Widgets Amazon.fr
Actualité Beatles

Paul McCartney se lâche chez Jimmy Kimmel : Ringo, Wings, Taylor Swift et une foule de confidences

Par Clive Helday
Paul McCartney chez Jimmy Kimmel : ses confidences à Brooklyn

Il suffit parfois de quelques secondes pour mesurer ce que représente encore Paul McCartney en 2026. Vendredi 2 octobre, lorsque Jimmy Kimmel annonce son premier invité sur la scène du Howard Gilman Opera House de la Brooklyn Academy of Music, la présentation pourrait presque sembler superflue. « Chanteur, compositeur, bassiste et chevalier », rappelle néanmoins l’animateur avant de mentionner plus de 207 millions d’unités musicales vendues et d’annoncer la nouvelle édition de The Boys of Dungeon Lane. Puis McCartney apparaît, accueilli par une ovation suffisamment longue pour que l’entretien commence presque naturellement par la réaction du public.

Jimmy Kimmel lui fait remarquer avec humour que Brooklyn n’a pas exactement la réputation d’être l’endroit le plus chaleureux de la planète, mais que le quartier semble avoir décidé de faire une exception pour lui. McCartney remercie la salle puis reconnaît qu’il est déjà venu à Brooklyn sans avoir vraiment pris conscience jusqu’ici de son immensité. Kimmel ne peut évidemment pas laisser passer l’occasion : « Les rats sont énormes aussi. » Le ton est donné. Pendant une quinzaine de minutes, il ne sera finalement que très peu question de promotion traditionnelle. McCartney parle de ses petits-enfants, de Wings, de Linda, de Ringo Starr, de Larry David, d’une salle de bains, d’un videur qui n’avait pas reconnu son statut de légende et même du mariage de Taylor Swift.

Mais sous l’apparente légèreté de l’entretien affleure quelque chose de beaucoup plus intéressant. À 84 ans, McCartney regarde désormais son histoire sans chercher à construire la moindre statue autour de lui. Il plaisante volontiers sur les Beatles, reconnaît combien leur ombre compliqua ses débuts avec Wings, découvre presque avec le public certains détails de sa propre vie en regardant Man on the Run et raconte la création de son premier véritable duo vocal avec Ringo Starr comme si deux anciens copains de Liverpool avaient simplement oublié de se mettre d’accord sur ce qu’ils étaient censés enregistrer.

C’est peut-être cette absence de solennité qui rend l’entretien aussi attachant. Celui qui reste l’un des musiciens les plus célèbres de l’histoire peut encore se demander pourquoi Ringo n’a pas chanté toute une chanson, rire de « Monkberry Moon Delight » comme s’il venait de l’écrire et se souvenir d’une époque où son principal objectif, après les Beatles, était simplement de pouvoir aller chercher lui-même son sapin de Noël.

Paul McCartney termine la semaine new-yorkaise de Jimmy Kimmel

La présence de Paul McCartney n’était pas un passage ordinaire de Jimmy Kimmel Live!. L’émission avait quitté temporairement son studio habituel de Los Angeles pour une semaine spéciale enregistrée à Brooklyn, du 28 septembre au 2 octobre 2026. Le rendez-vous du vendredi constituait donc la dernière soirée de cette résidence new-yorkaise, et ABC avait placé McCartney en tête d’affiche de l’émission.

L’entretien arrive également à un moment particulièrement chargé pour le musicien. The Boys of Dungeon Lane, son nouvel album publié en mai 2026, a atteint la première place des charts britanniques et vient d’être prolongé par l’annonce d’une édition spéciale disponible numériquement le 7 octobre. Dans quelques jours doivent ainsi paraître trois chansons supplémentaires — « City Fox », « One Night Stand » et « Chelsea Boots » — ainsi qu’un nouveau « Flip Mix » de « Home to Us », son duo avec Ringo Starr.

McCartney aurait donc pu passer l’essentiel de ses quinze minutes à présenter son disque. Jimmy Kimmel choisit presque immédiatement une autre direction. Il revient sur leur précédente rencontre, en mars dernier à Los Angeles, lorsque McCartney avait donné deux concerts exceptionnels au Fonda Theatre, petite salle d’environ 1 200 places dans laquelle la proximité entre le musicien et le public contrastait radicalement avec les stades qu’il remplit depuis des décennies.

Kimmel était dans la salle. Ringo Starr aussi. Une partie de la famille McCartney également. Et Larry David.

C’est à cet instant que l’entretien bascule véritablement dans la conversation.

