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Double Fantasy – John Lennon : les secrets de l’album (paroles, tablature)

Double Fantasy - John Lennon : les secrets de l'album (paroles, tablature)

Informations sur l’album

  • Pays : Angleterre
  • Support : 33 Tours
  • Label : Geffen
  • Numéro de série : K 99131 / K 499131 (Cassette)
  • Mixage : Mono
  • Date de publication : 17/11/1980

Track-listing de l’album

Description de l’album

La Retraite au Dakota

Dès 1976, une des premières décisions prise par John Lennon depuis sa retraite du Dakota était de ne plus s’occuper des affaires des Beatles. A partir de ce moment, c’est Yoko Ono qui l’a représenté lors des négociations concernant les problèmes avec Apple ou encore les différends judiciaires entre les Beatles et Allen Klein. C’était en fait à cette époque là qu’elle s’était définitivement transformée en femme d’affaires ne se contentant pas uniquement de représenter son mari chez les Beatles mais aussi en investissant leur argent où cela lui semblait judicieux. Ainsi, ils devinrent propriétaires d’un troupeau de vaches où le prix de chaque vente de tête fut méticuleusement négocié. En 1977, ils achetèrent également une ferme dans le Delawere mais celle-ci fut entièrement ravagée 6 mois plus tard suite à un incendie d’origine criminelle. A ce moment-là, ce n’était pas encore la personne de John Lennon qui était visée mais les riches propriétaires agricoles en général qui étaient les victimes d’une vague d’actes pyromanes.

Les Lennon avaient donc inversés les rôles, Yoko la femme d’affaire travaillait et John le père de famille qui restait à la maison avec son fils et qui faisait cuire du pain. En à peine 4 ou 5 ans depuis leur arrivé aux Etats-Unis, John et Yoko avaient complètement transformés leur mode de vie, ils étaient devenus une vrai famille bourgeoise sachant gérer leur fortune. Les idéaux politiques de John et Yoko étaient déjà bien loin.

En fait la vocation politique de Lennon s’était éloignée en même temps que sa menace d’expulsion. Le 27 juillet 1976, John Lennon obtint sa carte verte (numéro A17-597-321), qui lui donna enfin le droit de résider aux USA. Cette décision fut prise par le juge de la cour fédérale de New York, Thomas P. Greisa qui déclara « Je suis convaincu que Lennon a une carrière dont l’équilibre est plus délicat que pour d’autres artistes. Lennon s’est lancé dans diverses aventures aussi bien en musique pop qu’en musique d’avant-garde. Sa production tend à être plus intellectuelle que celle d’autres artistes. Ce qui signifie, selon moi, que la réputation de Lennon et son statut sont une affaire délicate ».

Bien entendu, cette décision fut pour Lennon un immense soulagement. Si on ajoute à cela sa victoire judiciaire contre Morris Levy concernant leur malentendu sur l’album ‘Rock N Roll’ quelques mois auparavant, c’était la première fois que John Lennon se sentait approuvé et reconnu par la société et ce fut un grand tournant dans sa vie où un esprit serein prit la place de son caractère rebel. C’est un peu dans cet état d’esprit qu’il commença à écrire un peu plus tard, ‘Free As A Bird’, une chanson qu’il n’a jamais achevé mais que 18 ans plus tard, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr complétèrent pour en faire une chanson des Beatles a partir d’un enregistrement démo de John enregistré au Dakota en 1977.

Dès 1976, une des premières décisions prise par John Lennon depuis sa retraite du Dakota était de ne plus s’occuper des affaires des Beatles. A partir de ce moment, c’est Yoko Ono qui l’a représenté lors des négociations concernant les problèmes avec Apple ou encore les différends judiciaires entre les Beatles et Allen Klein. C’était en fait à cette époque là qu’elle s’était définitivement transformée en femme d’affaires ne se contentant pas uniquement de représenter son mari chez les Beatles mais aussi en investissant leur argent où cela lui semblait judicieux. Ainsi, ils devinrent propriétaires d’un troupeau de vaches où le prix de chaque vente de tête fut méticuleusement négocié. En 1977, ils achetèrent également une ferme dans le Delawere mais celle-ci fut entièrement ravagée 6 mois plus tard suite à un incendie d’origine criminelle. A ce moment-là, ce n’était pas encore la personne de John Lennon qui était visée mais les riches propriétaires agricoles en général qui étaient les victimes d’une vague d’actes pyromanes.

Les Lennon avaient donc inversés les rôles, Yoko la femme d’affaire travaillait et John le père de famille qui restait à la maison avec son fils et qui faisait cuire du pain. En à peine 4 ou 5 ans depuis leur arrivé aux Etats-Unis, John et Yoko avaient complètement transformés leur mode de vie, ils étaient devenus une vrai famille bourgeoise sachant gérer leur fortune. Les idéaux politiques de John et Yoko étaient déjà bien loin. 

