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De Wings à Got Back : 50 ans de concerts légendaires de Paul McCartney

Depuis la fin des Beatles, Paul McCartney n’a cessé de jouer live. Avec Wings, il repart de petites salles avant de triompher avec Wings Over the World (1975-76). En solo, ses tournées records de 1989-90, 2002, 2013 et 2022 mêlent classiques Beatles, tubes Wings et nouveautés, portées par pyrotechnie et hommages à Lennon et Harrison. De Rio (184 000 spectateurs) à Moscou, Glastonbury ou Tel-Aviv, chaque date devient un événement. Son record à Rio 1990 et son Glastonbury 2022 à 80 ans illustrent son endurance. Entouré d’un groupe survolté et, depuis 2018, d’une section de cuivres, il marie écrans géants et duo virtuel avec John Lennon pour un show mêlant nostalgie et innovation. À 83 ans, il prépare la tournée Got Back 2025, preuve qu’il reste le maître des marathons rock sur scène.

Depuis la fin des Beatles, Paul McCartney n’a cessé de jouer live. Avec Wings, il repart de petites salles avant de triompher avec Wings Over the World (1975-76). En solo, ses tournées records de 1989-90, 2002, 2013 et 2022 mêlent classiques Beatles, tubes Wings et nouveautés, portées par pyrotechnie et hommages à Lennon et Harrison. De Rio (184 000 spectateurs) à Moscou, Glastonbury ou Tel-Aviv, chaque date devient un événement. Son record à Rio 1990 et son Glastonbury 2022 à 80 ans illustrent son endurance. Entouré d’un groupe survolté et, depuis 2018, d’une section de cuivres, il marie écrans géants et duo virtuel avec John Lennon pour un show mêlant nostalgie et innovation. À 83 ans, il prépare la tournée Got Back 2025, preuve qu’il reste le maître des marathons rock sur scène.


Paul McCartney est l’un des artistes les plus prolifiques de l’histoire du rock sur scène. Après avoir conquis le monde dans les années 1960 avec les Beatles, le bassiste de Liverpool n’a cessé de se produire en concert, construisant une carrière scénique impressionnante sur plus de cinq décennies. De ses premières tournées modestes avec son groupe Wings dans les années 1970 à ses méga-concerts planétaires en solo, McCartney a su mêler les classiques intemporels des Beatles, les tubes de Wings et ses morceaux solo pour électriser les foules aux quatre coins du globe. À l’aube de ses 83 ans, « Macca » s’apprête même à reprendre la route pour une nouvelle tournée en 2025, preuve que sa passion pour la scène demeure inépuisable.

Les années 1970 : Wings prend son envol sur scène

Séparé des Beatles en 1970, Paul McCartney fonde le groupe Wings et choisit de repartir presque de zéro sur scène. Entre 1972 et 1973, Wings effectue de petites tournées « sous le radar » – concerts improvisés dans des universités britanniques et tournée dans des théâtres au Royaume-Uni – destinées à rôder le nouveau groupe sans l’énorme pression médiatique qui entourait les Beatles. Ce n’est qu’en 1975 que McCartney sent Wings prêt à affronter des foules massives. Il lance alors la tournée Wings Over the World, sa première tournée mondiale depuis l’ère Beatles. Celle-ci s’étale sur 1975-1976 et couvre l’Europe, l’Australie, les États-Unis et le Canada. Cette série de 66 concerts attire environ 1 million de spectateurs et marque le grand retour de McCartney en Amérique du Nord, où il ne s’était pas produit depuis la tournée finale des Beatles en 1966.

La tournée Wings Over the World est un triomphe populaire et critique, à tel point qu’elle donnera lieu à un triple album live (Wings over America, sorti fin 1976) ainsi qu’à un film de concert (Rockshow, sorti en 1980). Pour la première fois depuis la séparation des Beatles, Paul ose rejouer sur scène quelques chansons de son ancien groupe, comme “Yesterday”, “Lady Madonna” ou “The Long and Winding Road”. Cette inclusion de titres des Fab Four – alors qu’il s’y refusait auparavant – est accueillie avec ferveur par le public et contribue largement au succès de la tournée. Le reste de la setlist met en avant les tubes de Wings, notamment des albums à succès Band on the Run (1973), Venus and Mars (1975) ou Wings at the Speed of Sound (1976). Sur scène, McCartney est accompagné de sa femme Linda (claviers, chœurs), de Denny Laine (ex-Moody Blues, guitare et chant), du guitariste Jimmy McCulloch et du batteur Joe English, épaulés par une section de cuivres de quatre musiciens menée par Howie Casey. Désireux de montrer que Wings est un vrai groupe et pas seulement « le backing band de Paul », McCartney laisse d’ailleurs ses acolytes interpréter quelques chansons : Denny Laine chante par exemple Go Now (son ancien hit avec les Moody Blues) et Jimmy McCulloch son titre Medicine Jar.

Wings Over the World se déroule principalement dans de grandes salles et des stades. Aux États-Unis, l’ampleur logistique est inédite pour McCartney : cinq semi-remorques de 32 tonnes convoyent le matériel entre chaque date. Les concerts américains affichent complet, avec plus de 600 000 spectateurs sur 31 shows aux USA et Canada au printemps 1976. Paul bat même un record d’affluence historique lors du concert du 10 juin 1976 au Kingdome de Seattle, avec plus de 67 000 fans dans ce stade couvert – du jamais-vu à l’époque pour un spectacle rock en salle. Les médias saluent la performance de McCartney : après cinq ans de relatif retrait, l’ex-Beatle prouve qu’il peut de nouveau remplir les arènes et offrir un spectacle à grand déploiement. Un événement symbolique souligne cette réussite : à Los Angeles, Ringo Starr vient le rejoindre brièvement sur scène pour lui remettre un bouquet de fleurs, comme un clin d’œil amical entre anciens Beatles devant des dizaines de milliers de personnes en délire.

