La séparation des Beatles ne s’explique pas seulement par les tensions entre Lennon et McCartney. George Harrison, souvent relégué au second plan, a nourri un profond ressentiment envers le duo dominant. Opposé à toute reformation, il privilégia sa quête spirituelle et artistique. Malgré une réconciliation tardive avec McCartney, il a défendu l’idée de préserver l’héritage des Beatles sans le raviver artificiellement.
Il est difficile d’évoquer la dissolution des Beatles sans penser d’abord aux heurts entre John Lennon et Paul McCartney. Après la mort de leur manager Brian Epstein en 1967, le duo s’est disputé la direction artistique et financière du groupe, notamment autour du choix d’un nouveau manager (McCartney voulant engager son beau-père contre l’avis des autres qui lui préférèrent Allen Klein). Ces différends commerciaux et personnels ont graduellement transformé leur collaboration légendaire en rivalité ouverte. Au début des années 1970, Lennon et McCartney en vinrent même à se répondre par chansons interposées – Lennon attaquant vivement Paul dans How Do You Sleep? en 1971, et McCartney glissant quelques piques voilées envers John dans Too Many People. Ce climat délétère contribua à la séparation officielle du groupe en 1970. Pourtant, au fil des années suivantes, les deux hommes parvinrent à apaiser partiellement leurs relations. Avant l’assassinat tragique de Lennon en 1980, le duo s’était reparlé à plusieurs reprises et avait tourné la page de la rancune**. Mais malgré cet adoucissement tardif, une véritable reformation des « Fab Four » restait illusoire – d’abord parce qu’aucun des quatre ne souhaitait réellement replonger dans la frénésie de la Beatlemania, et surtout parce que George Harrison s’y montrait fermement opposé. En réalité, après la dissolution, il était tacitement convenu entre eux de préserver l’héritage du groupe tel qu’il était, plutôt que de risquer de ternir leur image avec un retour en demi-teinte. Comme le résumera plus tard McCartney, « Leave ’em laughing » – mieux valait quitter la scène la tête haute, sur un succès, que de revenir au risque de décevoir.
John Lennon et Paul McCartney, surnommés les « Nerk Twins » à leurs débuts, étaient inséparables dans l’écriture des chansons (ici en 1960). Leur complicité légendaire a toutefois laissé place aux désaccords dans les dernières années du groupe.
Dans les années 1960, Lennon et McCartney formaient le tandem créatif le plus prolifique de la pop. Tous deux amis d’adolescence – ils s’étaient produits en duo sous le pseudonyme des « Nerk Twins » dès 1960 dans un pub de la campagne anglaise – ils avaient bâti le succès des Beatles en coécrivant la majorité des titres. Cette complicité quasi-fusionnelle rendra d’autant plus pénible leur brouille de la fin de décennie. Au-delà des différends financiers, Paul, le perfectionniste, supportait mal les incartades de John (qui explorait de nouvelles voies artistiques avec Yoko Ono), tandis que John tolérait de moins en moins l’autorité croissante de Paul en studio. Malgré tout, après la séparation, les deux anciens partenaires retrouvèrent peu à peu une forme de respect mutuel. Ils cessèrent les attaques publiques et reconnurent chacun le talent de l’autre – on sait par exemple que Lennon appréciait certaines chansons de Paul en solo, et McCartney confia avoir pleuré en 1980 en apprenant la mort de John. Néanmoins, lorsqu’on fantasmait dans la presse sur une éventuelle réunion scénique du groupe dans les années 1970, l’idée ne séduisait ni Paul ni George (ni même Ringo Starr). Harrison en particulier resta inflexible : pour lui, tourner la page des Beatles était une nécessité vitale, quitte à passer pour le « briseur de rêve » auprès du public.
Sommaire
Le ressentiment de George Harrison
Parmi tous les membres, George Harrison est sans doute celui qui a porté le plus de ressentiment après l’ère Beatles. Pendant des années au sein du groupe, Harrison a vécu dans l’ombre du tandem Lennon-McCartney. Plus jeune que John et Paul de quelques années, considéré au début comme le « petit frère » timide, il a dû se battre pour imposer ses compositions au milieu des chansons du duo légendaire. En studio, ses morceaux étaient trop souvent accueillis avec tiédeur ou relégués en face B des albums. « George se retrouvait coincé, obligé de se battre pour placer ses chansons sur les disques à cause de Lennon et McCartney » résuma plus tard l’ami Bob Dylan. Effectivement, à chaque nouvel album, Harrison devait évincer un titre de John ou Paul pour obtenir l’une des deux ou trois plages qui lui étaient allouées – une situation frustrante pour le jeune guitariste qui voyait sa confiance en lui s’éroder.
