Widgets Amazon.fr
Actualité Beatles

Abe Laboriel Jr. avec Pearl Jam : le soir où l’après-McCartney a cessé d’être une simple rumeur

Par Yellow-Sub
Abe Laboriel Jr. avec Pearl Jam : le soir où l’après-McCartney a cessé d’être une simple rumeur

Il y avait un point d’interrogation dessiné sur la grosse caisse. Un gros, impossible à manquer, placé exactement là où les photographes allaient braquer leurs objectifs. Dans le rock, on a connu des mises en scène plus subtiles. Mais rarement symbole aura été aussi bien choisi. Car lorsque le rideau est tombé, vendredi 25 septembre au Ohana Festival de Dana Point, révélant derrière Eddie Vedder les silhouettes familières de Mike McCready, Stone Gossard et Jeff Ament, ce n’est pas seulement Pearl Jam qui est réapparu sur scène après plus d’un an d’absence. Assis derrière la batterie, massif, sourire aux lèvres et baguettes en main, Abe Laboriel Jr. venait de faire surgir une question que les admirateurs de Paul McCartney repoussaient depuis plusieurs mois.

Que faisait donc le batteur de McCartney derrière Pearl Jam ?

La réponse la plus simple serait de dire qu’il dépannait des copains. C’est d’ailleurs, en substance, la prudence choisie par Eddie Vedder pour le présenter. Laboriel venait donner un coup de main. Rien de plus officiellement. Dans la grande tradition du rock, où les musiciens passent d’un groupe à l’autre et où les amitiés se transforment parfois en collaborations improvisées, l’affaire pourrait s’arrêter là.

Sauf que tout, absolument tout, invite à regarder plus loin.

Pearl Jam ne cherchait pas un batteur pour un rappel de trois chansons. Le groupe cherchait un homme capable d’occuper le siège laissé vacant par Matt Cameron, parti en 2025 après vingt-sept années derrière les fûts. Abe Laboriel Jr. n’est pas arrivé pour une jam informelle dans un club de Los Angeles, mais pour le premier véritable concert de Pearl Jam depuis ce départ. Il n’a pas joué deux morceaux au milieu d’un set. Il a tenu le groupe pendant toute une séquence électrique, de « Corduroy » à « Baba O’Riley », traversant au passage « Hail, Hail », « Dark Matter », « Do The Evolution », « Better Man », « Even Flow » ou « Porch ».

Et surtout, cette apparition intervient quelques mois seulement après un événement que l’on pouvait encore considérer, à l’époque, comme une anomalie : l’absence d’Abe derrière McCartney au Saturday Night Live du mois de mai 2026, remplacé ce soir-là par Chad Smith.

Une première fissure.

Ohana ressemble désormais beaucoup plus à une deuxième.

Et deux fissures successives commencent à dessiner une ligne de fracture.

Sommaire

Le rideau tombe, et une époque vacille

Tout avait été conçu comme une surprise.

L’affiche du vendredi annonçait « Eddie Vedder and Friends », formulation suffisamment vague pour autoriser tous les fantasmes. Vedder commence pourtant seul ou presque, dans une atmosphère intimiste, multiplie les chansons acoustiques, rend hommage à ses proches, fait venir Billy Idol pour reprendre « I’m One » des Who. Rien qui ne permette encore d’imaginer ce qui se prépare derrière lui.

Puis vient « Corduroy ».

Vedder gratte les premiers accords, interrompt le morceau, laisse entendre qu’il aurait besoin de quelques amis supplémentaires. Le théâtre est grossier, mais délicieux. Le rideau tombe.

Derrière lui : Pearl Jam.

Et derrière Pearl Jam : Abe Laboriel Jr.

Il faut mesurer ce que représente l’image. Pendant près d’un quart de siècle, la silhouette d’Abe est devenue indissociable de celle de McCartney sur scène. Le voir installé derrière Jeff Ament, Stone Gossard et Mike McCready produit donc un petit vertige. Pas parce qu’un musicien de session travaille avec plusieurs artistes — Laboriel l’a fait toute sa vie — mais parce qu’il occupe cette fois une place qui ressemble étrangement à un poste vacant.

Pearl Jam n’a plus de batteur titulaire.

Laboriel pourrait ne plus être celui de McCartney.

Le rapprochement est trop évident pour ne pas provoquer immédiatement les spéculations.

La grosse caisse au point d’interrogation paraît alors presque ironique. On peut la lire comme une plaisanterie destinée aux fans de Pearl Jam : « Alors, est-ce moi le nouveau ? » Mais vue depuis l’autre côté de l’Atlantique, depuis la communauté McCartney, elle semble poser une deuxième question : « Et maintenant, qui va jouer avec Paul ? »

C’est là que cette soirée californienne dépasse largement l’anecdote.

Elle pourrait bien marquer la fin d’une des associations les plus durables de toute la carrière de Paul McCartney.

Pearl Jam ne cherchait pas seulement quelqu’un capable de tenir un tempo

Remplacer Matt Cameron est une mission ingrate.

Il existe dans l’histoire du rock quelques postes qui sont devenus tellement liés à celui qui les occupe que la succession relève presque de la chirurgie. Cameron avait rejoint Pearl Jam en 1998, après une première décennie où la batterie ressemblait à une chaise éjectable : Dave Krusen, Matt Chamberlain, Dave Abbruzzese, Jack Irons. En arrivant derrière le groupe de Seattle, Cameron avait apporté ce qui lui avait longtemps manqué : de la stabilité.

