Björk a attiré quelque dix mille spectateurs samedi matin à Tokyo, point d’orgue du premier des dix concerts organisés à travers le monde pour faire pression sur les nations du G8 et les amener à combattre la pauvreté en Afrique.
« Je regarde les informations, je vois des gens qui meurent de faim et je pleure. Je me sens totalement lamentable », a déclaré la chanteuse islandaise à des journalistes à l’issue de la manifestation, qui marquait son retour à la scène après deux ans d’absence.
Les premières notes de ce « concert mondialisé » ont été jouées vers 14h00 heure locale par le groupe rock nippon Rize, devant une maigre assistance alors estimée à 5.000 personnes. Björk a cependant doublé ce chiffre et le public devrait se presser plus nombreux encore à Londres, Versailles ou Philadelphie.
La capitale britannique présente peut-être le plateau le plus prestigieux de cette manifestation, avec U2, Coldplay, Madonna ou le Pink Floyd, spécialement reformé pour l’occasion. Le show devrait s’ouvrir sur une reprise du « Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band » interprétée par Sir Paul McCartney et Bono, le charismatique chanteur des Irlandais de U2.
En France, c’est le site de Versailles qui a été retenu et une trentaine d’artistes sont attendus, dont Placebo, The Cure, Dido ou encore Yannick Noah, Florent Pagny et Calogero.
A Moscou, les Pet Shop Boys sont les têtes d’affiche.
« CES HUIT HOMMES, RÉUNIS DANS UNE PIÈCE »
Bob Geldof, instigateur de cet événement, a promis le plus grand concert de tous les temps et assuré qu’il ferait oublier le Live Aid, qu’il avait organisé il y a 20 ans au profit de l’Ethiopie alors frappée par la famine.
En 1985, U2, David Bowie, Mick Jagger, Tina Turner et les autres avaient attiré un milliard et demi de spectateurs ou téléspectateurs.
Les organisateurs tablent cette fois sur une mobilisation sans commune mesure et n’hésitent pas à parler d’une audience de plusieurs milliards, tous médias confondus. Pour eux, l’équation se résume en quelques mots: plus l’audience sera large, moins les chefs d’Etat et de gouvernement des huit pays les plus industrialisés, réunis du 6 au 8 juillet à Gleneagles, en Ecosse, pourront l’ignorer.
« Dix concerts, 100 artistes, un million de spectateurs, deux milliards de téléspectateurs et un seul message: que ces huit hommes, réunis dans une pièce, empêchent 30.000 enfants de mourir chaque jour en raison de l’extrême pauvreté », résume le manifeste du Live 8.
Le Live 8 entre dans le cadre de la campagne baptisée « Make Poverty History » qui vise à obtenir le doublement de l’aide en faveur de l’Afrique, l’annulation de la dette et le démantèlement partiel des barrières douanières qui interdisent l’accès des produits africains aux marchés des pays riches.
« Je vais vous dire quelque chose: vous ne verrez plus jamais ça! Ce sera le plus grand concert jamais vu », a lancé Bob Geldof, jeudi soir sur MTV. « Le plan B serait de continuer à regarder le carnaval de la mort tous les soirs et à jamais sur des écrans aux couleurs éclatantes et en stéréo », a ajouté le chanteur irlandais, âgé de 50 ans.
MANDELA TENTE D’APAISER LA POLEMIQUE
L’initiative ne fait toutefois pas l’unanimité. Certains doutent notamment que les concerts aient une quelconque influence sur l’issue du G8. « Attirer l’attention sur les problèmes de l’Afrique est une noble cause. Mais, au-delà, les solutions des stars sont suspectes », explique Franklin Cudjoe, membre du Centre ghanéen pour l’éducation, selon lequel l’aide financière vient d’abord renforcer des régimes corrompus.
D’autres doutent du bon déroulement de l’événement, d’une ampleur comparable aux Jeux olympiques en terme d’audience, alors que l’organisation en a été bouclée en huit semaines avec un budget estimé à 45 millions de dollars.
Certains, jusque dans les rangs des promoteurs, ont même exprimé des doutes quant au succès de l’opération dans certains pays. Plus de 200.000 personnes sont certes attendues à Londres.
Mais, faute d’une affiche aussi prestigieuse, Barrie, dans la banlieue de Toronto, table sur une affluence beaucoup plus modeste. A Rome, il a fallu attendre que Bob Geldof en personne apostrophe publiquement les ténors de la scène musicale italienne pour voir le programme s’étoffer.
L’ex-punk anobli par la reine a lui-même été mis en cause pour l’absence d’artistes africains sur les scènes occidentales. L’expression « apartheid culturel » a même été lâchée.
L’ancien président sud-africain Nelson Mandela, héros de la lutte contre l’apartheid, a cependant exprimé son soutien officiel au Live 8 dans une lettre à la presse: »Parfois il incombe à une génération d’être grandiose. Vous pouvez être cette génération-là. »
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