À la fin des années 1960, son talent de compositeur éclot enfin au grand jour avec des pièces comme While My Guitar Gently Weeps, Something ou Here Comes the Sun, aujourd’hui reconnues parmi les meilleures chansons des Beatles. Mais pour parvenir à faire accepter ces titres, Harrison a souvent dû contourner l’indifférence de ses comparses en cherchant du renfort extérieur. En 1968, vexé du manque d’enthousiasme de Lennon et McCartney pour While My Guitar Gently Weeps, il invita son ami Eric Clapton à venir jouer le solo de guitare sur l’enregistrement. Clapton hésita – « Je ne peux pas faire ça, personne ne joue jamais sur les disques des Beatles ! » objecta-t-il d’abord – mais Harrison insista et parvint à le convaincre. La présence du célèbre soliste virtuose eut l’effet escompté : soudain, chacun dans le groupe prit la chanson au sérieux, et le climat en studio s’améliora durant la séance. George renouvela l’initiative l’année suivante pendant le projet Let It Be en amenant le claviériste américain Billy Preston aux sessions de janvier 1969. Là encore, l’arrivée de ce « cinquième Beatles » officieux apporta une bouffée d’air frais et apaisa les tensions. « Quand Eric est venu ce jour-là, et plus tard quand j’ai fait venir Billy Preston sur Let It Be, ça a aidé. Les autres devaient se tenir un peu plus tranquilles. John et Paul, principalement, étaient obligés d’agir de manière plus courtoise » racontera Harrison, justifiant ces invitations externes. En effet, chacun redoublait de professionnalisme en présence d’un invité, et Preston fut même crédité sur le single Get Back – un honneur inédit pour un musicien accompagnant les Beatles.
Malgré ces victoires ponctuelles, George Harrison vécut de plus en plus mal son statut de troisième homme du groupe. Il supportait d’autant moins certaines attitudes de Paul McCartney qu’il le considérait comme condescendant à son égard. McCartney, leader mélodique du quatuor, contribuait rarement à l’écriture des morceaux de George et donnait plutôt son avis sur les arrangements a posteriori. Au pire, il se servait des chansons de Harrison comme d’un terrain d’expression pour son propre jeu instrumental. L’exemple de Something est éloquent : si cette ballade composée par George pour Abbey Road est devenue un classique, c’est en partie grâce à la ligne de basse magistrale que McCartney y a ajoutée – une contribution brillante, mais qui illustrerait presque comment Paul pouvait tirer la couverture à lui en embellissant un titre de son partenaire sans toutefois l’avoir aidé à le composer. Harrison a pu ressentir cela comme un manque de considération : ses collègues louaient son talent trop tard, une fois qu’il avait fait ses preuves sous la contrainte.
Conflits en studio avec McCartney
Les divergences entre Paul et George se cristallisaient souvent lors des enregistrements en studio, où la différence de tempérament entre les deux musiciens éclatait au grand jour. Paul, perfectionniste méticuleux, avait tendance à vouloir tout contrôler, quitte à empiéter sur le rôle de guitariste solo normalement dévolu à Harrison. Plus d’une fois, McCartney enregistra lui-même des parties de guitare à la place de George lorsque ce dernier tardait à trouver quelque chose à son goût. Sur l’album Revolver par exemple, c’est Paul qui joue le solo de Taxman, une chanson pourtant écrite par Harrison – un choix qui a pu être vécu comme une ingérence humiliante, même si George le justifia plus tard en admettant qu’il n’arrivait pas à sortir le solo qu’il voulait sur ce morceau. De même, durant les sessions tendues de l’Album Blanc en 1968, McCartney enregistra de son côté plusieurs pistes sans ses camarades, aggravant le sentiment d’exclusion chez Harrison et Lennon.