Larry David face à « Hey Jude » : l’homme qui ne voulait pas chanter

Jimmy Kimmel raconte avoir observé quelque chose d’extraordinaire pendant « Hey Jude ». Comme il le fait depuis des décennies, McCartney avait invité le public à reprendre le fameux « na-na-na » final. La salle entière semblait participer. Kimmel chantait lui aussi lorsqu’il jeta un coup d’œil vers Larry David, installé à proximité.

L’acteur et créateur de Curb Your Enthusiasm restait parfaitement immobile.

Kimmel avait déjà raconté l’anecdote quelques mois auparavant. Larry David lui avait expliqué très simplement pourquoi il ne chantait pas : « Je n’avais pas envie de le faire. »

McCartney éclate alors de rire et révèle qu’il a depuis lui-même demandé des comptes au récalcitrant.

« Je lui en ai parlé. Je lui ai demandé : “Mais pourquoi, Larry ?” Il m’a répondu : “Je ne voulais pas le faire.” »

Jimmy Kimmel pose immédiatement la seule question raisonnable : Larry David sera-t-il invité au prochain concert de Paul McCartney ?

La réponse tombe sans hésitation :

« Jamais. »

Évidemment, tout est dit sur le ton de la plaisanterie. Mais l’histoire possède quelque chose de délicieusement incongru. Depuis 1968, « Hey Jude » est devenue l’une des chansons collectives par excellence. Dans les concerts de McCartney, son long final constitue un rituel. Le public n’assiste plus seulement au morceau : il en devient une partie. Refuser de chanter revient presque à s’opposer volontairement à une expérience sociale soigneusement rôdée depuis plus d’un demi-siècle.

Il fallait probablement Larry David pour réussir cet exploit.

Les petits-enfants de Paul, eux, connaissaient le rituel

À quelques mètres de lui, l’attitude des petits-enfants de McCartney avait produit exactement l’effet inverse sur Jimmy Kimmel. L’animateur raconte les avoir vus au premier rang, chanter, danser et regarder attentivement le concert. Il souligne combien cette réaction l’avait frappé : les proches des artistes finissent parfois par considérer ce genre de spectacle comme une routine, passent une partie de la soirée en coulisses ou n’écoutent plus vraiment ce qu’ils ont vu des dizaines de fois.

Chez les McCartney, apparemment, la magie fonctionne encore.

Paul sourit lorsque Kimmel lui fait remarquer à quel point ses petits-enfants semblaient heureux. Il précise qu’il est aujourd’hui grand-père de huit enfants. Puis, presque sans transition, la conversation entraîne une confidence beaucoup plus intime.

Kimmel lui demande s’il allait lui-même voir son grand-père lorsqu’il était enfant.

« Tu sais quoi ? Je n’ai jamais eu de grand-père. »

Il explique n’y avoir réellement pensé que récemment, précisément parce qu’il est désormais lui-même grand-père. Ses grands-parents étaient morts avant sa naissance, se souvient-il. La remarque ne dure que quelques secondes mais elle crée l’un de ces petits moments dont les émissions de fin de soirée sont parfois capables lorsqu’une plaisanterie débouche soudain sur un souvenir beaucoup plus personnel.

McCartney n’en fait rien de dramatique. Kimmel lui propose aussitôt de devenir son grand-père d’adoption.

Paul promet d’y réfléchir.

Quand Jimmy Kimmel se retrouve dans la salle de bains de Paul McCartney

La soirée du Fonda Theatre ne s’était pas terminée avec le dernier rappel. McCartney avait ensuite organisé une fête chez lui et Jimmy Kimmel faisait partie des invités. C’est ici que le récit prend une direction que même un biographe consciencieux aurait sans doute hésité à prévoir : la salle de bains privée de Paul McCartney devient pendant plusieurs minutes le décor principal de l’entretien.

Kimmel raconte qu’il attendait son tour devant les toilettes lorsque Nancy Shevell, épouse de McCartney, lui proposa d’utiliser la salle de bains attenante à leur chambre. L’animateur refusa d’abord, gêné à l’idée de pénétrer dans un espace aussi privé, avant d’accepter. Lorsqu’il ressortit, Nancy avait disparu.

Paul McCartney, lui, était là.

Kimmel se retrouve donc devant son hôte, dans sa salle de bains, en train de se laver les mains et de s’excuser presque d’exister. Ce qui l’étonne surtout est que Paul ne semble nullement pressé de le faire sortir. Au contraire, les deux hommes commencent à discuter.