Et quelle stabilité.

Pendant vingt-sept ans, son jeu avait accompagné les mutations du groupe, absorbé ses changements de tempo, ses improvisations, ses longues montées de tension, sa façon parfois volontairement flottante d’aborder les morceaux en concert. Cameron n’était pas simplement un type chargé de reproduire des parties de batterie. Il constituait une architecture.

Son départ en juillet 2025 obligeait donc Pearl Jam à trouver plus qu’un exécutant.

Il fallait quelqu’un possédant de la puissance mais capable de respirer. Un batteur suffisamment technique pour absorber un catalogue énorme sans donner l’impression de réciter une partition. Un musicien familier avec les très grandes scènes, capable de soutenir un chanteur dont la manière de phraser et de retarder certaines attaques peut modifier l’équilibre d’un morceau. Un type disposant également d’une présence visuelle suffisante pour ne pas disparaître derrière une formation aussi charismatique.

Autrement dit : Abe Laboriel Jr.

Cela paraît presque évident une fois qu’on le voit installé là.

Abe possède cette qualité rare des grands batteurs de scène : il joue très fort sans transformer nécessairement la musique en démonstration de force. Sa frappe est spectaculaire, son corps entier accompagne le mouvement, les bras montent haut, la caisse claire claque, les cymbales semblent parfois prendre physiquement cher. Pourtant, derrière cette apparence de bûcheron extatique se cache un musicien d’une immense précision.

Il sait surtout écouter.

C’est probablement la qualité qui lui a permis de durer aussi longtemps avec McCartney.

Et c’est exactement celle dont Pearl Jam a besoin.

« Corduroy » : un baptême idéal

Il y avait quelque chose de presque trop parfait dans le choix de « Corduroy » comme premier morceau.

Sorti sur Vitalogy en 1994, le titre résume une bonne partie de ce que Laboriel doit comprendre pour fonctionner avec Pearl Jam. Il ne suffit pas de frapper droit. La chanson avance par poussées, ménage des espaces, joue sur l’accumulation. La guitare ne fonctionne pas comme un mur compact : elle ouvre des interstices que la batterie doit tantôt remplir, tantôt laisser respirer.

Abe n’a pas cherché à jouer Matt Cameron.

C’était probablement la meilleure décision possible.

Le piège, lorsqu’un musicien remplace une figure installée depuis des décennies, consiste à se déguiser en prédécesseur. Copier les placements, reproduire les gestes, poursuivre artificiellement une continuité. Laboriel possède trop de personnalité pour cela. Son jeu a toujours été plus démonstratif, plus généreux physiquement, avec quelque chose de presque gospel dans la manière d’habiter la pulsation.

Chez McCartney, cette exubérance avait progressivement été intégrée à une musique dont le matériau original avait souvent été enregistré avec des batteurs beaucoup moins expansifs.

Chez Pearl Jam, le problème s’inverse.

Le groupe possède déjà une énorme densité. Il faut réussir à ajouter de la force sans l’écraser.

Les morceaux d’Ohana ont montré pourquoi l’idée n’avait rien d’absurde. « Hail, Hail » possède la nervosité nécessaire à son style. « Do The Evolution » appelle la brutalité contrôlée. « Porch » lui permet d’élargir le jeu. Et « Even Flow », évidemment, constitue presque un terrain de démonstration idéal pour un batteur comme Laboriel.

Le moment où il est davantage mis en avant pendant la partie instrumentale n’a d’ailleurs rien d’anodin. C’est le genre de séquence que l’on accorde à quelqu’un que l’on souhaite présenter au public.

Pas nécessairement annoncer.

Mais présenter.

Nuance importante.

Eddie Vedder et Abe Laboriel : l’histoire n’a pas commencé vendredi

Abe ne débarquait pas dans la galaxie Pearl Jam comme un mercenaire recruté quarante-huit heures auparavant.

Sa relation avec Eddie Vedder existe depuis plusieurs années. Laboriel avait notamment participé à l’univers de Earthling, l’album solo publié par Vedder en 2022, et on l’avait déjà vu à Ohana en 2023 lorsqu’il était venu remplacer Chad Smith au sein des Earthlings.

Voilà qui ajoute un délicieux jeu de chaises musicales à l’histoire.

En 2023, Abe remplace Chad Smith chez Eddie Vedder.

En mai 2026, Chad Smith remplace Abe chez Paul McCartney.

En septembre 2026, Abe revient chez Vedder, mais cette fois derrière Pearl Jam.

Il faudrait presque un tableau Excel pour suivre les échanges de baguettes.

Mais au-delà de l’anecdote, ces permutations racontent quelque chose de très simple : Laboriel et Vedder se connaissent suffisamment pour que l’arrivée du batteur derrière Pearl Jam ne relève pas d’un pari aveugle.

Dans un groupe de cette taille, le facteur humain compte énormément. Pearl Jam fonctionne depuis trente-six ans autour d’un noyau dont les rapports ressemblent davantage à ceux d’une famille qu’à ceux d’une entreprise recrutant des instrumentistes. Matt Cameron avait précisément réussi parce qu’il n’était pas seulement un excellent batteur : il appartenait déjà à la communauté musicale de Seattle, avait joué avec Soundgarden, connaissait les codes, les individus et la culture autour du groupe.