Les témoignages et images de l’époque montrent à quel point le ton pouvait monter entre Paul et George. La scène la plus célèbre, immortalisée dans le film Let It Be, se déroule le 6 janvier 1969 aux studios de Twickenham. Ce jour-là, les Beatles répètent Two of Us. McCartney, exigeant, n’est pas satisfait de la façon dont Harrison joue sa partie de guitare et multiplie les suggestions pour la « simplifier ». Exaspéré d’être traité en sideman par son aîné, George finit par exploser et lancer à Paul, sarcastique : « Écoute, je jouerai ce que tu veux que je joue, ou je ne jouerai pas du tout si tu préfères. Dis-moi juste ce qui te fait plaisir et je le ferai ! ». La remarque claque dans le silence du studio et jette un froid. Cet échange, rendu public des années plus tard, est révélateur de l’amertume accumulée par Harrison envers McCartney à cette période. À défaut de prononcer clairement ses griefs, George exprimait par ce genre de pique acerbe son ras-le-bol d’être constamment corrigé ou bridé dans son jeu.
Ce ressentiment larvé atteignit son paroxysme quelques jours plus tard. Le 10 janvier 1969, fatigué par l’ambiance morose et les disputes incessantes, Harrison claqua purement et simplement la porte des Beatles. Après une matinée de répétitions tendues (notamment sur Get Back), il annonça à ses trois comparses, désabusé : « À plus tard au pub, les gars… » puis s’en alla en les laissant stupéfaits. George dira ensuite qu’à cet instant, il ne voyait plus l’intérêt de continuer : « Je pouvais très bien être heureux tout seul, et je n’arrivais plus à l’être dans cette situation. Je m’en vais. ». Cette démission soudaine – la première et unique d’Harrison – marqua le point de non-retour des tensions internes. Si Ringo Starr avait lui aussi brièvement quitté le groupe quelques mois auparavant (avant de revenir), la fuite de George sonnait comme un coup de semonce beaucoup plus grave. John Lennon, bravache, suggéra sur le moment de remplacer Harrison par Clapton (« Il joue aussi bien que lui et sera moins contrariant » lança John du tac au tac), mais ni Paul ni Ringo ne l’envisageaient sérieusement. Après quelques jours de tractations et de négociations (Harrison exigea notamment l’abandon du projet de concert live prévu et davantage de considération pour ses chansons), George accepta de revenir en studio à la fin du mois de janvier 1969. Néanmoins, rien ne serait plus comme avant : le ver était dans le fruit, et l’équilibre fraternel des débuts avait fait place à des querelles irrémédiables.
La quête de paix intérieure de Harrison
Échaudé par ces dernières années éprouvantes, George Harrison aborda la décennie 1970 avec une soif de renouveau et de sérénité loin du tumulte des Beatles. Dès 1967, il s’était tourné vers la spiritualité orientale et la méditation transcendantale, trouvant dans la philosophie indienne un apaisement bienvenu face au « circus » du succès mondial. Après la séparation du groupe, Harrison intensifia cette quête spirituelle. Il sortit en 1970 son ambitieux album solo All Things Must Pass, dont le titre – « Toutes les choses doivent passer » – reflétait sa volonté de relativiser l’épisode Beatles et d’aller de l’avant. Le même album contient Wah-Wah, une chanson métaphore de la « migraine » que lui causaient les disputes (« You’re giving me a wah-wah » chante-t-il, comparant McCartney à un effet de guitare strident) composée dans la foulée de son départ du 10 janvier 1969.
Tout au long de sa carrière solo, George chercha à transformer en énergie positive les frustrations accumulées. Initié aux enseignements hindous, il adopta la notion que tout dans le monde matériel est Māyā (illusion) – y compris la gloire et les conflits d’ego. Cette prise de recul l’aida à pardonner et à dédramatiser bien des choses. Harrison résuma plus tard ainsi son état d’esprit : « La meilleure chose qui me soit arrivée, c’est d’être entré dans les Beatles. La deuxième meilleure, c’est d’en être sorti. » Ce trait d’humour un brin provocateur traduisait surtout son soulagement d’avoir retrouvé une forme de liberté artistique et personnelle. Durant les années 1970, Harrison s’épanouit en solo (il fut le premier des Beatles à obtenir un numéro 1 mondial en solo, avec My Sweet Lord), organisa le Concert for Bangladesh à vocation caritative, et s’entoura de musiciens qu’il appréciait. Il conserva toutefois une certaine rancune envers Paul pendant un temps : en témoignent des morceaux comme Sue Me, Sue You Blues (1973), inspiré par les batailles juridiques entre Beatles sur fond d’argent, ou This Guitar (Can’t Keep From Crying) (1975), allusion voilée à ses déboires passés. Néanmoins, avec le temps, George apprit à « pardonner sans oublier » : il ne renia jamais l’importance des Beatles dans sa vie, mais s’efforça de ne pas rester émotionnellement prisonnier du passé.