« Est-ce que vous vous cachiez de quelqu’un ? », demande Kimmel.

McCartney répond tranquillement :

« Non. Je t’aime bien, Jimmy. »

L’échange est parfaitement dérisoire et pourtant très révélateur du ton de la soirée. McCartney n’est pas venu raconter la grande histoire des Beatles selon un scénario établi. Kimmel l’entraîne dans des souvenirs de soirées, des détails absurdes et des scènes privées qui finissent par dresser un portrait étonnamment naturel du musicien.

L’animateur tente alors la transition musicale la plus prévisible possible : Paul a-t-il déjà écrit une chanson dans une salle de bains ?

Non.

McCartney réfléchit une seconde, puis corrige :

« J’ai écrit une chanson sur une fenêtre de salle de bains. »

Évidemment.

« She Came In Through the Bathroom Window ».

Plus d’un demi-siècle après Abbey Road, même les conversations de toilettes peuvent finir par rejoindre les Beatles.

Jimmy Kimmel appartient à la génération Wings

C’est précisément cette conversation commencée chez McCartney qui conduit l’entretien vers sa partie la plus substantielle. Jimmy Kimmel explique quelque chose que l’on oublie parfois lorsqu’on évoque la postérité de Paul : tous ses admirateurs n’ont pas découvert sa musique avec les Beatles.

Kimmel a 58 ans. Lorsqu’il commence à écouter la musique activement, les Beatles appartiennent déjà au passé. Pour lui, le Paul McCartney contemporain de son enfance est celui de Wings.

« Quand je suis tombé amoureux de votre musique, c’était Wings. Ce n’était pas les Beatles. »

Il connaissait naturellement les chansons du groupe, mais il explique avoir dû ensuite remonter le temps pour découvrir véritablement leur catalogue. Il compare cette relation générationnelle aux différentes incarnations de James Bond : chacun possède en quelque sorte son Bond personnel. Pour Kimmel, son premier McCartney fut celui de Wings.

L’observation est intelligente parce qu’elle remet en perspective une partie de la carrière du musicien longtemps évaluée à travers un seul prisme : tout ce qu’il faisait après 1970 était comparé aux Beatles.

C’est précisément l’un des thèmes centraux du documentaire Paul McCartney: Man on the Run, réalisé par Morgan Neville et diffusé depuis février 2026 sur Prime Video. Le film revient sur la période située entre l’effondrement des Beatles et la constitution progressive de Wings, avec un accès important aux archives familiales et aux films tournés par Linda McCartney.

Kimmel explique avoir beaucoup appris en regardant le documentaire.

McCartney répond avec une pointe d’autodérision :

« Moi aussi. »

Paul McCartney découvre sa propre vie dans Man on the Run

La phrase pourrait n’être qu’une plaisanterie mais Paul développe immédiatement son idée. Morgan Neville avait eu accès à quantité de films familiaux montrant notamment Paul et Linda en Écosse, au moment où le musicien tente de reconstruire une existence après la fin des Beatles.

McCartney se voit ainsi, avec Linda et leurs enfants, dans ce refuge écossais qui occupe une place presque mythologique dans son histoire personnelle. Or, devant les images restaurées, la nostalgie cède parfois la place à une autre réaction.

« Je regardais le film et je me disais : cet endroit est un vrai bazar ! »

À l’époque, précise-t-il, ils ne s’en rendaient pas compte. Ils étaient jeunes et vivaient simplement leur vie.

Derrière la plaisanterie apparaît pourtant un élément extrêmement important pour comprendre le McCartney du début des années 1970. Après une décennie pendant laquelle l’appareil Beatles avait progressivement pris en charge une quantité croissante d’aspects pratiques de son quotidien, Paul éprouve le besoin de retrouver des gestes ordinaires.

Il donne un exemple remarquablement simple.

« Avant ça, tout était fait pour moi. Si je voulais un sapin de Noël, quelqu’un allait l’acheter. Moi, je voulais sortir et aller chercher mon propre sapin de Noël. »

Il raconte également avoir fabriqué une petite table.

Cela pourrait paraître insignifiant face à l’histoire gigantesque des Beatles. C’est au contraire l’un des passages les plus éclairants de l’entretien. Après avoir vécu au centre d’une organisation internationale, McCartney veut remettre les mains dans les choses, construire, acheter, décider lui-même. Le musicien qui avait participé à Sgt. Pepper, au White Album et à Abbey Road éprouve soudain le besoin presque viscéral de redevenir un homme capable d’aller chercher son propre sapin.