En 1979, Wings tourne une dernière fois au Royaume-Uni. Le groupe a changé de line-up (Laurence Juber à la guitare et Steve Holley à la batterie ont remplacé McCulloch et English) et se produit dans des salles plus modestes. Néanmoins, en décembre 1979, McCartney organise avec Wings le Concert for the People of Kampuchea à l’Hammersmith Odeon de Londres – un concert caritatif en soutien aux réfugiés du Cambodge. Pour l’occasion, Paul forme un « supergroupe » baptisé Rockestra, réunissant sur scène une pléiade de rockeurs célèbres (Pete Townshend des Who, John Paul Jones de Led Zeppelin, John Bonham, Gary Brooker de Procol Harum, etc.) afin d’interpréter quelques morceaux en jam session. Ce show mémorable, immortalisé sur l’album Concerts for the People of Kampuchea, est l’ultime grande prestation scénique de Wings. Quelques semaines plus tard, en janvier 1980, la tournée prévue au Japon est annulée suite à l’arrestation de McCartney pour possession de marijuana à l’aéroport de Tokyo. Ce coup d’arrêt précipite la fin de Wings en 1981. Paul entame alors une longue période sans tournée, se limitant à des enregistrements studio et à de rares apparitions uniques sur scène pendant la première moitié des années 1980.

Parenthèse et événements ponctuels dans les années 1980

Durant les années 1980, Paul McCartney se fait relativement discret sur scène, n’organisant aucune tournée mondiale avant la fin de la décennie. Il monte néanmoins sur scène pour quelques événements ponctuels majeurs, souvent à visée caritative. Le 13 juillet 1985, il participe ainsi au concert historique Live Aid au stade de Wembley à Londres. McCartney, seul au piano, conclut la partie britannique du mégaconcert par “Let It Be” devant 72 000 personnes – non sans frayeur : son micro ne fonctionnant pas au début, le public et ses célèbres collègues (David Bowie, Pete Townshend et Bob Geldof) l’aident à chanter jusqu’à ce que le problème technique soit résolu. Malgré ce contretemps, la prestation de McCartney à Live Aid est un moment fort, qui rappelle au monde qu’il reste une légende vivante de la musique prête à s’engager pour de grandes causes.

En 1986, Paul apparaît au concert du Prince’s Trust (aux côtés d’Elton John, Eric Clapton…) et en 1987, il rejoint George Harrison, Ringo Starr et d’autres stars pour le concert hommage Heartbeat ’86 à Birmingham. S’il se fait rare, chaque apparition scénique de McCartney dans ces années-là est un événement en soi. En 1989, il surprend également en donnant un concert intime au mythique Cavern Club de Liverpool (son premier retour dans ce club des débuts des Beatles) pour un tournage télé. Mais en dehors de ces exceptions, McCartney consacre surtout les années 80 à sa carrière studio. Ce n’est qu’à la fin de la décennie qu’il planifie son grand retour en tournée, mû par l’envie de rejouer ses nouvelles chansons sur scène – et, surtout, par la demande du public qui rêve de le revoir en concert.

1989-1990 : Le retour triomphal avec le Paul McCartney World Tour

En septembre 1989, après dix ans d’absence scénique, Paul McCartney lance une tournée mondiale monumentale baptisée The Paul McCartney World Tour. C’est sa première tournée sous son propre nom, sans groupe attitré, et surtout sa première tournée mondiale depuis Wings Over the World en 1976. Entre 1989 et 1990, McCartney donne 102 concerts dans 13 pays, parcourant plus de 100 000 kilomètres. Près de 2,8 millions de spectateurs y assistent au total – un chiffre colossal qui fait de cette tournée la plus couronnée de succès de sa carrière à ce moment-là. McCartney s’entoure pour l’occasion d’un nouveau groupe de scène cosmopolite, où l’on retrouve sa fidèle épouse Linda aux claviers, mais aussi les guitaristes Hamish Stuart (ex-Average White Band) et Robbie McIntosh (ex-Pretenders), le clavier Paul “Wix” Wickens (appelé à devenir un collaborateur de long terme) et le batteur Chris Whitten. Ensemble, ils offrent un spectacle généreux, généralement plus de 2h30 de musique couvrant toute la carrière de Paul.

La tournée coïncide avec la sortie de l’album Flowers in the Dirt (1989), dont plusieurs chansons sont jouées, mais elle marque surtout la réconciliation publique de McCartney avec son héritage Beatles. Pour la première fois, près de la moitié de la setlist est composée de chansons des Beatles, au côté des succès de Wings et de morceaux solo récents. Entendre McCartney interpréter “Penny Lane”, “Can’t Buy Me Love” ou “Hey Jude” – des titres qu’il n’avait plus joués depuis les années 60 – est un immense cadeau pour les fans de deux générations confondues. Chaque soir, le public reprend en chœur les refrains légendaires. La presse salue ce retour triomphal : « Paul McCartney renoue avec sa légende », titrent certains journaux, soulignant l’émotion de voir un ex-Beatle chanter enfin ses classiques sur scène. La tournée donne lieu à un album live à grand succès (Tripping the Live Fantastic, 1990) et un film concert (Get Back, réalisé par Richard Lester en 1991), témoignant de l’engouement qu’elle a suscité.