Laboriel vient d’un autre monde, mais son lien avec Vedder forme un pont.

Et sa carrière entière prouve qu’il sait s’adapter à des personnalités extrêmement différentes.

Avant McCartney, Abe était déjà l’un des hommes que tout le monde voulait appeler

Réduire Abe Laboriel Jr. à « l’ancien batteur de Paul McCartney » serait d’ailleurs particulièrement injuste.

Il est le fils du bassiste Abraham Laboriel Sr., immense musicien de studio dont le CV ressemble à un annuaire de la musique populaire américaine. Abe a grandi au milieu des studios, des instruments et de ces musiciens capables d’arriver le matin sans connaître une chanson et d’enregistrer le soir une prise qui restera sur un disque pendant cinquante ans.

Son apprentissage ressemble à une transmission orale du métier.

Jeff Porcaro, Alex Acuña, Chester Thompson et quelques autres géants de la batterie ont traversé son univers avant même qu’il ne soit adulte. Il étudie ensuite sérieusement, notamment à Berklee, avant de se lancer dans cette étrange existence des musiciens américains de très haut niveau : tournées, studios, remplacements, sessions où l’on passe parfois d’une esthétique à son opposé en vingt-quatre heures.

Steve Vai.

Seal.

k.d. lang.

Sting.

Eric Clapton.

Steve Winwood.

B.B. King.

Mylène Farmer également, ce qui n’est pas le détail le moins savoureux vu de France.

Laboriel appartient à cette catégorie presque disparue de musiciens dont le style est identifiable mais qui savent néanmoins se mettre au service d’un autre. C’est exactement ce paradoxe qui avait intéressé McCartney au début des années 2000.

Il voulait du neuf.

Il allait trouver un groupe.

2001 : Paul McCartney décide de repartir de zéro

Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut revenir vingt-cinq ans en arrière.

Le McCartney du début des années 2000 est à un moment particulier de son existence. Linda est morte en 1998. Wings appartient depuis longtemps au passé. La formation qui l’avait accompagné lors des gigantesques tournées de 1989-1990 et 1993 n’est plus réellement son groupe de travail. Et lorsqu’il entreprend l’enregistrement de Driving Rain, il choisit de repartir avec de nouvelles têtes.

Le producteur David Kahne joue alors un rôle décisif.

C’est lui qui fait venir Abe Laboriel Jr.

Le batteur racontera plus tard qu’il n’avait pratiquement pas dormi avant de rencontrer McCartney. Difficile de lui en vouloir. Pour un enfant ayant grandi avec les disques des Beatles, entrer dans une pièce pour jouer avec Paul relève du fantasme devenu accident professionnel.

La glace fond très vite.

Les musiciens commencent à jouer.

Et quelque chose se passe.

Laboriel participe à Driving Rain. Puis arrive le Concert for New York City, organisé après les attentats du 11 septembre. C’est sa première apparition scénique avec McCartney.

Elle aurait pu rester une parenthèse.

Elle devient une carrière.

Lorsque Paul repart véritablement sur les routes en 2002, une nouvelle formation se constitue autour de lui : Rusty Anderson à la guitare, Brian Ray à la guitare et à la basse, Paul « Wix » Wickens aux claviers, déjà présent lors des tournées précédentes, et Abe derrière la batterie.

Ce groupe va durer.

Et durer.

Et durer encore.

Au point qu’un phénomène assez extraordinaire finit par se produire : sans que personne ne l’ait réellement décidé, McCartney se retrouve accompagné par la formation la plus stable de toute son existence.

Le groupe qui a duré plus longtemps que les Beatles et Wings

Les Beatles ont vécu professionnellement une décennie.

Wings, moins longtemps encore.

Le groupe de scène formé autour de McCartney au début des années 2000 a traversé plus de deux décennies sans changement majeur dans son noyau.

C’est vertigineux.

Rusty Anderson, Brian Ray, Wix Wickens et Abe Laboriel Jr. ont progressivement cessé d’être « les nouveaux musiciens de Paul ». Une génération entière de spectateurs n’a même jamais connu McCartney avec quelqu’un d’autre derrière lui.

On peut revoir les DVD de 2002 et éprouver aujourd’hui une sensation étrange : les visages sont plus jeunes, les vêtements ont changé, McCartney possède encore une autre voix, mais la disposition générale est déjà là.

Paul au centre.

Abe derrière.

Rusty d’un côté.

Brian de l’autre.

Wix dans son laboratoire.

Le décor évoluera, les écrans deviendront gigantesques, les vidéos historiques prendront une importance croissante, « Live And Let Die » continuera inlassablement à faire exploser des tonnes de pyrotechnie, les Beatles finiront même par ressurgir virtuellement grâce à « Now And Then », mais le moteur restera extraordinairement stable.

Cette continuité a joué un rôle fondamental dans la dernière grande période scénique de McCartney.

Elle lui a permis de ne plus avoir à penser au groupe.

Et pour un artiste comme lui, c’est probablement le luxe suprême.

Abe n’était pas seulement celui qui tapait fort derrière Paul

On remarque Laboriel pour sa puissance.

