Paul Tennant et David Rhodes, entrent en contact avec l’entourage de Paul McCartney. Leurs compositions intéressent les responsables d’Apple, tandis que l’idée d’en faire un groupe conduit à la formation de Focal Point. Terry Doran accompagne ce développement et le projet bénéficie d’un accord d’édition avec Apple Music.

Le single du groupe paraît toutefois sur Deram en 1968, et non sur Apple Records. C’est une distinction documentaire très utile : l’éditeur d’une chanson imprimé sur l’étiquette n’est pas automatiquement la marque commerciale du disque. Un catalogue fondé uniquement sur les contrats d’édition présenterait donc une discographie Apple artificiellement gonflée.

Grapefruit et le lancement de Dear Delilah

Grapefruit est un autre groupe étroitement lié aux débuts d’Apple. Ses membres travaillent avec Terry Doran, et ses chansons intéressent personnellement les Beatles. « Dear Delilah » rencontre le public en 1968, mais le disque britannique paraît sur RCA, tandis qu’une édition américaine utilise notamment la marque Equinox.

L’association d’Apple à Grapefruit relève de l’édition musicale, du soutien artistique et, pour certaines séances, de la production. Elle ne fait pas de « Dear Delilah » l’un des premiers singles Apple Records. Les quatre disques inauguraux du label sont « Hey Jude », « Those Were the Days », « Sour Milk Sea » et « Thingumybob ».

Northern Songs, Harrisongs et Startling Music

L’édition des œuvres des Beatles possède en outre une histoire antérieure à Apple. Les principales compositions de Lennon et McCartney sont liées à Northern Songs, société qui joue un rôle central dans la gestion de leur catalogue. La création d’Apple ne transfère pas automatiquement toutes ces œuvres dans une nouvelle entreprise contrôlée par les quatre musiciens.

George Harrison et Ringo Starr cherchent de leur côté à mieux contrôler l’édition de leurs propres chansons, notamment au moyen de structures distinctes comme Harrisongs et Startling Music. Il faut donc séparer Apple Music Publishing, ces sociétés d’auteurs et la maison de disques Apple Records, même si leurs histoires se croisent.

Comment lire les mentions d’édition sur un disque

Une mention comme « Apple Music », « Northern Songs » ou « Harrisongs » renseigne sur des droits liés à une composition. La référence de catalogue et le nom du label identifient pour leur part une publication discographique. Un enregistrement de Grapefruit sur RCA peut donc faire apparaître Apple dans les crédits de publication musicale sans être un disque édité sous la célèbre pomme verte.

Cette nuance évite des erreurs courantes dans les inventaires et sur les sites de vente. Avant de qualifier un disque d’« original Apple », il faut vérifier la marque commerciale, les informations périphériques, le pays et la matrice.

Pour aller plus loin : l’étude consacrée à Grapefruit, la discographie Apple Records et l’organisation d’Apple Corps.

Questions fréquentes

Grapefruit a-t-il publié Dear Delilah sur Apple Records ?

Non. Le 45 tours britannique est sorti sur RCA, malgré les liens du groupe avec Apple Publishing.

Apple Music Publishing et Apple Records sont-ils identiques ?

Non. L’un travaille sur les œuvres et leurs droits, l’autre sur les enregistrements commercialisés.

Northern Songs a-t-il disparu lors de la création d’Apple ?

Non. Son histoire juridique et la gestion des compositions Lennon-McCartney restent distinctes.

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