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Paul McCartney et War Child : « Band on the Run » inspire 80 œuvres pour les enfants victimes de la guerre

Par Clive Helday
Paul McCartney et War Child : Band on the Run inspire 80 œuvres

Une phrase chantée en 1973, soixante et un artistes contemporains et quatre-vingts œuvres originales : Paul McCartney prête l’imaginaire de « Band on the Run » à la troisième édition de Sound & Vision, organisée avec War Child UK et AOAP Projects. Au programme, une exposition gratuite à Londres et une vente aux enchères en ligne destinée à soutenir les enfants dont la vie a été bouleversée par les conflits. Plus de cinquante ans après sa création, la chanson de Wings devient ainsi le point de départ d’une nouvelle aventure collective, à la rencontre de la musique, des arts visuels et de l’action humanitaire.

L’annonce, relayée le 9 octobre 2026 par Official Charts après une présentation de War Child le 7 octobre, prolonge une relation ancienne entre McCartney et l’association. Son intérêt dépasse cependant la seule présence d’un nom prestigieux sur l’affiche. Le projet demande à des artistes de s’emparer d’une image poétique, de la déplacer et de lui donner une existence autonome. Une chanson que beaucoup connaissent par cœur peut alors devenir une peinture, un paysage, une scène énigmatique ou une évocation de l’espoir. Avec, au bout de cette circulation entre les disciplines, un objectif concret : recueillir des fonds pour la protection, l’éducation et l’accompagnement des enfants confrontés à la guerre.

Une phrase de Wings comme point de départ

De la pluie au soleil, une image ouverte aux interprétations

Pour cette édition, McCartney a lui-même choisi le passage de « Band on the Run » proposé aux participants. Dans une traduction française, cette phrase peut se lire ainsi : « Puis la pluie éclata dans un fracas puissant, tandis que nous tombions dans le soleil. » Elle associe deux mouvements presque contradictoires : une explosion, puis une chute vers la lumière. La pluie ne tombe plus simplement ; elle éclate. Le soleil n’est plus seulement un astre que l’on regarde ; il devient un espace dans lequel on bascule.

Cette formulation convient particulièrement à un projet d’art contemporain, parce qu’elle laisse une grande liberté à ceux qui la reçoivent. Un artiste peut retenir le phénomène météorologique, un autre le mouvement des corps, un troisième la collision entre obscurité et lumière. On peut aussi y entendre une menace, une délivrance ou un passage vers un état inconnu. Ce sont des lectures possibles, et non une signification officielle attribuée par McCartney à l’opération. La force du dispositif tient précisément à cette absence de réponse unique : tous les participants commencent au même endroit, mais rien ne les oblige à arriver au même résultat.

Le choix rappelle également une dimension parfois éclipsée par la réputation de mélodiste de Paul McCartney. Ses chansons produisent des images. Elles peuvent installer un décor en quelques mots, faire apparaître un personnage ou provoquer une rupture de perspective. Ici, un fragment de récit quitte l’enregistrement qui l’a rendu célèbre et devient une invitation à créer. Le public est convié à regarder autrement une phrase qu’il avait peut-être entendue des centaines de fois sans jamais s’arrêter sur son étrangeté.

Soixante et un artistes, quatre-vingts œuvres

Les annonces récentes de War Child et d’Official Charts font état de 61 artistes participants. Le catalogue de la vente fourni pour cette édition présente, lui, 80 lots. Ces chiffres correspondent à deux réalités différentes : plusieurs artistes proposent deux œuvres. Alex Hanna figure ainsi avec Reflection et Transition, Gill Rocca avec Falling et Falling II, tandis que Marcelle Hanselaar signe There Is Always Hope I et There Is Always Hope II.

Cette possibilité de présenter plusieurs pièces enrichit la proposition. Une même phrase peut susciter deux réponses chez un seul artiste, comme si le texte continuait à travailler après une première tentative. Le catalogue permet ainsi de repérer des paires, des variations et des déplacements de vocabulaire. Il donne à l’ensemble une ampleur qui dépasse le principe d’une œuvre illustrative pour chaque participant : Sound & Vision réunit une collection de réponses individuelles, dont certaines se prolongent à l’intérieur même du travail d’un artiste.