On le regretterait peut-être davantage encore pour tout ce qui ne saute pas immédiatement aux oreilles.

Car Abe Laboriel Jr. est également chanteur.

Et dans le groupe de McCartney, cela compte énormément.

Les Beatles ont laissé derrière eux un catalogue construit sur les harmonies vocales. Wings également. Reproduire correctement cette musique en concert suppose donc bien davantage que quatre instrumentistes compétents. Il faut des gens capables de chanter, de comprendre instinctivement où placer une tierce, quand doubler Paul, comment renforcer un refrain sans rendre l’ensemble artificiellement choral.

Abe possède cette voix.

Une voix puissante, haute lorsque nécessaire, capable de soutenir McCartney tout en jouant des parties physiquement exigeantes.

Au fil des années, sa fonction est devenue presque invisible parce qu’elle était accomplie avec une régularité totale. C’est le paradoxe des musiciens indispensables : on finit par ne plus entendre ce qu’ils apportent tant leur présence paraît normale.

Il suffit qu’ils disparaissent pour que tout se révèle.

Remplacer Abe ne signifiera donc pas trouver « un bon batteur ».

Il faudra trouver un batteur capable de jouer les Beatles sans caricaturer Ringo, de jouer Wings sans alourdir les morceaux, de suivre les variations de McCartney, de soutenir des concerts approchant parfois trois heures, d’assumer les changements de tempo induits par un chanteur qui ne performe évidemment plus comme à trente ans et, idéalement, de fournir également des chœurs solides.

Le cahier des charges est monstrueux.

C’est aussi pour cela que l’apparition de Chad Smith au Saturday Night Live avait immédiatement fait lever quelques sourcils.

Mai 2026 : la première vraie anomalie

Jusqu’au printemps dernier, Abe semblait encore solidement installé.

Fin mars, McCartney donne deux concerts intimistes au Fonda Theatre de Los Angeles. Laboriel est là. Ringo Starr, présent dans la salle, parle même ensuite avec affection de son jeu. Tout semble normal.

Quelques jours plus tard encore, McCartney poursuit ses activités scéniques en Californie.

Puis arrive le mois de mai.

Paul est invité au final de la 51e saison du Saturday Night Live. Événement important : il vient présenter de la nouvelle musique et l’émission constitue une vitrine médiatique considérable.

Le groupe apparaît.

Abe n’est pas là.

Derrière la batterie : Chad Smith, des Red Hot Chili Peppers.

À ce moment précis, l’absence intrigue déjà parce qu’elle est extraordinairement inhabituelle. Laboriel a traversé des décennies de concerts avec McCartney. Le voir manquer une prestation aussi visible provoque mécaniquement une question.

Aucune explication publique claire n’arrive.

Pas d’annonce de maladie.

Pas de communiqué évoquant un engagement incompatible.

Pas de déclaration disant qu’il quitte le groupe.

Simplement une chaise occupée par quelqu’un d’autre.

Il était alors parfaitement raisonnable de ne pas en tirer de conclusion.

Un musicien peut manquer un concert.

Même après vingt-cinq ans.

Mais quatre mois plus tard, lorsque ce même musicien apparaît derrière Pearl Jam au moment où Pearl Jam cherche un batteur, l’absence du SNL change rétrospectivement de couleur.

Ce qui ressemblait à une exception peut désormais être lu comme un signe avant-coureur.

Chad Smith : remplaçant d’un soir ou première répétition générale ?

Il serait évidemment imprudent de transformer Chad Smith en futur batteur officiel de McCartney sur la seule foi de cette soirée.

Mais son apparition au SNL montre au moins une chose : Paul peut jouer sans Abe.

Cela semble une évidence. Techniquement, bien sûr qu’il peut. Pourtant, après vingt-cinq années de stabilité, voir réellement cette configuration exister possède une valeur symbolique.

Et Chad Smith n’est pas un choix absurde.

Sa frappe est puissante, il possède une expérience immense, connaît personnellement McCartney et appartient à ce même cercle de musiciens américains capables de débarquer sur une scène monumentale sans perdre leurs moyens.

Il existe en revanche un problème évident : les Red Hot Chili Peppers.

Être le batteur permanent de McCartney n’est pas un petit side-project que l’on case entre deux balances.

La question ne consiste donc pas nécessairement à savoir si Chad Smith prendra la place d’Abe. Elle est plus large : McCartney a déjà commencé à expérimenter une vie scénique sans son batteur historique.

Le SNL en a fourni l’image.

Ohana lui donne désormais un contexte.

Peut-on vraiment parler de rupture ?

Voilà le point délicat.

Au sens strict : non, pas encore.

Ni Paul McCartney ni Abe Laboriel Jr. n’ont publiquement annoncé la fin de leur collaboration. Pearl Jam, de son côté, n’a pas encore transformé de manière parfaitement explicite cette apparition en communiqué disant : « Voici notre nouveau batteur permanent. »

Il faut donc résister à cette vieille maladie du journalisme musical moderne qui consiste à transformer un indice en certitude parce qu’un titre affirmatif fonctionne mieux sur les réseaux sociaux.

Les faits sont suffisamment intéressants pour ne pas avoir besoin d’être maquillés.

Abe était encore avec McCartney au printemps.

Il manque le SNL en mai.

