Ringo Starr, l’artiste au-delà des Beatles : photographie, peinture et art numérique

YELLOW-SUB.NET / ENCYCLOPÉDIE RINGO STARR / CINÉMA MUSICAL · COSTUME ET MISE EN SCÈNE · 1975

Lisztomania (1975) : Ringo Starr en pape, Ken Russell et la folie visuelle du rock romantique

Étude du rôle pontifical de Ringo Starr, des décors de Philip Harrison, des costumes de Shirley Russell et de la transposition flamboyante de Liszt par Ken Russell.

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Dans Lisztomania, Ken Russell ne cherche pas à filmer fidèlement la vie de Franz Liszt. Il invente une fantaisie historique où le compositeur du XIXe siècle ressemble à une rock star, où les figures religieuses et politiques se métamorphosent en symboles provocateurs, et où l’image semble constamment vouloir rivaliser avec la musique. Le choix de Ringo Starr pour incarner le pape appartient pleinement à ce programme artistique. Sa participation est brève au regard de la carrière du musicien, mais exceptionnellement riche pour une étude du costume, de la célébrité et de la culture visuelle des années 1970.

1. Le film : une biographie historique volontairement impossible

Réalisé et écrit par Ken Russell, Lisztomania sort en 1975. Roger Daltrey interprète Franz Liszt, Sara Kestelman la princesse Carolyn et Paul Nicholas Richard Wagner. Ringo Starr apparaît dans le rôle du pape. Rick Wakeman intervient dans le projet musical et figure également à l’écran dans le rôle de Thor. Cette distribution fait dialoguer des interprètes issus du rock avec des figures de la musique savante et de l’histoire européenne.

Le British Film Institute présente le film comme une œuvre extravagante où la biographie de Liszt est transformée en spectacle traversé de références au rock, de symboles sexuels, de mythes et d’images politiques. C’est un point essentiel : le pape interprété par Ringo ne doit pas être lu comme un portrait biographique d’un souverain pontife identifiable. Il s’agit d’une figure construite par Russell au service d’une satire et d’une fantaisie.

L’encyclopédie distinguera les faits historiques concernant Liszt des inventions du scénario. Faire coïncider un épisode fictionnel avec une date de la vie du compositeur sans indication précise reviendrait à attribuer au passé ce qui relève de l’imagination du réalisateur.

2. Ringo Starr, pape de fiction : le pouvoir rendu grotesque

La présence de Ringo sous les habits du pape entraîne un déplacement radical de son image publique. L’ancien Beatle est connu pour sa simplicité d’allure, son humour et son accent de Liverpool ; Russell l’inscrit dans un cérémonial religieux reconstitué, où l’habit et la fonction portent une autorité presque universelle.

Le BFI a précisément souligné la singularité du personnage en parlant d’un pape de Liverpool. Cette formule résume l’effet recherché : confronter un signe de prestige institutionnel à un visage et à une voix profondément associés à la culture populaire britannique des années 1960.

Il serait simplificateur de réduire cette apparition à un gag sur le catholicisme. Le costume participe d’un dispositif bien plus vaste dans lequel les grands pouvoirs — religieux, politique, culturel ou érotique — apparaissent sous des formes amplifiées. Le personnage fonctionne comme une image immédiatement lisible, insérée dans une narration qui cherche moins la vraisemblance que la collision de symboles.

3. Ken Russell après Tommy : un vocabulaire visuel à son sommet

Russell réalise Lisztomania dans le sillage de Tommy, sa transposition au cinéma de l’opéra rock de Pete Townshend. Le rapprochement n’implique pas que les deux films racontent la même histoire. Il révèle la continuité d’un projet formel : utiliser le montage, la couleur, le jeu et les décors pour donner à la musique une présence visuelle excessive.

Le critique Michael Brooke, dans une étude du BFI consacrée aux films musicaux de Russell, situe Lisztomania dans une œuvre vouée à transformer la biographie des compositeurs en visions personnelles. L’imagerie de Russell ne vise pas la neutralité historique ; elle revendique les anachronismes comme instruments d’analyse et de provocation.