 En fait la vocation politique de Lennon s’était éloignée en même temps que sa menace d’expulsion. Le 27 juillet 1976, John Lennon obtint sa carte verte (numéro A17-597-321), qui lui donna enfin le droit de résider aux USA. Cette décision fut prise par le juge de la cour fédérale de New York, Thomas P. Greisa qui déclara « Je suis convaincu que Lennon a une carrière dont l’équilibre est plus délicat que pour d’autres artistes. Lennon s’est lancé dans diverses aventures aussi bien en musique pop qu’en musique d’avant-garde. Sa production tend à être plus intellectuelle que celle d’autres artistes. Ce qui signifie, selon moi, que la réputation de Lennon et son statut sont une affaire délicate ».

Bien entendu, cette décision fut pour Lennon un immense soulagement. Si on ajoute à cela sa victoire judiciaire contre Morris Levy concernant leur malentendu sur l’album ‘Rock N Roll’ quelques mois auparavant, c’était la première fois que John Lennon se sentait approuvé et reconnu par la société et ce fut un grand tournant dans sa vie où un esprit serein prit la place de son caractère rebel. C’est un peu dans cet état d’esprit qu’il commença à écrire un peu plus tard, ‘Free As A Bird’, une chanson qu’il n’a jamais achevé mais que 18 ans plus tard, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr complétèrent pour en faire une chanson des Beatles a partir d’un enregistrement démo de John enregistré au Dakota en 1977. 

En 1976, un peu venant symboliser la réconciliation de Lennon avec le système, 4 ans après sa défaite face à Nixon, le parti démocrate eut droit à sa revanche avec l’élection de Jimmy Carter à la Maison Blanche. John et Yoko vinrent le 20 Janvier 1977 à Washington DC assister à son investiture. A l’issu d’un show donné en l’honneur du nouveau président des Etats-Unis, ils vinrent le féliciter en coulisse. John lui demanda si il se souvenait de lui, il était dans le temps un membre des Beatles, Carter répondit par l’affirmative mais la discussion s’arrêta là. Symbole ou pure coïncidence, pendant leur séjour à la capitale, les Lennon logèrent au Watergate. A dater de ce jour, John Lennon n’eut plus aucune relation avec le monde politique.

L’année 1976 marque la fin d’une époque pour Lennon aussi au niveau de ses relations. Petit à petit, John et Yoko vont arrêter de fréquenter leurs anciens amis ce qui va renforcer leur isolement. C’est aussi cette année là que décède son père. Peu de temps avant, sachant qu’il était mourrant, John lui téléphona et eut avec lui une longue discussion ce qui fut pour eux deux une ultime réconciliation. Curieusement, Freddie Lennon mourut quelques jours à peine après Jim McCartney, le père de Paul McCartney. Deux semaines plus tard c’est Elisabeth, la tante préférée de John qui décède tout comme à la même époque son ami Mal Evans, ancien roadies des Beatles, qui fut tragiquement abattu par la police de Los Angeles. 

C’est en mai 1976 que John Lennon et Paul McCartney se rencontrent pour la toute dernière fois. Les tensions entre les deux hommes du début des années 70 s’étaient apaisées et désormais Paul et son épouse Linda profitaient de leurs visites à New York pour rencontrer les Lennon au Dakota. Lors de cette ultime rencontre de mai 1976, ils regardèrent ensemble l’émission comique de télévision, « Saturay Night Live » où le présentateur Lorne Michaels racontait que les directeurs de la chaîne (NBC) étaient prêts a donner 3 200 dollars aux Beatles si ils passaient dans son émission (en fait il parodiait une rumeur de reformation des Beatles qui circulait à l’époque). John et Paul en entendant cela décidèrent d’aller à l’émission mais finalement ils ne l’ont pas fait.

Les deux ex-Beatles ne se sont plus jamais revu depuis, bien que Paul essaya une fois de lui rendre visite à l’improviste mais Lennon refusa de le laisser entrer prétextant une dure journée avec Sean. Cependant ils gardèrent le contact par le biais du téléphone. Six mois plus tard, c’est son ami d’enfance de Liverpool, Pete Shotton avec qui il avait fondé son premier groupe les Quarrymen, qui vint lui rendre visite à New York. Ce sera pour lui aussi la dernière rencontre avec John.

Avec Ringo Starr, Lennon a mieux conservé les liens et il lui accorde même sa dernière apparition en studio avant 4 ans. John participe en effet au printemps 1976 à l’enregistrement de son album Ringo’s Rotogravure à Los angeles. Il ne s’agit en fait que d’une seule chanson, ‘Cookin’ (In The Kitchen Of Love)’, que Lennon avait composé et écrit à la même époque, où il assure la partie piano. Et ce fut la toute dernière collaboration musicale entre John Lennon et un autre ex-Beatles.

