Le Cirque du Soleil vient de conclure un accord historique avec Apple Corps, la compagnie des Beatles. Pour la première fois depuis la séparation du groupe en 1970, Paul McCartney, Ringo Starr et les veuves de John Lennon et George Harrison, Yoko Ono et Olivia Harrison, ont approuvé l’utilisation de la musique des Beatles pour en faire un spectacle et collaborent tous au projet de la troupe québécoise.
«Jusqu’à présent, ç’a été 35 ans d’exploitation des oeuvres des Beatles, a dit hier Guy Laliberté, le grand patron du Cirque du Soleil. C’est la première fois où, pour une création, ils s’impliquent, ensemble, depuis leur séparation.»
Las Vegas
Le spectacle retracera l’histoire des Beatles. La première est prévue pour 2006, au plus tôt pour le printemps, à l’hôtel MGM Mirage de Las Vegas.
Le metteur en scène québécois Dominic Champagne, Gilles Sainte-Croix, l’un des fondateurs du Cirque du Soleil, et Sir George Martin, le producteur des Beatles, dirigent ce spectacle.
«Ce n’est pas un spectacle de cirque, c’est de la performance théâtrale», a prévenu le patron du Cirque, Guy Laliberté, qui se trouvait à Las Vegas hier. Une combinaison parfaite, selon Yoko Ono. «L’esprit agile des Beatles et le corps agile du Cirque», remarque Yoko, dans le communiqué officiel.
Sur la scène, des artistes du Cirque du Soleil exécuteront des numéros acrobatiques, inspirés de l’oeuvre des Beatles. On pourrait y voir des personnages qui ont habité les chansons du groupe britannique. Le morse de I Am the Walrus, par exemple.
Une idée de George Harrison
Ce projet est né il y a quatre ans. George Harrison et Guy Laliberté sont deux fans de Formule 1. Ils se sont croisés pour la première fois en 1997, sur une piste de course, à Melbourne en Australie. Puis, quelques fois de plus ensuite, toujours sur des circuits de Formule 1. En 2000, Harrison s’est présenté à la célèbre fête organisée par Guy Laliberté, chez lui à Saint-Bruno, après le Grand Prix du Canada. «Il est parti aux petites heures du matin, raconte Laliberté. On s’est laissés en se disant que ça serait bien de se revoir.»
Ils se sont revus un mois plus tard, à Londres, chez George Harrison. «C’est là qu’on a planté la graine de ce projet, confie Guy Laliberté. On s’est demandé comment les Beatles et le Cirque du Soleil pourraient un jour se rencontrer sur une plateforme créative.»
George a présenté Laliberté à Yoko Ono, Paul McCartney et Ringo Starr. Puis aux dirigeants de Apple et à Sir George Martin qui ont aussi cru que le Cirque et les Beatles pourraient travailler ensemble. Au départ, ils pensaient à Londres. Mais les Beatles, ayant vu O et Mystère, ont insisté pour que le spectacle se fasse à Las Vegas. En novembre 2001, George Harrison meurt.
«Les autres Beatles savaient que pour George, ce projet était important», dit Laliberté qui raconte que son ami voulait que le groupe travaille, une dernière fois, à un projet de création. Yoko Ono, Paul McCartney, Ringo Starr ont décidé d’aller de l’avant.
Partenariat
«C’est un partenariat que nous avons fait avec eux, dit Guy Laliberté, qui était aux anges hier. Ils nous ont ouvert la porte de leur maison.»
«C’est un projet fantastique pour nous et je suis personnellement très excité de collaborer avec une telle équipe créatrice», dit Paul McCartney, sur le communiqué.
Le Cirque du Soleil a accès à toutes les archives des Beatles et a le droit d’utiliser toutes les chansons du groupe britannique, même celles dont Apple ne possède plus les droits. Guy Laliberté explique que ces discussions avec des tiers, EMI et Sony, ont été très délicates et ont passablement ralenti le processus.
Le spectacle, dont le nom de travail, pour le moment, est The Boys, sera divisé en trois actes. Premièrement, la naissance du groupe à Liverpool et sa montée vers le succès avec les voyages et les groupies. Puis le retour en studio pour l’enregistrement des disques Rubber Soul, Sgt. Pepper et Revolver. Finalement, les derniers disques Abbey Road et Let it Be, et la séparation du groupe.
Le spectacle des Beatles sera le cinquième spectacle permanent à Las Vegas pour la troupe québécoise, après Mystère, O, Zumanity et Kà, spectacle multimédia de Robert Lepage qui débute le mois prochain.
Le spectacle de 90 minutes demandera des investissements de plus de 100 millions de dollars américains, incluant le coût de réaménagement de la salle. Ce qui est moins que l’argent qui a été nécessaire pour Kà, que l’on annonce fabuleux. Il sera présenté à l’hôtel MGM Mirage, où se trouvaient les dompteurs de lions Siegried and Roy avant que ce dernier se fasse attaquer par l’une de ses bêtes l’année dernière. C’est d’ailleurs cet accident qui a précipité les négociations entre le Cirque, son partenaire américain MGM et Apple Corps. La troupe avait déjà entamé des discussions pour occuper la salle de spectacle du Mirage, à la retraite des dompteurs de lions prévue pour 2007. L’accident laissait la salle libre plus tôt que prévu.
MGM fera reconfigurer la salle pour en faire un théâtre circulaire. Des écrans seront installés derrière les spectateurs. Le but étant de vraiment sentir la présence des quatre Beatles sans avoir à les personnifier sur la scène où les créateurs du Cirque donneront davantage dans l’évocation.
20 ou 30 ans
Pour Guy Laliberté, ce spectacle sera à l’affiche 20 ou 30 ans. Et il n’est qu’une première étape. «Moi j’ai toujours dit aux Beatles que c’était un premier projet créatif et que je pensais que le Cirque du Soleil pourrait être porteur de leur héritage, d’une certaine façon. Qu’on pourrait faire vivre leurs choses. Ce spectacle-là est un premier pas.»












