Ringo Starr fête ses 85 ans, symbole vivant du rock et du message « peace and love ». De son enfance difficile à Liverpool à la Beatlemania, de ses hits solo à son All-Starr Band, Ringo a traversé les décennies avec humour et résilience. Sobre depuis plus de 35 ans, il continue de diffuser sa joie de vivre et de partager sa passion pour la musique avec le monde entier, prouvant qu’à 85 ans, son énergie est intacte.
En ce jour, Richard Starkey – plus connu sous le nom de Ringo Starr – fête ses 85 ans. Le monde célèbre non seulement l’anniversaire du batteur des Beatles, mais aussi l’héritage vivant d’une légende du rock. Plus de soixante ans après avoir posé son tempo sur les tubes des « Fab Four », Ringo continue de rayonner par sa bonne humeur communicative et son message intemporel de « peace and love ». Du haut de ses 85 ans, le sourire espiègle et les fameux signes « V » de la main sont toujours au rendez-vous. Retour sur la vie riche et passionnée de ce musicien à part, dont le parcours mêle ascension fulgurante, drames intimes, renaissance artistique et engagement humanitaire, le tout guidé par une constante : l’amour de la musique et des gens.
Sommaire
Enfance modeste et révélation musicale
Ringo Starr voit le jour le 7 juillet 1940, à Liverpool, sous le nom de Richard Starkey. Enfant unique d’une famille modeste du quartier populaire de Dingle, le petit « Ritchie » grandit dans l’Angleterre d’après-guerre. Son père quitte le foyer alors qu’il n’a que trois ans, laissant sa mère, Elsie, l’élever seule. Celle-ci travaille comme serveuse dans un bar pour subvenir aux besoins de son fils, avec qui elle partage son goût pour la musique swing. La jeunesse de Richard est marquée par des problèmes de santé sérieux qui mettent sa vie en danger à plusieurs reprises. À six ans, une péritonite consécutive à une appendicite le plonge dans le coma : il passera près d’un an à l’hôpital, loin de sa mère. À peine remis, il accuse un retard scolaire important, puis, à treize ans, il contracte la tuberculose. Le voilà alité des mois durant dans un sanatorium, isolé du monde extérieur.
C’est dans cet hôpital que le destin de Richard bascule. Pour égayer le quotidien des jeunes malades, les médecins forment un petit orchestre de patients. Allongé dans son lit, l’adolescent se voit confier un tambourin et quelques percussions rudimentaires. Le coup de foudre est instantané. « Je frappe le tambour et, à partir de ce moment, je n’ai plus voulu faire autre chose : être batteur », racontera plus tard Ringo en se remémorant cette révélation fondatrice. Durant ces deux années de convalescence forcée, il s’initie aux rythmes, s’exerce en frappant sur les meubles de sa chambre et rêve en écoutant les chansons qui passent à la radio. Lorsqu’il quitte le sanatorium à 15 ans, le jeune homme – qui n’a pu poursuivre une scolarité normale – sait toutefois une chose avec certitude : il consacrera sa vie à la musique et à la batterie.
De retour à Liverpool, Richard doit d’abord gagner sa vie. Il enchaîne les petits boulots, d’aide-serveur sur un ferry à apprenti mécanicien. Mais son cœur bat pour les explosions sonores du rock naissant. À la fin des années 1950, la Grande-Bretagne s’embrase pour le skiffle, ce mélange entraînant de folk et de jazz joué avec des instruments de fortune. Richard, fasciné, monte son premier groupe amateur avec des amis, grattant la planche à laver et tapant sur des boîtes en fer blanc. Le soir de Noël 1957, sa belle-famille lui offre sa première vraie caisse claire et une grosse caisse d’occasion : un kit de batterie modeste, fabriqué de bric et de broc, mais qui va lui permettre de faire ses débuts sérieux comme musicien. En 1959, le jeune batteur intègre un groupe local, les Raving Texans de Rory Storm – formation de rock and roll très en vue sur la scène de Liverpool. C’est à cette époque qu’il adopte son pseudonyme « Ringo Starr ». Le surnom « Ringo » vient de son habitude de porter de larges bagues brillantes (« rings » en anglais) à presque tous les doigts, tandis que « Starr » a l’éclat d’un nom de scène tout trouvé pour celui qui commence à se rêver en artiste sous les projecteurs.
