Ringo Starr à l’écran · 1978
Sextette (1978) : Ringo Starr aux côtés de Mae West dans son dernier film
Sextette (1978). Une étude historique détaillée de la participation de Ringo Starr, de l’origine de cette production à sa postérité.

Fiche technique
- Réalisation : Ken Hughes
- Ringo Starr : Laslo Karolny
- Mae West : Marlo Manners
- Autres interprètes : Timothy Dalton, Tony Curtis, George Hamilton, Alice Cooper, Dom DeLuise
- Scénario : Herbert Baker, à partir d’un projet théâtral de Mae West
- Genre : Comédie musicale et farce hollywoodienne
- Sortie américaine : 2 mars 1978, Los Angeles selon l’AFI
Le dernier film de Mae West
Le nom de Mae West appartient à l’histoire même du cinéma américain. Son humour équivoque, son indépendance et son art du double sens ont façonné une partie de la comédie hollywoodienne avant et après l’application stricte du code de production. Lorsqu’elle retrouve le grand écran dans Sextette, le projet possède donc une portée symbolique : il présente une vedette d’une autre époque entourée d’artistes et de célébrités plus jeunes.
Ringo Starr fait partie de cette distribution exceptionnelle. Il interprète Laslo Karolny, l’un des anciens époux de Marlo Manners, personnage joué par West. Sa participation s’inscrit moins dans une évolution dramatique de sa carrière que dans le goût, déjà manifeste depuis Candy, pour les projets réunissant des personnalités de différents milieux du spectacle. Pour le fan des Beatles, le film constitue une curiosité ; pour l’historien du cinéma, il devient un objet d’étude sur les difficultés de faire cohabiter plusieurs époques du divertissement.
Un projet de longue haleine et de multiples transformations
L’American Film Institute décrit une histoire de production particulièrement complexe. Le projet trouve ses origines dans une pièce ou un texte théâtral associé à Mae West et évoqué sous différentes formes dès la fin des années 1960. Les sources anciennes ne s’accordent pas toujours sur la date de conception et le parcours scénique de l’œuvre. Plusieurs producteurs envisagent successivement une adaptation, avant que le film n’entre finalement en production dans les années 1970.
Cette généalogie importe pour comprendre le résultat. Sextette n’est pas une comédie née d’une seule volonté artistique à un moment précis. C’est un projet qui traverse plusieurs contextes commerciaux, personnels et cinématographiques. Les changements de financement et de distribution apparaissent dans la chronologie de l’AFI, qui s’appuie sur la presse professionnelle de l’époque. Une étude sérieuse doit privilégier ces documents plutôt que les récits tardifs qui transforment chaque difficulté de tournage en anecdote sensationnelle.
L’intrigue : Marlo Manners et ses anciens maris
Marlo Manners est une vedette dont la vie sentimentale alimente le spectacle autour d’elle. Son mariage récent et les interventions de ses anciens époux composent une succession de situations où le glamour, les quiproquos et les souvenirs amoureux occupent une place centrale. Le film exploite la personnalité publique de Mae West, ses répliques et son image de femme fatale, plutôt que de chercher un réalisme psychologique.
Ringo joue Laslo Karolny, l’un des hommes appartenant au passé de Marlo. Son personnage participe à cette galerie d’anciennes relations qui viennent perturber le présent de l’héroïne. Il s’agit d’un rôle clairement attribué au générique de l’AFI, mais qui ne doit pas être amplifié au point de laisser penser que Ringo est le partenaire principal du film. Le récit demeure centré sur West et sur le spectacle de sa propre légende.
La présence de Ringo dans une distribution improbable
La distribution rassemble Timothy Dalton, Tony Curtis, George Hamilton, Dom DeLuise, Alice Cooper et plusieurs célébrités invitées, sans oublier Ringo Starr. Cette juxtaposition rappelle les films à sketches ou les comédies de prestige qui utilisent la reconnaissance immédiate des acteurs comme un élément du plaisir du public.
Dans le cas de Ringo, le contraste avec la période Beatles est particulièrement visible. Le spectateur ne le retrouve pas dans une intrigue de groupe ni dans un récit de musicien. Il apparaît au milieu de personnalités dont les univers artistiques n’ont pas grand-chose en commun. Sa présence répond à la logique de la production : une comédie qui veut faire de chaque visage connu un événement. Mais cette logique peut également devenir une faiblesse lorsque la succession des invités remplace la progression dramatique.