Lorsque les ex-Beatles finirent par se revoir tous ensemble lors de rares occasions (mariages, événements privés), George se montra cordial. Il avait toutefois besoin de garanties pour envisager de retravailler avec Paul et Ringo : sa paix intérieure chèrement acquise passait avant toute considération nostalgique. Ainsi, au début des années 1990, Harrison profitait tranquillement de sa semi-retraite musicale, dédiant plus de temps à sa famille, à son jardinage dans sa propriété de Friar Park et à ses pratiques spirituelles, loin de l’agitation du show-business.
Anthology : l’ombre de Lennon et les retrouvailles manquées
Au milieu des années 1990, un projet ambitieux vint ranimer l’espoir chez les fans de voir un jour les Beatles réunis, du moins en studio. En 1994, Paul, George et Ringo acceptèrent de participer à The Beatles Anthology, un documentaire rétrospectif accompagné de la sortie d’enregistrements inédits. Pour marquer le coup, Paul McCartney proposa à ses deux anciens comparses de finaliser ensemble quelques démos vocales laissées par John Lennon sur cassette peu avant sa mort. L’initiative donna naissance à deux « nouvelles chansons » des Beatles : Free As a Bird et Real Love, bâties autour de la voix préenregistrée de John et de parties instrumentales ajoutées par les trois survivants en 1994-95. Ces sessions furent chaleureusement accueillies par le public, mais en interne, elles ne se déroulèrent pas sans d’intenses discussions préalables – surtout avec George Harrison.
Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr en 1995 à Friar Park (demeure de Harrison) lors du tournage de l’Anthology. La présence inattendue d’un paon blanc sur ce cliché a amusé le groupe, Paul y voyant un signe de « l’esprit de John » venant donner sa bénédiction à leurs retrouvailles.
D’entrée de jeu, Harrison posa ses conditions pour contribuer au projet Anthology. Échaudé par certains désaccords artistiques persistants, il insista pour que la production musicale des nouveaux titres ne soit pas confiée à George Martin (leur producteur historique des années 60), mais à son ami Jeff Lynne. Leader du groupe Electric Light Orchestra, Lynne avait coproduit en 1987 le grand succès solo de George (Cloud Nine) et collaboré avec lui au sein des Traveling Wilburys. Surtout, Harrison voyait en lui un allié neutre capable de faire le lien entre sa vision et celle de McCartney. Paul, d’abord réticent à l’idée d’écarter George Martin au profit de « l’homme de George », accepta finalement cette proposition. Jeff Lynne fut donc engagé comme producteur-médiateur des retrouvailles en studio – un peu à la manière de Billy Preston en 1969, dont la présence avait su tempérer les egos. Avec Lynne aux manettes, les séances d’enregistrement de Free As a Bird (en février 1994) puis de Real Love (en 1995) se déroulèrent globalement sereinement. Harrison, cependant, ne souhaitait pas aller au-delà de ces deux morceaux. Lorsque McCartney proposa de travailler également sur une troisième démo de Lennon intitulée Now and Then, George refusa catégoriquement. « George n’était pas chaud pour qu’on la fasse » confirmera plus tard Paul. Le titre, inachevé et affaibli par la mauvaise qualité de la cassette, fut mis de côté et le projet d’un troisième single posthume abandonné. Harrison n’était pas disposé à passer des semaines de plus sur une chanson bancale, d’autant qu’à ses yeux, l’Anthology devait rester une parenthèse ponctuelle et non le début d’une reformation permanente.
