Le 11 septembre 2001, Paul McCartney est assis dans un avion immobilisé sur une piste de l’aéroport John F. Kennedy, à New York. Par le hublot de droite, il voit une colonne de fumée s’élever au-dessus du sud de Manhattan, puis une seconde. Il croit d’abord à une illusion d’optique. Trente-neuf jours plus tard, il referme sur la scène du Madison Square Garden un concert de cinq heures et demie qu’il a lui-même impulsé, devant quelque six mille pompiers, policiers et familles de victimes, en chantant une chanson qu’il n’avait pas encore six semaines plus tôt : Freedom. Vingt-cinq ans après les attentats, nous avons repris le dossier depuis les sources : ses déclarations datées de 2001, 2007, 2010 et 2011, les témoignages des musiciens et des organisateurs, les registres de séance, les classements, et les erreurs qui circulent encore. Voici l’histoire complète, jour par jour.
En bref : Paul McCartney et le 11 septembre 2001
- Où était-il ? Dans un avion à l’arrêt sur le tarmac de l’aéroport JFK, sur le point de rentrer en Angleterre, en compagnie de Heather Mills, sa fiancée d’alors.
- Qu’a-t-il vu ? Selon ses mots, “les derniers moments” des tours jumelles : une première colonne de fumée, puis une seconde, depuis le hublot de droite.
- Combien de temps est-il resté ? Environ une semaine, l’espace aérien américain ayant été fermé. Il passe ces journées à Long Island, puis se rend de nuit jusqu’aux barrages de police près de Ground Zero.
- Qu’a-t-il organisé ? Le Concert for New York City, le 20 octobre 2001 au Madison Square Garden, coproduit avec VH1 (John Sykes), Harvey Weinstein et James Dolan, diffusé en direct sur VH1. Plus de 35 millions de dollars collectés pour le Robin Hood Relief Fund.
- Et Freedom ? Chanson écrite dans les jours qui suivent l’attentat, créée sur scène le 20 octobre, retouchée en studio le 23 octobre au Quad de New York, publiée en single le 5 novembre 2001 aux États-Unis (97e du Billboard Hot 100, 20e en Adult Contemporary), glissée en piste non annoncée à la fin de l’album Driving Rain.
- Pourquoi ne la joue-t-il plus ? Parce que, dit-il en 2007 à Pitchfork, la chanson a été “détournée” (hijacked) et a pris une couleur militariste avec la rhétorique de l’administration Bush. Il ne l’a pas reniée : il la compare à We Shall Overcome.
Sommaire
Mardi 11 septembre 2001 : un Beatle sur une piste de JFK
Ce matin-là, Paul McCartney a cinquante-neuf ans. Il n’est pas à New York pour un concert, ni pour une séance d’enregistrement. Son treizième album studio, Driving Rain, est terminé depuis le printemps ; il a été gravé à Los Angeles avec le producteur David Kahne et un groupe neuf, et sa sortie est calée pour le mois de novembre. McCartney termine un séjour bref aux États-Unis. Il le dira lui-même dix ans plus tard, devant la presse télévisée américaine : il rentrait en Angleterre après “une courte visite en Amérique”.
Il est à bord avec Heather Mills, qu’il a demandée en mariage durant l’été et qu’il épousera le 11 juin 2002 en Irlande. L’appareil a quitté la porte d’embarquement et roule vers la piste. C’est à ce moment que tout s’arrête.
“Le pilote a simplement dit : nous ne pouvons pas décoller”
Le récit le plus précis que McCartney ait livré de ces minutes date de l’été 2011, lorsqu’il présente aux critiques de télévision américains le documentaire consacré à ces semaines-là. Il décrit une scène d’une banalité terrible. L’avion est sur le tarmac. Le commandant de bord annonce que le décollage est impossible. Par le hublot, du côté droit, on distingue la silhouette des tours du World Trade Center, à une vingtaine de kilomètres de là.
“Par le hublot, du côté droit de l’avion, on pouvait voir les tours jumelles. Il y a d’abord eu un panache de fumée, puis un deuxième. J’ai dit : c’est une illusion d’optique.”
— Paul McCartney, conférence de présentation de The Love We Make, été 2011 (propos rapportés par The Hollywood Reporter)
Il ajoute qu’il a d’abord pensé à un simple incendie, “probablement un petit feu”, jusqu’à ce que le personnel de bord fasse comprendre aux passagers que quelque chose de grave se passait à New York. Ce détail compte : McCartney n’a pas vu les avions frapper les tours. Il a vu des fumées, à distance, sans comprendre, comme des milliers de voyageurs immobilisés ce matin-là dans les aéroports de la région. Le premier appareil détourné a percuté la tour nord à 8 h 46, heure de New York ; le second, la tour sud à 9 h 03. Les deux panaches qu’il décrit correspondent à cette séquence.
La déclaration écrite du 10 octobre 2001
Le premier témoignage public de McCartney n’est pas une interview, mais un communiqué, diffusé le 10 octobre 2001 au moment où il annonce qu’il participera au concert du Madison Square Garden et qu’il consacrera les recettes d’un single aux secours new-yorkais. CNN en reproduit l’essentiel. La phrase d’ouverture est devenue la référence :
“J’ai été témoin des derniers moments des tours jumelles du World Trade Center. Par le hublot de l’avion, je voyais les tours qui fumaient et qui brûlaient et, comme tout le monde, je n’arrivais pas à croire ce qui se passait.”
— Paul McCartney, communiqué du 10 octobre 2001
Le communiqué poursuit : l’aéroport ayant été fermé, il est resté à New York une semaine après l’attaque, ce qui lui a permis d’être aussi le témoin de “l’héroïsme formidable” de la ville, en particulier du courage des pompiers et des policiers. Puis vient la phrase qui donne la clé de tout ce qui suivra : il se sent lié aux pompiers parce que son père était pompier volontaire à Liverpool pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous y reviendrons longuement.
La formulation “derniers moments” mérite qu’on s’y arrête. Elle est de McCartney lui-même, et elle est exacte au sens où il a vu les tours debout, en feu, avant leur effondrement (la tour sud s’effondre à 9 h 59, la tour nord à 10 h 28). Elle ne signifie pas qu’il a assisté à l’effondrement lui-même : aucune de ses déclarations ne le dit explicitement. Beaucoup de reprises en ligne ont glissé de l’un à l’autre. Nous nous en tenons à ce qu’il a écrit.
JFK, l’aéroport où tout avait commencé
Il y a dans cette scène une ironie que McCartney n’a jamais soulignée lui-même, mais que tout lecteur de ce site aura remarquée. L’aéroport où il est bloqué le 11 septembre 2001 est celui où les Beatles ont posé le pied le 7 février 1964, à bord du vol Pan Am 101, devant quelque trois mille adolescents hurlants. L’aéroport d’Idlewild venait d’être rebaptisé du nom du président assassiné en novembre 1963. Nous avons raconté cette arrivée et la célèbre conférence de presse dans notre article sur le 7 février 1964 à JFK.
Trente-sept ans plus tard, le même lieu devient pour lui un piège. La symétrie est d’autant plus frappante qu’un personnage relie les deux dates : le documentariste Albert Maysles, qui filmait avec son frère David l’arrivée des Beatles en 1964, sera l’homme à qui McCartney confiera la caméra en octobre 2001. Le fil sera tiré jusqu’au bout dans la section consacrée au film The Love We Make.
Sept jours sans avion : Long Island, la télévision et la peur
Vers 9 h 45, l’administration fédérale de l’aviation ordonne l’arrêt de tous les vols au-dessus du territoire américain, une première dans l’histoire. Les passagers de l’avion de McCartney sont débarqués. Manhattan est inaccessible ; ponts et tunnels sont fermés. Selon les récits qu’il a donnés, McCartney et Heather Mills se replient à Long Island, à proximité de l’aéroport. Ils y resteront plusieurs jours, devant les chaînes d’information, comme le reste du pays.
“Je tournais les pouces en me demandant quoi faire”
C’est là, et non à Manhattan, que naît l’idée du concert. McCartney l’a raconté de façon constante :
“Pendant que j’étais là-bas à tourner les pouces, j’ai commencé à me dire : est-ce qu’on peut faire quelque chose ?”
— Paul McCartney, 2011
La phrase est modeste, et elle dit exactement ce qu’il faut entendre. Il n’y a pas, au départ, de projet de chanson ni de stratégie de carrière. Il y a un homme immobilisé, qui regarde la ville où a grandi sa première épouse, Linda Eastman, et qui cherche un geste. Dans le même entretien, il décrit l’atmosphère avec une précision qui tranche sur les formules de circonstance :
“L’humeur du monde entier, de l’Amérique, et en particulier de la ville de New York, avait changé. Il y avait de la peur dans l’air. Et je n’avais jamais connu ça, surtout pas à New York.”
— Paul McCartney, 2011
La mémoire du Blitz : Jim McCartney, pompier volontaire
Pour comprendre la réaction de McCartney, il faut revenir soixante ans en arrière. Il est né le 18 juin 1942 à Liverpool, en pleine guerre. Le grand port de la Mersey a été l’une des villes britanniques les plus bombardées par la Luftwaffe, avec un pic lors du Blitz de mai 1941, un an avant sa naissance. Son père, James McCartney, dit Jim, exempté d’uniforme en raison d’une surdité partielle remontant à son enfance, travaille dans l’industrie de guerre et sert comme pompier volontaire pendant les raids. C’est ce père que McCartney invoque dans son communiqué du 10 octobre 2001, et à nouveau devant Dan Rather, dans l’émission 60 Minutes II de CBS diffusée le 24 octobre 2001.