Un catalogue où se croisent lumière, tempête et mémoire

Les mots de la chanson se dispersent dans les titres

Sans prétendre déduire l’apparence des œuvres de leurs seuls intitulés, le catalogue donne déjà des indications sur la manière dont les artistes ont abordé la proposition. Plusieurs titres reprennent directement le mouvement vers le soleil. Megan Rea et Charlie Billingham présentent chacun une œuvre intitulée We Fell into the Sun. Aleah Chapin propose As We Fell into the Sun, Fletcher Sibthorp Sun Falling et Alice Kettle deux pièces nommées Sun Burst et Sun Burst II. Le vocabulaire de la lumière se retrouve également chez Matt Bollinger avec Sun Spots et chez Alvaro Barrington avec Sunset for P.

D’autres intitulés privilégient l’orage, la pluie ou le fracas. Anne Rothenstein présente Storm, Zoe Hawk Storms Ahead, Sunkyung Baek Rain at the Threshold et Charlie Billingham A Mighty Crash. Mercedes Lucy répartit les deux pôles de la phrase entre I Calm the Rain et I Lift the Sun. David Rhys Jones en reprend successivement les deux parties dans les titres de ses contributions. Ces rapprochements reposent sur les mots du catalogue : ils suggèrent des pistes de lecture, sans remplacer l’observation des œuvres ni les explications de leurs auteurs.

Christina Niederberger introduit, dans ses deux intitulés, un déplacement particulièrement visible. L’un ajoute l’apparition d’un arc-en-ciel à l’image proposée ; l’autre substitue une élévation avec le soleil au mouvement de chute. Cette intervention sur la formulation montre qu’un artiste peut répondre à une chanson en la prolongeant, mais aussi en la réorientant. Le matériau musical ne reste pas intact sous une nouvelle forme : il devient l’objet d’une conversation.

Liverpool et les Beatles apparaissent aussi dans le parcours

Tous les participants ne semblent pas s’être arrêtés au seul paysage météorologique. Andrew Torr propose notamment Forthlin Road, Liverpool, dont le titre renvoie à la rue de la maison d’enfance de Paul McCartney. Nick Grindrod figure avec The Walrus et Northern Song, deux intitulés qui évoquent, pour un amateur des Beatles, d’autres régions de leur répertoire. Genieve Figgis présente pour sa part une œuvre intitulée Wings. À travers ces noms, le catalogue ouvre des chemins vers la biographie de McCartney, son environnement et son histoire musicale.

Il convient de conserver la nuance : un titre ne suffit pas à établir toutes les intentions d’un artiste. Mais ces références possibles rendent la visite particulièrement intéressante pour le public de McCartney. La phrase choisie agit comme une porte d’entrée ; certains participants paraissent ensuite explorer un territoire plus large. Le visiteur pourra donc aborder l’exposition à partir de sa connaissance des chansons, puis découvrir ce que ces références deviennent dans un autre langage artistique.

Parmi les noms annoncés figurent également Sanya Kantarovsky, George Underwood, Tahnee Lonsdale, Graham Fink, Diana Copperwhite et Carl Randall. La présence de George Underwood possède une résonance particulière dans une manifestation qui relie musique et arts visuels : ami de David Bowie depuis leur jeunesse, il a participé à son univers graphique et contribuait déjà à la première édition de Sound & Vision, consacrée à Bowie.

La commissaire de l’exposition, Gemma Peppé, fondatrice d’AOAP Projects, souligne dans le communiqué le soin apporté aux contributions. Selon elle, les artistes se sont amusés avec la phrase de McCartney tout en prenant au sérieux la réalisation de leurs œuvres. Elle espère que cette collection permettra une collecte importante pour War Child. Cette appréciation relève naturellement de la présentation du projet ; le montant effectivement récolté ne sera connu qu’après la vente.

Pourquoi « Band on the Run » reste un choix aussi fécond

Une chanson construite autour de l’enfermement et de l’évasion

Sorti sur l’album du même nom en 1973, « Band on the Run » occupe une place centrale dans l’histoire de Wings. Son déroulement musical contribue à sa singularité. La chanson traverse plusieurs sections, change d’allure et passe d’une atmosphère resserrée à un mouvement beaucoup plus ouvert. Son récit d’enfermement et de fuite trouve ainsi un équivalent dans la construction de l’enregistrement : la musique donne elle-même l’impression de franchir des murs.