L’obtention de la carte verte permit de nouveau John de sortir des frontières des Etats-Unis sans menace d’être refoulé à son retour. Ainsi, il en profita pour faire plusieurs voyages hors des USA dans les 4 dernières années de sa vie. En 1976, il visita Hong Kong. Il fit ce voyage seul, ce qui était important pour lui car c’était la toute première fois depuis qu’il était devenu célèbre qu’il prenait des vacances seul et plus ou moins dans l’anonymat. Un an plus tard, en 1977, John, Yoko et Sean étaient pour 5 mois au Japon. Cette visite fut très médiatisée là-bas. Ils y retournèrent deux autres fois en 1978 et 1979 mais pour des visites plus courtes et plus simples. Ils passèrent aussi des vacances aux Caraïbes en 1978 et aux Bermudes en 1980, John et Yoko visitèrent l’Egypte au début de l’année 1979 et John voyagea seul au Cap en Afrique du Sud en mai 1980. Par contre ses seuls passages en Europe n’ont été que des escales au milieu de ces voyages, à Francfort ou ailleurs. Il ne remit jamais les pieds en Angleterre depuis son départ en 1971. A la fin de sa vie il projetait une visite à Liverpool pour le début de l’année 1981 

Lors de leur première visite au Japon en 1977, John et Yoko annoncèrent leur retour imminent à la vie musicale avec une comédie musicale autobiographique. L’idée était de Yoko. De retour à New York, John commença à travailler sur ce projet en composant 3 ou 4 chansons avant d’abandonner cette idée. Tout porte à croire que cette idée n’est jamais vraiment sortie de la tête de Yoko vu que finalement elle supervisa cette comédie musicale en 2005 à Broadway, sous le titre de « Lennon – The Musical », et dont la production fut prise en charge par Don Scardino. Cette comédie musicale s’avéra très rapidement être un vrai échec, et le nombre de représentations initialement prévu fut revu à la baisse. 

Quant à leur retour au monde musical il attendra encore 2 ans et demi.

The Lost Lennon Tapes

Bien que Lennon ait complètement interrompu sa carrière artistique entre 1975 et 1980, il a tout de même continué à jouer de la musique et à composer des chansons chez lui au Dakota. Certaines d’entre elles ont vu le jour lors de son retour de 1980, d’autres sont restées inédites tout du moins officiellement.

De son vivant et dans les années qui ont suivit sa mort, ces chansons inédites étaient inconnues du grand public. Puis à la fin des années 80 vinrent les Lost Lennon Tapes.

The Lost Lennon Tapes. 

« The Lost Lennon Tapes » était une longue série radiophonique de la station américaine Westwood One rendant hommage à John Lennon qui fut diffusée à partir de 1988, ceci en collaboration étroite avec Yoko Ono qui fournit aux programmeurs de l’émission pas moins de 538 enregistrements qui n’avaient jamais été publiés auparavant (ou presque) enregistrés par John Lennon entre 1958 et 1980 avec puis sans les Beatles. Essentiellement axés sur la carrière solo de Lennon, ces enregistrements contiennent un peu de tout, des prises et des mixs alternatifs de chansons déjà connus, des chansons inédites enregistrés en studio, des spots publicitaires, quelques petits monologues ou sketchs et bien sur des demos de chansons connus et inconnus. D’après Yoko Ono c’était l’intégralité de ce qu’elle possédait, chose qui par la suite s’est avéré ne pas être entièrement exact. Les bootlegers ayant enregistrés les émissions au fur et à mesure, en publièrent pas moins de 35 albums en 33 tours soit 22 CDs, c’est-à-dire la partie majeure des bootlegs de John Lennon. La vente de ces albums est tout a fait illégale mais il faut aussi préciser que Yoko Ono, qui possède les droits de ces enregistrements, en est délibérément à l’origine. Quoi qu’il en soit, c’est grâce aux Lost Lennon Tapes qu’on a pu se faire une idée de ses activités musicales privées durant sa relativement longue absence soit entre 1976 et le printemps 1980.

Les Démos du Dakota.

D’après les enregistrements retrouvés après sa mort, on constate que c’est surtout aux alentours de fin 1979 et de la première moitié de 1980, que John s’est remit sérieusement à écrire des chansons. Evidement la liste des enregistrements retrouvés n’est peut être pas définitive mais on peut imaginer que les proportions ne sont pas très loin de ce que l’on sait. Cependant il existe bien des enregistrements remontant à l’année 1976, comme ‘Mucho Mungo’ qu’il avait écrit 2 ans plus tôt pour Harry Nilsson et qui figure sur le coffret Anthology paru en 1998 ou encore ‘Tennessee’ et ‘Cookin’ In The Kitchen Of Love’ dont nous avons déjà parlé.

