En 1981, George Harrison sort son neuvième album solo, Somewhere In England, un disque marqué par les bouleversements personnels et professionnels de l’ex-Beatle. Parmi les morceaux de cet opus, Teardrops se distingue par son énergie pop et son ambition claire : celle de produire un tube en réponse aux exigences de sa maison de disques. Pourtant, malgré sa production soignée et son potentiel radiophonique, la chanson connaît un destin mitigé, illustrant les tensions entre Harrison et l’industrie musicale du début des années 1980.
Une chanson née sous la contrainte
L’histoire de Teardrops commence en octobre 1980, lorsque George Harrison profite d’un séjour à Hawaï pour composer de nouvelles chansons. Son album initialement prévu, Somewhere In England, vient d’essuyer un refus de la part de Warner Bros. jugé trop sombre et peu commercial. Face à cette déception, Harrison se remet au travail et écrit plusieurs morceaux plus dynamiques et accessibles, parmi lesquels Teardrops, That Which I Have Lost et Blood From A Clone.
Avec Teardrops, Harrison adopte un style plus entrainant et dansant, contrastant avec le ton plus introspectif de certaines de ses compositions précédentes. « C’est une belle chanson. Elle pourrait être interprétée par un groupe noir, car elle pourrait inspirer une bonne chorégraphie », confiera-t-il en 1992. Cette remarque traduit bien l’orientation musicale du titre, proche d’une pop rythmée et accessible.
Un casting de musiciens chevronnés
L’enregistrement de Teardrops s’effectue entre novembre 1980 et février 1981. Harrison s’entoure de musiciens confirmés, à commencer par Mike Moran aux claviers, Herbie Flowers à la basse et Dave Mattacks à la batterie, sans oublier Ray Cooper aux percussions, qui co-produit également l’album. Cette formation donne à la chanson un groove efficace, avec une basse bien marquée et un rythme enlevé, bien loin des ballades contemplatives auxquelles Harrison nous avait habitués.
Un single en quête de succès
Si Teardrops est conçu pour être un single accrocheur, sa sortie ne connaîtra pas le succès escompté. Publié le 1er juin 1981 aux États-Unis et le 5 juin au Royaume-Uni avec Save The World en face B, il peine à trouver son public. Il ne parvient pas à intégrer le Billboard Hot 100 et se classe seulement 88e dans le classement Cash Box. Sur le Billboard Rock Albums and Top Tracks, qui récompense la diffusion radio, il atteint la 51e position. En Angleterre, le single passe complètement inaperçu.
Ce semi-échec illustre bien le décalage entre les attentes des maisons de disques et la vision artistique de George Harrison. Désormais loin du star-system, l’ex-Beatle peine à retrouver un succès commercial durable, bien qu’il continue à produire des albums de qualité et à jouir d’un immense respect dans l’industrie musicale.
Une curiosité dans la discographie de Harrison
Aujourd’hui, Teardrops demeure une curiosité dans l’œuvre de George Harrison. Conçu comme un morceau léger et dansant, il ne correspond pas tout à fait à l’univers musical habituel de l’artiste, plus réfléchi et spirituel. Son destin éphémère en fait un titre souvent oublié par le grand public, mais il témoigne de la volonté de Harrison d’explorer de nouvelles voies, même si celles-ci ne rencontraient pas toujours l’accueil espéré.
Avec le recul, Teardrops s’inscrit dans une période de transition pour Harrison, entre son statut d’ex-Beatle et sa carrière solo fluctuante. Une tentative sincère d’inscrire sa musique dans l’air du temps, mais qui illustre surtout les difficultés d’un génie musical à s’adapter à un marché en perpétuel changement.