Dans cette perspective, Ringo n’est pas choisi pour illustrer la vie de Liszt avec exactitude. Il apporte une charge de mémoire pop. Sa simple apparition rappelle au spectateur le XXe siècle, alors que le récit adopte les noms et les situations du XIXe.

4. Franz Liszt comme vedette moderne : une question d’histoire de la célébrité

Le titre Lisztomania renvoie à l’enthousiasme passionné qui entourait les apparitions publiques de Liszt et qui fut commenté à son époque. Russell pousse le rapprochement jusqu’à concevoir le virtuose comme une rock star, avec ses admirateurs, ses poses et ses démonstrations de pouvoir scénique.

Confier le rôle à Roger Daltrey, chanteur des Who, n’est donc pas un simple effet de casting. Cela rapproche deux systèmes de célébrité : l’artiste romantique et la vedette amplifiée par les médias de masse. Ringo, ancien membre des Beatles, renforce cette translation d’un siècle à l’autre.

Le film devient ainsi un document de 1975 davantage qu’une restitution du XIXe siècle. Les idées de cette époque sur la star, le désir, la révolte et l’autorité se lisent derrière les costumes de personnages supposés historiques.

5. Les costumes de Shirley Russell : une architecture du corps

Les crédits attribuent les costumes à Shirley Russell. Son travail doit être envisagé en relation avec la dramaturgie générale : chaque personnage entre dans une composition dont les couleurs, les étoffes et les silhouettes peuvent avoir autant d’importance que les dialogues.

Le costume pontifical est particulièrement intéressant parce qu’il permet une reconnaissance immédiate. Il ne demande pas au spectateur de connaître l’identité du personnage pour comprendre sa position dans la scène. Les vêtements codent la hiérarchie avant que le jeu ne commence ; leur rencontre avec la silhouette familière de Ringo produit l’effet de décalage voulu.

Un catalogue de costumes sérieux devrait confronter les croquis préparatoires, les photographies d’essayage, les documents de plateau et les plans effectivement retenus au montage. Il faudrait aussi vérifier si les vêtements éventuellement montrés en vente ou en exposition proviennent directement de la production, plutôt que de déduire leur authenticité d’une ressemblance générale.

La mention du chef costumier au générique constitue une information de responsabilité artistique ; elle n’autorise pas à attribuer chaque pièce à sa réalisation manuelle personnelle. L’histoire matérielle du vêtement demande une chaîne documentaire plus précise.

6. Philip Harrison et le décor comme fantasme

Les notices techniques donnent à Philip Harrison la responsabilité du production design, avec Tim Hutchinson cité parmi les collaborateurs du département artistique. Le décor, chez Russell, ne se contente pas de placer les acteurs dans un lieu. Il traduit des forces psychologiques et culturelles : institutions, fantasmes, peurs ou rapports de pouvoir.

Pour comprendre les scènes de Lisztomania, il faut donc analyser les volumes, les objets et les signes visuels autant que la configuration narrative. Un intérieur peut juxtaposer des références historiques approximatives et des éléments volontairement contemporains. Chercher à identifier chacun de ces détails comme une restitution exacte de la vie de Liszt reviendrait à méconnaître la nature du projet.

Les photographies de décors constituent des archives de premier ordre lorsqu’elles sont datées et attribuées. Elles permettent de retrouver des installations qui ont disparu après le tournage et d’identifier, éventuellement, des transformations intervenues entre la préparation et la prise de vues.

7. Peter Suschitzky : la photographie de l’excès

Peter Suschitzky assure la direction de la photographie, fonction essentielle dans un film qui repose sur la confrontation de surfaces colorées, de costumes voyants et de mouvements stylisés. Son nom relie Lisztomania à un autre film auquel Ringo participe, That’ll Be the Day, mais le langage visuel des deux œuvres est très différent.

Le contraste est instructif. Chez Claude Whatham, les décors réels servent à reconstruire une époque récente. Chez Russell, la photographie accompagne une machine à visions où les lieux semblent constamment transformés par la musique et les fantasmes. Le même chef opérateur peut ainsi participer à des esthétiques opposées, au service de projets de mise en scène distincts.

