On a souvent réduit John Lennon au rôle confortable du vieux rocker revenu à ses premières amours, comme si le gamin de Liverpool, nourri à Chuck Berry, Little Richard et aux 45-tours américains, avait fini par se réfugier dans le musée du rock and roll. C’est oublier un détail essentiel : Lennon n’a jamais été un gardien de temple. En mars 1975, dans un entretien mené par Frances Schoenberger et publié bien plus tard par Spin, il lâche même un aveu désarmant : il aurait donné très cher pour avoir écrit “Rock Your Baby”, l’immense tube disco de George McCrae. La phrase est magnifique parce qu’elle renverse toute une mythologie. Lennon, l’homme des slogans, des confessions à vif et des chansons qui cherchent toujours à dire quelque chose, se retrouve fasciné par une œuvre qui semble ne rien forcer, ne rien expliquer, mais tout résoudre par le groove. Derrière cette admiration se dessine une autre histoire des Beatles et de leur héritage : celle d’un groupe qui n’a jamais cessé d’absorber la musique noire américaine, la soul, le rhythm and blues, le doo-wop, puis d’un Lennon solo encore capable d’entendre dans le disco non une menace, mais une leçon. “Rock Your Baby” devient alors bien plus qu’un tube de 1974 : le miroir cruel d’un songwriter génial, trop lucide peut-être, face à l’art le plus difficile de la pop — paraître simple.
On a longtemps vendu les années 70 comme l’âge d’or des ex-Beatles : l’indépendance, les studios privés, l’argent, la légende en roue libre. Mais pour George Harrison, l’après-fête a surtout eu le goût d’une chute. All Things Must Pass l’avait couronné, puis la décennie l’a usé : solitude, nerfs à vif, faux remèdes qui circulent dans le rock comme des poignées de main, et cette sensation d’être prisonnier d’un personnage plus grand que l’homme. Ce qui sauve Harrison n’a rien d’un miracle hollywoodien. C’est une discipline, une spiritualité qui cesse d’être un décor pour devenir une hygiène, et un refuge bien réel : Friar Park, son atelier secret où l’on jardine autant qu’on écrit. Quand Jeff Lynne l’aide à rallumer la lumière sur Cloud Nine, le comeback n’a rien d’un coup d’éclat : c’est un retour au plaisir, à la chanson, à la clarté. Et au cœur du disque, Just For Today, inspirée d’une brochure des Alcooliques Anonymes, sonne comme une main posée sur l’épaule : ne pas gagner sa vie d’un coup, mais tenir — juste pour aujourd’hui. De la gueule de bois des seventies à l’apaisement des eighties, voici le récit d’un Harrison à hauteur d’homme.
On a collé à George Harrison l’étiquette du “Beatle spirituel”, comme si la méditation avait poli tous les angles et remplacé le caractère par un sourire doux. Sauf que George, derrière la façade paisible, avait un art redoutable : celui de trancher net. Un humour en coin, une ironie parfois glaciale, et surtout une boussole esthétique qui ne pardonne pas grand-chose. Quand il aime, il s’illumine. Quand il n’adhère pas, il appuie sur “off” sans diplomatie. Ce texte explore ce Harrison-là : pas le sage de carte postale, mais le musicien exigeant pour qui tout commence par la mélodie, le timbre, la grâce — et s’arrête dès qu’il sent la posture, la recette ou la voix qui agresse sans émouvoir. De Neil Young à Oasis, d’Elton John aux Sex Pistols, quatre noms reviennent comme des échardes, quatre réactions viscérales qui en disent plus long sur George que sur ses cibles. Car ces “haines” ne sont pas des vendettas : ce sont des révélateurs. Et au fond, ils racontent une chose simple et très Harrison : la douceur n’empêche pas la dureté — elle la rend juste plus surprenante.
À la fin de 1974, John Lennon sort Walls And Bridges, un album majeur après les échecs de Some Time In New York City et Mind Games. En pleine tourmente personnelle durant le « Lost Weekend », séparé d’Ono et lié à May Pang, Lennon impose une discipline rigoureuse en studio. Entouré de musiciens talentueux et avec la participation d’Elton John, il enregistre des titres oscillant entre détresse, humour et renouveau. L’album, marqué par des tubes comme « Whatever Gets You Thru The Night », reflète un Lennon à la fois vulnérable et résilient.
En 1974, John Lennon enregistre « Whatever Gets You Thru the Night » avec Elton John, donnant naissance à son unique n°1 solo aux États-Unis. Ce duo marque aussi sa dernière grande scène au Madison Square Garden. Entre funk, pop et amitié sincère, ce titre incarne un moment charnière du « Lost Weekend » et préfigure le retour de Lennon auprès de Yoko Ono.
En 1974, Ringo Starr enchaîne les succès avec Goodnight Vienna, un album pop enlevé, produit par Richard Perry et nourri des contributions de Lennon, Elton John, Nilsson et d’autres invités prestigieux. Une pépite joyeuse, cohérente et taillée pour les ondes.
Lors d’un concert d’Elton John en 1975, Ringo Starr quitte la salle après trois chansons, déçu par le choix de l’artiste de ne jouer que son nouvel album Captain Fantastic and the Brown Dirt Cowboy. Un moment marquant qui illustre les attentes du public face à l’innovation musicale.
En 1976, George Harrison critique sévèrement la musique d’Elton John, qu’il juge trop formatée et répétitive. Ce jugement cache une vision artistique exigeante, nourrie par son amour pour la musique indienne, la soul et des figures comme Smokey Robinson ou Bob Dylan. Derrière cette pique se dessine une éthique musicale fondée sur la sincérité, la profondeur et la quête spirituelle.
John Lennon voyait les reprises de ses chansons comme un hommage et non une trahison. Son enthousiasme pour la version de Lucy in the Sky with Diamonds par Elton John en 1974 en est la preuve. Il y participa même sous le pseudonyme de « Dr. Winston O’Boogie ». Cette collaboration scella une amitié artistique et aboutit à un moment historique : la dernière performance live de Lennon au Madison Square Garden.
Enregistré durant sa séparation d’avec Yoko Ono, Walls and Bridges marque un moment charnière dans la carrière de John Lennon. Ce disque, né du « Lost Weekend », allie rigueur en studio, songwriting inspiré et richesse sonore avec cuivres et claviers en dialogue. Porté par deux hits majeurs, dont un n°1 avec Elton John, l’album incarne une période d’instabilité transformée en force musicale.