Beatlemania : le temps des Fab Four
Au début des années 1960, le destin de Ringo Starr va prendre un tournant extraordinaire. Alors qu’il se produit avec Rory Storm and the Hurricanes dans les clubs de Hambourg et de Liverpool, il fait la connaissance d’un autre groupe de jeunes rockeurs de sa ville : les Beatles. John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et leur batteur d’alors, Pete Best, écument comme lui les scènes enfumées de la Mersey et partagent la même fougue musicale. Ringo sympathise avec ces « gars de Liverpool » et n’hésite pas à les dépanner à la batterie à l’occasion, notamment lors de séjours communs en Allemagne. En août 1962, les Beatles, sur le point d’enregistrer leur premier 45 tours, invitent Ringo à rejoindre officiellement la formation, en remplacement de Pete Best. Le choix est audacieux : Best était apprécié d’une partie du public, et lors des premiers concerts avec Ringo, certains fans en colère arborent des pancartes « Pete forever, Ringo never ! ». Mais il ne faudra que peu de temps au nouveau batteur pour conquérir le cœur du public. Son jeu solide et inventif, son regard malicieux et son nez retroussé lui confèrent un capital sympathie immédiat. Très vite, Ringo devient l’un des chouchous de la Beatlemania naissante.
Dès les premiers succès – « Love Me Do », « Please Please Me » – la folie Beatles déferle sur le monde, et Ringo en est l’infatigable métronome. Du haut de son tabouret, il assure derrière ses fûts la cohésion rythmique du groupe, donnant aux morceaux cette énergie entraînante qui fait danser les foules. Au-delà de ses talents de batteur, il apporte aussi aux Beatles sa personnalité joviale et son humour bon enfant. Ses boutades spontanées font mouche lors des interviews et dédramatisent la pression médiatique qui écrase le jeune groupe. C’est même à une blague de Ringo que l’on doit le titre du film A Hard Day’s Night : un soir de 1964, épuisé par une journée de travail, il lance en riant qu’il a passé « une dure journée… nuit » (« a hard day’s night »), un non-sens typiquement « ringoesque » qui sera immédiatement adopté par John Lennon pour écrire la chanson du même nom.
Si Lennon-McCartney forment le tandem créatif du groupe, Ringo Starr trouve aussi sa place dans l’ombre lumineuse des Beatles. Traditionnellement, on lui confie une chanson par album pour mettre en valeur sa voix chaleureuse et son style sans prétention. Il interprète ainsi avec candeur des morceaux devenus cultes auprès du public, comme « Yellow Submarine » en 1966 – joyeux hymne surréaliste qui fera chanter des générations d’enfants – ou « With a Little Help from My Friends » en 1967, où sa voix amicale promet de s’en sortir « avec un peu d’aide de [ses] amis ». Ce dernier titre, ouvrant le mythique album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, semble taillé sur mesure pour Ringo et son esprit de camaraderie. Le batteur n’est pas auteur-compositeur de nature, mais il signera tout de même deux chansons au sein du catalogue Beatles : « Don’t Pass Me By » en 1968, une bluette country pleine de charme, et « Octopus’s Garden » en 1969, comptine pop délicieuse inspirée d’une anecdote lorsque Ringo, parti en Sardaigne après avoir quitté brièvement le groupe, discuta avec le capitaine d’un bateau d’un jardin de pieuvres sous la mer.
Car oui, même le bon vivant Ringo a connu des moments de doute au sommet de la Beatlemania. En 1968, en pleine sessions tendues pour l’« Album Blanc », miné par les conflits d’ego entre ses trois camarades, il perd confiance en lui. Il a l’impression de ne plus être en phase musicalement avec John, Paul et George, se sent « de trop » en studio. Un jour d’août, critiqué sur son jeu de batterie, Ringo claque la porte et s’envole avec sa famille vers la Méditerranée, laissant les trois Beatles médusés. C’est la première fois qu’un membre des Beatles quitte le navire en pleine traversée. Sur son yacht en Sardaigne, entre deux baignades et quelques notes de guitare qui donneront naissance à Octopus’s Garden, Ringo ressasse ses doutes. Mais à Londres, ses amis réalisent combien il leur manque : John et Paul lui envoient chacun un télégramme affectueux l’exhortant à revenir, lui affirmant qu’il est « le meilleur batteur du monde » à leurs yeux. Touché, Ringo revient au bercail deux semaines plus tard. En guise de bienvenue, George Harrison a littéralement couvert sa batterie de fleurs. Ce geste ému fait fondre Ringo : il comprend que sa place est bien au sein de la famille Beatles. « Je me suis rendu compte qu’eux aussi tenaient à moi », confiera-t-il sur cette réconciliation. L’épisode n’entame pas l’amitié profonde qui lie les quatre musiciens, et Ringo restera jusqu’au bout le ciment du groupe, celui qui, par son tempérament facile à vivre, sait arrondir les angles et détendre l’atmosphère lorsqu’il le faut.