On peut aussi attribuer deux autres chansons, dont on a retrouvé des enregistrements demos, à l’été 1976 soit peu de temps avant ou après le voyage de John Lennon à Hong Kong. La première s’appelle ‘Sally And Billy’. De cette chanson, il existe également des demos enregistrés en Angleterre, remontant à décembre 1970 soit juste après la sortie de l’album ‘Plastic Ono Band’. Lennon n’avait ensuite pas plus insisté avec ce titre bien qu’une partie de la mélodie d »Only People’ de l’album ‘Mind Games’ de 1973 semble un peu s’en inspirer. Et voilà que 6 ans après il s’y intéresse de nouveau et en enregistre quelques prises au piano et au chant avant de l’abandonner définitivement. L’autre chanson s’appelle ‘She Is A Friend Of Dorothy’s’ dont le titre aurait été inspiré par un slogan d’un mouvement ou club de lesbiennes sans que pour autant la chanson ne traite le sujet de l’homosexualité. Lennon a fait au moins deux formes bien différentes de cette chanson, l’une plutôt douce ce qui met bien en valeur le coté esthétique de la mélodie tandis que l’autre forme ou version est plus rythmée.

  Parmi les demos de ces années de silence, il y en a avec lesquelles on a eu beaucoup plus de mal à les situer dans le temps, d’autant plus qu’on en a parfois trouvé qu’une seule version. Par exemple, le cas de ‘The Boat Song’ est intéressant. Cette chanson est très originale par rapport à ce que Lennon nous avait habitué. C’est une chanson très marinière qui est sans aucun doute un clin d’oeil à son père qui lui-même était marin dans sa jeunesse. Certaines sources situent cette chanson en juin 1980 lorsque Lennon avait navigué pour les Bermudes. D’autres pensent plutôt que la chanson est plus ancienne et fut enregistrée au Dakota, peut être après la mort de son père. On ne sait pas trop bien non plus à quand remonte ‘Illusion’ dont les accords rappellent ceux de ‘Mucho Mungo’ ou encore ‘You Send Me’.

  Parmi les chansons de John Lennon qui furent enregistrés lors des sessions de ‘Double Fantasy’ en août et septembre 1980, la plus ancienne est très probablement ‘I Don’t Want To Face It’ bien que celle-ci ne fut pas retenu sur l’album mais ne fut publiée pour la première fois que 4 ans plus tard sur ‘Milk And Honey’. Sa première demo remonte apparemment à la fin de l’année 1977 où la chanson semble avoir déjà la forme que l’on connaît. Fin 1977 est justement la période où Lennon avait commencé à travailler sur son projet de comédie musicale qui devait s’appeler ‘The Ballad Of John And Yoko’. On pense qu’il avait composé quelques chansons pour l’occasion comme ‘Whatever Happened To’ (qui n’a rien a voir avec ‘Free As A Bird’ de la même année), ‘One Of The Boys’ alors qu’il s’était aussi penché sur ‘India’ qu’il avait commencé de composer lors de son séjour en Inde avec les Beatles en 1968.

Enfin une autre belle chanson ‘Mirror, Mirror’ ou ‘Mirror Mirror On The Wall’ dont plusieurs versions ont été retrouvées remonte aussi à cette fin d’année 1977.

  De l’année 1978, il n’est resté que très peu de traces musicales, apparemment seulement deux titres, d’abord ‘Starnger’s Room’ qui est en fait une première version d »I’m Losing You’. Grace à un autre enregistrement de l’année suivante, on sait qu’il essayait de temps en temps de perfectionner cette chanson. C’est lors de ses vacances aux Bermudes en juin 1980, qu’il lui donna sa forme définitive. Le second titre s’appelait ‘Evrybody’s Talking, Nobody’s Talking’ qui par la suite est devenu ‘Nobody Told Me’ lorsqu’il décida de la finir lors de l’été 1980. Sur cette première version, les couplets étaient déjà très proches de la version finale, contrairement au refrain d’où l’absence du titre que l’on connaît désormais.

C’est donc dans la seconde moitié de 1979 que Lennon commença à envisager son come back même si sa décision ne fut prise qu’au printemps 1980. En 1979, apparaissent beaucoup de versions de ‘Real Life’ et ‘Real Love’ dont il est question sur un autre dossier. De cette époque on a retrouvé plusieurs démos comme ‘It’s Real’ et ‘Happy Rishikesh Song’ toutes les deux figurant sur le coffret Anthology. Concernant ‘Happy Rishikesh’ on a longtemps pensé à tord que cette chanson remontait à 1968. On y remarque aussi une petite influence du tube de George Harrison de 1979, ‘Blow Away’. C’est aussi en cette fin 1979, qu’apparaît une démo titrée ‘I’m Crazy’ mais qui en fait s’averre être la première version connue de ‘Watching The Wheel’.

  Au début de 1980, apparaît une chanson dont Lennon a laissé une bonne demi douzaine de versions, qui s’appelle ‘Serve Youself’. Il s’agit d’une chanson observant l’individu et la religion d’une manière humoristique et un peu cynique. Les versions du Dakota sont assez différentes de la version enregistrée aux Bermudes quelques mois plus tard qui figure sur le coffret Anthology de John Lennon entre autre parce que sur ces premières versions il s’accompagnait au piano. D’autres chansons que John n’a jamais enregistré en studio par la suite semblent remonter aussi au début de cette année-là, comme ‘Now And Then’ (ou ‘I Miss You’) que les 3 autres Beatles tentèrent en vain de compléter dans les années 90, ‘Across The River’ et ‘Mr Hyde’s Gone (Don’t Be Afraid)’.