Plusieurs dates de ce tour 1989-90 entrent dans l’histoire. Le 21 avril 1990, McCartney se produit au stade Maracanã de Rio de Janeiro devant 184 000 spectateurs, établissant un record mondial d’affluence pour un concert de rock dans un stade. Jamais un artiste n’avait rassemblé une telle foule payante en un seul show. Quelques semaines plus tard, le 28 juin 1990, Paul joue pour la première fois de sa carrière un grand concert en plein air dans sa ville natale de Liverpool, devant plus de 50 000 fans réunis sur les docks de King’s Dock. Ce soir-là, lors du medley final en hommage à John Lennon, la foule de Liverpool continue spontanément de chanter Give Peace a Chance même après l’arrêt de l’orchestre, poussant McCartney à reprendre le chant avec elle ; Paul confiera que cet instant de communion fut « l’un des plus grands moments de [sa] carrière ». La tournée se conclut en apothéose le 15 juillet 1990 par un gigantesque concert à Chicago (Soldier Field) le soir de la fête nationale française – clin d’œil, puisque McCartney y interprète “Let It Be” pendant qu’un feu d’artifice illumine le ciel américain d’un tricolore bleu-blanc-rouge.

1993 : The New World Tour et la fin du siècle sur scène

Fort du succès de 1989-90, McCartney enchaîne en 1993 avec The New World Tour, une nouvelle tournée mondiale s’inscrivant dans la sortie de l’album Off the Ground. De février à décembre 1993, il parcourt de nouveau l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Asie et pour la première fois depuis Wings, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Cette tournée de 77 concerts est marquante à plusieurs égards. D’abord, McCartney y utilise pour la première fois une véritable scénographie à grand spectacle conçue par l’artiste Brian Clarke : un immense décor de scène peint à la main de plus de 1 500 m² (16 400 sq ft) est déployé en fond de scène, faisant alors figure de plus grand backdrop jamais utilisé en concert. Des projections vidéo artistiques illustrent également certains morceaux, notamment un montage d’images de vitraux diffusé pendant “Let It Be”. McCartney pousse ici plus loin l’aspect visuel de ses shows, ajoutant une dimension esthétique et narrative. Ensuite, The New World Tour est précédé dans certaines villes d’un film d’ouverture militant contre la cruauté animale (montrant des images de laboratoire de tests sur animaux) – un choix osé qui choque une partie du public américain, mais reflète l’engagement personnel de Paul pour les droits des animaux.

Musicalement, la setlist reste un savant mélange de nouveautés et de classiques Beatles/Wings, avec quelques raretés pour les fans (il reprend par exemple “Penny Lane” en Europe, ou “Michelle” en France). Le groupe est le même qu’en 1989 à l’exception du batteur Blair Cunningham, qui a remplacé Chris Whitten. Linda McCartney, toujours aux claviers et aux chœurs, participe là à sa dernière tournée : elle sera diagnostiquée d’un cancer en 1995 et décédera en 1998, ce qui conduira Paul à interrompre ses tournées pendant de longues années. The New World Tour s’achève en décembre 1993, lors d’un concert à guichets fermés au Tokyo Dome, au Japon. C’est le dernier tour de Paul au XXe siècle ; après cela, il ne remontera plus sur scène pour une tournée complète avant 2002, préférant se consacrer à sa vie de famille durant les années 1994-1997 et n’apparaissant que pour des occasions spéciales.

Avant d’aborder la période suivante, on peut noter deux moments marquants qui ponctuent la fin de ces années 90 sans tournée : en 1997, McCartney participe au concert de bienfaisance Music for Montserrat à Londres, où il interprète “Yesterday” et “Golden Slumbers” aux côtés d’artistes comme Elton John et Eric Clapton, rappelant qu’il répond toujours présent pour les causes humanitaires. Et en mars 1999, il revient pour un soir au Cavern Club de Liverpool – là où tout a commencé – pour un concert rock’n’roll endiablé diffusé sur Internet, entouré de musiciens comme David Gilmour (Pink Floyd) et Ian Paice (Deep Purple). Ce show intimiste annonce que McCartney n’a rien perdu de son énergie scénique malgré le poids des années, de bon augure pour la suite.

2002-2005 : Renaissance scénique et tournées millésimées

Après une pause de neuf ans, Paul McCartney effectue un retour triomphal sur scène en 2002. Il a entre-temps traversé des épreuves personnelles (la perte de Linda en 1998) et sorti de nouveaux albums, et c’est en veuf remarié (avec Heather Mills) qu’il entreprend sa première tournée du XXIe siècle, baptisée Driving World Tour. Ce tour, lancé en avril 2002 aux États-Unis, accompagne l’album Driving Rain (2001) et symbolise le nouveau départ de Paul. Le contexte est particulier : McCartney avoue monter sur scène avec dans le cœur le souvenir de Linda, mais aussi en pensant à son ami George Harrison, décédé fin 2001, et à la ville de New York meurtrie par les attentats du 11-Septembre. Autant d’éléments qui donnent une teinte émotionnelle aux concerts de 2002.

Pour cette nouvelle ère, McCartney s’entoure d’un groupe rajeuni et survolté, qui restera son band attitré pendant deux décennies : le guitariste Rusty Anderson, le multi-instrumentiste Brian Ray, et le batteur Abe Laboriel Jr., rejoignent le fidèle claviériste Wix Wickens. L’alchimie est immédiate : ces musiciens apportent une énergie rock dynamique, et leurs chœurs épaulent efficacement la voix de Paul. Chaque soir, le show s’ouvre de façon originale : un remix électro de Liverpool Sound Collage (projet expérimental de McCartney/The Fireman) retentit, suivi d’une performance acrobatique du Cirque du Soleil pour chauffer la salle. Puis Paul apparaît et lance le concert avec “Hello, Goodbye” ou “Jet”, devant des publics immédiatement conquis.