En 1970, après une décennie d’une intensité inouïe, les Beatles se séparent. Cette dissolution laisse Ringo, comme ses comparses, un peu déboussolé face au vide laissé par l’arrêt de la machine la plus populaire de l’histoire de la musique. Mais fidèle à son caractère optimiste, le batteur au grand cœur ne se laisse pas abattre longtemps. Il est d’ailleurs le premier des quatre à se lancer véritablement dans une carrière solo discographique, dès la fin de l’année 1970.
L’envol en solo : hits planétaires et traversée du désert
Libéré de l’ombre écrasante du phénomène Beatles, Ringo Starr surprend tout le monde en empruntant dès ses débuts solo des chemins musicaux inattendus. Plutôt que de tenter d’imiter le style de son ancien groupe, il explore ses propres envies. En mars 1970, avant même la séparation officielle des Beatles, il publie Sentimental Journey, un album de reprises de standards jazz et pop que sa mère adorait écouter. Le pari est audacieux : imagine-t-on le batteur farfelu des Beatles reprendre des chansons douces des années 1940, entouré d’orchestres feutrés ? Ringo ose, avec la sincérité qui le caractérise, dédiant ce disque de crooner à la classe ouvrière de Liverpool et à « tante Jessie », une habituée du pub du coin. L’album se vend correctement au Royaume-Uni et montre une facette nostalgique du musicien.
Quelques mois plus tard, Ringo enchaîne avec un nouveau contre-pied : Beaucoups of Blues (1970), un album de country enregistré à Nashville en quelques jours à peine. Grand fan de musique country & western (un goût qu’il partageait avec les autres Beatles, qui l’avaient emmené en 1968 visiter brièvement l’Opry de Nashville), Ringo s’entoure de musiciens américains et chante avec un accent du Sud étonnamment crédible des ballades teintées de pedal steel guitar. Là encore, le public est dérouté mais l’accueil critique est bienveillant : on salue son éclectisme et son enthousiasme.
C’est en 1971 que Ringo Starr va retrouver le sommet des hit-parades avec un titre original : « It Don’t Come Easy », son premier 45 tours solo écrit avec la complicité de son ami George Harrison. Ce morceau pop-rock entraînant, porté par un riff de guitare accrocheur et les arrangements de Harrison, cartonne partout dans le monde. Ringo, pour la première fois de sa vie, se retrouve en tête des ventes de disques sans les Beatles. L’année suivante, il récidive avec « Back Off Boogaloo » (1972), un single glam-rock punchy inspiré, selon la légende, par une soirée arrosée en compagnie du chanteur Marc Bolan de T. Rex. Cette fois, c’est en Angleterre qu’il frôle la première place des charts (n°2).
Fort de ces succès, Ringo sort en 1973 l’album Ringo, qui restera comme le joyau de sa discographie solo. Sur ce disque, tous les ex-Beatles se retrouvent d’une façon ou d’une autre : John Lennon, Paul McCartney et George Harrison participent à l’écriture ou à l’enregistrement de plusieurs morceaux, même s’ils n’apparaissent jamais tous ensemble sur une même chanson. L’album dégage une atmosphère festive et chaleureuse, reflet de l’état d’esprit de Ringo à l’époque. Deux singles en seront extraits et grimperont à la première place des palmarès américains : d’abord « Photograph », une ballade pop nostalgique coécrite avec Harrison, dont le refrain (« All I’ve got is a photograph… ») prend une résonance particulière comme une élégie de la période Beatles révolue. Puis « You’re Sixteen », reprise enjouée d’un vieux tube rock des années 1960, où la voix espiègle de Ringo dialogue avec un solo de… kazoo (interprété par Paul McCartney en personne !). En l’espace de quelques années, Ringo Starr s’est imposé comme un artiste solo à part entière, enchaînant les tubes et prouvant qu’il est bien plus que « l’ex-batteur des Beatles ».
La seconde moitié des années 1970 sera toutefois moins clémente. À mesure que le punk et le disco envahissent la scène musicale, le style bon enfant de Ringo paraît moins dans l’air du temps. Ses albums successifs – Goodnight Vienna (1974), Ringo’s Rotogravure (1976), Ringo the 4th (1977) ou Bad Boy (1978) – connaissent un succès décroissant malgré quelques chansons sympathiques. Ringo tente des incursions vers le disco-funk sur Ringo the 4th, arborant moustache et col pelle-à-tarte sur la pochette, mais le public ne suit guère. Fatigué des tournées promotionnelles et miné par une vie personnelle chaotique (sa première épouse Maureen l’a quitté en 1975), il perd peu à peu l’inspiration. Son dernier album de la décennie, Bad Boy, passe presque inaperçu. À 40 ans, l’ancien Beatle entre dans une période de creux artistique.
