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Stella McCartney, Confidences trop intimes

Elle signe une collection pour H&M, en boutique chez nous depuis le 10 novembre. Après Karl Lagerfeld, c’est au tour de la créatrice britannique Stella McCartney de créer l’événement médiatique. Sans Kate Moss comme ambassadrice mais avec des vêtements taillés pour des filles comme elle… Rencontre à Londres, en toute complicité, avec une créatrice supersimple.
Quand la collection « Stella McCartney pour H&M » est arrivée à la rédaction de Weekend, la découverte en avant-première de ces quelques pièces signées par la créatrice britannique pour le géant suédois a constitué déjà un mini-événement. Soudain, les vêtements d’une grande signature de la mode, fille de Paul McCartney de surcroît, devenaient abordables.
Quelques jours plus tard, à St Olaves, une ancienne école située au pied du Tower Bridge de Londres, fraîchement repeinte pour l’occasion, Stella, tout autant accessible, recevait quelques journalistes triés sur le volet dont nous faisions partie. Habillée d’un jeans noir moulant resserré au mollet, de sa ligne « Stella McCartney for H&M », qu’elle porte, comme le veut le style Stella, avec des escarpins à talons. Sur un pull fin légèrement froissé, elle a enfilé un manteau en tweed de sa propre collection automne-hiver 2005-2006. Les cheveux roux négligemment relevés en chignon, la jeune créatrice, que l’on attendait pour un lunch anticonformiste, nous demande, en toute simplicité, avec un accent british trahissant sa bonne éducation, ce que l’on a pensé de sa collection pour H&M. « Super, surtout les bottes ». Pas de chance, elles sont griffées de sa propre ligne Stella McCartney. La créatrice, en toute décontraction, fait passer un coup de fil à sa boutique pour que l’on puisse les essayer avant la soirée de lancement de sa collection où Stella a convié ses amies dont Gwyneth Paltrow. L’interview commence décidément sous les meilleurs auspices… Un entretien où Stella met un point d’honneur à répondre de manière très développée et très personnalisée à chaque question, s’excusant de ne pas avoir pu nous recevoir individuellement. Poliment, elle balaie les questions sur la musique (« Ne me parlez pas des Beatles ! ») mais évoque volontiers ses parents, Paul et Linda McCartney, pour lesquels elle éprouve un profond respect.
Accessibilité, c’était donc ça le maître mot, celui autant recherché par le plan marketing de H&M que par Stella elle-même, qui voit dans le lancement de cette collection la possibilité de rendre sa propre griffe plus abordable. Les trente pièces qu’elle a spécialement dessinées pour le grand public semblent taillées pour des filles à la Kate Moss, même si Stella prétend le contraire. C’est mignon, frais, romantique, un brin eighties aussi. Bref, on retrouve l’esprit Stella McCartney en plus démocratique. Ses jeans serrés à porter avec des escarpins et le grand pull oversize à associer avec des cuissardes font merveille sur des filles filiformes. Pourtant, parmi les trente pièces, chacune repère son vêtement préféré, le trench super bien coupé, la combinaison, le hit de la collection, sur laquelle on apprend que Kate Moss a flashé, mais aussi la surchemise d’homme ou encore ces petits hauts d’inspiration lingerie. « Des vêtements qui ont de la personnalité pour des filles qui ont du style avant d’être des fashion-addict », souligne Stella, donnant pour exemple son amie Kate, qu’elle soutient ouvertement. Ou même Maria Carla Boscomo, la nouvelle égérie de Stella McCartney pour H&M, qui, même si elle n’a pas été choisie par la créatrice, correspond bien, selon elle, à l’image de sa collection.
Rencontre avec une fille pleine d’humilité, qui, avant d’appartenir à la lignée McCartney, est aussi Stella, une étoile dotée d’une belle personnalité.
Weekend LeVif/L’Express : Comment avez-vous réagi lorsque vous avez été approchée par H&M ?
Stella McCartney : J’ai réagi très positivement, j’étais ravie. Et puis, passer après Karl Lagerfeld, c’était tout de même pas mal. Mon premier souvenir avec H&M remonte à quelques années. Quand j’étais plus jeune, je me souviens d’un magasin toujours plein à craquer.
Pensez-vous que des enseignes comme celle-ci incarnent la nouvelle branchitude ?
A partir du 10 novembre, incontestablement ! (rires). En fait, la réalité de la mode a changé. Désormais, les femmes sont autorisées à s’exprimer à travers ce qu’elles portent. Je veux dire qu’elles peuvent dévoiler leur identité propre. Elles ont le droit de mélanger une pièce vintage avec une pièce de la garde-robe de leur mère ou encore avec quelque chose de chez H&M. Ainsi, elles expriment leur style. Je ne suis pas convaincue que ces mots « trendy » ou « cool » aient encore un sens. Je crois que ce n’est plus « trendy » d’être trendy ou cool d’être « cool ». Ce qui est trendy, c’est d’exprimer votre individualité. En fait, la définition de la branchitude, si on devait en donner une, c’est d’être sûre de soi sans être agressive.
Vous avez incontestablement mis un peu de votre propre collection dans cette mini-collection pour H&M…
Oui, mon équipe de stylistes et moi avons repris mes « best of » : la camisole, le trench- coat, une belle paire de jeans. Ce sont nos classiques. Les matières aussi : la mousseline, la soie lavée, le cachemire… Ainsi que la même palette de couleurs.