  Concernant les chansons qu’il a ensuite enregistré en studio, il n’est pas facile de faire la différence entre celles qui remontent à avant son voyage aux Bermudes et celles qui furent enregistrées plus tard c’est-à-dire juste avant son retour en studio. On peut quand même supposer que les demos de 1980 de ‘Watching The Wheel’ datent du début de l’année sauf peut être celle qui figure sur ‘Lennon Anthology’ où il s’accompagne à la guitare qui fait plus penser à une demo enregistrée aux Bermudes. On est presque certain aussi que Lennon avait déjà commencé à travailler des le début de l’année sur ‘Beautiful Boy’ (sous le titre provisoire ‘Darling Boy’) dont il est resté plusieurs démos. Sur l’une d’entre elles, il y rajouta une autre chanson en guise d’introduction, ‘She Runs Them Round In Circles’. Il abandonna cette idée finalement mais ré-éssaya de glisser ce passage sur une chanson qu’il composa après la sortie de ‘Double Fantasy’, ‘Gone From This Place’. Il est possible aussi que certaines demos de ‘Clean Up Time’ remontent aussi au début de l’année mais c’est déjà moins sûr.  

Enfin parmi les demos du Dakota, on trouve aussi des reprises d’autres chanteurs, des parodies et quelques monologues aussi.

(Just Like) Starting Over

‘(Just Like) Starting Over’ est la première chanson de l’album ‘Double Fantasy’ et aussi le premier single issu de cet album. Cette chanson contient une grande particularité, elle ne fut pas composée en une fois mais elle est le résultat d’une évolution longue de trois ans et en fait un assemblage de chansons écrites séparément.

La première trace remonte à 1977 où il compose une chanson, ‘I Watch your Face’ qui ne comporte qu’une seule ressemblance au niveau de la mélodie sur un passage précis mais dont surtout la ligne d’accord qu’il utilise est celle qui sera retenu sur la première et la dernière partie de ‘Starting Over’. C’est la première pièce de l’édifice.

  En 1979, apparaît ‘My Life’ avec la même ligne d’accord que sur ‘I Watch Your face’ et où cette fois-ci la mélodie des couplets est celle qu’on retrouvera au début et à la fin de ‘Starting Over’ tandis que le refrain n’a par contre aucun rapport. Parmi les 5 versions de ‘My Life’ retrouvés, une d’entre elles est sur ‘Lennon Anthology’ mais elle y est datée en 1980.

  Début 1980, Lennon enregistre plusieurs demos d’une chanson intitulée ‘Don’t Be Crazy’. L’air de ses couplets deviendra plus tard le pont de ‘Starting Over’, tandis que de l’air du refrain, il ne fera plus jamais usage.

  Avec ‘The Worst Is Over’, toujours début 1980, John fait un grand pas vers le résultat final en y composant la partie centrale de la chanson telle qu’on la connaît et en y ajoutant déjà le pont issu de ‘Don’t Be Crazy’.

  Enfin, vers le milieu de 1980, John Lennon complete ‘(Just Like) Starting Over’ en rajoutant au début et à la fin de ‘The Worst Is Over’ ce qui étaient les couplets de ‘My Life’. Cet assemblage pourrait très bien remonter à son séjour aux Bermudes en juin 1980 mais on n’en est pas tout à fait certain. A noter aussi que sur une des premières démos de ‘Starting Over’, les paroles n’étaient pas encore définitives et pour la quatrième fois après ‘I Am the Walrus’, ‘Glass Onion’ et ‘God’, il songeait faire une allusion au Walrus.

Lennon Anthology 

Le 3 Novembre 1998, EMI publiait un coffret de 4 CD de John Lennon dans lequel figurait un bon résumé de tous ces documents connus jusqu’alors que par les collectionneurs de disques pirates.

De la période qui va de 1975 au printemps 1980, quelques titres démos y ont été retenus dans une qualité sonore supérieure aux versions des bootlegs.

Sur le 1er CD, figure une très courte version de ‘Maggie Mae’ chanson traditionnelle que les Beatles avaient interprété sur l’album ‘Let It Be’ de 1970. Cette version remonte, d’après les notes du coffret, à 1979.

Sur le 2eme CD, on peut trouver une version de ‘Real Love’ datant vraisemblablement de 1979 et non pas de 1980 comme il est indiqué. C’est une des versions ou John chante et joue au piano.

Une version de l’ancêtre de ‘Im Losing You’, ‘Stranger’s Room’ est sur le 3eme CD.