Driving World Tour 2002 compte 58 concerts et se révèle un énorme succès commercial (plus de 125 millions de dollars de recettes, Paul figurant parmi les plus grosses tournées de l’année). La tournée passe par l’Amérique du Nord, le Mexique, le Japon et termine en novembre 2002. McCartney y instaure plusieurs moments qui deviendront des rituels appréciés : par exemple, il rend hommage à George Harrison en jouant chaque soir “Something” au ukulélé (instrument qu’affectionnait George) – séquence émouvante où l’écran géant projette des images de son ancien comparse. Il honore aussi la mémoire de John Lennon en interprétant “Here Today”, chanson qu’il avait écrite en 1982 comme une lettre posthume à John. Côté scénographie, Paul intègre désormais systématiquement des effets pyrotechniques spectaculaires sur “Live and Let Die” (explosions de flammes au rythme du morceau) et un lâcher de confettis multicolores pendant le final “Hey Jude” – des éléments devenus indissociables de ses concerts ultérieurs.

En 2003, McCartney enchaîne avec Back in the World Tour, qui est en fait le prolongement de la tournée précédente vers l’Europe. Pour la première fois depuis 10 ans, Paul se produit en France, en Allemagne, en Espagne, etc., remplissant les plus grandes salles du Vieux Continent. Cette tournée est marquée par un événement historique le 24 mai 2003 : Paul McCartney joue en concert pour la première fois de sa vie en Russie, sur la Place Rouge de Moscou. Les Beatles y avaient été interdits de séjour dans les années 60, et des générations de fans soviétiques avaient rêvé de ce moment. Devant plus de 100 000 spectateurs massés sur la Place Rouge, Paul enchaîne tubes et symboles (il chante notamment “Back in the USSR” sur le sol même de l’ex-Union soviétique) dans un concert ouvertement émouvant. Pour de nombreux Russes, cet événement dépasse le cadre musical : « Enfin, Paul a satisfait des décennies d’attente avec son tout premier concert en Russie », écrit un média, soulignant la portée quasi diplomatique de ce show unique. Vladimir Poutine lui-même accueille McCartney au Kremlin en amont du concert. Ce moment restera gravé comme l’un des sommets de la carrière scénique de McCartney, immortalisé dans le DVD Paul McCartney in Red Square.

La tournée Back in the World se termine en juin 2003 par un grand concert à Liverpool (25 000 personnes à l’ancien aérodrome de Speke) et un autre à Glastonbury en Angleterre. En effet, Paul est invité à clôturer le célèbre festival de Glastonbury 2004 (pour l’édition du festival en juin 2004) : il s’y produit devant 100 000 festivaliers boueux et extatiques, délivrant un show légendaire ponctué d’un feu d’artifice géant sur “Hey Jude”. McCartney, désormais sexagénaire, prouve qu’il est aussi à l’aise en tête d’affiche d’un festival rock moderne que dans un stade. La presse britannique acclame cette performance, point d’orgue de l’année 2004.

À l’automne 2005, Paul repart en tournée nord-américaine pour promouvoir son album Chaos and Creation in the Backyard. Sobrement intitulée The ‘US’ Tour, cette série de concerts voit McCartney parcourir les États-Unis (avec quelques dates au Canada) entre septembre et novembre 2005. Le spectacle gagne encore en sophistication technique : Paul intègre dans sa setlist des titres rarement joués (comme “Magical Mystery Tour” en ouverture ou “Till There Was You”), et sur certaines dates il propose même une section acoustique en solo au milieu du concert, jouant seul sur une petite estrade avancée dans le public. Cette tournée 2005 est notamment marquée par la participation de McCartney au Super Bowl halftime show en février 2005 : choisi pour nettoyer l’image du show de mi-temps après la polémique « Nipplegate » de 2004, Paul assure un concert télévisé exemplaire devant des dizaines de millions de téléspectateurs, enchaînant “Drive My Car”, “Get Back”, “Live and Let Die” (avec un déluge de pyrotechnie) et “Hey Jude” repris par tout le stade. Là encore, l’enthousiasme populaire est énorme, confirmant que McCartney reste une valeur sûre fédératrice en concert.

2007-2012 : Concerts exceptionnels, nouveaux publics

Entre 2007 et 2012, Paul McCartney ne lance pas de tournée mondiale structurée chaque année, mais il demeure extrêmement présent sur scène à travers des séries de concerts thématiques, des festivals et des événements spéciaux, s’ouvrant toujours à de nouveaux publics et de nouveaux lieux. En 2007, à la sortie de son album Memory Almost Full, il surprend en donnant une poignée de concerts intimistes dans des petites salles. Il joue notamment à l’Olympia de Paris, au Electric Ballroom de Londres ou encore dans un petit club de Los Angeles, offrant à quelques centaines de fans chanceux l’opportunité de le voir de près dans un cadre chaleureux. Le 27 juin 2007, il investit même un magasin HMV de Hollywood pour un mini-concert promotionnel, et en novembre 2007, il se produit sous pseudo dans un pub de Londres. Ces prestations « club » révèlent un McCartney détendu, se faisant plaisir sur des morceaux plus obscurs de son répertoire, et montrent qu’il n’a pas peur de revenir à l’échelle humaine malgré son statut de superstar.

En 2008, McCartney participe à plusieurs rendez-vous marquants. En juin, il est la tête d’affiche du concert géant organisé à Québec pour le 400e anniversaire de la ville : sur les plaines d’Abraham, il chante devant plus de 200 000 personnes, majoritairement francophones, adaptant même les paroles de “Michelle” avec quelques phrases en français. En septembre 2008, il réalise un vieux rêve en jouant en Israël malgré certaines controverses. 43 ans après l’interdiction des Beatles dans ce pays, McCartney donne un concert historique au parc Hayarkon de Tel-Aviv devant 40 000 spectateurs – malgré des menaces d’extrémistes et des appels au boycott, il maintient sa venue en prônant un message de paix. « Shalom Tel Aviv ! » lance-t-il en arrivant sur scène, salué par une véritable Beatlemania intergénérationnelle en Terre sainte. Paul profite de sa visite pour se rendre à Bethléem en Cisjordanie, allumant une bougie à l’église de la Nativité et appelant à la réconciliation – un geste très médiatisé. Ce concert en Israël restera comme un symbole fort de l’universalité de sa musique, capable de rassembler au-delà des divisions politiques.