Malgré ces revers, Ringo reste une figure aimée du grand public. Son humour et sa décontraction font de lui un invité régulier des shows télévisés. Il s’essaie aussi au cinéma : dès 1968 il avait tenu un rôle marquant aux côtés de Peter Sellers dans The Magic Christian, satire grinçante où son flegme britannique fait merveille. Dans les années 1970, on le voit ainsi dans la comédie 200 Motels de Frank Zappa, ou incarnant même le célèbre Saint dans un pastiche télé. Mais c’est surtout son rôle dans Caveman (1981), un film préhistorico-burlesque où il joue un homme des cavernes maladroit, qui va changer sa vie – nous y reviendrons.
Au tournant des années 1980, la carrière musicale de Ringo marque donc le pas. En 1981, il sort bien un nouvel album, Stop and Smell the Roses, auquel ont collaboré Paul McCartney, Ronnie Wood ou encore Stephen Stills, mais la tragédie de l’assassinat de John Lennon en décembre 1980 jette une ombre sur ce disque festif. Profondément affecté par la perte de son ami John, Ringo peine à promouvoir l’album. Le cœur n’y est plus, d’autant que dans sa vie personnelle, l’excès d’alcool commence à prendre une place préoccupante. Il faudra une descente aux enfers suivie d’une rédemption inespérée pour que Ringo renaisse artistiquement quelques années plus tard.
All-Starr Band : l’ami de toutes les stars reprend la route
À la fin des années 1980, Ringo Starr est à la croisée des chemins. Miné par l’alcoolisme, absent de la scène musicale depuis des années, beaucoup le considèrent alors comme un « ancien Beatle » retiré des feux de la rampe. Pourtant, c’est à ce moment critique que va jaillir l’étincelle d’un nouveau départ. En 1988, poussé par son épouse Barbara Bach et conscient que sa vie est en train de lui échapper, Ringo prend une décision courageuse : il entreprend une cure de désintoxication. « Je m’étais laissé entraîner dans un tourbillon de substances, l’alcool était devenu plus important que tout le reste », confie-t-il honnêtement. « En 1988, j’ai dit stop et je suis parti me soigner. » Sevré, lucide, il retrouve aussitôt l’envie de créer et surtout de rejouer sur scène – une expérience qu’il n’a plus vraiment connue depuis la fin des tournées des Beatles en 1966.
Dès l’année suivante, en 1989, Ringo concrétise une idée géniale : monter un groupe de tournée rassemblant d’autres rockstars qu’il admire et avec lesquelles il a envie de partager la scène. Ce sera le All-Starr Band, un « groupe all-stars » à géométrie variable conçu comme une véritable célébration de la musique live. Le principe est simple et novateur : Ringo tient la batterie et chante quelques-uns de ses succès, tandis qu’autour de lui gravite un collectif de musiciens célèbres, chacun interprétant ses propres tubes assisté par les autres. Pour la première tournée estivale de 1989, le line-up a de quoi faire saliver les fans de rock classique : on y trouve Dr. John, Billy Preston (le mythique clavier additionnel des Beatles), Joe Walsh (le guitariste des Eagles, par ailleurs beau-frère de Ringo), Nils Lofgren (de l’E-Street Band de Springsteen), Levon Helm (ex-batteur-chanteur de The Band) ou encore Clarence Clemons (saxophoniste de Springsteen). Chaque membre apporte dans ses valises un répertoire de hits que le All-Starr Band joue avec enthousiasme. Le public répond présent : la tournée est un triomphe, mêlant nostalgie et énergie communicative. Chaque concert se conclut bien sûr par un tonitruant « With a Little Help from My Friends » repris en chœur par la foule, comme un clin d’œil aux paroles si vraies pour Ringo : il s’en est sorti grâce à l’aide de ses amis.
Fort de ce succès, Ringo va faire du All-Starr Band sa nouvelle aventure au long cours. Presque chaque année ou tous les deux ans, il repart sur les routes avec une formation renouvelée, réunissant d’autres gloires du rock et de la pop. Au fil des décennies, la scène du All-Starr Band verra défiler une incroyable galerie de talents : Peter Frampton, Jack Bruce (Cream), Todd Rundgren, Ian Hunter (Mott the Hoople), Greg Lake (ELP), Sheila E., Mark Farner (Grand Funk Railroad), Colin Hay (Men at Work) et tant d’autres ont, un temps, été des « All-Starrs ». Peu importe les générations ou les styles, Ringo sait fédérer tout ce beau monde dans un esprit convivial et festif. À plus de 50 ans passés, lui qui n’avait plus tourné depuis l’âge de 26 ans redécouvre la joie simple du contact avec le public, soir après soir. « Je suis remonté sur les rails et je ne les ai plus quittés depuis », dit-il au sujet de cette résurrection scénique.