Le fragment retenu pour Sound & Vision appartient à cet univers de bascule et d’évasion. Isolé du morceau, il conserve sa puissance visuelle ; replacé dans l’ensemble, il participe à une narration où les personnages tentent de se soustraire à ce qui les retient. Cette tension entre contrainte et liberté explique pourquoi la chanson peut encore nourrir des lectures nouvelles. Elle ne se réduit pas à un refrain immédiatement reconnaissable : elle contient une succession de situations et d’images qui restent disponibles pour l’imagination.

La proximité avec la mission de War Child peut donner à ces thèmes une résonance particulière. Il faut toutefois éviter de transformer rétrospectivement la chanson en un manifeste écrit pour cette cause. « Band on the Run » n’a pas été composée pour Sound & Vision ni pour War Child. C’est son utilisation en 2026 qui crée ce nouvel espace de rapprochement. Une œuvre ancienne peut accueillir un contexte nouveau sans que l’on réécrive les circonstances de sa naissance.

Un album né alors que Wings se retrouvait à trois

L’histoire de l’album apporte un autre éclairage. Avant les séances organisées à Lagos, au Nigeria, le guitariste Henry McCullough et le batteur Denny Seiwell quittent Wings. Paul McCartney, Linda McCartney et Denny Laine poursuivent le projet à trois. La fiche officielle de l’album rappelle ces conditions difficiles et la persévérance du trio. Ce contexte fait de Band on the Run un disque réalisé alors que l’existence même du groupe venait d’être fragilisée.

Le succès qui suit lui donne une place majeure dans la carrière de McCartney après les Beatles. Mais l’intérêt du disque ne réside pas seulement dans ce retournement de situation. Il rappelle aussi le rôle de Linda et de Denny Laine dans cette période de Wings. La fiche discographique officielle crédite « Band on the Run » à Paul et Linda McCartney. Même lorsque l’actualité se concentre sur Paul, cette histoire collective mérite de rester présente.

Plus de cinquante ans après l’enregistrement, Sound & Vision ajoute donc un chapitre inhabituel à la circulation de la chanson. Elle ne revient pas seulement sous la forme d’une réédition, d’une interprétation en concert ou d’une reprise. Son texte sert de matière première à des artistes qui n’ont pas à reproduire la musique. Le morceau continue de vivre parce qu’il peut être transformé.

McCartney et War Child : une relation qui remonte à 1995

« Come Together », au croisement des générations britanniques

La participation de Paul McCartney à cette troisième édition s’inscrit dans plus de trente ans de liens avec War Child. En 1995, il contribue à HELP, l’album caritatif conçu pour soutenir les enfants touchés par la guerre en Bosnie. Il participe alors à une nouvelle version de « Come Together » au sein des Smokin’ Mojo Filters, avec Paul Weller, Noel Gallagher, Steve Cradock, Steve White et Carleen Anderson.

Cette rencontre possède une valeur particulière dans l’histoire de la musique britannique. McCartney y retrouve des artistes de générations différentes, dont les parcours témoignent de la place persistante des Beatles dans la culture populaire. Une chanson principalement écrite par John Lennon devient le terrain commun d’une collaboration au bénéfice de War Child. Le disque transforme une proximité artistique en action collective.

L’association rappelle que sa collaboration avec l’industrie musicale prend son essor avec cet album, enregistré en une journée. HELP recueille plus d’un million de livres dès sa première semaine. Ce précédent explique pourquoi War Child continue à faire appel aux musiciens : leur capacité à réunir des publics peut produire des ressources substantielles. La contribution de McCartney en 2026 prend place dans cette histoire, avec un changement de forme. Après l’enregistrement collectif vient la création d’œuvres destinées à une vente.

« Calico Skies » et la continuité du soutien

En 2003, McCartney contribue également à Hope avec une autre version de « Calico Skies ». AOAP Projects rappelle cette participation dans sa présentation de Sound & Vision 2026. Le site officiel de McCartney confirme lui aussi la présence de « Come Together » et de « Calico Skies » sur la compilation War Child 20: Best Of, publiée en 2013 pour le vingtième anniversaire de l’association.

Ces éléments permettent de parler d’une continuité documentée. En 1995, McCartney participe à une reprise des Beatles. En 2003, il apporte une chanson de son répertoire personnel. En 2026, il fournit le point de départ d’un projet visuel à partir d’un titre de Wings. Trois étapes, trois manières d’engager son travail dans la même relation avec War Child.