Une étude technique approfondie exigerait les copies de référence et les dossiers de laboratoire. Les descriptions habituelles du film comme « psychédélique » ou « flamboyant » constituent des observations de réception, non des identifications de procédés de prise de vues.

8. Stuart Baird et le montage du fantasme historique

Le montage est crédité à Stuart Baird. Le film enchaîne des situations aux registres contrastés : romance, burlesque, cauchemar, satire et spectacle musical. Cette logique de montage modifie la manière dont une figure comme Ringo apparaît : elle n’a pas à s’inscrire dans un récit stable pour laisser une trace visuelle durable.

Il ne faut pas confondre l’étrangeté des raccords avec une absence de construction. Russell utilise précisément la discontinuité pour rapprocher des thèmes que la biographie traditionnelle aurait séparés. Les images religieuses et les personnages issus de l’opéra wagnérien prennent sens par leur confrontation dans un même espace de montage.

Dans un corpus d’archives, il serait utile de conserver les descriptions de séquences, les durées de plans, l’ordre des scènes et les variantes éventuelles. Les bandes-annonces peuvent présenter un montage autonome et ne doivent pas être utilisées comme substituts d’une copie du film.

9. Rick Wakeman et l’orchestration du romantisme en rock

Rick Wakeman constitue un autre point de contact entre les traditions musicales. Son travail et les références à Liszt et Wagner concourent à créer une bande sonore qui s’éloigne de l’idée d’illustration historique fidèle. Le spectateur entend des morceaux transformés dans un contexte d’images résolument contemporaines.

Il est nécessaire de distinguer les thèmes empruntés aux compositeurs du XIXe siècle, les adaptations, les compositions nouvelles et les enregistrements publiés sur disque. Une notice discographique ne doit pas créditer Ringo comme interprète musical de l’album simplement parce qu’il apparaît dans le film.

Le rapprochement avec Tommy ne doit pas non plus conduire à traiter Lisztomania comme une œuvre du groupe The Who : Daltrey est ici acteur dans un film de Russell, et les œuvres musicales suivent leurs propres chaînes d’attribution.

10. Iconographie de la promotion : une affiche, plusieurs lectures

Le matériel promotionnel de Lisztomania insiste sur le visage de Roger Daltrey et l’extravagance de l’univers visuel. La présence de Ringo peut être mise en avant selon le marché. Cette hiérarchie commerciale n’est pas une mesure de sa durée de présence à l’écran.

Pour la France, certaines filmographies attribuent une affiche à Jean Mascii. Avant de reprendre définitivement cette attribution, il convient de contrôler une reproduction complète portant sa signature et de déterminer s’il s’agit de l’affiche de première exploitation, d’une variante ou d’un autre support. L’iconographie des films britanniques circule en effet par dossiers de presse, affiches locales, images de distributeur et matériels de ressortie.

Une comparaison internationale devrait associer à chaque document son territoire, sa langue, son format, son diffuseur et sa date. Le nom de Starr peut apparaître sur une affiche sans que le costume pontifical y soit reproduit ; l’étude des campagnes permet ainsi de distinguer la promotion de la vedette de celle de son personnage.

11. 1975 ou 1976 ? La date d’un film dépend du document

La date de 1975 est celle habituellement retenue pour la sortie initiale du film. Certaines fiches contemporaines de plateformes patrimoniales présentent toutefois l’œuvre sous une année différente, notamment 1976. Une telle divergence doit être conservée en note plutôt que corrigée intuitivement : elle peut tenir au territoire, à la classification, à une première exploitation locale ou à la gestion d’un catalogue.

Les durées publiées oscillent elles aussi selon les répertoires autour d’une centaine de minutes. L’attribution d’une durée à une édition précise est préférable à une valeur unique présumée valable pour toutes les copies.

Les dates de tournage, les avant-premières et les sorties nationales forment des événements différents. Une chronologie encyclopédique doit les inscrire séparément lorsqu’ils sont réellement vérifiés.