Dans cet entretien télévisé, quatre jours après le concert, il développe une idée qui sera le moteur de tout le reste :
“Je voulais faire quelque chose. Comme beaucoup de gens, je me sentais impuissant. La génération de mes parents a traversé la Seconde Guerre mondiale, alors je sais comment ils s’en sont sortis. Il leur fallait quelque chose pour garder le courage. Il y avait beaucoup d’humour, beaucoup de musique.”
— Paul McCartney à Dan Rather, 60 Minutes II, CBS, 24 octobre 2001
Et en 2011, il résume la même pensée en une formule : il a grandi entouré de gens qui venaient tout juste de survivre à une guerre, et “c’est peut-être ça, ce que je peux apporter”. Voilà la thèse profonde du Concert for New York City. Ce n’est pas une thèse politique. C’est une thèse de fils de Liverpool : dans une ville frappée, on chante, on rit, on se rassemble, et c’est une manière de tenir. Tout le reste de l’histoire, y compris les malentendus autour de Freedom, découle de ce point de départ.
Il faut d’ailleurs noter la continuité avec la tradition familiale. Jim McCartney avait dirigé dans les années 1920 un orchestre de danse amateur, et il jouait du piano à la maison, à Forthlin Road. La musique comme ciment du quotidien, y compris dans les années les plus sombres, n’est pas pour son fils une idée apprise : c’est un réflexe domestique.
Le soir de Canal Street
Le témoignage le plus intime de McCartney sur ces journées figure dans un entretien accordé à Rolling Stone à la fin de l’année 2001. Il y raconte une soirée, environ une semaine après l’attaque, lorsque la circulation vers Manhattan a repris. Avec Heather Mills, il dîne en ville. En sortant, il lui propose de prendre un taxi pour voir jusqu’où ils peuvent approcher du site.
“Heather et moi sommes allés dîner et, quand on a eu fini, j’ai dit : tu veux qu’on prenne un taxi pour voir jusqu’où on peut s’approcher ? Il pleuvait. On est allés jusqu’aux barrages de police et on a demandé : est-ce qu’on peut passer par ici ?”
— Paul McCartney, Rolling Stone, 2001
Le taxi les dépose à hauteur de Canal Street, la grande artère qui marquait alors la limite de la zone interdite. Les policiers le reconnaissent et le laissent avancer. Il décrit la fumée qui imprègne les vêtements et pique les yeux, les projecteurs braqués sur les décombres, l’échange avec les sauveteurs, dont il résume l’esprit ainsi : eux lui disent “c’est bien que vous soyez là”, lui leur répond “c’est formidable, ce que vous faites”. Le couple dit une prière. Puis ils entrent dans un bar voisin, presque vide, où ne se trouvent que quelques secouristes. McCartney commande “un remontant bien tassé”.
Dans le même entretien, il salue l’attitude du maire Rudolph Giuliani, qui répétait qu’il fallait retourner travailler, faute de quoi les terroristes atteindraient l’un de leurs objectifs. Et il revient sur la leçon de la guerre : la génération de ses parents avait fait face “avec de l’humour et avec de la musique”. On peut trouver la formule simple. Elle est cohérente, répétée d’un entretien à l’autre sur dix ans, et c’est exactement ce que le concert du 20 octobre mettra en scène.
Correctif factuel : McCartney n’a pas “vu les avions frapper les tours”
On lit régulièrement, y compris dans la presse francophone, que Paul McCartney aurait vu les impacts. Ce n’est dans aucune de ses déclarations. Ce qu’il décrit, de façon constante, ce sont deux panaches de fumée vus de loin depuis un avion à l’arrêt, qu’il a d’abord pris pour une illusion d’optique ou un petit incendie. Sa propre formule, “les derniers moments des tours”, désigne des tours en feu, encore debout. On lit aussi qu’il aurait assisté aux événements depuis sa chambre d’hôtel à Manhattan : c’est faux, il était sur le tarmac de JFK, puis à Long Island.
De l’idée au Madison Square Garden : trente-neuf jours
Entre le 11 septembre et le 20 octobre 2001, il s’écoule trente-neuf jours. C’est très peu pour monter un événement de cette taille : une salle de vingt mille places au cœur de Manhattan, une vingtaine d’artistes de premier plan, une diffusion télévisée en direct de plusieurs heures, des films de cinéastes, une logistique de sécurité dans une ville encore sous le choc, et un circuit caritatif capable de redistribuer l’argent vite. McCartney ne fait pas cela seul, et il ne l’a jamais prétendu.
Qui a organisé quoi
La formule juste est celle d’un concert impulsé par McCartney et produit par une équipe new-yorkaise. Les sources concordent sur les rôles principaux :
| Acteur | Rôle dans le Concert for New York City |
|---|---|
| Paul McCartney | Initiateur du projet, figure fédératrice, tête d’affiche de clôture. L’idée naît à Long Island avec Heather Mills, selon le récit de McCartney. |
| John Sykes | Alors président de la chaîne musicale VH1 ; coproducteur de l’événement. |
| Harvey Weinstein | Producteur de cinéma (Miramax), coproducteur ; les courts métrages de cinéastes new-yorkais projetés pendant la soirée relèvent de ce volet. |
| James Dolan | Dirigeant du groupe Cablevision, propriétaire du Madison Square Garden ; coproducteur. |
| VH1 | Diffusion en direct ; production exécutive de l’émission (Greg Sills, Fred Graver), réalisation de Louis J. Horvitz. |
| Paul Shaffer | Directeur musical de la soirée, avec l’orchestre qui accompagne plusieurs artistes. |
| Robin Hood Foundation | Bénéficiaire, via le Robin Hood Relief Fund créé pour venir en aide aux victimes de l’attaque du World Trade Center. |
Le mot “co-organisateur”, souvent employé à propos de McCartney, est donc le bon. Le moteur, c’est lui : son nom attire les autres, et c’est à lui que revient la clôture. La machine, ce sont les trois producteurs. La même équipe, onze ans plus tard, montera au même endroit le concert 12-12-12 pour les victimes de l’ouragan Sandy, là encore clôturé par McCartney. Nous y reviendrons dans la partie consacrée à l’héritage.
Le précédent de 1971 : le Concert for Bangladesh, au même endroit
Le lieu n’est pas neutre. Trente ans plus tôt, le 1er août 1971, George Harrison avait inventé au Madison Square Garden le grand concert caritatif rock moderne, avec Ravi Shankar, Bob Dylan, Eric Clapton, Ringo Starr, Leon Russell et Billy Preston. Plusieurs commentateurs américains ont d’ailleurs présenté l’initiative de McCartney comme inspirée de ce modèle. Le parallèle est tentant, et il a une limite : l’argent du Bangladesh s’était enlisé pendant des années dans un imbroglio fiscal, que nous avons détaillé dans notre enquête sur la déroute fiscale du Concert for Bangladesh. En 2001, le choix d’une fondation new-yorkaise rompue à la collecte, la Robin Hood Foundation, évite précisément cet écueil.
Le parallèle a une autre dimension, plus douloureuse. Au moment où McCartney prépare le concert, George Harrison est gravement malade. Il ne participera pas à la soirée. Il meurt à Los Angeles le 29 novembre 2001, quarante jours après le concert du Garden. Un an plus tard, le 29 novembre 2002, McCartney, Clapton et Ringo Starr se retrouveront au Royal Albert Hall pour le Concert for George. Eric Clapton est ainsi le seul musicien présent sur les trois scènes : Bangladesh en 1971, New York en 2001, Londres en 2002. Notre article sur Eric Clapton et les quatre Beatles suit ce fil.
Une salle offerte aux secours
La décision la plus importante est peut-être celle-ci : la salle n’est pas remplie par le grand public. Selon CBS, qui en rend compte le 24 octobre 2001, quelque six mille sauveteurs et membres de familles de victimes reçoivent des places gratuites. Les photos et les images de la retransmission le montrent : les gradins du Garden sont couverts de casques, de t-shirts de casernes, de pancartes au nom de collègues disparus. Les pompiers de New York ont perdu 343 des leurs le 11 septembre ; les polices de la ville et de l’autorité portuaire, plusieurs dizaines.
Cette composition du public change tout. Les artistes ne jouent pas pour une audience de fans venus voir leurs idoles, mais pour des hommes et des femmes qui sortent de six semaines de recherches dans les décombres, souvent pour retrouver des corps. Ce public-là réagit avec une franchise que personne n’avait prévue. Il acclame certains, en hue d’autres. Ce sera l’une des marques de la soirée.
Ce que le concert n’était pas
Deux confusions reviennent sans cesse. La première concerne le téléthon America: A Tribute to Heroes, diffusé le 21 septembre 2001 par plus de trente-cinq chaînes depuis Los Angeles, New York et Londres, avec Bruce Springsteen, U2, Neil Young, Paul Simon, Billy Joel, Mariah Carey et d’autres, qui a recueilli plus de 200 millions de dollars pour un fonds de l’organisation United Way. McCartney n’y figure pas. Son geste à lui, c’est le 20 octobre.
La seconde concerne le nom. Au moment de l’annonce, le 10 octobre, la dépêche de CNN parle encore d’un “Concert for the Americas”. Le titre définitif est The Concert for New York City. Et le premier single annoncé au profit des pompiers et des policiers n’est pas Freedom, mais From a Lover to a Friend, prévu pour le 29 octobre. Freedom n’existe pas encore sous forme publique ; elle va naître sur scène.
Samedi 20 octobre 2001 : récit d’une soirée de cinq heures et demie
Le concert commence en début de soirée, heure de New York, et la retransmission en direct sur VH1 dure environ cinq heures ; la version intégrale approche les cinq heures et demie. C’est une durée de marathon, ponctuée d’interventions de personnalités, de témoignages de pompiers et de policiers, de courts métrages, de sketches. Le fil conducteur est simple : rendre hommage aux secours, et donner à une salle remplie de gens épuisés une soirée où l’on peut crier, chanter et, pour la première fois depuis des semaines, rire.