Il apparaît avec Pearl Jam en septembre.

Pearl Jam possède un poste vacant.

McCartney n’a pour l’instant annoncé aucune prochaine tournée.

Voilà ce que nous savons.

Mais le mot rupture peut malgré tout être utilisé dans un autre sens : celui d’une rupture de continuité.

Pour la première fois depuis le début des années 2000, il devient raisonnable d’imaginer le prochain grand cycle scénique de McCartney sans Abe Laboriel Jr.

Et rien que cela constitue un événement.

Le plus révélateur n’est peut-être pas qu’Abe joue avec Pearl Jam, mais la place qu’on lui donne

Laboriel a toujours travaillé avec d’autres artistes.

Ce serait donc une erreur de considérer chaque collaboration extérieure comme une trahison de McCartney. Pendant toutes ces années, il a continué à enregistrer, à tourner ponctuellement, à rejoindre des projets parallèles.

La différence tient ici à la nature de l’engagement possible.

Pearl Jam n’est pas une tournée de quelques semaines derrière un chanteur solo.

C’est un groupe.

Un groupe qui vient de perdre son batteur après vingt-sept ans.

Un groupe dont les concerts constituent le centre de son activité.

Un groupe qui, lorsqu’il choisit un musicien, lui demande nécessairement une disponibilité importante.

Si Abe devient effectivement le batteur de Pearl Jam, même avec un statut que l’on pourrait qualifier de collaborateur permanent plutôt que de membre juridique, la question des agendas deviendra inévitable.

McCartney et Pearl Jam appartiennent tous deux à cette catégorie d’artistes dont les tournées se préparent longtemps à l’avance. Les répétitions, déplacements internationaux, résidences techniques et périodes de production mobilisent des mois.

Faire les deux reste théoriquement possible.

Le faire durablement devient beaucoup plus compliqué.

Voilà pourquoi Ohana peut marquer davantage qu’une escapade.

Musicalement, Pearl Jam est peut-être exactement ce dont Abe avait besoin

Il faut aussi considérer l’affaire du point de vue du principal intéressé.

Abe Laboriel Jr. a cinquante-cinq ans.

Il a consacré quasiment la moitié de sa vie professionnelle à Paul McCartney.

C’est une situation exceptionnelle, prestigieuse, probablement très confortable artistiquement. Mais que reste-t-il à découvrir après vingt-cinq années à jouer « Hey Jude », « Let It Be », « Band On The Run », « Maybe I’m Amazed » ou « Live And Let Die » avec la même équipe ?

La question n’est pas ingrate.

Elle est humaine.

Un musicien reste un musicien.

Et le propre d’un musicien est d’avoir envie de jouer.

Pearl Jam offre à Laboriel quelque chose que McCartney ne peut plus réellement lui offrir : un groupe susceptible d’ouvrir un nouveau chapitre collectif.

Avec Paul, le rôle d’Abe consistait nécessairement à servir une œuvre déjà monumentale. Même lorsqu’un nouvel album arrivait, la structure des concerts demeurait dominée par les Beatles et Wings. Aucun batteur ne rejoint McCartney pour réinventer « Let It Be ».

Pearl Jam fonctionne différemment.

Le groupe possède également un passé énorme, mais continue davantage à se définir par son interaction collective. Un changement de batteur peut modifier son son futur, influencer de nouvelles compositions, déplacer les équilibres.

Pour Laboriel, la perspective est excitante.

Il ne s’agirait plus seulement de préserver.

Il pourrait contribuer à construire.

Un batteur de 55 ans pour un groupe qui doit lui aussi apprendre à vieillir

Le rapprochement fonctionne également pour Pearl Jam.

Le groupe est arrivé à l’âge où toutes les grandes formations de rock découvrent le même problème : comment continuer sans devenir son propre musée ?

Les Rolling Stones ont traversé la mort de Charlie Watts.

The Who existe depuis longtemps sans Keith Moon ni John Entwistle.

AC/DC a survécu aux départs et aux décès.

Les groupes de rock vieillissants deviennent peu à peu des paradoxes vivants : ils doivent préserver une identité forgée par des individus tout en acceptant que ces individus ne puissent pas toujours rester.

Pearl Jam connaît maintenant cette épreuve.

Matt Cameron n’était pas un membre fondateur, mais vingt-sept ans suffisent largement à inscrire un homme dans l’ADN d’un groupe.

Abe possède précisément l’expérience de cette problématique.

Depuis vingt-cinq ans, il joue chaque soir des chansons associées dans l’imaginaire collectif à Ringo Starr.

Et il a réussi un exploit : ne jamais prétendre être Ringo.

C’est probablement sa meilleure qualification pour succéder à Cameron.

Ne pas chercher à être Matt.

Comprendre l’esprit.

Puis jouer comme Abe.

Ce que McCartney perdrait réellement

La question est presque plus intéressante du côté de Paul.

Car McCartney ne perdrait pas seulement un batteur.

Il perdrait une mémoire.

Vingt-cinq années de concerts produisent des automatismes que l’on ne peut pas répéter en répétition.

Abe sait quand Paul va allonger une mesure.

Il connaît ses gestes.

Il sait probablement, en observant une épaule ou un mouvement de tête, qu’un morceau va partir légèrement plus vite.

