Ringo Starr à l’écran · 1973
That’ll Be the Day (1973) : Ringo Starr, David Essex et les origines du rock britannique
That’ll Be the Day (1973) fait partie des expériences cinématographiques les plus révélatrices de l’indépendance artistique de Ringo Starr. Voici l’histoire documentée du film, de sa conception à sa postérité.

Fiche technique
- Réalisation : Claude Whatham
- Scénario : Ray Connolly
- Production : David Puttnam et Sanford Lieberson
- Ringo Starr : Mike, ami de Jim MacLaine
- David Essex : Jim MacLaine
- Distribution : David Essex, Ringo Starr, Rosemary Leach, Keith Moon, Billy Fury
- Pays et année : Royaume-Uni, 1973
- Genre : Drame musical et récit d’apprentissage
Un film rock qui regarde en arrière
Lorsque That’ll Be the Day arrive au cinéma en 1973, l’histoire du rock britannique paraît déjà assez longue pour nourrir la nostalgie. L’arrivée des premiers disques américains, le style des Teddy Boys, les fêtes foraines et les rêves d’adolescents appartiennent à la mémoire d’une génération qui a vu les Beatles transformer le paysage musical. Claude Whatham choisit de raconter cette époque non par le destin d’un groupe réel, mais par l’itinéraire de Jim MacLaine, jeune homme désorienté qui cherche sa place dans l’Angleterre de la fin des années 1950.
La présence de Ringo Starr au casting produit un effet particulier. En 1973, il n’est plus seulement un ancien Beatle : il a réellement vécu l’essor du rock’n’roll à Liverpool et connaît de l’intérieur l’univers auquel le film rend hommage. Pourtant, son rôle n’est pas autobiographique. Ringo incarne Mike, camarade plus expérimenté que Jim, qui l’entraîne dans la vie des petits emplois, de la fête foraine et des rencontres amoureuses.
Jim MacLaine : une jeunesse en quête de liberté
Le scénario suit Jim MacLaine, interprété par David Essex, dont les études et l’avenir respectable semblent décidément trop étroits. Jim quitte l’environnement familial, recherche de petits travaux et se laisse séduire par le monde plus libre des loisirs populaires. Derrière la promesse de l’aventure se cachent des difficultés très concrètes : instabilité, maladresse sentimentale, désirs contradictoires et premiers compromis. La musique rock accompagne ce parcours sans résoudre les problèmes du héros.
Ray Connolly, journaliste et futur biographe des Beatles, construit un récit d’apprentissage qui ne cherche pas à présenter son personnage comme un modèle. Jim peut être séduisant, mais il se comporte également avec égoïsme et manque de maturité. Ce refus de l’idéalisation distingue le film des nombreuses productions musicales qui présentaient le succès comme une récompense immédiate de la jeunesse et du talent.
Mike : le personnage que joue Ringo Starr
Mike apparaît comme un camarade débrouillard, capable de faire entrer Jim dans des milieux qu’il ne connaît pas encore. Il l’aide notamment à trouver du travail et à rejoindre l’univers des attractions foraines. Le personnage possède une assurance quotidienne, sans les artifices extravagants de Candy ou 200 Motels. Pour Ringo, c’est une occasion nouvelle de jouer avec les gestes ordinaires d’un homme de la classe populaire britannique.
L’intérêt du rôle tient à son absence de spectaculaire. Mike ne se déguise pas en pape, en bandit ou en sorcier ; il existe dans un environnement social que Ringo peut comprendre intimement. Son interprétation bénéficie de cette proximité, même s’il serait historiquement hasardeux d’affirmer que toutes ses attitudes sont directement inspirées de son adolescence. Les deux expériences ne sont pas identiques. Le film ne raconte pas la vie de Richard Starkey, mais il lui permet de puiser dans un registre plus réaliste que ses précédentes comédies.
Le regard de Ray Connolly sur une époque disparue
La présence de Ray Connolly au scénario relie directement cette œuvre au journalisme musical britannique. Connolly connaît les parcours des artistes, les mythologies du succès et les limites de la célébrité. Son écriture ne cherche pas seulement à restituer une liste de chansons célèbres : elle s’intéresse à la manière dont un jeune Britannique peut découvrir son identité au contact de la musique et des loisirs de masse.
Le film appartient aussi à un moment où la première génération du rock commence à être historicisée. Les années 1950 deviennent un décor dont les objets, les coiffures, les vêtements et les habitudes peuvent être observés avec recul. Cette reconstruction doit être étudiée pour ce qu’elle est : un regard des années 1970 sur une période antérieure, et non un documentaire filmé au moment des événements. La nostalgie sélectionne et transforme les souvenirs.