À partir de 2009, McCartney entame un rythme quasi annuel de tournées mondiales, chacune avec un nom thématique différent et quelques nouveautés scéniques, mais conservant une même base : un show marathon de près de trois heures retraçant toute sa carrière, soutenu par son fidèle quartet de musiciens (Rusty, Brian, Wix, Abe). En 2009, après avoir fait sensation en tête d’affiche du festival Coachella en Californie (où les jeunes festivaliers acclament ce vétéran de 66 ans comme une légende vivante), il inaugure le nouveau Citi Field de New York avec trois concerts à guichets fermés. Ces shows new-yorkais de juillet 2009, immortalisés sur l’album Good Evening New York City, sont riches en moments spéciaux : Billy Joel (qui avait invité Paul l’année précédente lors du concert d’adieu au Shea Stadium) vient le rejoindre sur scène pour “I Saw Her Standing There”, créant une belle complicité entre pianistes. En octobre 2009, Paul joue pour la première fois en tour leader en Amérique latine, avec des concerts enflammés au Brésil, en Argentine et au Mexique où le public chante chaque parole en chœur.

En 2010, il lance le Up and Coming Tour, qui l’emmène sur plusieurs continents. Cette tournée est l’occasion pour lui de jouer dans des endroits où il n’avait jamais mis les pieds. Par exemple, en mars 2010, McCartney donne son tout premier concert à Porto Rico, à San Juan, marquant la première visite d’un Beatle dans l’île caribéenne. Il enchaîne avec sa première participation au Festival d’Isle of Wight en Angleterre en juin 2010, puis ses premiers concerts en Écosse depuis 20 ans (à Glasgow) et au pays de Galles depuis plus de 30 ans (à Cardiff). La demande est telle qu’une seconde date est souvent ajoutée là où il passe – à Buenos Aires en 2010, les 50 000 billets s’écoulent en quelques heures, obligeant à programmer un deuxième show le lendemain, attirant au total plus de 100 000 personnes sur deux soirs. Le public sud-américain, extrêmement fervent, réserve à Paul un accueil inoubliable : quand il joue “Hey Jude” au stade Morumbi de São Paulo en novembre 2010, 140 000 fans répartis sur deux concerts entonnent le « Na na na » final dans un tonnerre d’émotion.

En 2011-2012, McCartney poursuit sur cette lancée avec le On the Run Tour, démarré à l’été 2011 par deux concerts au Yankee Stadium de New York. Ce tour le conduit à nouveau en Amérique du Nord et en Europe, mais aussi dans des territoires encore inédits pour lui en Amérique du Sud. Par exemple, en avril 2012, Paul se produit pour la première fois de sa carrière en Uruguay, à Montevideo, et les billets s’y vendent en 40 minutes – le stade Centenario est plein à craquer avec 54 000 fans en délire, et McCartney confie sur son site qu’il « n’oubliera jamais l’enthousiasme débordant du public paraguayen » après son premier concert au Paraguay peu après. Il en est de même en Colombie, où ses billets s’arrachent en un jour pour un concert à Bogota en 2012, la foule de 32 000 personnes chantant si fort que Paul dira que c’était peut-être « la meilleure audience de toute [sa] carrière ». Chaque nouvelle ville visitée par McCartney devient un événement national pour les fans qui l’attendaient parfois depuis des décennies, preuve de son aura universelle.

Le On the Run Tour est aussi marqué par quelques faits insolites. En novembre 2011, lors d’un concert à Bologne en Italie, la puissance des effets pyrotechniques de “Live and Let Die” déclenche accidentellement l’alarme incendie du palais des sports, interrompant le show quelques minutes – plus de peur que de mal, Paul en plaisantera. À Vancouver en 2012, un précédent concert en stade ayant endommagé le toit du BC Place, il déplace son spectacle dans une salle couverte plus petite (Rogers Arena) pour éviter tout nouvel incident. Enfin, en été 2012, McCartney est choisi pour une mission d’honneur : conclure la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres. Le 27 juillet 2012, il chante “Hey Jude” devant un stade de Wembley entier et plus d’un milliard de téléspectateurs à la télévision – un moment empreint d’émotion patriotique, où la planète entière reprend en chœur ce hymne à l’unisson. Quelques jours plus tôt, il avait également clos le grand concert du Jubilé de diamant de la Reine Elizabeth II devant Buckingham Palace (avec “Ob-La-Di, Ob-La-Da” et “Let It Be”), confirmant son statut d’icône nationale au Royaume-Uni.