Il connaît les blagues, les rituels, les moments où McCartney parle au public et ceux où il faut se tenir prêt à lancer le morceau suivant.

Cette connaissance n’a rien de spectaculaire.

Elle est pourtant capitale.

On comprend souvent mal ce qu’est un grand groupe de scène. On imagine que la qualité résulte exclusivement du niveau technique individuel. C’est faux. À ce niveau, tout le monde sait jouer.

La différence vient de la confiance.

Personne ne réfléchit.

Les musiciens réagissent.

McCartney peut changer quelque chose parce qu’il sait qu’Abe suivra. Abe peut accentuer un passage parce qu’il sait comment Paul répondra. Ce langage silencieux met des années à se construire.

Il faudra le reconstruire avec quelqu’un d’autre.

La grande force du groupe de McCartney était précisément de ne jamais faire parler de lui

Depuis 2002, la formation de Paul a accompli une prouesse étrange : devenir célèbre tout en restant secondaire.

Les fans connaissent évidemment Rusty, Brian, Wix et Abe. Ils les aiment. Certains suivent leurs projets personnels. Pourtant, jamais l’un d’eux n’est venu perturber la narration centrale.

C’est toujours « Paul McCartney ».

Jamais « Paul McCartney and his band ».

Cette discrétion constitue une compétence.

Accompagner un Beatle nécessite un ego correctement réglé.

Il faut être assez fort pour exister sur scène et suffisamment intelligent pour comprendre que vingt mille personnes ne sont pas venues pour vous.

Abe excellait dans cet équilibre. Il pouvait grimacer, chanter, lever les baguettes, massacrer joyeusement ses cymbales et devenir l’un des personnages les plus visibles du spectacle, sans jamais détourner son centre de gravité.

Son remplacement devra respecter cette étrange équation.

Et maintenant, qui derrière McCartney ?

La réponse, aujourd’hui, est simple : personne n’a été annoncé.

Et c’est sans doute la seule réponse honnête.

Le précédent Chad Smith existe.

Il prouve qu’une solution de remplacement de très haut niveau peut être trouvée rapidement.

Mais il serait prématuré d’y voir une nomination.

McCartney possède surtout autour de lui une organisation suffisamment professionnelle pour que la question ne menace pas réellement son avenir scénique. À ce niveau, trouver un excellent batteur n’est pas difficile.

Trouver le bon est plus compliqué.

Il devra comprendre les Beatles sans singer Ringo.

Supporter la densité de « Helter Skelter ».

Ne pas massacrer le swing de « Lady Madonna ».

Faire respirer « Let Me Roll It ».

Soutenir « Nineteen Hundred And Eighty-Five ».

Posséder suffisamment de retenue pour « Blackbird » lorsque le groupe revient ensuite.

Et être capable, deux heures plus tard, de terminer sur le medley d’Abbey Road avec la concentration d’un musicien qui vient de commencer le concert.

Le poste est prestigieux.

Il est aussi épuisant.

La question vocale sera presque aussi importante que la batterie

À 84 ans, McCartney adapte nécessairement son chant.

Il serait absurde de prétendre le contraire.

Et c’est précisément pour cela que la qualité des chœurs autour de lui devient de plus en plus importante. Ils ne servent pas à masquer quoi que ce soit. Ils permettent de préserver l’architecture originelle des morceaux.

Abe était essentiel dans ce dispositif.

Sa puissance vocale densifiait certains refrains et permettait au groupe de conserver cette sensation collective qui différencie un véritable concert rock d’un chanteur accompagné par des musiciens anonymes.

Son successeur devra probablement savoir chanter.

Ce critère réduit déjà considérablement la liste.

Le public regardera naturellement les roulements, les breaks, « Live And Let Die ». Mais les véritables connaisseurs écouteront peut-être d’abord les harmonies.

C’est là que l’absence risque de se faire sentir.

McCartney ne donne pourtant aucun signe de retraite

Il existe une tentation naturelle, chaque fois qu’un élément historique de l’entourage de Paul change, d’y voir le signe de la fin.

Elle est renforcée par l’âge.

McCartney a 84 ans.

Chaque tournée paraît donc, aux yeux d’une partie du public, potentiellement être la dernière.

Le problème est que cette spéculation dure depuis des années.

Et Paul continue.

Il enregistre.

Il publie.

Il monte sur scène.

Il organise des concerts surprises.

Il retourne dans de petites salles alors qu’il pourrait tranquillement se contenter de Wembley.

Surtout, les informations qui circulent autour de son entourage indiquent qu’un retour scénique en 2027 est envisagé.

Rien n’est encore officiellement inscrit sur son calendrier public. Son site ne présente actuellement aucune prochaine date. Mais l’idée d’une reprise est cohérente avec tout ce que McCartney montre depuis plusieurs années.

Le départ éventuel d’Abe ne signifierait donc pas nécessairement la fin de McCartney sur scène.

Il pourrait signifier exactement l’inverse.

Une nouvelle phase.

Pour la première fois depuis 2002, le décor pourrait changer

Voilà peut-être ce qui rend la situation passionnante.

Les tournées de McCartney ont beaucoup évolué technologiquement, mais très peu humainement.

Depuis vingt-quatre ans, on connaît les visages.

Un changement derrière la batterie modifierait immédiatement l’énergie du spectacle.