Une distribution de musiciens devenus acteurs
Autour de David Essex et de Ringo Starr apparaissent plusieurs artistes associés au rock britannique, notamment Billy Fury et Keith Moon. Leur présence n’est pas une simple accumulation de caméos destinée à attirer les fans. Elle ajoute à la reconstitution une texture historique : ces musiciens sont liés, de façons différentes, au monde que le film évoque. Mais la présence de vedettes musicales ne garantit pas l’authenticité de chaque épisode du scénario.
Ringo occupe à cet égard une position singulière. Il est assez célèbre pour que le spectateur le reconnaisse immédiatement, mais son personnage doit se fondre dans un récit qui ne parle jamais directement des Beatles. Le succès de son interprétation se mesure donc à sa capacité d’exister comme Mike, et non à provoquer un applaudissement de reconnaissance à chacune de ses entrées à l’écran.
Les décors populaires comme personnages à part entière
Les fêtes foraines, les plages, les logements modestes et les établissements de divertissement occupent une place centrale dans le film. Ils ne forment pas seulement le décor pittoresque d’une époque révolue ; ils représentent les possibilités et les frontières sociales offertes à la jeunesse britannique. Jim peut y trouver du travail, de l’amitié, des amours passagères ou de nouvelles frustrations. Le spectacle populaire apparaît à la fois comme une échappatoire et comme un univers précaire.
Le choix de cette atmosphère donne au rôle de Ringo une force particulière. Après les expériences psychédéliques, il retrouve une forme de cinéma ancré dans les comportements. Mike fait partie d’un monde où l’on se débrouille avec peu, où l’on apprend sur le tas et où la camaraderie se mesure aux gestes du quotidien. Cette couleur sociale rapproche parfois le film des souvenirs que l’on associe à Liverpool avant la Beatlemania, sans en faire une autobiographie déguisée.
La musique : une bande-son comme mémoire collective
La bande originale fait revivre le rock’n’roll des années 1950 et du début de la décennie suivante. Le film utilise la musique comme un environnement culturel, non comme une succession artificielle de numéros. L’influence des grands artistes américains et l’émergence d’une scène britannique fournissent au héros une promesse de liberté qu’il n’arrive pas toujours à transformer en projet de vie cohérent.
La distinction entre les chansons entendues au cours du récit et l’éventuel contenu des albums de bande originale reste indispensable pour les collectionneurs. Les compilations publiées autour du film peuvent intégrer différents enregistrements et versions. Il faut également éviter d’attribuer automatiquement à Ringo les morceaux figurant dans une œuvre où il tient un rôle d’acteur. Ici, son interprétation cinématographique doit rester le premier objet de la fiche.
David Puttnam et une conception plus adulte du film musical
Le film est produit par David Puttnam et Sanford Lieberson. Il appartient à une évolution du cinéma britannique qui cherche à traiter le rock comme un sujet social et historique, plutôt qu’un simple divertissement pour adolescents. Le BFI associe That’ll Be the Day et sa suite Stardust à cette mutation : les récits peuvent désormais regarder les illusions perdues et les compromis derrière le succès.
Ce déplacement explique l’écart avec les films réalisés par Richard Lester pour les Beatles. En 1964, la vitalité de la jeunesse semblait suffisante pour faire avancer le récit. En 1973, le regard est davantage marqué par la mémoire, les renoncements et le risque de déception. Ringo intervient alors comme un acteur au service de cette vision plus adulte.
Réception, prolongement et question de la suite
That’ll Be the Day connaît une carrière qui conduit à la réalisation de Stardust en 1974, réalisé par Michael Apted. Il est important de ne pas attribuer automatiquement à Ringo les crédits de cette suite : son rôle de Mike appartient au premier film et sa présence doit être contrôlée œuvre par œuvre. L’existence d’un prolongement prouve néanmoins que le parcours fictif de Jim MacLaine répond à un intérêt réel pour l’histoire récente de la musique populaire.
Le BFI conserve le film dans ses collections et documente une édition Blu-ray britannique de StudioCanal. Pour une filmographie destinée aux collectionneurs, cette donnée ouvre un chantier : comparer les montages, les durées annoncées, les formats et les suppléments, en évitant de confondre l’année du film avec celles des rééditions.
Pourquoi ce rôle est essentiel dans la filmographie de Ringo
Il serait tentant de retenir en priorité les prestations les plus extravagantes de Ringo, celles où son maquillage ou son costume provoque immédiatement la surprise. Mais That’ll Be the Day est peut-être plus éclairant sur son jeu d’acteur. Il s’y inscrit dans un drame musical relativement naturaliste et partage l’écran avec David Essex sans que le scénario ait besoin de célébrer son statut d’ancien Beatle.
Ce rôle révèle une présence différente : moins de fantaisie, davantage de gestes ordinaires, une humeur qui semble appartenir au décor social. Pour les lecteurs de Yellow-Sub.net, l’intérêt est double. Ils découvrent un épisode cinématographique peu évoqué de la carrière solo de Ringo et peuvent replacer le film dans une histoire plus vaste, celle de la jeunesse britannique qui inventa progressivement son propre langage musical.