Année après année, Ringo Starr & His All-Starr Band parcourt le monde, jouant dans des salles modestes comme dans de grands festivals, répandant une bonne humeur qui semble intarissable. Le concept reste immuable, seules les setlists changent un peu au gré des invités. Ringo, lui, est devenu un frontman accompli : il alterne entre son poste de batteur (où son jeu solide continue d’assurer le groove) et le devant de la scène où, micro à la main, il chante ses morceaux emblématiques – « Photograph », « It Don’t Come Easy », « Yellow Submarine » – avec une malice intacte. Son plaisir d’être là, sous les projecteurs, à partager la musique avec ses pairs et le public, est évident. Et cette joie est contagieuse. À l’aube des années 2000, beaucoup saluent la longévité de cette formule unique : Ringo, qui aura eu 80 ans en 2020, était encore sur scène récemment, prouvant qu’il n’a rien perdu de son énergie. Entre 1989 et 2023, pas moins de quinze incarnations différentes du All-Starr Band ont vu le jour. Une longévité remarquable pour ce qui n’était au départ qu’un projet fou de come-back.
Parallèlement à ces tournées, Ringo a relancé sa carrière discographique dès les années 1990, porté par ce nouvel élan. L’album Time Takes Time (1992), salué par la critique, marque son vrai retour en studio après presque une décennie de silence. Entouré de jeunes producteurs et compositeurs, il y retrouve un son pop moderne sans renier son style. Les albums suivants – Vertical Man (1998), Ringo Rama (2003), Liverpool 8 (2008) entre autres – témoignent d’une créativité retrouvée et souvent de collaborations avec d’anciens complices (Paul McCartney fait des apparitions sur quelques titres, tout comme George Harrison avant sa disparition en 2001). Ringo ne cherche plus à courir après les hits, mais à se faire plaisir et à offrir à ses fans de la musique sincère. Et ceux-ci le lui rendent bien, accueillant chaleureusement chaque nouvelle sortie.
Vie de famille : de Maureen à Barbara, un homme de cœur
Derrière la rockstar se cache un homme attaché à sa famille et à ses amis, même si sa vie privée a connu son lot de tumultes. En pleine Beatlemania, Ringo est le premier des Beatles à se marier. Le 11 février 1965, à 24 ans, il épouse Maureen Cox, une coiffeuse de Liverpool qui était une fan du groupe et qu’il fréquentait depuis leurs débuts. La cérémonie, discrète, a lieu à Londres en présence de Brian Epstein et de quelques proches (John et George sont témoins). Le couple aura trois enfants : Zak (né en 1965), Jason (né en 1967) et Lee (née en 1970). Ringo, alors au sommet de la gloire avec les Beatles, tente tant bien que mal de concilier sa vie de jeune père de famille avec les tournées incessantes et l’hystérie qui entoure le groupe. Maureen, souvent cloîtrée à la maison pour échapper aux fans jalouses, vit des moments difficiles malgré l’amour de Ringo. À la fin des années 1960, le couple s’installe dans la campagne anglaise : Ringo achète une grande propriété (Sunny Heights) avec un jardin où il organise de joyeuses fêtes. Les photos de l’époque montrent un père pouponnant son petit Zak dans les coulisses des concerts, ou poussant la balançoire de sa fille dans le jardin, le sourire aux lèvres.
Mais la vie de rock’n’roll a ses écueils. Dans les années 1970, Ringo plonge dans les excès de la célébrité : alcool, infidélités, nuits folles à Los Angeles en compagnie d’amis comme Keith Moon ou Harry Nilsson… Son mariage avec Maureen en souffre. Le couple finit par divorcer en 1975, après dix ans d’une union qui aura traversé les plus folles années de l’histoire du rock. Ringo, honnête, reconnaîtra plus tard qu’il n’avait pas été un mari exemplaire. Malgré la séparation, il gardera de bonnes relations avec Maureen, restant un père présent pour leurs enfants. Tragiquement, Maureen décèdera d’une leucémie en 1994, à seulement 48 ans, et Ringo sera à son chevet dans ses derniers instants, pleurant celle qui fut son premier grand amour.
L’histoire d’amour la plus marquante de la vie de Ringo commence à la fin des années 1970. En 1980, il est choisi pour jouer dans une comédie loufoque intitulée Caveman. Sur le plateau de ce film, il donne la réplique à une ex-James Bond Girl, Barbara Bach (inoubliable Agent Triple X dans L’Espion qui m’aimait). Le courant passe immédiatement entre Ringo et la belle Américaine. Tous deux sortent de relations difficiles et ne pensaient pas vouloir se remarier un jour. Et pourtant, comme le racontera Barbara, « en l’espace d’une semaine de tournage, tout a basculé : nous sommes tombés éperdument amoureux ». Ringo dira en plaisantant qu’il est tombé sous le charme dès qu’il l’a vue arriver à l’aéroport, avec ses lunettes noires et son allure chic. Le 27 avril 1981, moins d’un an après leur rencontre, Ringo Starr et Barbara Bach se marient civilement à Londres, entourés d’une soixantaine d’invités. Paul McCartney et George Harrison assistent à la noce, faisant de l’événement une émouvante réunion de trois Beatles seulement quelques mois après la mort tragique de John Lennon. Les convives auront même droit à une impromptue jam session lorsque McCartney se met au piano, Harrison à la guitare et Starr tape le rythme sur un seau à glace comme caisse claire : un instant de magie musicale au milieu des larmes de souvenir.
