Aussi incongru que cela puisse paraître, c’est un groupe qui n’a plus enregistré de musique originale depuis quarante ans qui crée l’événement de cette rentrée. Annoncée au printemps dernier, la remastérisation du catalogue des Beatles, un des plus prestigieux de la musique populaire, va enfin permettre aux compositions du groupe de bénéficier des derniers progrès technologiques.
«On dispose aujourd’hui des outils numériques permettant de restituer le son le plus pur possible avec le meilleur niveau», explique l’ingénieur du son René Ameline, artisan de la remastérisation des albums de Christophe et de la collection Jazz Référence chez Dreyfus. «La première génération de CD, qui avait un niveau sonore beaucoup plus bas qu’aujourd’hui, était souvent issue de reports depuis les disques vinyles, sans traitement réel.»
C’est en 1987, alors qu’on célébrait les 20 ans de l’album Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band, que les références des Beatles furent converties en CD pour la première fois. Aucune amélioration n’avait été apportée jusqu’à maintenant. L’équipe de six ingénieurs du son des studios londoniens d’Abbey Road, qui a coordonné ce travail, affirme avoir passé quatre ans à mettre en conformité les bandes originales avec les exigences audiophiles actuelles. «L’écoute n’est pas la même aujourd’hui qu’il y a vingt ans, explique Ameline. Le rap, la techno et les baladeurs numériques ont modifié l’oreille des auditeurs.» Le 15 juin dernier, Abbey Road ouvrait ses portes à la presse pour une écoute comparée des deux générations de CD des Beatles. Dès les premières notes de musique, la différence de niveau sonore est frappante.
Dans un deuxième temps, une meilleure clarté et une plus grande définition des instruments confèrent aux titres plus arrangés de la deuxième partie de la carrière du groupe une modernité époustouflante. Âgé de 83 ans et souffrant de troubles auditifs, l’arrangeur et producteur George Martin, à l’uvre sur la grande majorité des titres des Fab Four, n’a pas participé à cette remastérisation. Mais l’équipe d’ingénieurs du son a respecté le travail qu’il avait effectué dans les années 1960 en partant des bandes originales.
Ce que l’on pourra entendre, dès mercredi, correspond à un savant dosage entre tradition d’époque et technologie de pointe.
Les rééditions sont disponibles à la fois dans des versions mono et stéréo, à l’exception des albums Let it Be et Abbey Road, qui ne furent jamais mixés en mono. «George Martin n’a jamais approuvé les mixages stéréo effectués dans les années 1980, étant donné qu’ils ne correspondaient pas aux bandes originales», explique l’ingénieur anglais Guy Massey. Actualiser sans dénaturer : voici la tâche dont l’équipe s’est acquittée avec succès, pour une opération de réédition qui risque d’être l’une des dernières de l’ère CD. «On est arrivé aux limites de ce que peut percevoir l’oreille. De toute façon, les nouveaux supports feront qu’on n’entendra plus parler de remastérisation dans dix ans», conclut Ameline.
Source : LeFigaro













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