12. Réception : la provocation ne suffit pas à expliquer l’œuvre

Le film a suscité des réactions contrastées en raison de sa sexualité explicite, de sa fantaisie historique et de l’outrance de sa mise en scène. Le regard rétrospectif du BFI insiste cependant sur l’inventivité de Russell et sur sa manière de concevoir des images à la mesure de la musique. Les jugements de goût ont leur place dans une histoire de la réception, à condition d’être datés et attribués.

La présence de Ringo se prête souvent aux listes de « caméos insolites » des rock stars. Une telle approche est amusante, mais elle passe à côté du mécanisme visuel qui produit l’effet de son apparition. Russell mobilise une célébrité mondiale précisément pour la placer sous les signes du pouvoir spirituel et les faire dérailler.

À ce titre, le pape joué par Ringo représente l’une des métamorphoses les plus éloignées de son identité beatle. Son importance historique ne se mesure pas au nombre de répliques, mais à la force du contraste entre l’image de la vedette et le rôle symbolique que le film lui confie.

Chronologie documentaire et repères vérifiables

1975. Production et sortie initiale de Lisztomania, réalisé par Ken Russell avec Roger Daltrey dans le rôle de Franz Liszt.

1975. Ringo Starr est crédité dans le rôle du pape ; Rick Wakeman apparaît dans le film et participe au projet musical.

2019. Le British Film Institute consacre une étude rétrospective aux films musicaux de Ken Russell, soulignant la singularité de Lisztomania et de la présence de Ringo.

Années 2020. Différentes notices patrimoniales et plateformes de diffusion conservent des millésimes et durées qui ne doivent pas être assimilés sans contrôle à la première sortie.

Bibliographie et documentation de travail

British Film Institute, Michael Brooke, « Lakes of courage: in praise of Ken Russell’s music films », 20 novembre 2019 ; BFI Player, notice de Lisztomania ; générique et relevés techniques : réalisation et scénario Ken Russell, photographie Peter Suschitzky, montage Stuart Baird, création des décors Philip Harrison, costumes Shirley Russell, musique Rick Wakeman ; catalogues de distribution et répertoires d’affiches. Les propositions d’interprétation sont distinguées des crédits et dates documentés.

Relier les documents à l’encyclopédie

Le récit cinématographique doit être confronté à la fiche filmographique principale, au catalogue des affiches, à l’étude des photographies de plateau et à la chronologie des arts visuels. Les photographies, instruments, costumes et pièces de collection doivent être identifiés individuellement avant toute attribution.

Le pape de Ringo : une autorité qui devient une figure de spectacle

Dans Lisztomania, Ringo Starr interprète un pape de fiction au sein de l’univers exubérant de Ken Russell. Le personnage n’a pas pour fonction de restituer avec précision les gestes d’un souverain pontife du XIXe siècle. Il participe à un film qui transforme les événements historiques en tableaux grotesques et musicaux. Le costume ecclésiastique, les accessoires et la présence corporelle de l’ancien Beatle créent un contraste volontaire entre autorité solennelle et représentation de spectacle.

Cette tension est particulièrement intéressante dans l’histoire visuelle de Ringo. Ses premiers films exploitent souvent sa spontanéité comique et son image de personnage accessible. Russell lui attribue ici les signes d’un pouvoir institutionnel que la mise en scène tourne en dérision. Le spectateur voit simultanément l’habit et la célébrité du musicien, ce qui donne à la scène une charge ironique supplémentaire. L’acteur ne devient pas pour autant l’auteur du costume ni du dispositif satirique conçu par le réalisateur.

La biographie de Liszt comme film sur la célébrité moderne

Le projet de Russell repose sur une analogie entre la renommée de Franz Liszt et la ferveur suscitée par les vedettes du rock. Cette comparaison ne prétend pas que le pianiste du XIXe siècle ait vécu dans les mêmes conditions industrielles que les Beatles. Elle permet de représenter l’excitation du public comme une force qui dépasse l’individu admiré, modifie les rapports sociaux et transforme le musicien en personnage mythique. Le film fait ainsi dialoguer le romantisme historique et les codes visuels de la culture populaire des années 1970.