Man on the Run raconte précisément cette reconstruction. Derrière la renaissance artistique se trouve aussi une tentative de réappropriation de la vie quotidienne.

Wings condamné à vivre dans l’ombre des Beatles

Kimmel revient alors sur une donnée qu’enfant il ne pouvait pas véritablement mesurer. Wings n’a pas immédiatement été accueilli comme le prolongement naturel d’une carrière glorieuse. Les premiers disques de Paul après les Beatles ont été confrontés à une hostilité critique parfois féroce et Wings a longtemps dû évoluer sous la comparaison constante avec son ancien groupe.

L’animateur demande alors quelque chose que McCartney ne peut évidemment traiter que comme une hypothèse : Wings aurait-il été accueilli plus favorablement si les Beatles n’avaient jamais existé ?

Paul hésite à peine.

« Peut-être. Oui. Nous étions clairement dans l’ombre des Beatles. J’en étais très conscient. »

La suite est encore plus intéressante. McCartney explique avoir pris à l’époque une décision délibérée : ne pas refaire les Beatles.

« Je m’étais promis que nous ne ferions pas de trucs des Beatles et que je n’écrirais pas des chansons ressemblant aux Beatles. En fait, je m’étais rendu les choses très difficiles. »

Cette phrase résume peut-être mieux que de longues analyses critiques la situation dans laquelle il s’est placé après 1970. Son plus grand avantage était d’avoir été l’un des deux principaux compositeurs des Beatles. Mais cette expérience était simultanément devenue son principal obstacle. S’il écrivait quelque chose rappelant son ancien groupe, on lui reprocherait de se répéter. S’il s’en éloignait, on lui reprocherait de ne plus atteindre le niveau des Beatles.

McCartney choisit donc délibérément le risque.

Il cherche d’autres sons, accepte les imperfections, engage Linda malgré son inexpérience professionnelle, monte un groupe que personne ne connaît et retourne jouer dans des salles sans annoncer systématiquement sa venue à l’avance. L’entreprise peut aujourd’hui sembler romantique. À l’époque, elle constitue un pari considérable pour quelqu’un qui aurait facilement pu réunir les meilleurs musiciens de studio disponibles et tenter de reconstruire immédiatement une machine prestigieuse.

« Monkberry Moon Delight » : Paul aimerait encore écrire des chansons aussi folles

La discussion sur cette volonté d’échapper au style Beatles conduit naturellement vers les chansons les plus libres du début de sa carrière solo. McCartney reconnaît qu’en regardant aujourd’hui certaines compositions de cette période, leur étrangeté le frappe.

Il cite notamment « Monkberry Moon Delight », l’un des morceaux les plus déchaînés de Ram en 1971.

« Certaines étaient complètement folles. Je les regarde aujourd’hui et je me dis : j’aimerais écrire encore des chansons comme ça maintenant. »

Jimmy Kimmel lui demande alors ce qu’est exactement un « Monkberry Moon Delight ».

McCartney lui répond pratiquement que le titre parle de lui-même.

Kimmel admet que, si l’auteur ne sait pas vraiment l’expliquer, il ne risque pas d’y parvenir davantage.

La boutade possède néanmoins une histoire. McCartney a déjà expliqué que le mot « monkberry » provenait du vocabulaire inventé par ses enfants, qui prononçaient d’une manière particulière le mot « milk ». Dans son esprit, le fameux « Monkberry Moon Delight » ressemblait donc à une sorte de milk-shake imaginaire. La chanson appartient surtout à une veine surréaliste particulièrement présente chez lui à l’époque de Ram, nourrie autant par le plaisir des sonorités que par la recherche d’un sens littéral.

Le plus frappant, cinquante-cinq ans après son enregistrement, est d’entendre McCartney non pas défendre cette étrangeté comme une curiosité du passé, mais dire qu’il aimerait retrouver cette liberté.

L’homme de 84 ans regarde le compositeur de 28 ans avec une forme d’envie.

The Boys of Dungeon Lane : le passé n’est plus un ennemi

Il existe d’ailleurs un joli paradoxe entre ce que McCartney raconte de Wings et le disque qu’il est venu promouvoir chez Jimmy Kimmel. Au début des années 1970, il s’était interdit de regarder vers les Beatles afin de trouver une nouvelle identité. En 2026, The Boys of Dungeon Lane repose au contraire largement sur l’acceptation de son passé.