L’ouverture de David Bowie
C’est David Bowie, New-Yorkais d’adoption, qui ouvre la soirée. Il commence seul, avec une reprise dépouillée d’America, la chanson de Paul Simon, avant d’enchaîner avec Heroes, soutenu par un groupe. Le choix de ce second titre, écrit à Berlin en 1977 sur deux amants qui s’embrassent au pied du Mur, prend ce soir-là un sens entièrement neuf. Bowie salue la salle en ces termes :
“Bonsoir, mes amis. Bonsoir, chers compatriotes new-yorkais. Je dois dire que c’est un privilège absolu de jouer pour vous ce soir.”
— David Bowie, 20 octobre 2001
Le plateau : qui a joué quoi
Le tableau suivant récapitule les principaux passages musicaux attestés par la retransmission, l’album et les comptes rendus. L’ordre exact de passage de certains artistes varie selon les sources ; nous indiquons avec certitude que Bowie ouvre et que McCartney clôt.
| Artiste | Titres marquants |
|---|---|
| David Bowie | America (Paul Simon), Heroes |
| Bon Jovi | Livin’ on a Prayer, Wanted Dead or Alive, It’s My Life |
| Jay-Z | Izzo (H.O.V.A.) |
| Goo Goo Dolls | American Girl (Tom Petty) |
| Billy Joel | Miami 2017 (Seen the Lights Go Out on Broadway), New York State of Mind |
| Destiny’s Child | Emotion, medley gospel |
| Eric Clapton et Buddy Guy | I’m Your Hoochie Coochie Man |
| Backstreet Boys | Titres de leur répertoire |
| Mick Jagger et Keith Richards | Salt of the Earth, Miss You |
| The Who | Who Are You, Baba O’Riley, Behind Blue Eyes, Won’t Get Fooled Again |
| Melissa Etheridge | Come to My Window, Born to Run (Bruce Springsteen) |
| James Taylor | Fire and Rain, Up on the Roof |
| John Mellencamp (avec Kid Rock) | Peaceful World, Pink Houses |
| Five for Fighting | Superman (It’s Not Easy) |
| Elton John | Your Song (avec Billy Joel), I Want Love, Mona Lisas and Mad Hatters |
| Paul McCartney | Clôture : I’m Down, Lonely Road, From a Lover to a Friend, Yesterday, Freedom, Let It Be, Freedom (reprise finale avec l’ensemble des artistes) |
Entre les passages musicaux défilent des personnalités du cinéma, de la télévision et de la politique : l’animateur de radio Howard Stern, le maire Rudolph Giuliani, l’entraîneur des Yankees Joe Torre, l’ancien président Bill Clinton, présent dans la salle avec son épouse Hillary, alors sénatrice de l’État de New York. Adam Sandler reprend son personnage de chanteur lyrique bouffon, Operaman, pour un numéro qui tourne en dérision Oussama ben Laden et fait hurler de rire les gradins. Le guitariste de McCartney, Rusty Anderson, résumera l’impression générale d’une formule :
“C’était un who’s who. Le président Clinton était là. Bush était en fonction, mais lui venait tout juste d’être président.”
— Rusty Anderson, guitariste de Paul McCartney (The Paul McCartney Project)
Billy Joel et la chanson qui avait prédit la ville dans le noir
L’un des moments les plus troublants de la soirée revient à Billy Joel. Il interprète Miami 2017 (Seen the Lights Go Out on Broadway), une chanson de science-fiction de 1976 qui imagine New York détruite et vue depuis un futur lointain. Après l’avoir jouée, il commente :
“J’ai écrit cette chanson il y a vingt-cinq ans, je pensais que ce serait une chanson de science-fiction.”
— Billy Joel, 20 octobre 2001
Il enchaîne avec New York State of Mind, devant un public de pompiers qui chante chaque mot. Plus tard, il rejoint Elton John pour Your Song. Ce n’est pas un détail : Joel et Elton John tournaient ensemble à l’époque dans une série de concerts en duo, et leur présence commune rappelle que la soirée s’est construite sur des amitiés et des carnets d’adresses, pas sur un casting de télévision.
The Who, le sommet émotionnel de la soirée
La plupart des témoins, et presque toute la presse du lendemain, s’accordent sur un point : le moment le plus fort n’appartient pas à McCartney mais aux Who. Au milieu de la soirée, Roger Daltrey, Pete Townshend, John Entwistle et le batteur Zak Starkey, fils de Ringo Starr, livrent environ une demi-heure de musique en quatre titres. Townshend multiplie ses moulinets du bras droit, la salle rugit, et l’écran géant associe à la fin le drapeau britannique au drapeau américain. En quittant la scène, Daltrey lance aux pompiers et aux policiers :
“On ne pourra jamais égaler ce que vous avez fait.”
— Roger Daltrey, 20 octobre 2001
Le lien avec Ringo Starr, via son fils derrière la batterie, donne à la soirée une présence Beatles inattendue. Et c’est la dernière apparition américaine de John Entwistle avec les Who : le bassiste meurt à Las Vegas le 27 juin 2002, huit mois plus tard. Sept ans après, lors des Kennedy Center Honors du 7 décembre 2008 qui distinguent Townshend et Daltrey, un chœur de pompiers new-yorkais apparaîtra derrière un rideau pendant l’hommage sur Baba O’Riley, en souvenir précis de cette nuit d’octobre 2001. Pour la relation entre les Who et les Beatles, voir notre enquête sur le soir de 1964 où les futurs Who ont entendu les Beatles.
Les huées : un public qui ne jouait pas le jeu de la télévision
Un public composé en grande partie de sauveteurs endeuillés n’a pas les réflexes d’une audience de gala. Trois intervenants se font huer, et la retransmission ne l’a pas coupé. L’acteur Richard Gere, bouddhiste pratiquant, prend la parole pour plaider la tolérance et la non-violence. La salle gronde. Il répond avec calme :
“C’est apparemment impopulaire en ce moment, mais ce n’est pas grave.”
— Richard Gere, 20 octobre 2001
L’actrice Susan Sarandon est huée pour avoir présenté, en pleine campagne municipale, le candidat démocrate Mark Green. Hillary Clinton est également sifflée par une partie de la salle, où beaucoup de policiers lui reprochaient des positions jugées hostiles à la police. Ces épisodes figurent parmi les plus commentés de la soirée. Ils rappellent qu’en octobre 2001, le consensus national avait ses limites, et que la salle du Garden n’était pas une chambre d’écho docile.
Mike Moran et les hommes de Ladder 3
Le passage le plus souvent cité de la soirée n’est pas une chanson. C’est l’intervention d’un pompier, Mike Moran, du FDNY. Il explique avoir perdu son frère et douze collègues de la caserne Ladder 3. Puis il s’adresse directement à Oussama ben Laden, dans une apostrophe qui fait exploser la salle :
“Dans l’esprit du peuple irlandais : Oussama ben Laden, tu peux embrasser mon royal derrière irlandais !”
— Mike Moran, pompier du FDNY, 20 octobre 2001
La phrase, prononcée en direct à la télévision, deviendra l’un des symboles de l’humeur de la ville à l’automne 2001 : un mélange de chagrin, de colère et de bravade. Elle figure d’ailleurs sur l’album du concert, sous forme de plage parlée. Les organisateurs n’ont pas tenté de lisser ce registre, et c’est l’une des raisons pour lesquelles le concert est resté dans les mémoires américaines comme un moment authentique plutôt que comme une émission de charité aseptisée.
Les films de Woody Allen, Martin Scorsese et Spike Lee
Le volet cinéma de la soirée, lié au rôle de producteur de Harvey Weinstein, consiste en courts métrages consacrés à la ville, réalisés par des cinéastes new-yorkais : Woody Allen (Sounds from a Town I Love, trois minutes de conversations téléphoniques de New-Yorkais), Martin Scorsese (The Neighborhood), Spike Lee (Come Rain or Come Shine), Edward Burns (Lovely Day), Ric Burns, Kevin Smith et Christian Charles. John Cusack présente le film d’Allen en lisant un message de celui-ci :
“Je m’excuse par avance pour mon court métrage. La cause valait tant que je n’ai pas pu dire non quand on m’a demandé de contribuer à ce merveilleux spectacle.”
— Woody Allen, message lu par John Cusack, 20 octobre 2001
Le film se termine sur une phrase d’Allen lui-même : il aime cette ville. C’est, au fond, la seule chose que chaque intervenant de la soirée est venu dire, sous des formes différentes.
Le set de Paul McCartney, chanson par chanson
McCartney monte sur scène en dernier, au terme de plus de cinq heures de programme. C’est, selon les relevés de The Paul McCartney Project, son septième concert au Madison Square Garden. Il est entouré du groupe qui vient d’enregistrer Driving Rain et qui deviendra le noyau de sa formation de scène pour les vingt-cinq années suivantes : Rusty Anderson à la guitare, Abe Laboriel Jr. à la batterie, Gabe Dixon aux claviers. Le guitariste Brian Ray n’est pas encore là ; il rejoindra le groupe en février 2002.