Pas forcément en mieux.

Pas forcément en moins bien.

Simplement autrement.

Et cette altérité pourrait même obliger McCartney à repenser certaines choses.

Les tempos.

Les arrangements.

Certaines transitions.

Peut-être même le répertoire.

Un nouveau batteur possède toujours un effet domino. La basse réagit différemment. Les guitares prennent davantage ou moins d’espace. Les chœurs se réorganisent. Un morceau qui paraissait figé peut soudain retrouver une tension.

Pour un artiste qui joue une partie de ces chansons depuis plus de soixante ans, cette petite secousse pourrait ne pas être négative.

McCartney a toujours été plus adaptable que l’image patrimoniale des Beatles ne le laisse parfois penser.

Il a survécu à la fin des Beatles.

À celle de Wings.

À la mort de Linda.

Aux changements de groupes.

Aux évolutions de l’industrie.

À la disparition du disque comme centre absolu de la musique populaire.

Il survivrait à un changement de batteur.

La vraie question est de savoir ce qu’il en ferait.

Abe, lui, pourrait retrouver le plaisir du danger

Chez McCartney, Laboriel connaît chaque virage.

Chez Pearl Jam, il doit réapprendre la route.

C’est probablement grisant.

On l’entend dans la manière dont il attaque les morceaux à Ohana. Il existe une concentration différente, ce mélange d’assurance et de vigilance propre aux musiciens qui savent qu’ils peuvent jouer n’importe quoi mais qu’ils ne connaissent pas encore parfaitement les réactions des gens autour d’eux.

C’est là que le rock redevient intéressant.

Le danger.

Pas le danger romantique et grotesque de l’autodestruction, mais celui, musical, de ne pas savoir exactement ce qui va arriver à la mesure suivante.

Après vingt-cinq ans avec le même patron, ce genre d’incertitude peut ressembler à une cure de jouvence.

Abe Laboriel Jr. n’a certainement plus rien à prouver comme batteur.

Mais il peut encore avoir des choses à découvrir comme membre d’un groupe.

Pearl Jam a peut-être trouvé exactement le contraire de Matt Cameron

C’est aussi une piste intéressante.

Lorsqu’on remplace une figure aussi importante, chercher son clone conduit souvent à l’échec.

Laboriel possède une personnalité presque opposée à celle que Cameron projette derrière les fûts.

Matt donne souvent l’impression d’une maîtrise intériorisée. Même lorsqu’il produit un vacarme énorme, une forme de contrôle demeure visible.

Abe extériorise tout.

Le visage.

Les épaules.

Les cris.

Les gestes.

Il joue comme si chaque caisse claire représentait une information urgente.

Cette différence pourrait changer Pearl Jam de manière très stimulante.

Les mêmes morceaux respirent autrement lorsqu’ils sont propulsés par un autre corps.

Et dans un groupe qui possède encore la volonté d’avancer, c’est peut-être préférable à une imitation techniquement parfaite du passé.

Le point d’interrogation était peut-être destiné à tout le monde

Revenons à cette grosse caisse.

Dans quelques années, si Abe devient effectivement le batteur durable de Pearl Jam, la photo paraîtra probablement évidente.

Le point d’interrogation deviendra un clin d’œil historique.

Le moment précis où tout le monde comprenait sans que personne ne dise encore rien.

Si, au contraire, cette collaboration s’arrête après quelques concerts, il restera le symbole parfait d’une parenthèse.

C’est ce qui rend l’image si réussie aujourd’hui.

Elle ne ment pas.

Nous ne savons pas.

Nous savons simplement qu’une porte s’est ouverte.

Et qu’une autre semble peut-être se refermer.

Une séparation sans communiqué serait finalement très McCartney

Il n’est d’ailleurs pas impossible que cette histoire reste longtemps sans annonce spectaculaire.

Les relations professionnelles de ce type se terminent parfois sans déclaration.

Pas de « communiqué commun ».

Pas de message larmoyant.

Pas de vidéo rétrospective avec piano triste et archives en noir et blanc.

Les agendas changent.

Les musiciens prennent d’autres engagements.

Puis un jour, un nouveau batteur est là.

Et tout le monde comprend.

McCartney a vécu suffisamment de ruptures publiques monumentales pour ne pas nécessairement avoir envie de transformer chaque évolution de son groupe en événement dramatique.

Abe non plus n’a aucune raison de présenter ce possible départ comme une séparation conflictuelle.

Rien, absolument rien, ne permet aujourd’hui de parler de brouille.

C’est essentiel.

Quitter un groupe ne signifie pas se fâcher.

Après vingt-cinq années, cela peut simplement vouloir dire qu’un cycle est terminé.

Une chose ne disparaîtra pas : ce qu’Abe a apporté à McCartney

Si Ohana marque effectivement le début de l’après-McCartney pour Laboriel, son bilan est colossal.

Il aura accompagné Paul pendant l’une des périodes les plus longues et les plus riches de sa carrière scénique.

Il était là lors du retour massif sur les routes au début des années 2000.

Là lorsque McCartney a réinvesti son catalogue Beatles avec une liberté nouvelle.

Là dans les stades.

Les festivals.

Les petites salles.

Les cérémonies.

Les événements historiques.