Malgré ces réserves, les trois ex-Beatles prirent tout de même plaisir à se retrouver brièvement ensemble. Le 23 juin 1994, Paul, George et Ringo se réunirent chez George à Friar Park, guitars à la main, pour une jam improvisée filmée dans le cadre du documentaire. Ce moment informel – les trois jouant d’anciens standards rock’n’roll comme au bon vieux temps – montra une complicité retrouvée, loin des prises de tête d’autrefois. Une anecdote touchante entoura même la séance photo promotionnelle : alors que Paul, George et Ringo posaient dans le jardin, un paon blanc se joignit à eux sur le cliché. McCartney y vit un clin d’œil bienveillant de l’esprit de John Lennon, comme si leur ami disparu « approuvait » symboliquement ces retrouvailles. « On s’est dit que c’était John qui revenait nous encourager ! » raconta plus tard Paul avec le sourire. Ce jour-là, l’atmosphère fut à la bonne humeur et à la nostalgie douce. Néanmoins, une reformation complète n’était toujours pas d’actualité : chacun regagna ensuite sa vie. Harrison, en particulier, considérait l’épisode Anthology comme une dernière danse agréable, mais il tenait à ce que les Beatles restent une belle histoire du passé, sans suite artificielle.
Une relation complexe mais précieuse
Jusqu’au bout, la relation entre George Harrison et Paul McCartney est restée empreinte d’affection sincère autant que de malentendus. Avec le recul, leurs tensions des années 1960-70 peuvent apparaître comme l’expression maladroite d’une forme de rivalité fraternelle. « Comme un petit frère, il était repoussé à l’arrière-plan… Il rentrait du studio plein de colère », a témoigné Pattie Boyd, la première épouse de George, en décrivant combien les disputes avec Paul pouvaient le miner à l’époque. De son côté, McCartney a reconnu qu’il pouvait se montrer autoritaire malgré lui en studio, admettant que son perfectionnisme avait pu brider George ou John à certains moments. L’essentiel est que les deux hommes ont fini par se reparler sans amertume. Au début des années 2000, sachant Harrison gravement malade, McCartney fit en sorte de le voir régulièrement. Leur dernière rencontre a eu lieu quelques semaines avant la disparition de George, emporté par un cancer en novembre 2001. Paul raconta qu’ils avaient passé l’après-midi ensemble à échanger des souvenirs et même à plaisanter, comme de vieux copains qui se connaissent par cœur. « J’ai eu la chance de le voir peu de temps avant la fin, et il riait encore et faisait des blagues » confiera McCartney, soulignant que leur amitié avait surmonté les épreuves du temps. À l’annonce de la mort de George, Paul salua la mémoire d’un « homme adorable, [son] petit frère spirituel », ajoutant avec émotion : « Je l’aime profondément… j’ai grandi avec lui, et je préfère me souvenir de tous les bons moments qu’on a partagés ».
Après 2001, McCartney n’a eu de cesse d’honorer l’héritage de son ami. En concert, il lui dédie systématiquement la chanson Something, qu’il interprète à l’ukulélé en clin d’œil à la passion de George pour cet instrument. Paul a également exprimé à de multiples reprises son admiration pour le talent de compositeur de Harrison. En 2004, lorsqu’un magazine lui demanda de citer ses morceaux favoris, McCartney choisit notamment Marwa Blues, une pièce instrumentale méditative que George avait publiée en 2002 sur son ultime album – preuve que même au-delà des Beatles, la musique de Harrison le touchait intimement. Ainsi, derrière les différends et les années d’éloignement, l’estime réciproque n’avait jamais totalement disparu.
En fin de compte, l’histoire entre Paul McCartney et George Harrison dépasse largement leurs querelles passagères. Elle s’apparente à celle de deux frères aux caractères opposés, capables de se chamailler durement mais liés par une expérience unique et fondatrice. Ensemble, ils ont fait rêver le monde entier en jouant Here Comes The Sun ou Get Back sur les toits de Londres. Rien ne pourra jamais effacer ces moments de grâce. Et l’on peut imaginer qu’aujourd’hui, quelque part « de l’autre côté du ciel », George Harrison a pardonné les tensions d’hier et sourit en se remémorant, avec Paul, la magie de leur complicité retrouvée. Leur héritage musical, lui, demeure intact – préservé comme ils l’ont souhaité – et continue d’apporter de la joie des décennies plus tard, preuve ultime que l’amour fraternel qu’ils partageaient à travers la musique l’emporte sur le reste.
Cet article répond aux questions suivantes :
- Pourquoi George Harrison a-t-il ressenti des frustrations au sein des Beatles ?
- Quels conflits en studio ont opposé Harrison et McCartney ?
- Comment la spiritualité a-t-elle aidé Harrison à surmonter les tensions avec ses anciens camarades ?
- Quel rôle The Beatles Anthology a-t-il joué dans la dynamique entre les membres du groupe ?
- En quoi la relation entre McCartney et Harrison était-elle complexe mais précieuse ?