Le choix des chansons n’a rien d’un best of. Sur six titres différents, trois sont des chansons que le public n’a encore jamais entendues. Le programme dessine une trajectoire émotionnelle précise, de l’énergie brute au recueillement puis à la mobilisation.
| N° | Titre | Origine | Remarque |
|---|---|---|---|
| 1 | I’m Down | Beatles, face B de Help! (1965) | Première exécution avec son groupe solo |
| 2 | Lonely Road | Driving Rain (2001) | Chanson d’ouverture de l’album à paraître |
| 3 | From a Lover to a Friend | Driving Rain (2001) | Première exécution publique ; single annoncé au profit des secours |
| 4 | Yesterday | Beatles (1965) | Seul à la guitare acoustique |
| 5 | Freedom | Inédite | Création mondiale |
| 6 | Let It Be | Beatles (1970) | Au piano |
| 7 | Freedom | Reprise | Finale avec l’ensemble des artistes, Eric Clapton à la guitare solo |
I’m Down : ouvrir avec un cri
Commencer par I’m Down est un choix étonnant et parfaitement réfléchi. C’est la face B de Help!, un rock hurlé dans la tradition de Little Richard, que les Beatles utilisaient pour clore leurs concerts en 1965 et 1966, notamment au Shea Stadium. McCartney ne l’avait jamais jouée avec son groupe solo. Après cinq heures de programme, face à des spectateurs épuisés, il choisit de réveiller la salle avec la chanson la plus physique de son répertoire des années 1960, et non avec une ballade. C’est exactement la leçon du Liverpool de son enfance : d’abord le bruit, la vie, l’énergie.
Lonely Road et From a Lover to a Friend : deux chansons du disque à paraître
Il enchaîne avec deux titres de Driving Rain, que personne dans la salle ne connaît encore. Lonely Road ouvre l’album, un rock mid-tempo à la basse très présente. From a Lover to a Friend, ballade au piano enregistrée le 27 février 2001 aux studios Henson de Los Angeles, a été lue par une partie de la critique comme un adieu à Linda, morte d’un cancer en avril 1998. La présenter ce soir-là, devant des familles en deuil, lui donne une résonance supplémentaire. C’est ce titre qui, dans le communiqué du 10 octobre, était annoncé comme single au profit des pompiers et des policiers, avec une sortie prévue le 29 octobre. Pour son histoire complète, voir notre fiche From a Lover to a Friend.
Yesterday : la chanson du deuil
Puis vient Yesterday, seul à la guitare acoustique. Ce soir-là, la chanson la plus reprise de l’histoire change de sens sous les yeux de tous. Écrite en 1965 sur une rupture amoureuse, née d’un rêve dans la chambre de Wimpole Street, elle devient une chanson sur la perte brutale, sur un monde qui a basculé du jour au lendemain. Le texte n’a pas changé d’une syllabe ; c’est la salle qui l’a réécrit.
Freedom : la création
Avant de jouer la chanson nouvelle, McCartney prend la parole. Sa présentation est brève, et elle contient déjà tout le malentendu futur :
“Ça parle de liberté. C’est une chose que ces gens ne comprennent pas. Ça, ça vaut la peine de se battre.”
— Paul McCartney, présentation de Freedom, Madison Square Garden, 20 octobre 2001
“Ces gens”, ce sont les auteurs des attentats. Dans la bouche de McCartney, la phrase oppose une valeur à la terreur. Mais elle emploie aussi le vocabulaire du combat, au moment précis où les États-Unis viennent d’entrer en guerre en Afghanistan, le 7 octobre 2001. Sur le moment, personne ne relève l’ambiguïté. Quelques années plus tard, c’est elle qui conduira McCartney à ranger la chanson.
Let It Be : le recueillement
Il s’assoit ensuite au piano pour Let It Be. La chanson née d’un rêve de sa mère Mary, morte en 1956 quand il avait quatorze ans, est depuis longtemps devenue un hymne de consolation laïque. Placée entre les deux Freedom, elle forme le centre émotionnel du set : le deuil avant la mobilisation.
Le finale : Freedom chantée par tous
Pour conclure la soirée, McCartney reprend Freedom, cette fois entouré de l’ensemble des artistes encore présents. Eric Clapton tient la guitare solo. C’est cette seconde exécution, avec la foule qui reprend le refrain et frappe dans ses mains, qui a donné à la chanson son statut d’hymne d’un soir. Vingt-cinq ans plus tard, McCartney évoque encore la réaction de ce public comme l’une des expériences les plus saisissantes de sa vie de scène :
“Quand j’ai fait le concert du 11 septembre pour New York, c’était tellement stupéfiant en termes de réaction du public… C’est là que se trouve le merveilleux.”
— Paul McCartney (propos recueillis par The Beatles Bible)
La soirée se termine tard dans la nuit. Selon les chiffres communiqués ensuite, elle a permis de collecter plus de 35 millions de dollars pour le Robin Hood Relief Fund, auxquels s’ajoutent environ 275 000 dollars issus d’une vente aux enchères d’objets signés en coulisses par plus de soixante artistes : affiches, peaux de grosse caisse, une batterie complète, une guitare.
Correctif factuel : 35 millions de dollars, pas 50
Un communiqué de presse consacré à la carrière du producteur John Sykes affirme que le Concert for New York City a rapporté “plus de 50 millions de dollars”. Le chiffre documenté pour 2001 est de plus de 35 millions, plus 275 000 dollars d’enchères. Le chiffre de 50 millions correspond au total du concert 12-12-12 pour les victimes de l’ouragan Sandy, organisé en décembre 2012 par la même équipe (Sykes, Weinstein, Dolan), au même endroit. La confusion entre les deux événements est fréquente ; elle se retrouve dans plusieurs biographies en ligne.
Freedom : anatomie d’une chanson écrite à chaud
Pour l’histoire complète du titre, texte traduit compris, notre fiche Freedom de Paul McCartney reste la référence du site, et notre essai Freedom : quand McCartney a vu la fumée depuis le tarmac de JFK en propose une lecture sensible. Nous reprenons ici le dossier sous l’angle strictement documentaire : dates, personnel, versions, chiffres.
Quand a-t-elle été écrite ?
Les sources de référence indiquent que McCartney écrit la chanson dans les jours qui suivent immédiatement l’attentat, pendant la semaine où il est bloqué à New York. The Paul McCartney Project avance le lendemain même, le 12 septembre ; la notice de Wikipédia et d’autres synthèses reprennent l’idée d’une écriture “le jour suivant”. McCartney, de son côté, n’a jamais donné de date au jour près. La formulation prudente est donc : écrite à New York dans la semaine du 11 septembre, avant la mi-octobre, puisqu’elle est créée sur scène le 20. Certains récits attribuent à Heather Mills un rôle d’encouragement dans la décision d’en faire une chanson ; c’est plausible au regard du récit de McCartney sur l’origine commune de l’idée du concert, mais nous n’avons pas trouvé de citation directe qui l’établisse.
Ce que dit le texte
Nous ne reproduisons pas les paroles, protégées par le droit d’auteur. Le propos peut en revanche se résumer fidèlement. Le chanteur affirme que vivre libre est un droit qui lui a été donné, et qu’il ne laissera personne le lui retirer. Il invite l’auditeur à parler de liberté, à la revendiquer à voix haute. Le dernier mouvement est une promesse : il se battra pour ce droit. La construction est celle d’un chant de ralliement : phrases courtes, refrain répété, vocabulaire élémentaire, point d’appui rythmique pour que la foule tape dans ses mains.
McCartney a lui-même précisé en 2007 quel personnage il avait en tête en écrivant :
“Pour moi, c’est un We Shall Overcome. C’est un peu comme ça que je l’ai écrite. […] Ne touche pas à mes droits, mon vieux. Parce que maintenant, je suis libre.”
— Paul McCartney à Chris Dahlen, Pitchfork, 21 mai 2007
Dans le même entretien, il explique avoir pensé la chanson comme un hymne pour les immigrés arrivant en Amérique : le narrateur est quelqu’un qui a fui l’oppression et qui, une fois arrivé, refuse qu’on lui reprenne ce qu’il vient de gagner. Cette précision change la lecture. Freedom n’est pas, dans l’esprit de son auteur, une chanson sur la puissance américaine ; c’est une chanson sur la promesse américaine, celle de la statue de la Liberté plutôt que celle du Pentagone. La référence à We Shall Overcome, l’hymne du mouvement des droits civiques, va dans le même sens.
La musique : un rock de stade, pas une ballade
Musicalement, Freedom est un rock simple et carré, dans un tempo modéré, construit pour être repris par une foule. La chanson dure 3 min 34 dans sa version publiée en single. Pas de pont sophistiqué, pas de modulation, pas de ces changements d’accords inattendus qui font le charme de McCartney dans ses grandes ballades. Le choix est délibéré : un hymne de stade doit pouvoir être chanté dès la deuxième écoute par vingt mille personnes qui ne l’ont jamais entendu. De ce point de vue, la chanson remplit exactement sa fonction, comme le montre le finale du 20 octobre.
Le critique Ben Lindbergh, dans un dossier de The Ringer consacré aux chansons à message de McCartney (2018), la qualifie d’hymne “simpliste, à la Lennon”, au sentiment patriotique qui semblait approprié dans l’émotion de l’après-attentat. La comparaison avec Lennon est intéressante : c’est bien le registre de Give Peace a Chance ou de Power to the People, des slogans chantés plus que des chansons au sens mccartnien, et McCartney s’y est rarement risqué. Son précédent le plus proche est Give Ireland Back to the Irish, écrit à chaud après le Bloody Sunday de janvier 1972.
L’enregistrement : un live du Garden retouché au Quad
Contrairement à ce qu’on lit parfois, la version publiée de Freedom n’est pas un enregistrement de studio classique. C’est la captation du 20 octobre 2001 au Madison Square Garden, retravaillée trois jours plus tard, le 23 octobre, aux studios Quad de New York, sous la direction de David Kahne, le producteur de Driving Rain. On y entend donc la salle, la guitare de Clapton, l’énergie de la soirée, et des ajouts de studio.
