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Le credo amoureux de Yoko Ono

{{ MYTHE. Zurich salue l’icône à travers une belle exposition. La veuve de Lennon se montre toujours aussi idéaliste.}}

Elle parle encore de romantisme, de paix et de contacts du corps. De l’émotion et de son besoin de continuer à dire «I love you». Sa stature fluette, fragile au premier abord, fait qu’on craint de l’approcher. De briser son image. Car, avec Yoko Ono, c’est beaucoup une question d’image. Le Musée Migros de Zurich consacre une rétrospective, la première en Suisse, à ses cinquante années de création. L’occasion d’effleurer une femme qui, dès ses premiers happenings, a rayonné dans ses contacts avec les mouvements Fluxus ou Body Art. Bien avant sa rencontre avec John Lennon à la fin des années 60. Pourtant, elle est ressortie de cette étape à deux avec l’enveloppe d’une chrysalide, le marbre de l’icône, avec tous les clichés qu’il véhicule. On se souvient soudain que Yoko Ono a surtout agacé.
Jeudi soir, en marge de l’exposition, dans le théâtre du Schiffbau archicomble, elle était seule face à la marée humaine venue pour une performance. Et en attendant beaucoup. Soit des preuves, soit une confirmation. Beaucoup sont ressortis déçus. Ils ont vu la tentative d’une femme d’exorciser son passé, ou de montrer qu’elle a appris à vivre avec lui. A 72 ans, dans son habit noir, elle transpire une énergie électrisante. D’abord, c’est une grande scène avec sur la droite trois tables où rivalisent des joueurs d’échecs. Sur la gauche un écran de cinéma. Ensuite, ce sont des cris moitié orgasme moitié marques de douleur. Pendant une dizaine de minutes se succèdent sur la toile des images floues de manifestations pacifiques. On reconnaît la silhouette de John Lennon, bientôt noyée dans une image de kaléidoscope. «Notre vie est notre art», avait une fois déclaré le chanteur. Yoko Ono garde son passé mais ne veut pas être que la veuve du leader des Beatles. Elle offre trente minutes d’images foudroyées, de déhanchements et de course à travers temps. Des messages d’amour aussi avec des mini-lampes de poche distribuées au public pour flasher «I love you». Alors elle tend son micro: «Posez-moi des questions. Je n’ai pas essayé de transmettre un message. Le message doit venir de vous.»
Rideau. On ne retiendra pas beaucoup de cette soirée si ce n’est l’énergie d’une femme venue pour survivre, car «l’art est une manière de survivre». Mais Yoko Ono est bien autre chose que cet après John Lennon. Elle est une artiste d’une sensibilité indéniable, qui s’accroche avec obstination aux véhicules de sa vie. L’amour, le romantisme et surtout la paix. Dans la dizaine de salles que lui a réservées le Musée Migros, on découvre une création très ouverte sur le public, un investissement politique qui croit en la survie du rêve et surtout un engagement de femme.
Vendredi, lors d’une conférence de presse, toujours aussi délicate, elle a parlé de cet art qu’elle veut «conceptuel». De la paix aussi et de la complexité du monde. Elle est apparue soucieuse de sa mise en scène. Héritage peut-être des années où elle côtoyait le Living Theatre. Et toujours se manifeste la femme de combat, qui tente d’y croire encore. «Tout le monde a le pouvoir de faire partie de l’industrie de la paix», répète-t-elle. Entre installations, travail de vidéo et collaboration multimédia, elle exploite cette énergie à la création qui en appelle une autre. Celle du spectateur. L’humour, lui aussi fragile et détourné, fait respirer l’ensemble. La création est un processus, lui ont appris les avant-gardes.
L’exposition propose ce témoignage vidéo d’un happening réalisé en 1965, «conceptualisme protoféministe», intitulé Cut Piece. Assise dans la pose traditionnelle de la femme japonaise, elle proposait au public d’arracher des fragments de ses vêtements. Jusqu’à se retrouver nue, imperturbable. Où encore, plus récent, ce très déstabilisant labyrinthe, Amaze: le spectateur est confronté à la fois au mur du labyrinthe et à des miroirs, avant de découvrir en son c?ur un WC. Ces dernières créations abandonnent leur caractère élitaire, touchent à l’émotionnel ? voire au politique ? pour encore autoriser à rêver. Lorsqu’elle vous demande d’accrocher aux branches de son arbre (son Wishtree), vos plus intimes aspirations inscrites sur des morceaux de papier. «N’oublions pas que l’autre peut d’abord me percevoir avec le corps, bien avant que ne se communiquent les pensées.»
L’objet d’art se crée et se défait au rythme des pas du spectateur. Un peu comme la vie de la star souvent objet de haine ou de jalousie. Quoi qu’il en soit, elle touche. Agace, émeut ou impressionne. «Thank you very much», s’est écriée vendredi une visiteuse. Yoko Ono a souri. Un peu là, beaucoup ailleurs et sans enlever ses lunettes noires.
Horizontal Memories. Jusqu’au 14 août. Migros Museum für Gegenwartskunst, Limmatstrasse 270, Zurich (Rens. 044/277 20 50; http://www.migrosmuseum.ch) . Ma-me-ve 12-18 h. Je 12-20 h. Sa et di 11-17 h.

Source : Anne Fournier, Zurich

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