Sound & Vision montre ainsi qu’un soutien artistique peut évoluer sans dépendre systématiquement d’un nouveau concert ou d’un nouvel enregistrement. McCartney met ici une phrase à disposition d’autres créateurs. Son rôle consiste à ouvrir la proposition ; la réalisation des œuvres appartient aux artistes invités. L’intérêt vient de cette transmission, autant que de la notoriété du musicien.

Après David Bowie et Kate Bush, Paul McCartney

Un projet lancé en 2024 autour de « Rebel Rebel »

La première édition de Sound & Vision, en 2024, réunissait 33 artistes autour d’une phrase de « Rebel Rebel » de David Bowie. War Child et Art on a Postcard avaient alors associé une exposition à 180 Strand, à Londres, à une vente aux enchères. Le principe était déjà celui qui structure l’édition McCartney : choisir un fragment de chanson et demander à des artistes de lui donner une réponse originale.

La succession des musiciens invités crée un parcours intéressant à travers l’écriture populaire britannique. Bowie, Kate Bush puis McCartney ne proposent ni les mêmes univers ni les mêmes manières de raconter. Leur présence commune dans le projet fait cependant ressortir une qualité partagée : des paroles capables de susciter des images qui survivent hors de leur accompagnement musical.

L’édition Kate Bush a recueilli 140 000 livres

En 2025, Sound & Vision s’appuyait sur « Running Up That Hill » de Kate Bush et rassemblait 52 artistes. War Child a annoncé le 18 novembre 2025 que la vente avait recueilli 140 000 livres sterling. Deux œuvres de Peter Doig avaient notamment atteint 44 000 et 50 000 livres, selon le bilan publié par l’association.

Ce résultat donne une mesure concrète du potentiel de l’opération. Il ne permet pas de prédire celui de 2026 : une vente dépend des œuvres proposées, des enchérisseurs et de nombreux autres facteurs. Il montre néanmoins que le rapprochement entre une chanson célèbre et des créations contemporaines peut produire davantage qu’un événement culturel ponctuel. Le précédent Kate Bush a débouché sur une collecte importante pour les programmes de War Child.

Une exposition et une vente au service des enfants

Protection, éducation et soutien psychologique

Les organisateurs précisent que les fonds doivent soutenir les activités de War Child auprès des enfants touchés par les conflits : protection, éducation, aide immédiate et accompagnement spécialisé en santé mentale. Cette destination donne son sens à l’ensemble du projet. Les artistes proposent des œuvres ; les collectionneurs les achètent ; la collecte contribue au travail de l’association.

La présence de McCartney attire naturellement l’attention sur l’événement. Mais le sujet se prolonge au-delà de sa carrière et des souvenirs attachés à Wings. Sound & Vision organise une rencontre entre des publics qui ne fréquentent pas nécessairement les mêmes espaces : amateurs de musique, visiteurs d’exposition et collectionneurs. La phrase de « Band on the Run » leur fournit un point de départ commun, tandis que War Child donne une destination à leur mobilisation.

Les dates à retenir pour Sound & Vision 2026

La vente aux enchères en ligne ouvrira le mardi 27 octobre et se terminera le jeudi 12 novembre 2026. Le catalogue fourni présente 80 lots, avec une mise à prix affichée de 100 livres sterling pour chacun. Cette somme correspond au point de départ des enchères, et non au prix auquel les œuvres seront nécessairement adjugées. Une inscription est requise pour enchérir.

L’exposition gratuite se tiendra du vendredi 6 au dimanche 8 novembre 2026 à l’Iconic Images Gallery, au 16 Waterloo Place, à Londres. Elle aura donc lieu pendant la période de vente : le public pourra découvrir les œuvres alors que les enchères seront déjà ouvertes. Le calendrier associe une présentation physique accessible sans achat et une vente en ligne au bénéfice de War Child.

Pour les amateurs de McCartney, le rendez-vous offre une occasion rare d’explorer une chanson par le regard d’autres créateurs. Pour les artistes, il constitue un exercice ouvert à partir d’une image commune. Et pour War Child, il doit produire des fonds destinés à son action auprès des enfants. Une phrase de Wings, enregistrée en 1973, devient ainsi en 2026 le commencement de quatre-vingts œuvres nouvelles : une manière très concrète de faire circuler la musique au-delà du disque.

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