Justement, la difficulté n’a-t-elle pas été de faire du Stella McCartney avec des matières bon marché ?
Non, au contraire, c’était le « deal » de départ. Je ne voulais consentir à aucun compromis sur cet aspect-là. Il était hors de question de mettre mon nom sur des vêtements dont je n’aurais pas été fière. La production massive de H&M nous permet d’avoir des matières de très haute qualité tout en proposant des prix très compétitifs. Ce que nous ne pouvons pas faire à l’échelle de notre marque.
Pensez-vous que cette collection aura un effet sur votre propre label ?
Nous ne l’aurions pas fait si nous n’avions pas pensé cela ! Je rencontre des femmes qui me disent souvent : « J’adore ce que vous faites mais je ne peux pas me le payer ou je ne peux pas me permettre de porter cela .» Il y a un malentendu. Nous avons des vêtements moins chers aussi dans notre boutique. J’espère que cette collection pour H&M va donner envie aux femmes de venir voir notre boutique et de réaliser qu’elles peuvent s’offrir certains modèles ou même oser les porter. L’idée, c’est de rendre la marque Stella McCartney plus accessible.
Comment avez-vous réagi à l’affaire Kate Moss ?
J’ai été très triste, surtout de voir comment elle était utilisée par les médias. C’est une grande amie. Je lui ai parlé, elle va très bien, c’est une fille géniale et très forte. Ils ne l’auront pas comme ça ! Mais c’est déjà de l’histoire ancienne.
Etiez-vous d’accord avec la décision de H&M de renoncer à la campagne publicitaire avec elle ?
Je ne peux pas dire que j’étais d’accord, mais je comprends cette décision. Ce n’était pas la mienne, c’est tout.
Des photos d’elle portant votre collection ont pourtant été publiées dans un mensuel britannique…
Ce sont des photos qui avaient été faites en juillet, bien avant cette affaire. C’était du « work in progress ».
Aviez-vous Kate Moss en tête lorsque vous avez dessiné cette collection ?
Pas Kate Moss en particulier. Quand vous dessinez une collection, vous vous demandez si votre s£ur pourrait la porter, si votre amie pourrait la porter, si vous pourriez la porter. Mais vous savez, un grand nombre de designers pensent à Kate Moss lorsqu’ils créent des vêtements car c’est une fille qui a tellement de style. Moi, je ne l’ai pas prise comme icône, mais elle a beaucoup aimé la collection et a complètement flashé, par exemple, sur la combinaison en satin.
Mais c’est justement une collection pour filles à la Kate Moss, des vêtements pour « brindilles » ?
Non, je ne pense pas. Les robes sont parfaites aussi pour des femmes enceintes, le jean est décliné dans toutes la tailles.
Vous ne risquez, comme Karl Lagerfeld, de vous offusquer de voir vos vêtements disponibles dans des grandes tailles ?
Absolument pas. Ce sont des diktats de fashionistas fascistes (rires). Non, ma collection est disponible dans toutes les tailles car elle s’adresse à toutes les femmes.
Pourquoi, selon vous, les femmes se reconnaissent-elles aussi bien dans vos vêtements ?
Je crois que la réponse qui me vient le plus facilement à l’esprit est que je suis une femme qui dessine des vêtements pour des femmes. Je me mets à leur place, je conçois des modèles assez décontractés et faciles. Comme si c’était pour moi. Je ne prends pas la mode très au sérieux. Je pense que les femmes sentent qu’il y a un c£ur et une âme derrière mes vêtements. Ma mode est parfois irrévérencieuse mais toujours avec humour, sexy mais aussi masculine, rebelle et en même temps délicate, féminine. Il y a un ton, je crois, dans ma collection comme dans un article !
Le refus d’utiliser de la fourrure ou du cuir est une autre condition sur laquelle vous ne faites pas de compromis…
Tout le monde connaît ma position sur ce sujet et elle est parfaitement acceptée. C’est en effet un challenge de dessiner des vêtements sans jamais utiliser de cuir ni de fourrure. Mais quand je pense aux animaux, je trouve qu’il n’y a pas de raison de les tuer juste pour avoir le dernier sac en croco à la mode. C’est mon éthique. Je trouve que tuer un animal est un acte honteux.
Quelle est votre définition du luxe ?
Vous savez, je peux partir dans des réponses très profondes. Je vais vous donner une réponse de non fashionista : le luxe, pour moi, c’est la santé.
En termes de mode, votre mère, Linda McCartney, a-t-elle toujours été pour vous une référence ?
Oui, parce qu’elle avait beaucoup de personnalité et de liberté dans sa façon de s’habiller. Elle a été une des premières à mélanger les styles et à ne pas se soucier de ce que les gens pensaient. Elle portait, par exemple, des robes vintage, ce qui était rare à l’époque.
Votre nom vous a t-il servie ou desservie dans votre métier ?
Je dirais 50-50. Il m’a autant servie que desservie, pour être parfaitement honnête.
Quelles valeurs aimeriez-vous transmettre à vos propres enfants ?
Le respect, le même respect que j’ai eu à l’égard de mes parents. Je n’ai jamais été rebelle, je n’ai jamais eu envie de m’enfuir de la maison comme d’autres jeunes de mon âge, sûrement parce que je respectais profondément mes parents. C’est le plus important.

Source : Agnès Trémoulet

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