Mae West entre mythe et réalité du tournage
Le personnage de Marlo Manners prolonge certains traits de la légende de Mae West : assurance, goût du scandale, art de prendre le contrôle d’une conversation et humour constamment fondé sur les relations entre les sexes. Le film est souvent évoqué en raison de l’âge de l’actrice et des difficultés rencontrées pendant sa préparation. Cependant, une approche historique ne doit pas réduire toute l’œuvre à une réflexion sur sa vieillesse.
Il faut interroger les intentions de la production, les conventions du spectacle hollywoodien et les attentes du public. La décision de présenter West au centre d’une comédie musicale à cette période est en elle-même un acte de nostalgie et de promotion. Le résultat peut paraître maladroit, mais la tentative rappelle qu’une légende ne cesse pas d’être un sujet de cinéma au moment où les goûts populaires évoluent.
Ken Hughes et le défi d’une comédie musicale
Ken Hughes réalise un film qui doit conjuguer dialogues de farce, passages chantés, invités célèbres et scènes de spectacle. La tâche est délicate parce que ces registres exigent des rythmes différents. Les numéros musicaux suspendent parfois l’intrigue, tandis que les scènes dialoguées cherchent avant tout à faire exister la personnalité de Mae West.
Pour Ringo, il s’agit encore d’un projet où la musique et le cinéma se côtoient, mais sans faire de lui le principal chanteur de l’œuvre. Son crédit d’acteur, celui de Laslo Karolny, doit rester distinct de la liste des performances enregistrées pour la bande sonore. La présence d’un ancien Beatle dans une comédie musicale ne suffit jamais à établir un crédit de studio sur chaque morceau.
1978 : une sortie commerciale difficile
Le dossier de l’American Film Institute indique une sortie à Los Angeles le 2 mars 1978. Il décrit également les difficultés rencontrées pour trouver un distributeur. La popularité durable de Star Wars perturbe notamment certains projets d’exploitation en salle, et la carrière du film ne bénéficie pas des conditions espérées.
Cet échec relatif ne peut pas être expliqué uniquement par la distribution ou par la présence de Mae West. Il faut aussi considérer les changements de goût du public et les limites du projet lui-même. À la fin des années 1970, l’humour et les codes d’une vedette emblématique du vieil Hollywood ne produisent plus nécessairement le même effet. La présence de Ringo et d’autres stars ne résout pas le problème de cohérence qui se pose à l’ensemble du film.
Le regard de 2026 sur Sextette
Pour un lecteur contemporain, Sextette vaut surtout comme document sur l’histoire du spectacle. On y observe une tentative de faire revivre les codes d’une grande vedette du passé par un assemblage d’artistes plus récents. Le film peut provoquer de l’étonnement, de l’amusement ou du malaise, mais il mérite d’être replacé dans sa fabrication et sa réception.
Le rôle de Ringo doit être apprécié à cette échelle. Il n’est pas responsable de l’ensemble du film, ni son moteur dramatique. Sa participation révèle néanmoins les réseaux et les occasions qui s’offrent à une ancienne vedette des Beatles à la fin de la décennie. C’est un jalon secondaire, mais authentique, de sa filmographie de fiction.
Ce que la fiche apporte à la filmographie complète
Une encyclopédie consacrée à Ringo ne peut éliminer un film simplement parce qu’il a reçu un accueil médiocre. Sextette permet d’étudier les relations entre musique populaire, anciennes stars hollywoodiennes et production cinématographique de la fin des années 1970. Grâce à l’AFI, les crédits principaux et la chronologie sont mieux établis que dans beaucoup de notices répétées sans examen.
Il restera à approfondir l’histoire des éditions vidéo, des affiches nationales et des éventuelles variantes de montage. Ces recherches compléteront une fiche qui distingue déjà clairement les faits vérifiés, l’analyse de l’œuvre et les questions documentaires encore ouvertes.
1968–1976 : l’interminable préparation documentée par l’AFI
Le catalogue de l’American Film Institute révèle une histoire de production bien plus compliquée que ne le laisse penser l’année 1978 figurant sur les affiches. Dès octobre 1968, la presse professionnelle évoque un projet intitulé Sextet. James T. Aubrey Jr. et Hunt Stromberg Jr. envisagent une adaptation pour Warner Bros.-Seven Arts, avec un tournage annoncé pour avril 1969. Le projet change ensuite de producteurs et de structure financière à plusieurs reprises. Selon les coupures de presse recensées par l’AFI, Mae West tient à conserver un important contrôle artistique, ce qui complique les négociations.
Les dates annoncées pour commencer les prises de vues se succèdent en 1976, avant un début de tournage finalement confirmé au 1er décembre de cette année aux studios Paramount à Los Angeles. L’AFI précise aussi que le réalisateur Irving Rapper fut un temps associé au projet avant d’être remplacé par Ken Hughes. Cette accumulation de changements montre que la distribution réunissant Ringo Starr et Mae West est le résultat d’une longue relance, non d’une production rapidement improvisée en 1978.