Le disque plonge dans le Liverpool de son enfance, les difficultés de ses parents, ses souvenirs avec John Lennon et George Harrison et cette période où personne ne pouvait évidemment imaginer ce que deviendraient les garçons passant leurs journées autour de Forthlin Road, Speke ou Dungeon Lane.

Ce n’est plus le jeune McCartney qui cherche à prouver qu’il peut vivre sans les Beatles. C’est l’homme âgé qui considère désormais l’ensemble de son existence comme une matière à chansons.

L’édition spéciale annoncée quelques jours avant son passage chez Kimmel prolongera encore le projet. Sa sortie numérique est prévue le 7 octobre et elle ajoutera « City Fox », « One Night Stand » et « Chelsea Boots » aux quatorze titres de l’album original. Une nouvelle version de « Home to Us », baptisée « Flip Mix », complétera le programme en inversant les parties originellement interprétées par Paul et Ringo.

Ce dernier morceau donne précisément naissance à l’autre grande histoire de l’entretien.

Ringo Starr voulait une chanson : Paul McCartney a fini par la lui fabriquer

Jimmy Kimmel présente « Home to Us » comme ce qu’il est officiellement devenu : le premier véritable duo vocal de Paul McCartney et Ringo Starr.

La formule pourrait surprendre. Les deux hommes ont évidemment enregistré ensemble d’innombrables fois depuis 1962, Paul a participé à plusieurs disques solo de Ringo et Ringo a joué sur différentes productions de McCartney. Mais jamais ils n’avaient construit un morceau sous la forme d’un véritable duo vocal partagé de cette manière.

L’origine de la chanson est racontée par Paul avec un humour qui donne presque l’impression que le disque est né d’un malentendu.

Tout commence avec le producteur Andrew Watt, partenaire de McCartney sur The Boys of Dungeon Lane. Ringo apprend que Paul travaille avec lui et passe ensuite dans le studio de Watt. Là, il enregistre un peu de batterie.

Quelques jours ou semaines plus tard, Paul retrouve Ringo.

« Je lui ai dit : “J’ai entendu dire que tu étais passé le voir.” Ringo m’a répondu : “Oui. J’espère qu’il va faire un morceau avec ça.” »

McCartney comprend immédiatement qu’il y a peut-être un petit problème.

« Je lui ai dit : “Je ne suis pas sûr que ce soit comme ça que ça marche.” »

Andrew Watt ne transforme effectivement pas spontanément la batterie en chanson.

Selon Paul, Ringo n’est pas ravi.

« Ringo était franchement furieux. »

La formulation employée par McCartney sur le plateau est plus savoureuse encore — « well pissed » — et provoque évidemment les rires du public.

« Il faut faire le morceau que Ringo pensait que tu allais faire »

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais lorsque McCartney retourne travailler avec Andrew Watt, il se rappelle les pistes de batterie.

« Attends une minute. La batterie que Ringo a enregistrée, tu l’as toujours ? »

Watt répond que oui.

Paul demande à l’écouter, puis trouve la solution.

« Tu sais ce qu’on doit faire ? On doit faire le morceau que Ringo pensait que tu allais faire. »

Cette phrase résume merveilleusement la création de « Home to Us ». Une chanson de Paul McCartney naît parce que Ringo Starr avait supposé qu’Andrew Watt construirait quelque chose autour de sa batterie et que personne n’avait vraiment compris qu’il s’agissait de son attente.

McCartney écrit alors autour de cette piste rythmique en pensant précisément à leur histoire commune. La chanson évoque leurs origines modestes à Liverpool. Paul venait notamment de Speke ; Ringo avait grandi dans le Dingle, dans des conditions souvent beaucoup plus difficiles. Le titre repose sur cette idée simple : les lieux de leur enfance pouvaient être rudes, mais ils étaient chez eux.

Lorsque la chanson fut envoyée à Ringo, un deuxième malentendu eut encore lieu. Starr pensa qu’on lui demandait simplement d’ajouter quelques lignes et se contenta de quelques interventions. Paul le rappela pour lui expliquer qu’il souhaitait l’entendre chanter l’ensemble avec lui.

De cette incompréhension est finalement né leur premier véritable duo.

Chrissie Hynde et Sharleen Spiteri ont ajouté les chœurs.

Après plus de soixante ans d’amitié et de musique commune, Paul et Ringo avaient encore trouvé une manière de faire quelque chose qu’ils n’avaient jamais fait.

Paul McCartney et Ringo Starr : « Je l’aime »

Jimmy Kimmel demande si Ringo accepte facilement les idées que Paul lui propose. McCartney répond qu’il doit tout de même lui présenter le projet, mais que son ancien partenaire est généralement partant.