Les concerts devant des chefs d’État, devant des centaines de milliers de personnes ou devant quelques centaines de privilégiés.

Il aura joué avec Paul plus longtemps que Ringo Starr n’a été Beatle.

Beaucoup plus longtemps que n’importe quel batteur de Wings.

Une carrière entière à elle seule.

Et surtout, il aura contribué à transformer le groupe de McCartney en cette étrange machine que l’on considérait progressivement comme éternelle.

C’est probablement le plus beau compliment que l’on puisse faire à un accompagnateur : il finit par sembler impossible qu’il n’ait pas toujours été là.

Le paradoxe de McCartney : continuer suppose parfois d’accepter que les autres partent

Paul connaît cette leçon mieux que quiconque.

Toute sa vie artistique est construite sur des recommencements.

Lorsque les Beatles explosent, beaucoup imaginent que l’essentiel est terminé.

Il crée Wings.

Lorsque Wings disparaît, il devient pleinement artiste solo.

Après des années sans tournée, il retourne sur les routes en 1989.

Après la mort de Linda, événement intime et musical immense, il reforme encore un groupe.

Et c’est précisément là qu’Abe entre dans l’histoire.

Il serait donc presque poétique que le départ du batteur oblige aujourd’hui McCartney à recommencer une fois supplémentaire.

À 84 ans.

Comme si l’idée même de stabilité lui était finalement étrangère.

On parle souvent de Paul comme d’un gardien du patrimoine. C’est vrai. Mais on oublie que son moteur profond ressemble plutôt à celui d’un artisan incapable de cesser de travailler.

Changer de batteur représente un problème.

Pour McCartney, les problèmes musicaux ont souvent une réponse simple.

Retourner en répétition.

Et si cette rupture était moins une fin qu’un double commencement ?

Abe avec Pearl Jam.

Paul avec un nouveau batteur.

Présentée ainsi, l’histoire cesse d’être mélancolique.

Elle devient même excitante.

Pour Pearl Jam, Laboriel pourrait apporter une énergie différente au moment où le groupe doit écrire son premier chapitre sans Matt Cameron depuis 1998.

Pour Abe, Pearl Jam offre la possibilité d’appartenir à nouveau à une aventure dont l’avenir n’est pas entièrement écrit.

Pour McCartney, la perte de l’un de ses collaborateurs les plus fidèles peut provoquer une recomposition devenue presque inimaginable tant son groupe paraissait immuable.

Il existe évidemment des risques.

Pearl Jam peut découvrir que l’alchimie d’un soir ne suffit pas pour une tournée.

Abe peut décider qu’il préfère conserver plusieurs activités.

McCartney peut encore retravailler avec lui.

Un arrangement d’agendas reste possible.

Le rock n’est pas un championnat où changer de maillot interdit définitivement de revenir.

Mais quelque chose a changé à Dana Point.

Cela, au moins, semble difficile à contester.

Ce vendredi soir, Abe n’était plus seulement « le batteur de Paul »

Pendant vingt-cinq ans, cette appellation lui a collé à la peau.

Abe Laboriel Jr., le batteur de Paul McCartney.

Une présentation magnifique, évidemment.

Mais aussi une définition.

Vendredi 25 septembre, lorsqu’il s’est installé derrière Pearl Jam, cette définition a cessé d’être suffisante.

Soudain, on a vu Abe.

Pas seulement l’homme placé derrière une légende.

Un musicien de cinquante-cinq ans capable d’entrer dans l’un des groupes de rock les plus importants de sa génération et de prendre en quelques mesures possession d’une place laissée vide par Matt Cameron.

On a vu un type qui avait encore une histoire personnelle à écrire.

C’est peut-être cela, finalement, l’information la plus importante.

Pour McCartney, le vrai enjeu commence maintenant

Les prochains mois diront si l’histoire doit être écrite au conditionnel ou au passé.

Si Pearl Jam officialise Laboriel, la séparation avec McCartney deviendra très difficile à considérer comme une simple parenthèse.

Si Paul annonce de nouvelles dates en 2027 avec un autre batteur, le doute disparaîtra naturellement.

Ce sera alors la fin officielle — ou au moins fonctionnelle — d’une collaboration commencée autour de Driving Rain en 2001 et devenue l’une des plus longues associations musicales de la vie de McCartney.

Mais l’avenir scénique de Paul ne paraît pas suspendu à cette décision.

Son histoire entière plaide contre cette idée.

Il continuera tant qu’il estimera pouvoir continuer.

Avec Abe ou sans lui.

La question n’est donc probablement pas : McCartney peut-il encore tourner sans Laboriel ?

Évidemment qu’il le peut.

La vraie question est beaucoup plus intéressante :

à quoi ressemblera Paul McCartney lorsqu’il remontera sur scène et que, pour la première fois depuis presque un quart de siècle, il se retournera vers sa batterie et n’y trouvera peut-être plus Abe ?

À Ohana, un point d’interrogation ornait la grosse caisse.

Il était censé concerner Pearl Jam.

Il concernait peut-être surtout Paul McCartney.

JE M'ABONNE A LA NEWSLETTER

Envie de ne rien manquer des Beatles et de Yellow-Sub ? Abonnez-vous à la newsletter et recevez nos actus, offres et information concours
JE M'ABONNE
Garantie sans SPAM ! Conformité RGPD.
close-link