Laslo Karolny et les anciennes relations de Marlo Manners
Le catalogue de l’AFI crédite explicitement Ringo Starr dans le rôle de Laslo Karolny. La comédie imagine une vedette hollywoodienne, Marlo Manners, dont la nouvelle lune de miel est troublée par le retour de plusieurs hommes de son passé, tandis qu’une conférence diplomatique se déroule dans le même hôtel. Laslo appartient à ce cortège de personnages qui transforment la vie sentimentale de Marlo en parade de célébrités et en source de quiproquos.
Dans cette distribution, Ringo ne partage pas avec Mae West la responsabilité de porter l’ensemble du récit. Il fait partie d’un dispositif de rencontres successives, à côté de Timothy Dalton, Tony Curtis, George Hamilton ou Dom DeLuise. La distinction est importante dans une filmographie d’acteur : une place visible au générique n’est pas synonyme de rôle principal, mais elle documente l’entrée de Ringo dans le monde des productions hollywoodiennes dominées par une vedette de génération beaucoup plus ancienne.
Honey Pie, une chanson Lennon–McCartney dans les crédits
Un détail musical mérite l’attention des spécialistes des Beatles. Parmi les chansons identifiées dans le catalogue de l’AFI figure Honey Pie, composition créditée à John Lennon et Paul McCartney. Sa présence dans les crédits musicaux d’un film avec Ringo Starr crée un rapprochement inattendu avec le répertoire des Beatles. Il ne faut toutefois pas en déduire que les quatre membres du groupe ont participé ensemble à une séance pour le film, ni attribuer automatiquement à Ringo l’interprétation de ce morceau.
La liste musicale donnée par l’AFI comprend également After You’ve Gone, Baby Face, Hooray for Hollywood, Love Will Keep Us Together et des œuvres liées à Van McCoy. Elle confirme la nature hétéroclite de la bande sonore, qui cherche à entourer Mae West de chansons anciennes et plus contemporaines. Une analyse discographique rigoureuse doit distinguer les auteurs, les interprètes et les enregistrements employés dans le montage.
Une sortie contrariée par Star Wars
Le dossier de l’AFI signale une péripétie commerciale assez révélatrice. Les producteurs avaient envisagé une sortie au Grauman’s Chinese Theatre de Hollywood au début de 1978, après l’exploitation de Star Wars. Mais le succès prolongé du film de George Lucas les oblige à revoir leur calendrier. Sextette ouvre finalement à Los Angeles le 2 mars 1978 au Cinerama Dome. Faute de distributeur national, les producteurs doivent initialement assurer eux-mêmes une partie de la diffusion.
Le film circule ensuite dans une exploitation atypique. Crown International Pictures entreprend de valoriser son caractère extravagant, tandis que des séances de minuit à New York et en Californie attirent un public intéressé par les films dits « camp ». L’AFI relève notamment une exploitation new-yorkaise en juin 1979 et des séances où des spectateurs costumés commentent le film. Il ne serait donc pas exact de réduire son histoire à un unique échec en salles : sa diffusion limitée et sa réception ultérieure sont deux phénomènes distincts.
Des traces précises de la distribution française
L’Officiel des spectacles indique une sortie française datée du 12 décembre 1979, sous la distribution de Lancaster Films. Cette information doit être différenciée de l’ouverture américaine de mars 1978 et de la date du copyright. Pour un ouvrage de référence francophone, ces repères permettent de reconstituer la chronologie de la découverte du film par les publics des différents pays.
Les catalogues ne donnent pas toujours la même durée : l’AFI retient 91 minutes, tandis que L’Officiel des spectacles présente 85 minutes. Cet écart peut appeler une comparaison des copies, mais il n’autorise pas à affirmer sans visionnage qu’une version française aurait été censurée ou amputée. L’intérêt du détail est précisément de signaler une question ouverte sans transformer une divergence documentaire en certitude.
Repères d’archives
- 1968 : premières mentions du projet dans la presse professionnelle américaine, selon l’AFI.
- 1er décembre 1976 : début confirmé du tournage à Paramount, Los Angeles.
- 2 mars 1978 : ouverture commerciale à Los Angeles.
- 12 décembre 1979 : date de sortie française donnée par L’Officiel des spectacles.
- Crédit musical : Honey Pie, Lennon–McCartney, dans le relevé des chansons de l’AFI.
Sources et références
- American Film Institute, Sextette (1978), dossier historique complet
- AFI, générique et rôle de Ringo Starr