Depuis ce jour, Ringo et Barbara ne se sont plus quittés. Quarante-quatre ans de mariage en 2025 : une longévité rare, surtout dans le milieu du show-business. Le secret de ce couple ? « Nous avons décidé de ne jamais passer plus d’une semaine éloignés l’un de l’autre », confie Ringo. Effectivement, dès le début, leur lien fut intense. Ils ont même échappé de peu à la mort ensemble : en 1980, quelques semaines avant le mariage, Ringo et Barbara survivent à un grave accident de voiture (leur voiture fait plusieurs tonneaux après que Ringo a tenté d’éviter un camion). Miraculeusement indemnes, ils y voient un signe : la vie est trop courte, il faut profiter de chaque minute. « Depuis, le plus long qu’on ait été séparés, c’est cinq jours, et c’était beaucoup trop long ! » s’amusait Ringo.
Barbara Bach, qui n’a pas eu d’enfant avec lui, est devenue la belle-mère proche de Zak, Jason et Lee Starkey. Elle a épaulé son mari dans les moments difficiles, notamment face à ses problèmes d’alcool. Ensemble, ils ont traversé la tempête de la fin des années 1988 et s’en sont sortis plus unis que jamais. « Je veux vivre chaque minute avec Barbara », clame encore Ringo aujourd’hui, le regard pétillant lorsqu’il parle de celle qui partage sa vie.
Côté enfants, Ringo n’a pas à rougir de sa descendance. Son fils aîné Zak Starkey, encouragé par son parrain de cœur Keith Moon, a suivi les traces de son père : il est devenu lui-même un batteur de renom, officiant notamment au sein de The Who depuis les années 1990 et ayant accompagné Oasis durant la grande époque de la britpop. Ringo, fier, a toujours laissé Zak forger son propre style – il raconte qu’il ne lui a quasiment jamais donné de cours, préférant que son fils apprenne par lui-même, tout en lui offrant sa première batterie à 8 ans. Jason, le second fils, est resté à l’écart du star-system, menant une carrière plus discrète, tandis que Lee, la benjamine, s’est lancée dans la mode. Ringo est également grand-père : Zak lui a donné une petite-fille en 2016, prénommée Stone, que le papy rockeur adore gâter.
Les démons de l’alcool et la renaissance
Si la vie publique de Ringo Starr a souvent l’éclat des projecteurs, sa vie personnelle a aussi connu des zones d’ombre. Dans les années qui ont suivi la séparation des Beatles, et en particulier à la fin des années 1970, Ringo a sombré dans l’alcoolisme. Les tournées avaient cessé, et sans l’objectif artistique collectif des Beatles, il s’est laissé entraîner dans les nuits sans fin de Los Angeles, épicentre de la démesure rock’n’roll de l’époque. Entouré d’autres musiciens fêtards (John Lennon durant son fameux « Lost Weekend », le batteur Keith Moon, le chanteur Harry Nilsson, ou encore son ami George Harrison), Ringo noie un certain mal-être dans le whisky et la tequila. Peu à peu, la boisson affecte sa créativité et sa santé. En studio, il manque d’inspiration ; en public, il apparaît parfois le regard vide, loin de l’image pimpante qu’il avait autrefois.
Le déclic survient à la fin de 1988. Ringo a 48 ans, il vit entre l’Angleterre et les États-Unis, et réalise qu’il est en train de mettre sa vie en danger. Un matin, après l’énième nuit de blackout, il découvre que Barbara, sa compagne de beuverie, s’est blessée lors d’une chute qu’aucun des deux ne peut vraiment se rappeler. Horrifié à l’idée de faire du mal à celle qu’il aime, il décide qu’il faut en finir avec l’alcool. Ringo et Barbara entrent alors ensemble au centre de réhabilitation Sierra Tucson, en Arizona. Pendant plusieurs semaines, ils suivent un programme intensif de sevrage. Les amis de Ringo, stupéfaits d’apprendre la nouvelle par la presse, lui apportent leur soutien. Pour lui, c’est une renaissance : « En 1989, j’ai monté mon premier All-Starr Band et j’ai repris ma vie en main, définitivement », résume-t-il sobrement.