Une archive de presse datée d’octobre 1972 éclaire le tournage
Un témoignage contemporain permet de dépasser les récits rétrospectifs : dans son numéro du 28 octobre 1972, le New Musical Express annonce le début du tournage sur l’île de Wight et décrit les premières scènes réunissant David Essex et Ringo Starr. Le journal précise que l’acteur principal a obtenu une interruption de son engagement dans la comédie musicale Godspell afin de participer au film. Il présente Mike, le personnage joué par Ringo, comme un ami originaire de Liverpool, plus endurci que Jim MacLaine, qui lui fait découvrir les réalités de la vie adulte. Cette source d’époque est importante : elle confirme que le rôle de Ringo était conçu comme une véritable composition dramatique, et non comme une simple apparition destinée à attirer les admirateurs des Beatles.
Le même article annonce un tournage de sept semaines. Les informations de production recensées par IMDb situent les prises de vues entre le 16 octobre et le 14 décembre 1972 ; ces dates constituent des repères documentaires utiles, sans permettre à elles seules de reconstituer le calendrier quotidien de Ringo. L’île de Wight fournit plusieurs décors, notamment un camp de vacances à Wootton, tandis que des scènes de fête foraine sont également associées à Southsea, dans le Hampshire. Ces lieux ancrent le récit dans une Angleterre de loisirs populaires, de petits métiers et de déplacements modestes : un environnement social essentiel à la crédibilité du film.
Mike, initiateur imparfait du jeune Jim MacLaine
Mike occupe une place singulière dans l’apprentissage de Jim. Il ne représente ni une figure paternelle rassurante ni un professeur de musique, mais un compagnon plus expérimenté qui lui ouvre les portes d’un monde où se mêlent liberté, débrouillardise et irresponsabilité. Le résumé éditorial de l’édition britannique StudioCanal, reproduit par la boutique du British Film Institute, précise qu’il lui procure d’abord un emploi de barman, puis du travail dans l’univers forain. Cette progression est décisive : le film montre comment la rébellion contre une trajectoire scolaire conventionnelle peut conduire à d’autres formes de dépendance, de désillusion et de conformisme.
Ringo n’incarne donc pas un héros du rock en devenir. C’est David Essex, dans le rôle de Jim, qui porte cette trajectoire. Mike est plutôt un personnage de transition : il fait découvrir un milieu et une façon d’être, mais n’en maîtrise pas les conséquences. Cette distinction nuance les lectures qui réduisent le film à une réunion d’icônes pop. Pour comprendre le jeu de Ringo, il faut observer comment il accepte de rester au service du parcours d’un autre personnage, en donnant une personnalité identifiable à un rôle secondaire.
La distribution musicale et les traces d’une époque
La distribution constitue un autre intérêt historique. Aux côtés de Ringo, le film réunit notamment Billy Fury, Keith Moon, Marty Wilde et Dave Edmunds. Ces présences ne doivent pas faire oublier sa nature première : il s’agit d’un drame de formation, pas d’un concert filmé. Le choix de musiciens associés à différentes générations du rock britannique contribue toutefois à relier l’époque racontée à ceux qui l’ont vécue ou prolongée. La bande sonore convoque notamment l’héritage de Bobby Darin, des Everly Brothers et de Jerry Lee Lewis, selon la présentation de l’édition StudioCanal.
Le film a reçu deux nominations aux BAFTA, renseignement confirmé par les bases filmographiques et la présentation du BFI. Sa postérité passe aussi par les supports domestiques : les fiches consultées ne donnent pas toutes la même durée, le BFI indiquant 91 minutes pour l’œuvre tandis que la fiche commerciale du Blu-ray StudioCanal annonce 87 minutes. Cet écart mérite d’être signalé au collectionneur, mais ne permet pas, sans examen des copies, d’affirmer l’existence de scènes supprimées. Il peut aussi résulter de conventions de métrage ou de transferts différentes. C’est précisément le type de détail qu’une filmographie encyclopédique doit préserver sans tirer de conclusion prématurée.
Compléments documentaires vérifiés
- Source contemporaine : New Musical Express, 28 octobre 1972, annonce de tournage et présentation du rôle de Mike.
- Production : David Puttnam et Sandy Lieberson ; scénario de Ray Connolly ; réalisation de Claude Whatham, selon le BFI.
- Photographie : Peter Suschitzky ; montage : Michael Bradsell, selon les crédits repris par les bases cinématographiques.
- Édition vidéo : Blu-ray britannique StudioCanal, collection Vintage Classics, recensé par le BFI Shop.
Sources et références
- BFI, That’ll Be the Day, fiche du film
- BFI, dix grands films pop britanniques
- BFI Shop, édition Blu-ray et contexte