2013-2017 : Tournées Out There et One on One, entre innovation et nostalgie

En 2013, Paul McCartney fête ses 71 ans, mais il est loin de raccrocher. Il lance cette année-là une nouvelle tournée mondiale intitulée Out There, qui va s’étendre jusqu’en 2015 avec plus de 90 concerts dans 18 pays. Si la formule reste celle d’un « best-of live » couvrant Beatles, Wings et solo, la tournée Out There apporte son lot d’innovations scéniques. McCartney renouvelle en partie sa production : un tout nouveau dispositif d’éclairage et de lasers est conçu, ainsi qu’une scène équipée de plates-formes LED y compris au sol. Pour la première fois, Paul utilise une plate-forme élévatrice qui l’emporte à 6 mètres au-dessus de la foule pendant qu’il chante en solo “Blackbird” ou “Here Today”. L’effet est saisissant : dans l’obscurité de la salle, on voit la silhouette de McCartney seul avec sa guitare s’élevant au-dessus du public, symbole de sa proximité malgré la foule immense. La tournée démarre en mai 2013 au Brésil, où l’enthousiasme est tel que la ville de Belo Horizonte avait lancé une pétition pour faire venir McCartney. Le soir du premier concert, les fans brésiliens brandissent des pancartes “Thank You” durant “Hey Jude” pour remercier Paul d’être venu – ce dernier, touché, prolonge le chant du public, créant un moment de communion inoubliable.

Out There est également l’occasion pour McCartney de rafraîchir sa setlist en ajoutant des surprises. Lors du tout premier concert au Brésil, il joue pour la première fois en live cinq chansons des Beatles qu’il n’avait jamais interprétées auparavant, comme “Eight Days a Week”, “Lovely Rita” ou “Being for the Benefit of Mr. Kite!”. Les fans de longue date sont aux anges d’entendre enfin ces raretés en concert, tandis que le grand public se régale toujours des incontournables “Let It Be” ou “Yesterday”. La tournée Out There sera toutefois marquée par un coup dur : en mai 2014, alors qu’il doit jouer en Asie, McCartney contracte un virus et tombe gravement malade. Il doit annuler plusieurs dates au Japon et en Corée du Sud – fait rarissime dans sa carrière. Après quelques semaines de convalescence, il reprend la route de plus belle, prouvant une fois de plus sa résilience. En 2014, Out There passe par des lieux majestueux (le Colisée de Rome accueille un concert de Paul en plein air en mai, événement exceptionnel permis par la mairie) et en 2015, la tournée s’achève par quelques dates en Europe. McCartney n’hésite pas à jouer dans des sites singuliers : en août 2015, il offre un dernier concert de la tournée dans les arènes romaines de Nîmes en France, alliant ainsi patrimoine historique et rock.

Dès avril 2016, infatigable, McCartney enchaîne avec une nouvelle tournée nommée One on One, qui va s’étendre jusqu’en décembre 2017. Le titre signifie littéralement “en tête-à-tête” : Paul explique qu’il souhaite que chaque spectateur, même tout au fond du stade, ait l’impression qu’il joue personnellement pour lui. Pour cela, il soigne encore davantage l’aspect visuel et intime : durant One on One, il prend plus de temps pour converser avec le public entre les chansons, partageant des anecdotes, rendant hommage à ses proches disparus (il raconte par exemple l’histoire de la composition de “Blackbird” ou dédie “Here Today” à John Lennon, provoquant des tonnerres d’applaudissements). One on One voit aussi McCartney se produire enfin dans des endroits qui manquaient à son palmarès américain : premier concert de sa carrière dans l’État du Dakota du Sud, à Sioux Falls, première date en Arkansas, ou encore première performance à Fresno en Californie. Autant de “premières” qui démontrent qu’après 50 ans de tournées, Paul trouve encore le moyen d’innover géographiquement.

Cette tournée 2016-2017 est jalonnée de moments mémorables. McCartney est invité en octobre 2016 au festival Desert Trip en Californie – surnommé “l’Oldchella” car réunissant les légendes rock (les Stones, Dylan, The Who…) – où il partage l’affiche avec Neil Young. Sur scène, Neil Young le rejoint pour interpréter avec lui “A Day in the Life” en fusionnant sur la fin avec “Give Peace a Chance”, un duo magistral entre deux géants. En juin 2017, à l’occasion du 50e anniversaire de Sgt. Pepper, Paul introduit dans son set la chanson “Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Reprise)” et enchaîne directement sur “Helter Skelter” comme sur l’album – le tout enveloppé de lumières psychédéliques, pour le plus grand plaisir des fans nostalgiques de l’ère psyché. Durant l’été 2017, McCartney réalise un exploit attendu depuis longtemps : il retourne jouer en Australie et en Nouvelle-Zélande, pays qu’il n’avait plus visités depuis 24 ans (la tournée de 1993). Là encore, l’accueil est triomphal : à Sydney, Melbourne, Auckland, des stades entiers chantent “Mull of Kintyre” en agitant des drapeaux écossais, ravivant un rituel instauré lors de ses passages en Océanie. Paul conclut la tournée One on One le 16 décembre 2017 à Auckland avec “Golden Slumbers/Carry That Weight/The End” sous un tonnerre d’applaudissements – preuve qu’après plus de 250 concerts donnés dans les années 2010, la flamme est loin d’être éteinte.

2018-2022 : Freshen Up, Got Back et l’âge d’or d’une légende vivante

À partir de 2018, McCartney entame ce que l’on pourrait appeler l’âge d’or du « live » tardif, repoussant toujours plus loin les limites de l’âge sur scène. En septembre 2018, quelques jours après la sortie de son album Egypt Station, il lance la tournée Freshen Up – signifiant littéralement “donner un coup de frais”. C’est sa première tournée depuis qu’il est octogénaire (il fête ses 80 ans en 2022 en tournée), et Paul cherche effectivement à apporter du neuf. Il intègre à son groupe une section de cuivres live, les Hot City Horns (trois jeunes musiciens déjà présents occasionnellement sur One on One), qui apportent un son plus riche sur des titres comme “Letting Go” ou “Got to Get You Into My Life”. La setlist évolue aussi : McCartney surprend en ouvrant ses concerts de 2018 avec “A Hard Day’s Night” – le légendaire riff de guitare retentissant pour la première fois sous ses doigts depuis 1965 – suivi de “Hi Hi Hi” de Wings. Il ajoute également quelques chansons d’Egypt Station comme “Come On To Me” ou “Fuh You” au milieu de ses classiques, montrant qu’il continue de promouvoir ses nouveautés même à 76 ans passés.