Depuis ce jour, Ringo Starr n’a plus jamais retouché à l’alcool ou aux drogues. Sobre depuis plus de trente-cinq ans, il attribue sa longévité et son étonnante forme à cette hygiène de vie retrouvée. Il s’est également converti au végétarisme aux côtés de Barbara, pour préserver sa santé. Discipline, méditation (il pratique la méditation transcendantale apprise jadis auprès du Maharishi Mahesh Yogi), exercices physiques quotidiens – chaque matin il consacre une heure à faire du sport – font désormais partie de son quotidien. Les excès de sa jeunesse sont derrière lui, mais il n’en a pas perdu sa joie de vivre pour autant : Ringo aime à répéter qu’il est sobre « mais pas ennuyeux ». Son éternel humour en est la preuve : sa personnalité est intacte, simplement libérée des artifices toxiques. Cette victoire sur ses démons, il la partage volontiers lorsqu’il rencontre des personnes en difficulté, et il soutient activement de nombreuses associations aidant à sortir de l’addiction. Pour beaucoup, Ringo Starr est un exemple de résilience : il a su se réinventer et vieillir en restant jeune d’esprit.
Une œuvre discographique riche et éclectique
Si l’on ne devait retenir qu’une seule chose de Ringo Starr côté musique, ce serait sans doute son sens du rythme inimitable et son toucher de batterie immédiatement reconnaissable. Mais Ringo, c’est aussi un répertoire bien à lui, constitué au fil des décennies, qui révèle une palette d’influences très variées. Depuis 1970, il a sorti pas moins de 21 albums studio en solo – un chiffre impressionnant, signe d’une productivité constante, même si tous n’ont pas connu la même portée commerciale.
Sa discographie solo reflète la personnalité de Ringo : généreuse, sans prétention et toujours partante pour des expérimentations amusantes. On y trouve de tout : des hommages nostalgiques aux standards (Sentimental Journey), de la country pure et dure (Beaucoups of Blues), de la pop ensoleillée des seventies (Ringo, Goodnight Vienna), des clins d’œil disco-funk (Ringo the 4th), du rock FM des années 1980 (Time Takes Time), un album de chants de Noël (l’inattendu I Wanna Be Santa Claus en 1999), sans oublier des disques plus récents teintés de modernité pop (Y Not en 2010, Postcards from Paradise en 2015). Tout au long de ces œuvres, Ringo s’est entouré de compositeurs et de musiciens complices pour l’épauler. Son talent a toujours brillé dans l’interprétation et l’énergie plus que dans l’écriture brute. Ainsi, sur ses albums, on trouve souvent la patte d’amis de longue date qui lui offrent des chansons sur mesure. George Harrison lui a par exemple écrit « It’s All Down to Goodnight Vienna » en 1974, John Lennon lui a offert « I’m the Greatest » (où Lennon joue du piano, se moquant gentiment du statut de star de Ringo dans cette chanson égocentrique et ironique), Paul McCartney a régulièrement contribué (on note sa basse mélodique sur « Peace Dream » en 2010 ou un duo sur « Angel in Disguise », resté inédit).
En 2021, en pleine pandémie, Ringo n’a pas chômé : il a préféré sortir deux EPs (petits albums de quelques titres), Zoom In et Change the World, plutôt qu’un long album, affirmant dans un sourire qu’à son âge, « quatre chansons à la fois, c’est parfait ». Mais chassez le naturel, il revient au galop : en janvier 2025, Ringo a dévoilé un nouvel album studio complet intitulé Look Up, un disque aux accents country produit par le vétéran T-Bone Burnett. À 84 ans passés, Ringo y renoue avec ses premières amours américaines, entouré d’invités de prestige de la scène folk-country actuelle (comme le jeune prodige Billy Strings ou la chanteuse Allison Russell). L’album a reçu un bel accueil critique, preuve que la créativité de « Sir Ringo » est loin d’être tarie.
D’ailleurs, la reconnaissance institutionnelle a fini par couronner cette carrière hors norme. Déjà intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en 1988 avec ses compères Beatles, Ringo Starr a eu l’honneur d’y entrer une seconde fois, en 2015, pour l’ensemble de sa carrière solo. Et en 2018, c’est le prince William en personne qui l’a adoubé chevalier à Buckingham Palace, le décorant de l’ordre de l’Empire britannique. Richard Starkey est ainsi officiellement devenu Sir Ringo Starr, un titre honorifique qui, s’il l’amuse (« J’aurais adoré que ma mère soit là pour voir ça », a-t-il déclaré ce jour-là), ne change rien à sa simplicité foncière.
L’engagement du Beatle au grand cœur
Ringo Starr a conquis la planète avec ses rythmes et ses chansons, mais il a aussi su mettre sa notoriété au service de causes qui lui tiennent à cœur. Surnommé le « Beatle peace and love », il promeut depuis toujours un message de paix, de tolérance et d’amour universel. Cela peut sembler naïf à certains cyniques, mais chez lui c’est une véritable philosophie de vie, forgée par les épreuves et les bonheurs qu’il a connus.