Le détail des ajouts diverge selon les sources, et c’est un point sur lequel il faut rester prudent. La notice de Wikipédia crédite McCartney au chant, à la guitare acoustique et à la basse, Rusty Anderson à la guitare rythmique, Eric Clapton à la guitare solo et Abe Laboriel Jr. à la batterie. The Beatles Bible donne un personnel plus large : McCartney au chant, aux guitares et à la basse, Rusty Anderson et Eric Clapton aux guitares électriques, Gabe Dixon au piano électrique, Will Lee à la basse et Abe Laboriel Jr. à la batterie. Will Lee étant le bassiste de l’orchestre de Paul Shaffer, présent sur scène pour le finale, cette seconde liste est cohérente avec la configuration du 20 octobre : la basse de McCartney pourrait avoir été ajoutée au Quad par-dessus ou à la place de la partie de Lee. Aucune source primaire publiée ne tranche.
| Musicien | Wikipédia | The Beatles Bible |
|---|---|---|
| Paul McCartney | Chant, guitare acoustique, basse | Chant, guitares, basse |
| Rusty Anderson | Guitare rythmique | Guitare électrique |
| Eric Clapton | Guitare solo | Guitare électrique |
| Gabe Dixon | Non crédité | Piano électrique |
| Will Lee | Non crédité | Basse |
| Abe Laboriel Jr. | Batterie | Batterie |
Pourquoi Clapton
La présence d’Eric Clapton sur la version publiée n’est pas un ajout de prestige négocié par une maison de disques. Elle découle simplement de la soirée : Clapton est à l’affiche avec Buddy Guy, il est encore là au moment du finale, et il prend le solo. Mais le symbole est fort. Clapton est l’ami le plus proche de George Harrison, alors mourant, et l’un des rares musiciens à avoir joué avec les quatre Beatles, ensemble et séparément : sur While My Guitar Gently Weeps en 1968, avec le Plastic Ono Band de Lennon à Toronto en 1969, avec Ringo sur plusieurs disques, et désormais avec McCartney sur une chanson publiée. L’une des très rares collaborations publiées entre Clapton et McCartney est donc née, presque par hasard, d’une soirée de deuil.
Le disque : un single qui en remplace un autre, une piste fantôme
L’histoire discographique de Freedom est un petit casse-tête, parce que la chanson arrive au dernier moment dans un calendrier de sortie déjà verrouillé. Driving Rain est pressé ; son premier single est choisi ; les pochettes sont imprimées. McCartney décide pourtant de faire entrer la chanson du Garden dans le circuit, et le plus vite possible, pour que les ventes profitent aux secours.
29 octobre et 5 novembre 2001 : deux singles pour deux marchés
Au Royaume-Uni, Parlophone publie comme prévu From a Lover to a Friend le 29 octobre 2001, avec Riding into Jaipur en face B sur le 45 tours, et deux remixes de David Kahne sur le CD. Le disque atteint la 45e place du classement britannique et n’y reste que deux semaines. Il fait mieux au Canada, où il monte à la 6e place.
Aux États-Unis, Capitol procède autrement. Le single américain paraît le 5 novembre 2001 sous la forme d’un CD deux titres qui associe Freedom et From a Lover to a Friend. Selon The Beatles Bible, ce disque reprend le numéro de catalogue prévu pour From a Lover to a Friend seul, ce qui en fait techniquement un single de remplacement. Tous les bénéfices vont au Robin Hood Foundation. Il y a donc un glissement de bénéficiaire, dont on parle peu : le 10 octobre, le single annoncé devait profiter aux services d’incendie et de police de New York ; la version finale verse ses bénéfices au fonds de la fondation qui gère l’argent du concert.
Les classements
| Classement (2001) | Titre | Meilleure place |
|---|---|---|
| Billboard Hot 100 (États-Unis) | Freedom | 97e |
| Billboard Adult Contemporary (États-Unis) | Freedom | 20e |
| Ö3 Austria Top 40 (Autriche) | Freedom | 61e |
| Romanian Top 100 (Roumanie) | Freedom | 61e |
| UK Singles Chart (Royaume-Uni) | From a Lover to a Friend | 45e |
| Canada | From a Lover to a Friend | 6e |
| Billboard Adult Contemporary (États-Unis) | From a Lover to a Friend | 24e |
| Billboard 200 (États-Unis) | Album The Concert for New York City | 27e |
Ces chiffres sont modestes, et ils ne disent pas grand-chose. Freedom n’a pas été pensée pour la radio. Sa vie véritable est ailleurs : sur la scène du Garden, dans le finale diffusé à des millions de téléspectateurs, puis au Super Bowl et sur la tournée de 2002.
La piste fantôme de Driving Rain
Driving Rain paraît à la mi-novembre 2001. Quand McCartney décide d’y ajouter Freedom, les livrets sont déjà imprimés. Le pressage est arrêté pour permettre d’intégrer la chanson, mais elle ne figure pas sur la liste des titres de la pochette : elle apparaît comme une piste supplémentaire, non annoncée, à la fin du disque, après les quinze titres prévus. La présence du titre est signalée par un autocollant sur le boîtier du CD. Une chanson créée un samedi soir à Manhattan finit ainsi par se glisser, presque clandestinement, dans un album enregistré huit mois plus tôt à Hollywood.
Le contraste est saisissant. Driving Rain est un disque de renaissance personnelle, en grande partie tourné vers la relation avec Heather Mills (About You, Heather) et vers la reconstruction après la mort de Linda. Freedom y ajoute une coda collective qui n’a rien à voir avec le reste. L’album souffre de ce contexte : sorti deux mois après les attentats, dans un marché paralysé, il atteint la 26e place aux États-Unis et seulement la 46e au Royaume-Uni, le plus mauvais classement britannique d’un album studio de McCartney. Nous avons plaidé sa réhabilitation dans Driving Rain, le disque que tout le monde a eu tort d’enterrer, et notre discographie solo complète de McCartney le replace dans l’ensemble de sa carrière.
L’album et le DVD du concert
Le concert lui-même fait l’objet d’un double CD publié par Columbia le 27 novembre 2001, qui monte à la 27e place du Billboard 200. On y trouve, pour McCartney, I’m Down, Yesterday, Let It Be et le finale de Freedom. Le double DVD et la cassette vidéo paraissent le 29 janvier 2002, au format NTSC, pour les seuls marchés américain et canadien ; le DVD dure un peu plus de quatre heures. L’émission reçoit deux nominations aux Emmy Awards, dont celle du meilleur programme de variétés. Le double CD n’était toujours pas disponible sur les plateformes de streaming en 2024, ce qui explique en partie que le concert soit moins présent dans la mémoire des jeunes générations que d’autres grands événements caritatifs.
Après le Garden : le Super Bowl et la route
Pour McCartney, la vie publique de Freedom se prolonge pendant un an, jusqu’à l’automne 2002. Deux étapes la font passer d’une chanson de circonstance à un élément de son répertoire de scène.
3 février 2002 : Freedom au Super Bowl XXXVI
Le Super Bowl XXXVI, qui oppose les New England Patriots aux St. Louis Rams au Louisiana Superdome de La Nouvelle-Orléans, est lui-même une conséquence du 11 septembre : l’annulation d’une journée de championnat après les attentats a décalé le calendrier d’une semaine, et c’est la première finale disputée en février. C’est aussi le premier Super Bowl classé événement de sécurité nationale spéciale par les autorités fédérales. Devant 72 922 spectateurs et environ 86,8 millions de téléspectateurs, la cérémonie d’avant-match est entièrement conçue comme un hommage.
McCartney y chante Freedom, devant une immense tapisserie représentant la statue de la Liberté et entouré d’un chœur de cinq cents enfants représentant les quelque cent quatre-vingts pays qui retransmettent le match. Avant lui, Barry Manilow, Yolanda Adams, James Ingram, Wynonna Judd et Patti LaBelle ont chanté Let Freedom Ring ; Mariah Carey interprète ensuite l’hymne national avec le Boston Pops ; Mary J. Blige et Marc Anthony chantent America the Beautiful. À la mi-temps, U2 jouera Where the Streets Have No Name pendant que défilent les noms des victimes. Dans un communiqué, McCartney se dit “honoré d’ajouter [sa] voix au message d’hommage” porté par cette finale.
La performance a une conséquence durable, que peu de gens connaissent. C’est ce jour-là que le guitariste et bassiste Brian Ray joue pour la première fois avec McCartney. Le producteur David Kahne l’appelle la veille, raconte-t-il, pour lui demander s’il peut prendre un avion le lendemain pour La Nouvelle-Orléans et jouer une seule chanson avec McCartney. Il le dira plus tard sans détour :
“Jouer Freedom au Super Bowl, c’était mon audition.”
— Brian Ray, Guitar World
Il est engagé, rentre chez lui travailler la basse pendant cinq semaines, et fait toujours partie du groupe de McCartney vingt-quatre ans plus tard. Nous avons consacré un article à l’audition la plus publique de l’histoire du rock. Freedom, chanson de circonstance, a donc aussi fondé l’un des groupes d’accompagnement les plus stables de la musique populaire.
2002 : cinquante concerts sur la tournée Driving USA
En avril 2002, McCartney repart en tournée aux États-Unis, pour la première fois depuis 1993. La tournée Driving USA, puis sa prolongation Back in the U.S., rencontre un énorme succès. Freedom y figure régulièrement, souvent en fin de programme. D’après le décompte de The Paul McCartney Project, la chanson a été jouée en tout dans cinquante-quatre concerts (plus une balance) : quatre en 2001, cinquante en 2002. Les dernières exécutions documentées datent d’octobre 2002. Pour l’essentiel, Freedom a donc eu une vie scénique d’un an.
Une version captée pendant la tournée, à Dallas selon The Beatles Bible, figure sur l’album live Back in the U.S., publié à l’automne 2002, que nous avons présenté dans notre article sur Back in the U.S.. Cet album est resté célèbre pour une autre raison : McCartney y inverse la signature des chansons des Beatles, créditées “Paul McCartney and John Lennon”, ce qui provoque une vive protestation de Yoko Ono. Le public retient de cette tournée l’image d’un McCartney qui renoue avec le grand spectacle ; Freedom y joue le rôle de la chanson d’actualité, celle qui rappelle pourquoi l’on se rassemble.