Le 4eme CD, justement sous-titré « Dakota », concerne justement cette période ou plus précisément la fin de cette période. Il n’y a pas que des demos dessus mais les demos présentés sont les suivantes:

‘Serve Yourself’ sous une version guitare. Elle fut enregistrée aux Bermudes en juin 1980.’My Life’ qui pourrait très bien remonter á 1979 bien qu’il y soit dit qu’elle est de 1980.’Life Begins At 40′ que John avait composé pour Ringo dans les dernieres semaines de sa vie.’Woman’ qui fut enregistrée durant l’été 1980.’Watching The Wheel’ en 1980 où Lennon s’accompagne á la guitare.’Borrowed Time’ également de l’été 1980.’The Rishikesh Song’.’Mr Hyde’s Gone’.’Dear John’ qui est une de ses toutes dernières chansons.Mucho Mungo’ qui remonte á 1976. Il s’agit en fait d’une chanson un peu spéciale car il n’en á écrit que les couplets, le refrain vient d’une autre chanson. Pour ne pas avoir á payer des crédits, Yoko Ono á jugé meilleur d’éditer l’enregistrement et de n’y laisser que la partie écrire par John Lennon.3 Parodies de Bob Dylan de 1979 intitulés ‘Satire 1’, ‘Satire 2’ et ‘Satire 3′.’It’s Real’ de 1979 où John siffle tranquillement un air tout en jouant de la guitare. 

Introduction

Dès 1976, une des premières décisions prise par John Lennon depuis sa retraite du Dakota était de ne plus s’occuper des affaires des Beatles. A partir de ce moment, c’est Yoko Ono qui l’a représenté lors des négociations concernant les problèmes avec Apple ou encore les différends judiciaires entre les Beatles et Allen Klein. C’était en fait à cette époque là qu’elle s’était définitivement transformée en femme d’affaires ne se contentant pas uniquement de représenter son mari chez les Beatles mais aussi en investissant leur argent où cela lui semblait judicieux. Ainsi, ils devinrent propriétaires d’un troupeau de vaches où le prix de chaque vente de tête fut méticuleusement négocié. En 1977, ils achetèrent également une ferme dans le Delawere mais celle-ci fut entièrement ravagée 6 mois plus tard suite à un incendie d’origine criminelle. A ce moment-là, ce n’était pas encore la personne de John Lennon qui était visée mais les riches propriétaires agricoles en général qui étaient les victimes d’une vague d’actes pyromanes.

Les Lennon avaient donc inversés les rôles, Yoko la femme d’affaire travaillait et John le père de famille qui restait à la maison avec son fils et qui faisait cuire du pain. En à peine 4 ou 5 ans depuis leur arrivé aux Etats-Unis, John et Yoko avaient complètement transformés leur mode de vie, ils étaient devenus une vrai famille bourgeoise sachant gérer leur fortune. Les idéaux politiques de John et Yoko étaient déjà bien loin.

En fait la vocation politique de Lennon s’était éloignée en même temps que sa menace d’expulsion. Le 27 juillet 1976, John Lennon obtint sa carte verte (numéro A17-597-321), qui lui donna enfin le droit de résider aux USA. Cette décision fut prise par le juge de la cour fédérale de New York, Thomas P. Greisa qui déclara « Je suis convaincu que Lennon a une carrière dont l’équilibre est plus délicat que pour d’autres artistes. Lennon s’est lancé dans diverses aventures aussi bien en musique pop qu’en musique d’avant-garde. Sa production tend à être plus intellectuelle que celle d’autres artistes. Ce qui signifie, selon moi, que la réputation de Lennon et son statut sont une affaire délicate ».

Bien entendu, cette décision fut pour Lennon un immense soulagement. Si on ajoute à cela sa victoire judiciaire contre Morris Levy concernant leur malentendu sur l’album ‘Rock N Roll’ quelques mois auparavant, c’était la première fois que John Lennon se sentait approuvé et reconnu par la société et ce fut un grand tournant dans sa vie où un esprit serein prit la place de son caractère rebel. C’est un peu dans cet état d’esprit qu’il commença à écrire un peu plus tard, ‘Free As A Bird’, une chanson qu’il n’a jamais achevé mais que 18 ans plus tard, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr complétèrent pour en faire une chanson des Beatles a partir d’un enregistrement démo de John enregistré au Dakota en 1977.

Life begin at 40

C’est au début de l’année 80, que John Lennon et Yoko Ono sortent d’une période de 5 ans de silence artistique.

Durant leur long isolement, John et Yoko restèrent dépendant de la drogue, et plus précisément de l’héroïne. Conscients que ce fléau tend de plus en plus à les détruire, ils décident de retour d’un voyage au Japon en 1979, de suivre conjointement une cure de désintoxication. Si John arrive rapidement à se débarrasser de son addiction, c’est bien loin d’être le cas de Yoko Ono, qui est victime d’états de manque et qui extériorise sa dépendance inassouvie par une verve qu’elle croyait avoir perdue. C’est ainsi qu’à l’aube des années 80, elle a déjà rédigé les textes des chansons qui seront présentes sur « Double Fantasy » et « Milk And Honey ». Elle écrit également à cette époque-là, « Walking On Thin Ice » qui traite ce sujet. Cette chanson deviendra un tube planétaire après la mort de John car c’est en fait le tout dernier enregistrement auquel il avait participé quelques heures à peine avant de mourir.