La présence de Ringo peut être lue dans ce cadre : un ancien membre d’un groupe ayant connu la Beatlemania entre dans une fiction sur les excès de l’adulation musicale. Cette lecture reste une interprétation historique et ne constitue pas une déclaration d’intention personnelle de l’acteur. Elle est néanmoins fondée sur le principe général du film, où les figures de musiciens et les institutions sont transformées en personnages presque caricaturaux. Le rapprochement rappelle que l’image d’une vedette peut être utilisée pour commenter la célébrité elle-même.

Shirley Russell : le costume comme architecture de la satire

Le travail de Shirley Russell aux costumes est central pour comprendre comment le film fabrique ses personnages. Un vêtement religieux ou cérémoniel possède déjà une valeur iconographique que le public reconnaît. Le cinéma peut la modifier par des proportions, des couleurs et des associations inattendues afin de produire un effet comique ou inquiétant. La tenue portée par Ringo agit de cette manière : elle ne se limite pas à habiller l’acteur, elle définit la nature du monde fantastique dans lequel il apparaît.

La conception visuelle demande une étude précise des crédits et des documents matériels. Une photographie publicitaire de Ringo en habit pontifical ne prouve pas que tous les détails visibles proviennent d’un seul artisan. Le costumier conçoit une orientation d’ensemble, tandis que plusieurs ateliers peuvent intervenir dans la réalisation. Si des pièces authentiques du tournage sont retrouvées, leur examen pourra documenter les matériaux, les dimensions et les modifications éventuelles. La reproduction imprimée ne peut pas se substituer à cette étude de conservation.

Philip Harrison et Peter Suschitzky : des images où le décor devient acteur

Les décors conçus par l’équipe de Philip Harrison et la photographie de Peter Suschitzky contribuent au caractère excessif de Lisztomania. Le spectateur est placé devant des environnements dont la fonction n’est pas uniquement de suggérer un lieu historique. Les proportions et les effets de perspective participent au commentaire satirique. Une scène peut opposer le corps d’un personnage à une architecture volontairement disproportionnée, afin de produire une image qui ressemble davantage à un fantasme qu’à une reconstitution.

Le rôle du directeur de la photographie est de transformer ces constructions en images de cinéma, par la lumière, les axes et les rapports de couleur. Une photographie de plateau peut montrer un décor dans son entier sans rendre l’effet créé à l’écran ; inversement, un gros plan peut dissimuler la nature artificielle d’une structure. La recherche doit distinguer le décor construit, sa photographie et son montage final. Cette succession permet de mieux comprendre la participation de Ringo à une œuvre qui utilise le corps de l’acteur comme l’un des éléments d’un dispositif plastique beaucoup plus large.

Rick Wakeman et la musique : l’image d’une histoire réécrite par le rock

La contribution musicale de Rick Wakeman ajoute au film une autre transformation du XIXe siècle : les références à Liszt et Wagner rencontrent les instruments et les formes du rock contemporain. Le projet n’est donc pas seulement visuel. Les scènes sont construites pour que la musique et les images puissent commenter l’une l’autre, souvent avec une liberté qui éloigne l’œuvre de toute reconstitution historique classique. La participation de Ringo se trouve dans cet environnement où les musiciens populaires deviennent aussi des acteurs de fiction.

Les crédits sonores ne doivent pourtant pas être transférés automatiquement aux images. Composer, arranger ou enregistrer la musique ne signifie pas réaliser les prises de vue ; apparaître en costume ne prouve pas avoir inventé le décor. L’encyclopédie peut analyser le dialogue entre les disciplines sans fusionner les fonctions. Cette rigueur est essentielle pour un film qui multiplie les niveaux de détournement et où le public risque de reconnaître plus facilement les vedettes que les professionnels qui construisent l’œuvre.

1975 : une affiche ne peut pas résumer la provocation de Russell

Les affiches et photographies promotionnelles de Lisztomania appartiennent à la réception d’un film particulièrement controversé. Certaines images privilégient le spectacle, d’autres les noms des vedettes ou le caractère provocateur de l’univers. Ces choix commerciaux ne doivent pas être traités comme un catalogue exhaustif des plans les plus importants. Une affiche peut montrer une situation absente du montage définitif ou recomposer plusieurs éléments pour provoquer une réaction immédiate.