Puis vient une phrase d’une simplicité désarmante :

« On s’entend très bien, ce qui est formidable. Je l’aime, tu sais. »

Il n’y a pas grand-chose à ajouter.

Depuis la mort de John Lennon en 1980 et celle de George Harrison en 2001, Paul et Ringo portent seuls une relation dont presque personne d’autre ne peut comprendre la nature. Ils ne sont évidemment pas uniquement deux anciens collègues ayant appartenu au même groupe. Ils ont vécu ensemble une expérience collective dont l’échelle demeure pratiquement sans équivalent dans l’histoire de la musique populaire.

McCartney n’en fait pourtant jamais quelque chose de solennel. Dans son récit, Ringo reste Ringo : l’ami qui passe enregistrer une batterie, s’attend à recevoir une chanson et se vexe un peu lorsque celle-ci n’arrive pas.

C’est précisément cette banalité qui rend leur lien si touchant.

Quand Paul McCartney doit lui aussi dire non

L’histoire de Ringo permet à Kimmel de prolonger la discussion sur les collaborations. Paul a travaillé au cours de sa carrière avec une quantité impressionnante d’artistes. Mais que se passe-t-il lorsque quelqu’un lui propose un projet dont il ne veut absolument pas ?

Est-il capable d’appeler la personne et de lui dire non ?

McCartney sourit.

Parfois, explique-t-il, on peut toujours prétendre ne pas avoir reçu l’e-mail.

Kimmel reconnaît parfaitement la technique.

Paul admet cependant qu’il lui est arrivé d’appeler directement pour décliner une proposition.

L’anecdote renvoie une nouvelle fois à cette étonnante normalité qui traverse l’entretien. Une demande de collaboration adressée à Paul McCartney peut finir exactement comme un courrier auquel chacun d’entre nous préfère ne jamais répondre : mystérieusement égaré dans les profondeurs d’une boîte de réception.

Même les chevaliers connaissent la fonction « message non lu ».

Le jour où un videur a refusé Paul McCartney

Jimmy Kimmel fait ensuite apparaître sur l’écran une séquence devenue virale en février 2016. Après les Grammy Awards, McCartney et plusieurs amis cherchent à rejoindre une soirée à Hollywood. Parmi eux figurent notamment Beck et Taylor Hawkins ; Woody Harrelson est également associé aux récits ultérieurs de cette virée.

Devant une porte, le groupe est refusé.

Paul McCartney.

Refusé à une fête.

Même dix ans plus tard, l’absurdité fait rire l’intéressé.

Dans la célèbre vidéo filmée cette nuit-là, on l’entend demander :

« Mais à quel point faut-il être VIP ? »

Puis vient la meilleure solution possible :

« Il nous faut un autre tube. »

L’incident avait fait le tour du monde. La réalité semble avoir été un peu moins spectaculaire que la légende : plusieurs témoignages avaient ensuite expliqué que le groupe cherchait notamment une autre fête et qu’un problème de porte ou de lieu avait contribué à la confusion. Le rappeur Tyga, dont le nom avait été associé à la soirée, avait lui-même assuré qu’il n’avait jamais personnellement demandé que McCartney soit refusé.

Chez Kimmel, Paul ne cherche pas à corriger la mythologie.

Il se souvient simplement qu’ils ont trouvé une autre soirée.

Ce qui paraît, après tout, la réaction la plus raisonnable lorsque l’on est Paul McCartney.

Taylor Swift lui demande de chanter « I Want to Hold Your Hand » à son mariage

Puis arrive l’information qui risque de faire le tour des médias bien au-delà du cercle Beatles.

Jimmy Kimmel demande directement à Paul McCartney s’il a chanté au mariage de Taylor Swift.

Oui.

Taylor Swift et Travis Kelce se sont mariés le 3 juillet 2026 à New York. McCartney faisait partie des invités et Swift lui avait demandé personnellement de chanter.

Le morceau choisi ?

« I Want to Hold Your Hand ».

Le symbole est difficile à manquer. En 1963, cette chanson avait joué un rôle décisif dans l’ouverture du marché américain aux Beatles. Plus de six décennies plus tard, McCartney la reprend lors du mariage de l’une des rares artistes contemporaines dont la célébrité mondiale peut, toutes proportions historiques gardées, donner une idée de la pression médiatique autrefois vécue par les Beatles.

Kimmel lui demande s’il savait avant le mariage qu’il allait chanter.