Correctif factuel : Super Bowl XXXVI, 3 février 2002
La fiche de Freedom sur The Beatles Bible situe la prestation de McCartney au “Super Bowl XXXVII, New Orleans, 3 février 2003”. C’est une double erreur : la finale de La Nouvelle-Orléans est le Super Bowl XXXVI, disputé le 3 février 2002. Le Super Bowl XXXVII s’est joué le 26 janvier 2003 à San Diego. La fiche de concert de la même base et celle de The Paul McCartney Project donnent la bonne date.
“It got hijacked” : pourquoi McCartney a rangé Freedom
Après octobre 2002, McCartney ne joue plus Freedom. Ce retrait, longtemps passé inaperçu, est devenu l’un des aspects les plus commentés de l’histoire de la chanson, au point qu’on lit parfois que McCartney la “renie” ou la “refuse”. Ses propres mots disent quelque chose de plus nuancé.
Pitchfork, 21 mai 2007
La première explication détaillée figure dans un entretien accordé au critique Chris Dahlen pour le site Pitchfork, publié le 21 mai 2007, au moment de la sortie de Memory Almost Full. Interrogé sur la disparition de Freedom de ses concerts, McCartney commence par dire qu’il aimerait beaucoup qu’elle revienne, puis explique :
“Mais elle a été détournée. Elle a pris une signification un peu militariste, et on voyait M. Bush utiliser beaucoup ce genre d’idée, d’une manière qui, selon moi, a altéré le sens de la chanson.”
— Paul McCartney, Pitchfork, 21 mai 2007
Il ajoute qu’elle fonctionnait très bien sur la tournée qui a suivi immédiatement le 11 septembre, mais qu’il ne sait pas s’il pourrait la rejouer, à cause de ce que le mot est devenu dans le discours politique. Le verbe qu’il emploie, hijacked, n’est pas anodin : c’est celui qu’on utilise en anglais pour un détournement d’avion. Il est difficile de croire que McCartney, qui a vu les tours fumer depuis un appareil à l’arrêt, l’ait choisi sans y penser.
The Daily Telegraph, 25 mai 2010
Trois ans plus tard, dans un entretien au Daily Telegraph publié le 25 mai 2010, il reprend presque mot pour mot la même analyse : la chanson a été “un peu détournée”, alors que la sienne était écrite dans l’esprit de We Shall Overcome, et c’est cela qui l’a arrêté de la jouer. La constance de l’explication, à trois ans d’intervalle, montre qu’il ne s’agit pas d’une justification improvisée.
Le contexte : de l’Afghanistan à l’Irak
Il faut replacer ces déclarations dans leur chronologie. Au moment du concert, le 20 octobre 2001, les frappes américaines en Afghanistan ont commencé depuis moins de deux semaines, et elles bénéficient d’un large soutien international. Mais entre 2002 et 2003, le vocabulaire de la liberté devient le cœur de la justification de la guerre en Irak, lancée en mars 2003. L’opération porte d’ailleurs le nom officiel d’Operation Iraqi Freedom. Le même mot qui, en octobre 2001, désignait une ville qui refuse de vivre dans la peur désigne désormais une campagne militaire contestée dans le monde entier, et en particulier au Royaume-Uni, où l’engagement de Tony Blair aux côtés de George W. Bush provoque en février 2003 l’une des plus grandes manifestations de l’histoire du pays.
La chronologie scénique concorde avec cette lecture : les dernières exécutions de Freedom datent d’octobre 2002, au moment où la marche vers la guerre en Irak devient le principal sujet de débat. McCartney n’a pas publié de communiqué pour annoncer le retrait de la chanson. Il a simplement cessé de la jouer.
Ce qu’il ne dit pas : il ne renie pas la chanson
Il est important de lire ces déclarations pour ce qu’elles sont. McCartney ne dit jamais que Freedom est une mauvaise chanson, ni qu’il regrette de l’avoir écrite. Il dit le contraire : il aimerait qu’elle revienne. Il dit que son sens a été modifié par l’usage politique d’un mot, et qu’il ne veut pas qu’on puisse l’entendre comme un soutien à une politique qu’il ne partage pas. Dans l’entretien de The Ringer, Ben Lindbergh rapporte d’ailleurs qu’interrogé sur l’élan qui l’avait saisi après le 11 septembre, McCartney reconnaît sans détour avoir été emporté par l’émotion du moment. C’est une forme d’autocritique, pas un reniement.
C’est une attitude rare chez un artiste de cette stature. McCartney a toujours défendu ses chansons, y compris les plus décriées. La granny music que lui reprochaient ses partenaires, il l’a assumée pendant soixante ans, comme nous l’avons raconté dans notre enquête sur les chansons de McCartney que les autres Beatles détestaient. Pour Freedom, il fait une exception. Non parce que la chanson aurait mal vieilli musicalement, mais parce qu’elle a changé de camp sans lui.
Correctif factuel : McCartney ne “refuse” pas Freedom
Plusieurs articles, dont une version antérieure publiée sur ce site, présentent Freedom comme “la chanson que Paul McCartney refuse désormais d’interpréter”. La formule est trop forte. McCartney dit en 2007 qu’il aimerait qu’elle revienne, qu’il la compare à We Shall Overcome, et que c’est le détournement politique du mot qui l’a conduit à l’écarter. Il ne l’a pas désavouée ; il l’a mise en réserve. Il ne l’a plus jouée depuis octobre 2002, soit près de vingt-quatre ans à la date de cet article.
The Love We Make : le film tourné en 2001, monté en 2011
Pendant les semaines qui précèdent le concert, McCartney est suivi par une caméra. Ces images restent dans des boîtes pendant dix ans. Elles deviennent en 2011 un documentaire de 91 minutes, The Love We Make, réalisé par Albert Maysles et Bradley Kaplan, produit par Maysles Films et MPL, la société de McCartney.
Albert Maysles, de 1964 à 2001
Le choix de Maysles n’est pas le fruit du hasard. Avec son frère David, Albert Maysles avait filmé la première visite des Beatles aux États-Unis en février 1964, de l’arrivée à l’aéroport Kennedy aux chambres d’hôtel du Plaza, dans un style de cinéma direct qui a marqué l’histoire du documentaire musical. Les frères Maysles réaliseront ensuite Gimme Shelter sur les Rolling Stones (1970) et Grey Gardens (1975). En 2001, McCartney les rappelle, ou plutôt rappelle Albert, David étant mort en 1987. Il raconte en 2011 qu’il lui a demandé de filmer comme en 1964, en disparaissant :
“Je vais t’ignorer, encore une fois.”
— Paul McCartney à Albert Maysles, 2001 (rapporté en 2011)
Le résultat est un film en noir et blanc, sans commentaire, qui suit McCartney dans Manhattan, dans les répétitions, dans les coulisses du Garden. On y croise notamment Mick Jagger, David Bowie, Leonardo DiCaprio et Bill Clinton. Mais la matière la plus forte, ce sont les rues : McCartney reconnu par des passants, des policiers, des pompiers, qui l’arrêtent pour lui parler et lui raconter leurs semaines. Le titre vient de la dernière phrase de The End, la chanson qui clôt le medley d’Abbey Road : l’amour que l’on reçoit est égal à celui que l’on donne.
Pourquoi dix ans d’attente
McCartney a expliqué ce délai avec simplicité : c’est l’approche du dixième anniversaire qui l’a poussé à se dire, selon ses mots, “attendez une minute !”. Il reprend contact avec Maysles, qui a alors quatre-vingt-quatre ans, et ils décident de terminer le projet. Le film est présenté en avant-première au festival international du film de Toronto le 9 septembre 2011, diffusé par la chaîne Showtime le 10 septembre 2011, la veille de l’anniversaire, puis publié en DVD et Blu-ray le 6 décembre 2011. Le 11 septembre 2011, le Concert for New York City est lui-même rediffusé à la télévision américaine, sans publicité.
Pour la critique, le film vaut surtout par ce qu’il montre du rôle social de McCartney. Dans Time Out New York, David Fear écrit que le voir déployer sa célébrité “quasi papale” auprès de New-Yorkais qui pansent encore leurs plaies, c’est voir quelqu’un prendre une ville triste et essayer de la rendre, un moment, meilleure. Maysles lui-même, dans un entretien à Rolling Stone, résume son film en disant qu’il parle de réparation, pas de colère. La vidéographie de McCartney, que nous avons détaillée dans notre article consacré à ses films et captations depuis 1970, compte peu d’objets aussi intimes.