Pour situer Ringo dans cette circulation, il faut identifier les images où il apparaît, leur auteur et leur version territoriale. Le rôle de pape peut être mis en avant ou minimisé selon les marchés et les campagnes. Une photographie de tournage, un portrait publicitaire et un photogramme ne sont pas interchangeables. La page peut ainsi compléter l’étude des affiches et celle des costumes sans recopier leurs inventaires.

Une œuvre de Ken Russell, une transformation de Ringo

La place de Ringo dans Lisztomania est limitée, mais elle constitue une étape visuellement identifiable de sa filmographie. Le musicien accepte d’entrer dans une esthétique étrangère au naturalisme et de jouer avec une autorité caricaturée. Le résultat dépend d’une direction d’acteurs, de décors, de costumes, d’un travail photographique et d’un montage dont la complexité dépasse largement la seule présence d’une vedette. Cette singularité justifie une étude autonome dans le dossier.

Le rapprochement avec 200 Motels permet d’observer deux utilisations différentes du corps de Ringo dans un cinéma musical expérimental. Les deux films pratiquent le grotesque et l’excès, mais ils appartiennent à des réalisateurs, des histoires de production et des univers visuels distincts. Une encyclopédie de qualité doit faire apparaître ces différences avant de rechercher leurs parentés.

Un pape en bottes de cowboy : le costume comme anachronisme assumé

Dans Lisztomania, Ringo Starr apparaît en pape au sein d’un univers où Ken Russell mêle sans souci de réalisme strict le romantisme du XIXe siècle et la culture rock des années 1970. Les bottes de cowboy visibles dans cette interprétation résument le fonctionnement de la satire. Le signe vestimentaire de la fonction religieuse rencontre un accessoire associé à une imagerie populaire américaine. Le résultat ne constitue pas un portrait historique d’un souverain pontife identifié ; il représente une autorité volontairement impossible, fabriquée pour intervenir dans le parcours fantasmatique de Franz Liszt.

Le vêtement a ici une fonction narrative immédiate. Le spectateur n’a pas besoin d’entendre les titres ecclésiastiques du personnage pour comprendre son statut, car les attributs traditionnels du pape le signalent. Mais les détails incongrus rappellent aussitôt que le film rejette la biographie réaliste. Les costumes conçus dans l’environnement de Shirley Russell participent de cette logique. La fonction de Ringo acteur consiste à rendre le personnage vivant, tandis que les choix de matières et de silhouettes appartiennent à une production collective de cinéma.

Le pape face à Wagner : l’autorité religieuse devient ressort de conflit musical

Le personnage de Ringo intervient dans une intrigue où le compositeur Richard Wagner est représenté comme une force inquiétante, mêlant pouvoir esthétique et menace idéologique. Le pape charge Liszt d’une mission qui prend l’apparence d’un combat contre l’influence maléfique de la musique de Wagner. Cette transformation de rivalités artistiques en affrontement de fantaisie révèle l’ambition de Russell : représenter les débats culturels comme des conflits spectaculaires plutôt que reconstituer un cours d’histoire de la musique. Le pape sert de figure d’autorité à une mission dont le déroulement appartient à la fiction.

L’apparition de Ringo doit donc être replacée dans la satire générale. Il serait incorrect de la considérer comme un document sur la position réelle d’un pape du XIXe siècle à propos de Wagner. Les personnages historiques sont déplacés, transformés et parfois associés à des événements postérieurs à leur vie. Cette liberté explique l’aspect volontairement provocateur du film, mais elle ne retire rien à la précision nécessaire pour identifier les participants à sa fabrication. La satire appartient à Ken Russell et à son équipe, même lorsque le visage de Ringo lui donne une résonance particulière.