« Oui. Elle me l’avait demandé. »

Puis Paul raconte avoir immédiatement proposé une petite modification au programme. Puisque Taylor Swift était elle-même sur scène, pourquoi ne pas chanter avec lui ?

« Je lui ai dit : “Tu devrais chanter avec moi et tu devrais la chanter à ton homme.” »

Le conseil est parfaitement logique.

Si Paul McCartney vient interpréter « I Want to Hold Your Hand » à votre mariage, il semble effectivement difficile de trouver meilleure occasion de chanter le refrain à la personne que vous venez d’épouser.

Les informations publiées autour du mariage indiquent également que Stevie Nicks s’est produite au cours de la soirée. La participation de McCartney, elle, prend une dimension supplémentaire lorsqu’on se rappelle que Taylor Swift était venue assister quelques mois auparavant à son concert intimiste du Fonda Theatre.

Les générations se croisent désormais dans les deux sens.

De la Beatlemania à Taylor Swift, une conversation entre deux époques

Il serait facile de transformer cette séquence en comparaison artificielle entre les Beatles et Taylor Swift. L’intérêt est ailleurs. McCartney appartient à l’une des premières générations de musiciens à avoir expérimenté une célébrité populaire devenue véritablement mondiale à l’ère de la télévision. Swift appartient à une époque où la même amplification passe également par les réseaux sociaux, le streaming et une couverture médiatique quasi instantanée.

Leur proximité publique n’est pas nouvelle. McCartney a assisté à un concert de l’Eras Tour à Wembley en 2024 et avait été accueilli par les spectateurs avec les bracelets d’amitié caractéristiques de la tournée. Swift était ensuite venue le voir au Fonda Theatre en mars 2026.

Que « I Want to Hold Your Hand » se retrouve au milieu de cette histoire possède néanmoins une jolie logique. La chanson fut l’un des véhicules de la conquête américaine des Beatles. Elle est aujourd’hui suffisamment détachée de son contexte initial pour fonctionner comme une chanson d’amour immédiatement compréhensible lors d’un mariage.

Ce qui était en 1963 l’un des sons de l’avenir appartient désormais au patrimoine émotionnel collectif.

Et son auteur est encore là pour la chanter.

Le Paul McCartney de 2026 ne cherche plus à fuir son histoire

La grande cohérence de cette apparition chez Jimmy Kimmel se trouve peut-être précisément dans le contraste entre les différentes périodes évoquées. Paul raconte qu’au moment de Wings, il voulait absolument éviter de refaire les Beatles. Il avait conscience de vivre dans leur ombre et s’était presque imposé une série d’interdictions créatives pour se forcer à avancer.

Cinquante-cinq ans plus tard, cette inquiétude a disparu.

Il peut parler des Beatles, de Wings et de sa carrière actuelle au cours de la même conversation sans qu’une époque annule l’autre. Il peut rire de « Monkberry Moon Delight », raconter la création de « Home to Us », évoquer Linda en Écosse et accepter de chanter « I Want to Hold Your Hand » lors du mariage de Taylor Swift.

Même The Boys of Dungeon Lane participe de ce mouvement. L’album retourne délibérément vers Liverpool et les années qui précèdent la célébrité. Le passé que McCartney devait autrefois tenir à distance pour prouver qu’il existait sans les Beatles est devenu une matière qu’il peut désormais explorer librement.

Il ne s’agit plus de choisir entre être un ancien Beatle et un artiste contemporain.

À 84 ans, Paul McCartney est manifestement devenu suffisamment à l’aise avec toutes ses vies pour les laisser cohabiter.

« Home to Us », symbole parfait de cette nouvelle relation au passé

C’est peut-être pour cette raison que le morceau avec Ringo apparaît presque comme le centre secret de l’entretien. « Home to Us » est une création de 2026, produite avec Andrew Watt, mais sa matière vient d’un Liverpool disparu. Paul et Ringo y chantent leurs origines tout en travaillant avec un producteur né bien après la séparation des Beatles.

La chanson ne cherche pas à reconstituer 1964.

Elle utilise simplement soixante années de souvenirs sans avoir honte de leur poids.

La nouvelle édition de The Boys of Dungeon Lane poussera même le jeu un peu plus loin avec le « Flip Mix », dans lequel les parties de Paul et Ringo sont interverties. Ce qui pourrait n’être qu’une curiosité de collectionneur devient presque une illustration de leur relation : deux voix différentes racontant une expérience largement commune, puis échangeant leurs places.