Mais la décision d’un grand retour sur la scène musicale ne sera en fait prise qu’au printemps de l’année 80. 1980, c’est pour John une année « échéance », qu’il estime comme magique, et qu’il veut réussir. Interviewé d’ailleurs quelques mois avant sa mort il confiera « Nous avons raté les 70’s, il faut désormais réussir les 80’s ».

Aussi, afin de finir de renforcer son dynamisme et une certaine énergie juvénile retrouvée, en Avril 1980, avant son come-back tant attendu, il s’offre avec Sean et Fred Seaman (son assistant et secrétaire personnel), quelques semaines de vacances à Long Island. Fort d’un certain anonymat acquis par ses 5 ans d’exil loin des studios, et des projecteurs, John, Fred et Sean profitent pleinement de ces congés, et apprennent notamment à naviguer à bord d’un voilier, cours qu’ils mettront en pratique dès Juin 1980, en s’embarquant, à bord d’une Goélette, pour les Bermudes, tandis que Yoko reste au Dakota, pour gérer les affaires.

Après que Lennon ait voyagé seul en Afrique du Sud au mois de mai, John, Sean et Fred Seaman embarquent début juin pour les îles des Bermudes. La traversée durera non moins de 15 jours, entre mer d’huile, et océan agité, mettant les talents de navigateur de John à rude épreuve surtout une nuit où tous les membres de l’équipage étaient malades sauf lui et il dut prendre en main la navigation de la goélette seul dans des conditions difficiles. Ce fut pour lui une véritable révélation car c’était pour lui la première occasion depuis bien longtemps de découvrir ses capacités. C’est assurément cette espèce de libération intérieure qui lui a définitivement rendu l’envie d’écrire des chansons et quand il débarque sur son lieu de villégiature, il n’est habité que par une envie : celle de chanter et d’enregistrer un nouvel album. C’est notamment durant ces congés sous le soleil, que la chanson ‘Serve Yourself’, prendra la forme que l’on connaît, car c’est là-bas que fut enregistrée sur cassette la version qui figure sur ‘Lennon Anthology’.

Et c’est ainsi qu’au fil des jours, s’imprégnant de l’ambiance reggae des Bermudes, germe dans sa tête l’idée de créer un album « positif » et ensoleillé. L’un des premiers titres à s’inspirer de cette philosophie sera ‘Borrowed Time’. S’en suivront des chansons cependant moins « ensoleillées » mais tout aussi optimistes : ‘Dear Yoko’, ‘I’m Stepping Out’ ou encore ‘Woman’. De plus, il en profitera aussi pour compléter des chansons commencées auparavant, ‘Nobody Told Me, I Dont Want to Face It’, ‘Beautiful Boy’ et d’autres.

Toutes les occasions sont alors bonnes pour John à créer et tout est source d’inspiration : un appel téléphonique avorté avec Yoko, qui était restée à New York, lui donnera matière à compléter la chanson ‘Stranger’s Room’ qui prend ainsi sa forme définitive, ‘I’m Losing You’, qui traite l’angoisse qu’il vivait ce soir là, ne pouvant pas communiquer.

Le lendemain, il arrive enfin à joindre Yoko au téléphone et lui fait écouter l’enregistrement demo de cette chanson. Un peu plus tard, elle le rappelle avec une chanson à elle, ‘I’m Moving On’. Alors c’est son tour d’enregistrer une autre chanson pour la lui faire écouter lors de son prochain appel.

Les échanges téléphoniques ne suffisant plus, face à leur passion dévorante, Yoko se décide à rejoindre John et Sean quelques jours plus tard. Le couple décide alors de mettre de côté dans un premier temps les projets solos, et de concevoir un album en duo, sur lequel ils se partageraient les chansons à parts égales. 

C’est au grès d’une visite dans un jardin botanique que le couple découvrira une plante nommée Double Fantasy, dénomination qui les charmera, et qui deviendra le titre de leur nouvel album.

Forts des démos de leurs futures chansons et d’un titre pour ce disque, le couple décide de rentrer à New York, en vu d’enregistrer ce nouvel opus 

De ce séjour aux Bermudes, quelques demos sont restés. Celles de ‘Borrowed Time’, ‘Woman’ et peut etre ‘Watching The Wheel’ furent publiés sur le coffret « Lennon Anthology » de 1998 et une autre demo de ‘Dear Yoko’ figure sur la compilation ‘Acoustic’ de 2004. D’autres sont restés inédites comme par exemple celle de ‘Nobody Told Me’ où il precise des le début que cette chanson est destinée a être interprétée par Ringo Starr.