La tournée Freshen Up s’étend jusqu’en juillet 2019, totalisant 39 concerts à travers l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie. Elle passe par Paris (Paris La Défense Arena en novembre 2018, où il n’avait plus joué depuis 2004), par le Royaume-Uni (il offre notamment un concert émouvant à Liverpool en décembre 2018, retrouvant sa ville devant 40 000 fans conquis), ainsi que par le Japon. En juillet 2019, McCartney termine Freshen Up par une date grandiose au Dodger Stadium de Los Angeles. Pour ce dernier concert de la tournée, il réserve deux invités de marque : en rappel, Ringo Starr le rejoint à la batterie pour interpréter “Sgt. Pepper (Reprise)” et “Helter Skelter” – recréant ainsi la moitié des Beatles sur scène, à l’enthousiasme général – puis le guitariste Joe Walsh (Eagles, et beau-frère de Ringo) vient compléter le boeuf final sur “The End”. Voir Paul et Ringo jouer ensemble ces titres iconiques constitue un instant historique pour les fans, beaucoup parlant de larmes de joie en entonnant une dernière fois « And in the end, the love you take is equal to the love you make ».

L’année 2020 aurait dû voir Paul prolonger Freshen Up par des concerts en Europe (une date au Stade de France à Paris et un passage en tête d’affiche à Glastonbury étaient prévus pour les 50 ans du festival). Hélas, la pandémie de Covid-19 frappe et contraint McCartney à annuler ces projets. Pendant la pause forcée, il en profite pour enregistrer seul un nouvel album (McCartney III, 2020). Mais dès que les conditions le permettent, il est résolu à remonter sur scène. C’est ainsi qu’au printemps 2022, à 79 ans, il lance la tournée Got Back – dont le nom joue malicieusement avec le titre “Get Back” et l’idée de « retour ». Le premier concert a lieu le 28 avril 2022 à Spokane, aux États-Unis : c’est alors sa première prestation live depuis plus de deux ans et demi, la plus longue interruption de tournée de toute sa carrière.

La tournée Got Back 2022-2023 marque un nouvel exploit du “cute Beatle”. McCartney y offre des concerts fleuve de près de 3 heures, avec plus de 35 chansons couvrant toutes les époques. Son groupe reste inchangé (Rusty, Brian, Wix, Abe + les cuivres Hot City Horns), et la mise en scène mêle habilement nostalgie et technologie. Un moment fort du show est l’inclusion d’un duo virtuel avec John Lennon : grâce aux images de la récente série documentaire The Beatles: Get Back (réalisée par Peter Jackson), Paul parvient à chanter en harmonie avec la voix et la vidéo isolées de John sur “I’ve Got a Feeling”. Lors de la première occurrence de cette prouesse à Spokane, l’émotion est immense parmi le public, beaucoup ayant le sentiment d’assister à une réunion posthume des deux complices. Sur “Being For the Benefit of Mr. Kite!”, Paul utilise aussi les visuels psychédéliques et l’esprit de cirque victorien pour plonger l’audience dans l’univers du Sgt. Pepper.

Le point culminant de Got Back 2022 est sans doute la soirée du 25 juin 2022, où Paul McCartney est tête d’affiche du festival de Glastonbury en Angleterre. À 80 ans tout juste (il les a fêtés une semaine plus tôt), il devient le doyen des artistes principaux de l’histoire du festival. Sa performance de près de 2 h 40 est unanimement saluée comme « l’une des plus grandes performances en tête d’affiche de ce génération » selon les médias britanniques. Devant plus de 100 000 personnes massées devant la Pyramid Stage, McCartney enchaîne tube sur tube avec une vigueur étonnante. Il invite deux invités surprise d’exception : Dave Grohl (Foo Fighters) le rejoint d’abord pour rocker sur “I Saw Her Standing There” et “Band on the Run”, puis Bruce Springsteen entre sur scène pour interpréter avec lui “Glory Days” et “I Wanna Be Your Man”. Le public, déjà en transe, assiste médusé à ce croisement de légendes. Enfin, Paul réserve une ultime surprise : il fait chanter John Lennon (virtuellement) sur “I’ve Got a Feeling”, avant de conclure par le trio “Golden Slumbers/Carry That Weight/The End” sous un feu d’artifice phénoménal. La critique est dithyrambique : The Independent décrit le set comme « de loin le meilleur qu’il nous ait été donné de voir à Glastonbury en 30 ans », The Guardian souligne que les plus grands hits de McCartney ont été “aussi exaltants que la pop puisse l’être” et parle d’un concert “à raconter à vos petits-enfants”. Ce soir-là, la “Maccamania” réunit toutes les générations : des vétérans qui l’avaient vu avec les Beatles aux jeunes de 20 ans connaissant les chansons par cœur. L’audience télé dépasse les 3,9 millions de téléspectateurs, prouvant l’impact de l’événement.

Après Glastonbury, McCartney poursuit Got Back par quelques concerts aux États-Unis en 2022, dont deux soirs au stade MetLife dans le New Jersey. Le 16 juin 2022, pour son anniversaire, Bruce Springsteen (encore lui, en voisin du New Jersey) vient une nouvelle fois jammer avec Paul, tandis que Jon Bon Jovi surgit avec un bouquet de ballons pour faire chanter “Happy Birthday” par 50 000 personnes à un McCartney hilare. En novembre 2023, Paul s’envole enfin pour l’Australie dans le cadre de Got Back : il retrouve le public australien, 6 ans après son dernier passage, pour sept concerts géants où l’engouement prouve que la Beatlemania n’a jamais faibli sur le continent d’Océanie. Les journaux australiens saluent “l’endurance bluffante” de l’artiste octogénaire, notant que certes la voix est un peu plus rauque avec l’âge, mais que la ferveur et la qualité du spectacle compensent largement. McCartney lui-même semble prendre un plaisir intact sur scène, nourri par l’amour du public.