À l’époque de Wings, McCartney craignait de refaire du Beatles.

En 2026, il peut enregistrer avec Ringo sans essayer de refaire les Beatles.

La nuance est considérable.

Quinze minutes qui racontent beaucoup plus qu’une opération promotionnelle

À la fin de l’entretien, Jimmy Kimmel rappelle la sortie prochaine de The Boys of Dungeon Lane – Special Edition. Paul McCartney n’a pourtant presque rien fait de ce que l’on attend traditionnellement d’un artiste venu promouvoir un disque. Il n’a pas détaillé chaque nouveau morceau, n’a pas présenté un argumentaire de vente et n’a pas essayé de convaincre le public qu’il venait de produire le meilleur album de sa carrière.

Il a raconté des histoires.

Un grand-père qu’il n’a jamais connu. Ses huit petits-enfants dansant au premier rang. Larry David refusant obstinément de chanter « Hey Jude ». Une conversation improbable dans une salle de bains. Une petite maison écossaise qui lui paraît aujourd’hui beaucoup plus délabrée qu’il ne s’en souvenait. Le besoin de fabriquer une table et d’acheter son propre sapin de Noël. L’ombre écrasante des Beatles sur Wings. Les paroles folles de « Monkberry Moon Delight ». Ringo mécontent parce qu’Andrew Watt n’avait pas transformé sa batterie en chanson. Un videur qui refusa l’accès d’une soirée à l’un des hommes les plus célèbres de la planète. Et Taylor Swift lui demandant « I Want to Hold Your Hand » pour son mariage.

L’ensemble pourrait sembler décousu.

Il ne l’est pas vraiment.

Toutes ces histoires parlent finalement de la même chose : la manière dont Paul McCartney vit avec une carrière devenue tellement gigantesque qu’elle appartient presque autant aux autres qu’à lui.

Le documentaire Man on the Run lui permet de redécouvrir sa propre maison. Jimmy Kimmel lui rappelle la fascination de ses petits-enfants pour ses concerts. Larry David refuse de se soumettre au rituel de « Hey Jude ». Ringo reste l’ami qu’il faut rappeler au téléphone lorsqu’un enregistrement ne s’est pas passé comme prévu. Taylor Swift transforme une chanson enregistrée avant même sa naissance en morceau de mariage.

Et McCartney regarde tout cela avec un mélange de surprise et d’amusement.

À 84 ans, toujours ce même plaisir de raconter

Il existe chez le McCartney contemporain une chose assez frappante : l’histoire semble moins lui peser qu’autrefois. Pendant longtemps, ses entretiens sur les Beatles avaient parfois quelque chose de défensif. Il fallait corriger la version de Lennon, rappeler son rôle dans les expérimentations, rétablir l’origine d’une chanson, expliquer la séparation ou répondre une nouvelle fois à des questions entendues des centaines de fois.

Chez Jimmy Kimmel, rien de tout cela.

Même lorsque les Beatles entrent dans la conversation, ils arrivent par une porte latérale. Une salle de bains conduit à « She Came In Through the Bathroom Window ». Wings conduit à l’ombre du groupe. Ringo apparaît à travers une session ratée devenue chanson. « I Want to Hold Your Hand » revient parce qu’une jeune mariée l’a demandée.

Cela produit quelque chose de beaucoup plus vivant qu’une nouvelle récitation de la légende.

Paul McCartney ne raconte plus seulement ce qui s’est passé.

Il raconte ce que cela lui fait, aujourd’hui, de regarder tout ce qui s’est passé.

Et lorsqu’il parle de cette période de sa vie où il s’interdisait d’écrire comme un Beatle, puis se souvient de ces « chansons complètement folles » qu’il aimerait encore réussir à composer, on retrouve pendant quelques secondes l’homme qui a toujours refusé de considérer son catalogue comme un musée fermé.

Il reste des chansons à écrire.

Des pistes de batterie de Ringo à transformer.

Des amis à appeler.

Des mariages auxquels chanter.

Et probablement quelques salles de bains dans lesquelles discuter.

À Brooklyn, vendredi soir, Paul McCartney n’avait décidément pas l’air d’un homme venu expliquer son passé.

Il avait plutôt l’air de quelqu’un qui continue à s’amuser avec.

 

JE M'ABONNE A LA NEWSLETTER

Envie de ne rien manquer des Beatles et de Yellow-Sub ? Abonnez-vous à la newsletter et recevez nos actus, offres et information concours
JE M'ABONNE
Garantie sans SPAM ! Conformité RGPD.
close-link