Les témoins : qui a dit quoi, et quand
Le dossier McCartney et le 11 septembre repose sur une douzaine de témoignages datés. Le tableau ci-dessous les rassemble, avec leur source, pour permettre à chacun de distinguer ce qui a été dit sur le moment de ce qui a été reconstruit dix ans plus tard.
| Témoin | Date et support | Ce que dit le témoignage |
|---|---|---|
| Paul McCartney | 10 octobre 2001, communiqué (CNN) | Les tours vues en feu depuis le hublot ; une semaine à New York ; le père pompier volontaire à Liverpool. |
| Paul McCartney | 20 octobre 2001, scène du Garden | La liberté, “une chose que ces gens ne comprennent pas”, qui “vaut la peine de se battre”. |
| Paul McCartney | 24 octobre 2001, 60 Minutes II (CBS, Dan Rather) | Le sentiment d’impuissance ; la génération de la guerre qui tenait “avec beaucoup d’humour et beaucoup de musique”. |
| Paul McCartney | Fin 2001, Rolling Stone | La nuit de Canal Street avec Heather Mills, la pluie, les barrages, la prière, le bar ; l’attitude de Giuliani. |
| Roger Daltrey | 20 octobre 2001, scène du Garden | Aux sauveteurs : “On ne pourra jamais égaler ce que vous avez fait.” |
| Mike Moran | 20 octobre 2001, scène du Garden | La perte de son frère et de douze collègues de Ladder 3 ; l’apostrophe à ben Laden. |
| Richard Gere | 20 octobre 2001, scène du Garden | Plaidoyer pour la non-violence, hué ; “apparemment impopulaire en ce moment”. |
| Billy Joel | 20 octobre 2001, scène du Garden | Miami 2017, écrite comme de la science-fiction vingt-cinq ans plus tôt. |
| Brian Ray | Entretien à Guitar World | L’appel de David Kahne ; Freedom au Super Bowl comme audition. |
| Paul McCartney | 21 mai 2007, Pitchfork (Chris Dahlen) | Un We Shall Overcome ; un hymne d’immigré ; une chanson “détournée” par la rhétorique de Bush. |
| Paul McCartney | 25 mai 2010, The Daily Telegraph | Même analyse : la chanson “un peu détournée” l’a arrêté de la jouer. |
| Paul McCartney | Été 2011, présentation de The Love We Make | Le pilote qui annonce qu’on ne décollera pas ; les deux panaches ; “l’illusion d’optique” ; la peur dans l’air ; Long Island. |
| Albert Maysles | 2011, Rolling Stone | Un film sur la réparation, pas sur la colère. |
| Rusty Anderson | Entretien (The Paul McCartney Project) | “Un who’s who”, avec Bill Clinton dans la salle. |
Un point frappe à la lecture de cet ensemble : la version de McCartney n’a pas varié. Entre le communiqué d’octobre 2001 et les entretiens de 2011, les éléments sont les mêmes (l’avion immobilisé, les deux fumées, la semaine bloquée, le père pompier, la leçon de la guerre), et les détails ajoutés en 2011, comme l’annonce du pilote ou l’illusion d’optique, s’insèrent sans contradiction dans le récit initial. C’est l’un des témoignages les plus stables de sa carrière publique, à rebours de nombreuses anecdotes des années Beatles, dont il a donné plusieurs versions au fil des décennies.
Témoin, organisateur, auteur : les trois rôles de McCartney
À distance, on peut distinguer trois rôles, qui sont souvent confondus et qui n’ont pas la même valeur.
Le témoin
Le premier rôle est subi. McCartney est un voyageur parmi des milliers d’autres, cloué au sol, qui voit la catastrophe de loin. Son témoignage n’apporte aucune information historique sur les attentats eux-mêmes ; il n’a rien vu que des millions de New-Yorkais n’aient vu de plus près. Sa valeur est ailleurs : il donne un visage familier, pour des centaines de millions de personnes dans le monde, à l’expérience de la sidération. Le récit de l’illusion d’optique, en particulier, est d’une honnêteté rare : il dit l’incapacité de l’esprit à accepter l’image, bien avant l’émotion.
L’organisateur
Le deuxième rôle est choisi, et c’est le plus important. En trente-neuf jours, McCartney transforme une impuissance personnelle en événement collectif. Il ne le fait pas seul, et les producteurs du concert (Sykes, Weinstein, Dolan) ont assuré la mécanique. Mais sans son nom, et sans la tradition de Liverpool qu’il revendique, il n’y aurait pas eu cette soirée-là, sous cette forme, avec ce public-là. Le concert a rapporté plus de 35 millions de dollars. Il a surtout offert à six mille sauveteurs une soirée à eux. Rolling Stone l’a classé en 2004 parmi les cinquante moments qui ont changé l’histoire du rock, et un vote l’a placé au quatrième rang des plus grands moments de l’histoire du Madison Square Garden.
L’auteur
Le troisième rôle est le plus discuté. Freedom est la seule chanson de McCartney directement née du 11 septembre, et elle porte à la fois la force et la faiblesse de l’écriture à chaud. Sa force : elle a fonctionné exactement comme prévu, le soir même, avec vingt mille voix. Sa faiblesse : un mot unique, répété, sans contexte, se laisse capturer par n’importe quel discours. McCartney l’a compris, l’a dit, et en a tiré la conséquence. Il faut lui reconnaître cette lucidité. Il n’a pas réécrit la chanson, ne l’a pas désavouée, ne s’est pas justifié par une polémique. Il l’a laissée au soir où elle avait un sens.
Il existe d’ailleurs une continuité entre ces trois rôles et le reste de la carrière de McCartney. Quand il écrit une chanson de circonstance, il écrit le plus souvent pour une foule. C’était le cas de Give Ireland Back to the Irish en 1972. C’est le cas de Freedom en 2001. Et c’est ce qui distingue ses rares incursions dans l’actualité de celles de Lennon, qui écrivait des manifestes ; McCartney, lui, écrit des chœurs. Notre dossier sur cinquante-huit ans de collaborations de McCartney montre combien sa carrière est traversée par ces gestes collectifs.
L’héritage : de 2001 à 12-12-12
Le Concert for George, 29 novembre 2002
Le prolongement le plus direct est un deuil. George Harrison meurt le 29 novembre 2001, cinq semaines après la soirée du Garden. Un an jour pour jour plus tard, McCartney, Ringo Starr, Eric Clapton, Jeff Lynne, Tom Petty, Ravi Shankar et Anoushka Shankar se retrouvent au Royal Albert Hall de Londres pour le Concert for George. McCartney y chante notamment Something, en commençant seul au ukulélé, et For You Blue. Entre le Bangladesh de 1971, New York en 2001 et Londres en 2002, la figure du grand concert-hommage traverse ainsi trois décennies de l’histoire des Beatles, avec Clapton comme fil conducteur.
12-12-12 : la même équipe, onze ans plus tard
Le 12 décembre 2012, John Sykes, Harvey Weinstein et James Dolan, les producteurs de 2001, organisent au Madison Square Garden 12-12-12: The Concert for Sandy Relief, au profit des victimes de l’ouragan Sandy qui a frappé New York et le New Jersey fin octobre 2012. La page consacrée à l’événement le dit explicitement : les producteurs du concert de 2001 reprennent la formule. Et c’est de nouveau Paul McCartney qui clôt la soirée, avec notamment Helter Skelter, Blackbird et Cut Me Some Slack, une chanson nouvelle interprétée avec les trois survivants de Nirvana (Dave Grohl, Krist Novoselic et Pat Smear), réunis pour la première fois depuis dix-huit ans. Le concert rapporte plus de 35 millions de dollars en billetterie et quelque 50 millions au total. La filiation avec octobre 2001 est directe : même salle, mêmes producteurs, même rôle de clôture pour McCartney.
Les anniversaires
Pour le dixième anniversaire, en 2011, deux objets paraissent : le film The Love We Make, diffusé la veille du 11 septembre, et la rediffusion intégrale du concert le jour même. Pour le vingtième, le 20 octobre 2021, le concert est rediffusé sans publicité sur MTV Classic et MTV Live. Freedom, elle, n’a pas été rejouée à ces occasions. Vingt-cinq ans après, elle reste une chanson d’un soir et d’une saison : celle qui va d’octobre 2001 à octobre 2002.
Les correctifs factuels de ce dossier
Au fil de nos vérifications, nous avons relevé plusieurs erreurs qui circulent dans les articles, francophones comme anglophones, consacrés à McCartney et au 11 septembre. Trois ont fait l’objet d’encadrés plus haut : McCartney n’a pas vu les impacts, le concert a rapporté 35 millions et non 50, et le Super Bowl de Freedom est celui du 3 février 2002. En voici quatre autres.
Correctif factuel : Freedom n’est pas un enregistrement de studio
La version publiée en single et sur Driving Rain est la captation du 20 octobre 2001 au Madison Square Garden, retouchée le 23 octobre aux studios Quad de New York sous la direction de David Kahne. Ce n’est ni une prise de studio enregistrée avant le concert, ni une séance nouvelle. Les ajouts précis faits au Quad (voix, basse, guitares) ne sont pas documentés de manière concordante : les crédits publiés par Wikipédia et par The Beatles Bible divergent, notamment sur la basse (McCartney seul, ou Will Lee de l’orchestre de Paul Shaffer).
Correctif factuel : McCartney n’a pas participé à America: A Tribute to Heroes
Le téléthon du 21 septembre 2001, diffusé par plus de trente-cinq chaînes et qui a rapporté plus de 200 millions de dollars, est souvent confondu avec le concert du 20 octobre. McCartney n’y figure pas. Son engagement public passe par le Concert for New York City, qu’il a impulsé et clôturé.
Correctif factuel : il n’a pas organisé le concert seul
On lit que McCartney a “organisé” le concert, ce qui est juste au sens de l’initiative, mais incomplet. L’événement a été coproduit par John Sykes (alors président de VH1), Harvey Weinstein (Miramax) et James Dolan (Cablevision, propriétaire du Garden), diffusé par VH1 et réalisé par Louis J. Horvitz, avec Paul Shaffer comme directeur musical. Le terme de co-organisateur, qu’emploient les meilleurs résumés, est le plus exact.
Correctif factuel : le premier single annoncé n’était pas Freedom
Le 10 octobre 2001, le single annoncé au profit des pompiers et policiers de New York est From a Lover to a Friend, prévu pour le 29 octobre. Freedom n’existe alors pas encore publiquement. Au Royaume-Uni, From a Lover to a Friend sort seul comme prévu ; aux États-Unis, le single du 5 novembre associe les deux titres, avec les bénéfices versés au Robin Hood Foundation.