Enfin, en 2024, c’est l’Europe qui revoit Paul avec une série de concerts Got Back incluant son retour à Paris La Défense Arena en mai (où, fait rare, il modifie sa setlist pour jouer “Queenie Eye” à la demande des fans français sur Twitter). La tournée se termine symboliquement à Liverpool le 18 juin 2024 – le jour de ses 82 ans – par un concert privé pour l’ouverture de l’Institut Paul McCartney (école de musique). Mais la retraite scénique n’est toujours pas d’actualité : dès l’automne 2024, McCartney annonce la prolongation de Got Back en 2025 avec une nouvelle série de concerts en Amérique du Nord. L’infatigable Macca reprend ainsi la route en 2025, prévoyant 19 dates aux États-Unis et au Canada entre septembre et novembre – un planning qui l’emmènera notamment dans plusieurs villes où il n’était pas revenu depuis longtemps, comme La Nouvelle-Orléans ou Nashville. À l’annonce de cette tournée 2025, les commentaires soulignent l’exploit : plus de 60 ans après ses débuts, Paul McCartney continue de remplir les stades et de rallier à sa cause les foules de tous âges, sans montrer de véritable intention de ralentir.

Réception et héritage : une légende de la scène plébiscitée à travers les générations

Au fil de ces décennies sur scène, Paul McCartney a su conquérir successivement plusieurs générations de spectateurs, ce qui est un fait rare dans l’industrie musicale. La réception publique de ses tournées est presque unanimement enthousiaste, et ce depuis Wings dans les années 70 jusqu’à nos jours. Déjà en 1976, la presse américaine et européenne est conquise par l’énergie de Wings et par le fait de réentendre des chansons des Beatles en live – le Los Angeles Times titrait à l’époque que “McCartney et ses Wings font revivre la magie des Beatles sur scène”, soulignant la joie du public à chanter “Yesterday” en chœur. Le New York Times saluait la performance vocale de Paul, “toujours aussi mélodieuse et puissante”. Dans les décennies suivantes, chaque retour de McCartney sur scène est accompagné de critiques élogieuses sur la qualité du spectacle et la générosité du showman. En 1990, suite à son concert record de Rio devant 184 000 personnes, le Guinness Book l’enregistre comme “la plus grande audience de l’histoire du rock” et les médias brésiliens parlent du concert comme d’une “messe pop – McCartney en prêtre fédérateur de plusieurs générations d’admirateurs”.

Évidemment, la voix de Paul a vieilli avec le temps : dès les années 2000, certains critiques notent que ses aigus sont moins faciles et que son timbre s’est voilé. Dans les années 2010, ces remarques se font plus insistantes ; ainsi, un chroniqueur du Boston Globe en 2016 écrivait que “le seul ennemi de McCartney sur scène est le temps : sa voix accuse son âge par instants”. Toutefois, la plupart des comptes-rendus tempèrent aussitôt ce constat en soulignant que l’émotion et l’énergie de ses concerts l’emportent sur les faiblesses vocales. Les arrangements sont intelligemment adaptés, ses musiciens d’élite soutiennent les harmonies, et surtout l’artiste compense par une passion communicative. Quand bien même McCartney ne peut plus pousser les cris de “Maybe I’m Amazed” comme en 1973, le public lui pardonne tout, heureux de chanter à l’unisson avec lui. L’atmosphère des concerts reste électrisante, comme l’a noté le magazine Rolling Stone en 2019 : “Peu importe la patine du temps sur sa voix, l’euphorie collective que génère un concert de Paul McCartney est intacte et transcendante”.

La critique professionnelle a également beaucoup souligné la longévité scénique hors norme de McCartney et son importance culturelle. En 2022, après Glastonbury, The Guardian a écrit que “voir McCartney à 80 ans en aussi grande forme scénique est un privilège historique – c’est assister en direct à un morceau de l’histoire de la musique”. Le public, lui, continue d’affluer massivement, avec souvent parents, enfants et même grands-enfants réunis dans la même fosse. Pour beaucoup de plus jeunes, découvrir Paul sur scène est l’occasion de toucher du doigt la légende des Beatles qu’ils n’ont pas connue, tandis que les fans de la première heure mesurent la chance de vibrer encore sur “Live and Let Die” ou “Band on the Run” interprétés par son auteur.

En définitive, la carrière scénique de Paul McCartney après les Beatles apparaît comme une succession de tours de force et de moments historiques. Des tournées colossales des années 70 aux prestations intimes, des collaborations surprise avec d’autres géants (de Ringo à Springsteen) aux shows pharaoniques devant des foules records, McCartney a exploré toutes les facettes de la performance live. Il a su se renouveler sans trahir son héritage, offrant des concerts à la fois nostalgiques et vivants, high-tech et profondément humains. À plus de 80 ans, celui que le public surnomme affectueusement “Macca” continue d’écrire son histoire sur scène. La tournée Got Back 2025 s’annonce déjà comme un nouveau chapitre exaltant d’une saga musicale unique. Comme il le chante chaque soir en clôturant ses concerts : « And in the end, the love you take is equal to the love you make. » Et de l’amour, Paul McCartney en a pris et donné infiniment sur les scènes du monde entier. Sa légende scénique est là pour durer, transmise de génération en génération, et ses concerts resteront à jamais gravés dans la mémoire collective comme des célébrations universelles de la musique et de la joie partagée.

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