Dès 1971, Ringo participe par amitié à l’un des premiers grands concerts humanitaires de l’histoire : le Concert for Bangladesh initié par George Harrison et Ravi Shankar à New York. Sur scène, aux côtés de Bob Dylan, Eric Clapton ou Leon Russell, Ringo assure la batterie pour venir en aide aux réfugiés du Bangladesh – une expérience qui le marque sur l’importance de se mobiliser pour autrui. Plus tard, il n’hésite pas à donner de son temps et de son talent pour diverses causes. En 1985, on le voit chanter du tambourin dans la chanson caritative « Do They Know It’s Christmas? » (le Band Aid britannique contre la famine en Éthiopie), entouré d’autres légendes de la musique.
Avec Barbara, il fonde au milieu des années 1990 la Lotus Foundation, une association caritative dont les fonds soutiennent une multitude de projets humanitaires : aide aux femmes et enfants victimes de violences, lutte contre le cancer et d’autres maladies, soutien aux sans-abri, protection des animaux, prévention des addictions… Autant de domaines qui reflètent les sensibilités du couple Starr. Pour alimenter cette fondation, Ringo n’hésite pas à mettre aux enchères des objets personnels. En 2015, il a ainsi vendu certaines de ses célèbres batteries Ludwig ou sa précieuse édition n°0000001 du White Album des Beatles, pour des sommes astronomiques intégralement reversées aux œuvres. Depuis une vingtaine d’années, il s’adonne également à la peinture et au dessin numérique, réalisant des toiles et illustrations pop art qu’il vend au profit de Lotus Foundation. Son style coloré et fantaisiste – bien dans l’esprit peace and love – rencontre un joli succès auprès des collectionneurs, heureux d’acquérir une œuvre signée d’un vrai Beatle tout en faisant une bonne action.
Mais l’engagement le plus emblématique de Ringo Starr reste sans doute son fameux rituel d’anniversaire. Chaque 7 juillet, depuis 2008, il invite ses fans du monde entier à se joindre à lui pour une célébration planétaire du « Peace & Love ». L’idée est simple : à midi pile, quel que soit le fuseau horaire, chacun est appelé à prendre une minute pour penser ou dire « Peace and Love » (paix et amour) – que ce soit en levant les doigts en signe de paix, en envoyant un message sur les réseaux sociaux ou tout simplement en y pensant très fort. Ce mouvement a pris de l’ampleur d’année en année, Ringo lui-même organisant des rassemblements publics lorsqu’il est en tournée. On l’a vu ainsi fêter son anniversaire à Chicago, Hambourg ou Sydney, entouré de fans clamant « Peace and love ! » en chœur, avec ce sourire modeste mais heureux sur son visage. En 2020, pour ses 80 ans en plein confinement, il a orchestré un événement virtuel réunissant de nombreux invités musicaux afin de diffuser ce message malgré la distance. Et en 2022, son appel a même été relayé jusque dans l’espace : un enregistrement de « Peace and Love » a été transmis jusqu’à la Station spatiale internationale, pour faire résonner son voeu de paix autour de la Terre – symbole fort de l’universalité de son souhait.
Au-delà de ce slogan, Ringo soutient diverses initiatives caritatives. Il a par exemple parrainé la fondation de David Lynch pour promouvoir la méditation dans les écoles, contribué à un album de soutien aux victimes de l’ouragan Sandy en 2012, et réalisé le vœu d’un jeune survivant du cancer en lui offrant une batterie en 2011. Son attitude bienveillante et positive fait de lui un ambassadeur idéal pour des messages d’espoir. Qui mieux que lui incarne l’idée qu’avec « un peu d’aide de nos amis », le monde peut être meilleur ?
À 85 ans, Ringo Starr est bien plus qu’une icône du passé : il est le symbole vivant d’une certaine idée du bonheur, de la résilience et du partage. Du petit garçon malade de Liverpool découvrant le rythme sur son lit d’hôpital, au vétéran du rock qui continue de brandir inlassablement le signe de la paix sur toutes les scènes du monde, le chemin parcouru force le respect. Ce 7 juillet, entouré de sa famille et de ses amis, Ringo souffle ses bougies avec sans doute une seule devise en tête : « Peace and Love ! » C’est tout le mal qu’on lui souhaite, encore de longues années durant, pour que son étoile (“Starr”) continue de briller au firmament de la musique. Joyeux anniversaire, Sir Ringo, et merci pour le groove et le sourire – la légende est loin d’avoir tiré sa révérence.