Les archives Warner : le portrait de plateau montre un autre Ringo que celui du film achevé

Les photographies de production conservées dans les archives Warner Bros. permettent de distinguer l’image du personnage et les documents réalisés pendant le tournage. Certaines montrent Ringo dans son costume de pape, d’autres le présentent auprès de Ken Russell dans une situation de travail. Les deux catégories possèdent une valeur historique différente. Le portrait costumé appartient à la communication du film et aide à identifier une scène ; la photographie de coulisses documente une rencontre entre réalisateur et acteur dans le contexte de la production.

Une image de plateau ne doit pas être automatiquement présentée comme un photogramme extrait de la copie distribuée. Les appareils photographiques de production peuvent avoir été placés à des angles différents et avoir capté des gestes qui ne figurent pas dans le montage final. Le chercheur doit donc conserver les crédits d’agence, de photographe et les inscriptions d’origine lorsque ces éléments sont disponibles. Cette précision est particulièrement utile pour un film dont les scènes très élaborées peuvent donner l’impression que toute photographie de costume représente un instant d’action.

Roger Daltrey en Liszt : la célébrité du rock sert de clé à l’histoire du romantisme

Le choix de Roger Daltrey pour interpréter Franz Liszt crée un autre effet d’anachronisme que celui du pape de Ringo. Le spectateur voit le chanteur de The Who endosser la fonction d’un compositeur romantique du XIXe siècle. Ken Russell s’appuie sur la fascination collective exercée par Liszt de son vivant pour construire une analogie avec les grandes vedettes du rock. Les foules, les gestes de scène et la transformation du musicien en idole deviennent les principaux ressorts du film.

La présence de Ringo dans cette distribution est donc plus qu’un simple clin d’œil aux admirateurs des Beatles. Deux figures de la musique populaire moderne entrent dans un récit consacré à un monde musical ancien, mais traité avec les codes du spectacle contemporain. Le film confronte ainsi plusieurs régimes de célébrité sans prétendre qu’ils auraient réellement coexisté. La critique doit distinguer les personnes jouées, les musiciens qui les interprètent et les procédés visuels employés pour rapprocher leurs époques.

Rick Wakeman et le son Dolby : une modernité technique derrière l’image exubérante

La musique associée à Rick Wakeman rapproche les thèmes du répertoire romantique de l’univers des claviers et du rock des années 1970. Elle fait partie intégrante du langage de Lisztomania, dont les images dépassent souvent la vraisemblance historique. Le film figure également parmi les premières productions à utiliser le nouveau système Dolby Stereo de réduction de bruit et de diffusion sonore. Cette dimension rappelle qu’un film visuellement extravagant peut aussi constituer un jalon technique, où l’expérience de la salle repose sur des choix de son aussi importants que les décors.

Il faut néanmoins distinguer les crédits musicaux de ceux de l’interprétation visuelle. Wakeman participe au projet sonore et apparaît également à l’écran, tandis que Ringo incarne le pape. Le fait que plusieurs musiciens connus soient réunis ne transforme pas le film en performance collective des Beatles et de The Who. Une édition sonore ou une nouvelle copie vidéo peut modifier la manière d’entendre la partition sans changer la date de tournage des scènes. La notice doit conserver ces différentes strates de l’œuvre.

Un film de 1975 qui montre ce qu’une affiche ne peut pas résumer

La promotion de Lisztomania doit composer avec une difficulté majeure : aucune image unique ne peut représenter tous les personnages fantastiques, les anachronismes et les épisodes musicaux du film. Une affiche peut privilégier Roger Daltrey, un collage de corps ou un symbole spectaculaire, mais elle laisse nécessairement de côté une partie du parcours. Le rôle de Ringo peut être mis en avant dans une annonce destinée aux fans de rock, sans être central dans la totalité du long métrage. Cette hiérarchie publicitaire n’est pas une mesure fiable du temps d’écran de chaque interprète.

La page se relie à l’étude des affiches de cinéma et à celle des costumes de Ringo. Elle permet d’examiner l’œuvre de Russell comme un film où le visage de Ringo est mis au service d’une proposition satirique, et non comme une création plastique personnellement exécutée par l’ancien Beatle. L’intérêt historique vient du rôle accepté et de la manière dont son image est transformée.