Chronologie : McCartney et le 11 septembre, repères de 1964 à 2021
| Date | Événement |
|---|---|
| 7 février 1964 | Arrivée des Beatles à l’aéroport JFK, filmée par Albert et David Maysles. |
| 1er août 1971 | Concert for Bangladesh de George Harrison au Madison Square Garden. |
| Février-juin 2001 | Enregistrement de Driving Rain aux studios Henson de Los Angeles avec David Kahne. |
| 11 septembre 2001, 8 h 46 et 9 h 03 | Impacts sur les tours nord et sud. McCartney et Heather Mills sont dans un avion à l’arrêt sur le tarmac de JFK. |
| 11-18 septembre 2001 | Une semaine bloqué dans la région de New York, à Long Island ; idée du concert ; écriture de Freedom. |
| Vers le 18 septembre 2001 | Visite nocturne jusqu’aux barrages de police près de Ground Zero, par Canal Street. |
| 21 septembre 2001 | Téléthon America: A Tribute to Heroes, sans McCartney. |
| 7 octobre 2001 | Début des frappes américaines en Afghanistan. |
| 10 octobre 2001 | Communiqué de McCartney : témoignage, participation au concert, single From a Lover to a Friend au profit des secours. |
| 20 octobre 2001 | The Concert for New York City au Madison Square Garden ; création de Freedom, jouée deux fois. |
| 23 octobre 2001 | Retouches de Freedom aux studios Quad de New York. |
| 24 octobre 2001 | Entretien avec Dan Rather dans 60 Minutes II (CBS). |
| 29 octobre 2001 | Single From a Lover to a Friend au Royaume-Uni (45e). |
| 5 novembre 2001 | Single Freedom / From a Lover to a Friend aux États-Unis (97e du Hot 100, 20e en Adult Contemporary). |
| Mi-novembre 2001 | Sortie de Driving Rain, avec Freedom en piste non annoncée. |
| 27 novembre 2001 | Double CD The Concert for New York City (Columbia), 27e du Billboard 200. |
| 29 novembre 2001 | Mort de George Harrison à Los Angeles. |
| 29 janvier 2002 | Sortie du DVD et de la cassette vidéo du concert. |
| 3 février 2002 | Freedom en avant-match du Super Bowl XXXVI à La Nouvelle-Orléans ; première apparition de Brian Ray aux côtés de McCartney. |
| Avril-octobre 2002 | Tournée Driving USA puis Back in the U.S. : Freedom jouée cinquante fois ; dernières exécutions en octobre 2002. |
| 27 juin 2002 | Mort de John Entwistle, dont le concert de 2001 fut la dernière apparition américaine avec les Who. |
| 29 novembre 2002 | Concert for George au Royal Albert Hall. |
| Mars 2003 | Début de la guerre en Irak (Operation Iraqi Freedom). |
| 21 mai 2007 | Entretien Pitchfork : Freedom “détournée”. |
| 25 mai 2010 | Entretien au Daily Telegraph : même analyse. |
| 9 et 10 septembre 2011 | The Love We Make présenté au festival de Toronto, puis diffusé sur Showtime. |
| 12 décembre 2012 | 12-12-12: The Concert for Sandy Relief, mêmes producteurs, même salle, clôture par McCartney. |
| 20 octobre 2021 | Vingtième anniversaire : rediffusion du concert sur MTV Classic et MTV Live. |
Questions fréquentes sur Paul McCartney et le 11 septembre
Où était Paul McCartney le 11 septembre 2001 ?
Il était assis dans un avion à l’arrêt sur le tarmac de l’aéroport John F. Kennedy de New York, sur le point de rentrer en Angleterre, avec Heather Mills. Le pilote a annoncé que l’avion ne pourrait pas décoller. Par le hublot, il a vu les fumées au-dessus des tours du World Trade Center.
Paul McCartney a-t-il vu les avions percuter les tours ?
Non. D’après ses propres déclarations, il a vu un premier panache de fumée, puis un second, qu’il a d’abord pris pour une illusion d’optique ou un petit incendie. Il a parlé des “derniers moments” des tours, c’est-à-dire des tours en feu, encore debout.
Combien de temps McCartney est-il resté à New York après les attentats ?
Environ une semaine, selon son communiqué du 10 octobre 2001, l’espace aérien américain ayant été fermé. Il a passé l’essentiel de ce temps à Long Island, puis s’est rendu une nuit jusqu’aux barrages de police près de Ground Zero.
Qu’est-ce que le Concert for New York City ?
Un concert caritatif donné le 20 octobre 2001 au Madison Square Garden en hommage aux sauveteurs et aux victimes du 11 septembre, impulsé par Paul McCartney et coproduit par John Sykes (VH1), Harvey Weinstein et James Dolan. Diffusé en direct sur VH1, il a rapporté plus de 35 millions de dollars au Robin Hood Relief Fund. Environ six mille places ont été offertes aux sauveteurs et aux familles de victimes.
Qui a joué au Concert for New York City ?
Notamment David Bowie, Bon Jovi, Jay-Z, les Goo Goo Dolls, Billy Joel, Destiny’s Child, Eric Clapton et Buddy Guy, les Backstreet Boys, Mick Jagger et Keith Richards, les Who, Melissa Etheridge, James Taylor, John Mellencamp avec Kid Rock, Five for Fighting, Elton John et Paul McCartney, qui a clôturé la soirée.
Quelles chansons Paul McCartney a-t-il chantées ce soir-là ?
I’m Down, Lonely Road, From a Lover to a Friend, Yesterday, Freedom, Let It Be, puis une reprise finale de Freedom avec l’ensemble des artistes, Eric Clapton à la guitare solo.
Quand Freedom a-t-elle été écrite ?
Dans la semaine qui a suivi les attentats, pendant que McCartney était bloqué à New York. Certaines sources avancent le lendemain même, le 12 septembre 2001. Elle a été créée sur scène le 20 octobre 2001.
Qui joue sur l’enregistrement de Freedom ?
La version publiée est une captation du 20 octobre 2001 retouchée le 23 octobre aux studios Quad de New York, produite par David Kahne. On y entend Paul McCartney, Rusty Anderson, Eric Clapton et Abe Laboriel Jr. ; selon d’autres crédits, Gabe Dixon et le bassiste Will Lee.
Sur quel album trouve-t-on Freedom ?
Sur Driving Rain (novembre 2001), en piste supplémentaire non mentionnée sur la pochette, signalée par un autocollant ; sur l’album live Back in the U.S. (2002) ; et, en version finale du concert, sur le double CD The Concert for New York City.
Pourquoi Paul McCartney ne chante-t-il plus Freedom ?
Parce qu’il estime que la chanson a été “détournée” : le mot liberté a pris une connotation militariste avec la rhétorique de l’administration Bush, en particulier autour de la guerre en Irak. Il l’a expliqué à Pitchfork en 2007 et au Daily Telegraph en 2010. Il ne la renie pas et la compare à We Shall Overcome. Sa dernière exécution documentée date d’octobre 2002.
Qu’est-ce que The Love We Make ?
Un documentaire en noir et blanc de 91 minutes réalisé par Albert Maysles et Bradley Kaplan, qui suit McCartney à New York dans les semaines qui ont précédé le concert. Tourné en 2001, il a été présenté au festival de Toronto le 9 septembre 2011 et diffusé sur Showtime le 10 septembre 2011.
Pourquoi McCartney se sentait-il proche des pompiers ?
Parce que son père, Jim McCartney, avait été pompier volontaire à Liverpool pendant la Seconde Guerre mondiale, sous les bombardements allemands. McCartney l’a rappelé dès son communiqué d’octobre 2001 et dans l’émission 60 Minutes II.
Sources et bibliographie
- Communiqué de Paul McCartney du 10 octobre 2001, reproduit par CNN (“McCartney to release WTC single”).
- 60 Minutes II, CBS, entretien de Dan Rather avec Paul McCartney, 24 octobre 2001.
- Rolling Stone, entretien avec Paul McCartney sur 1, la mort de Linda et le 11 septembre, 2001.
- Chris Dahlen, entretien avec Paul McCartney, Pitchfork, 21 mai 2007.
- The Daily Telegraph, entretien avec Paul McCartney, 25 mai 2010 (cité par Songfacts).
- The Hollywood Reporter, Today et Deseret News, comptes rendus de la présentation de The Love We Make, été 2011.
- Rolling Stone, articles sur The Love We Make et entretien avec Albert Maysles, 2011 ; David Fear, critique de The Love We Make, Time Out.
- Ben Lindbergh, dossier sur les chansons à message de McCartney, The Ringer, 27 septembre 2018.
- Guitar World, entretien avec Brian Ray sur son audition au Super Bowl.
- The Paul McCartney Project : fiches Freedom, concert du 20 octobre 2001, Super Bowl XXXVI, entretien Pitchfork.
- The Beatles Bible : fiche Freedom, concert du 20 octobre 2001.
- Setlist.fm : programme de McCartney au Concert for New York City.
- Ultimate Classic Rock, sur la prestation des Who ; Live for Live Music, rétrospective du concert.
- Wikipédia (anglais) : Freedom (Paul McCartney song), The Concert for New York City, The Love We Make, Driving Rain, From a Lover to a Friend, Super Bowl XXXVI, America: A Tribute to Heroes, 12-12-12: The Concert for Sandy Relief.
- Communiqué d’iHeartMedia sur la carrière de John Sykes (rôle de coproducteur en 2001).
- Pour le contexte biographique : Barry Miles, Many Years From Now (1997) ; Philip Norman, Paul McCartney: The Biography (2016) ; Mark Lewisohn, The Beatles: All These Years, Volume 1: Tune In (2013), pour la famille McCartney à Liverpool pendant la guerre.
Pour aller plus loin sur yellow-sub.net : notre fiche Freedom, paroles et traduction, notre essai Freedom : quand McCartney a vu la fumée depuis le tarmac de JFK, notre plaidoyer pour Driving Rain, le récit de l’audition de Brian Ray au Super Bowl et notre portrait d’Eric Clapton, fil électrique entre les quatre Beatles.
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