Lisztomania : faire d’un ancien Beatle une figure de pouvoir grotesque

Lorsque Ken Russell fait apparaître Ringo Starr dans Lisztomania en 1975, il ne cherche pas à prolonger la persona amicale du batteur des Beatles. Il lui confie une figure papale au sein d’un récit volontairement anachronique qui mélange romantisme musical, provocation, histoire recomposée et esthétique du rock. Le personnage prend son sens dans un film où les costumes et les décors ne prétendent pas offrir une reconstitution historique. Il ne serait donc pas rigoureux d’évaluer le vêtement de Ringo comme un témoignage sur l’habillement authentique d’un pape du XIXe siècle : son intérêt tient au contraire au choix de faire entrer une institution ancienne dans un langage de spectacle moderne.

Un costume pensé pour l’image en mouvement

Les attributs religieux, les bottes et les accessoires sont utilisés pour rendre le personnage immédiatement identifiable tout en introduisant des écarts comiques. Un costume de cinéma est un objet à plusieurs couches : dessin préparatoire, choix des matières, essayage, adaptation au jeu, puis apparence dépendant de l’éclairage et de la photographie. Les photographies de plateau peuvent renseigner sur sa construction, mais elles ne prouvent ni son auteur ni la provenance de chaque pièce conservée aujourd’hui. Les crédits de fabrication doivent être distingués de la participation de Starr comme interprète.

Le film réunit des personnalités liées au rock, notamment Roger Daltrey dans le rôle de Franz Liszt, au sein d’une iconographie où l’histoire de la musique classique devient un spectacle fortement stylisé. La présence de vedettes musicales modifie la réception de leurs personnages, sans leur attribuer pour autant les compositions de décors ou les effets visuels. L’historien peut parler de transferts d’image entre pop et cinéma, à condition d’établir quels créateurs ont effectivement pris les décisions de représentation.

Une photographie promotionnelle n’explique pas le film

La publicité de Lisztomania peut isoler le personnage de Starr pour bénéficier de sa notoriété. Une photographie d’affiche montre alors un costume et un visage sans restituer le montage, le son ni la satire dans laquelle ils interviennent. Cette séparation compte d’autant plus que le cinéma de Russell utilise les changements d’échelle, les effets et les oppositions musicales comme moyens d’expression. Un portrait arrêté ne représente qu’un état de l’œuvre.

L’inventaire doit donc traiter séparément l’affiche nationale, la photographie de plateau, le photogramme et l’éventuel costume subsistant. On pourra rapprocher cette métamorphose de Caveman, où le corps du musicien entre dans une autre fiction visuelle, ou de l’étude comparative de ses costumes.

L’anachronisme comme outil visuel dans Lisztomania

Dans Lisztomania, Ken Russell ne recherche pas une restitution muséographique du XIXe siècle. Ringo Starr y joue une figure pontificale au sein d’une fantaisie où les vêtements, accessoires et gestes empruntent à plusieurs époques. Le spectateur doit lire ces incompatibilités comme des composantes volontaires du cinéma de Russell plutôt que comme des erreurs de costume. La vedette du rock apparaît dans un récit sur le romantisme musical précisément parce que le film organise une rencontre provocatrice entre passé et culture contemporaine.

Les images promotionnelles amplifient parfois ces effets en isolant le personnage de son contexte narratif. Un portrait de plateau peut montrer le costume dans une lumière neutre, tandis que le montage final le place dans un décor chargé et sous des éclairages dramatiques. Les deux documents sont utiles, mais ils répondent à des questions différentes : identification matérielle pour la photographie, fonction dramatique pour la scène montée.

Une transformation collective

Attribuer à Ringo la réalisation des objets qu’il porte reviendrait à confondre acteur et équipe de création. Il faut préserver les crédits des costumiers, maquilleurs, décorateurs et photographes lorsque les archives les établissent. Le jeu de Starr reste une intervention importante, mais il prend place dans une construction visuelle dirigée par Russell. Cette distinction permet de comparer ses rôles dans Candy, Blindman et Lisztomania sans réduire des esthétiques très différentes à la seule biographie d’un ancien Beatle.