Frederic Seaman raconte une journée d’enregistrement aux Bermudes avec John Lennon

En février 1979, Frederic Seaman, journaliste new-yorkais, est engagé par John Lennon comme assistant personnel. La vedette est alors une rock-star à la retraite, le fantôme du légendaire Seattle, l’ombre du musicien activiste et pacifiste des années 70. Ce Lennon-là, pratiquement reclus dans sa forteresse du Dakota, à New York, passe son temps à ne rien faire, entre sa chambre et la cuisine, les journaux et la télé, et son fils Sean. Le tout sous la férule de sa femme Yoko Ono, qui gère ses affaires, aidée d’une cour de voyantes, d’hommes de loi et de marchands de tableaux. Il vivra ainsi jusqu’à son assassinat en 1980.

Frederic Seaman est le témoin, en même temps que l’employé, de cette vie peu ordinaire d’un couple extraordinaire. Il s’occupe des courses, de l’intendance, et fait la conversation avec John. Mais il assiste également au regain d’inspiration qui va donner Double Fantasy, le disque du retour de Lennon … Seaman note tout, au jour le jour. Sa chronique des derniers jours de John Lennon – environ deux ans – est un rapport minutieux de l’intimité d’un personnage fascinant, que l’on découvre ici sous un jour inédit. 

À la maison, j’ai installé le nouveau magnéto dans le solarium. Et bientôt John était occupé à compléter ses enregistrements. Il ajouta une piste de guitare à la version au piano de « Serve yourself! » et parut ravi du résultat. Il se mit ensuite à une nouvelle chanson qu’il avait écrite pour Sean, intitulée « Beautiful boy». C’était une ballade tendre dont les paroles présentaient une image idéalisée des rapports père-fils, avec ce constat à la fois profond et fataliste : « Life is what happens to you while you’re busy making other plans» (la vie, c’est ce qui arrive quand on est en train de faire d’autres projets).

Désireux d’ajouter des « percussions variées» à sa dernière démo, John me suggéra d’aller m’acheter une paire de bongos et un tambourin, et de lui prendre aussi un pupitre, pendant que j’y étais. J’allai dévaliser sans attendre un magasin d’instruments. Un soir, après notre rituelle contemplation du couchant, John dit qu’il était prêt à enregistrer une démo définitive de « BeautifuI boy». Il me demanda de prendre les bongos et de le rejoindre dans le solarium. Il inséra une cassette vierge dans l’un des magnétos, joua quelques arpèges et accorda sa guitare. J’étais assis à un ou deux mètres de lui, dans l’expectative, les bongos calés entre mes genoux.

«On s’en servira plus tard », dit John. Pour l’instant, je devais simplement taper dans les mains un tempo de reggae. Je lui dis que je ferais de mon mieux. « Joue-le à l’oreille, Fred », dit-il, me sentant nerveux.

Il enclencha le bouton « record» du Sony et penché en avant sur sa guitare, il se mit à jouer la douce mélodie. Je m’efforçais de frapper la cadence, en regardant vers John dans l’attente d’autres instructions, mais il se contenta d’acquiescer de la tête et ferma les yeux. La prise fut ainsi faite sans le moindre hic. John fit revenir la cassette en arrière pour écouter le résultat. En plus de mes claps de mains, de la guitare de John et de sa voix, on entendait distinctement un troisième son

sur la bande : un bruyant chœur de crapauds. Ils nous donnaient la sérénade chaque soir à la Villa Undercliff.

« Pas mal, pour une première prise », dit John en recalant la cassette. Cette fois, il me fit jouer des bongos. Au bout de quelques mesures, il interrompit le magnéto en se plaignant que je jouais trop fort. « J oue¬le plus cool, Fred », dit-il, ajoutant qu’il fallait que je «reste à l’arrière-plan ». Je l’assurai que je n’avais aucunement l’intention de lui faire concurrence. Nous avons fait plusieurs prises avec les bongos. En écoutant ainsi la chanson se révéler, j’éprouvais une sensation musicale que je n’avais jamais connue. Les prises étaient sommaires, je jouais à contretemps, mais John était content. C’était comme regarder John extraire le mine¬rai brut qui allait être ensuite raffiné, nettoyé, traité, puis moulé en un bel objet.

Après quelques prises, John me suggéra, au lieu de taper sur les bongos à mains nues, de battre le rythme avec un stylo. Je marquai ainsi quelques mesures, et John approuva de la tête. « Chantons des berceuses! » dit-il alors que je comptais le tempo. Puis il repassa notre première prise « claps de mains » sur le Panasonic, tout en enregistrant en direct sur le Sony.

À présent, je connaissais assez la chanson pour me permettre d’ajouter de subtiles variations, tout en m’appliquant à ne pas jouer trop fort, à ne pas trop en faire. Tout à la fin de la chanson, je tentai un roulement sonore, et John ne broncha pas. En repassant la « démo deux pistes », il me fit même des compliments, et dit qu’en studio il ferait doubler par un bonga. mon motif rythmique à contretemps. Il me laisserait peut-être même jouer du tambourin ou des clochettes sur l’album. Je ne me sentais plus de joie. Dans mes rêves les plus fous je n’avais jamais imaginé faire un jour de la musique avec John Lennon.

Le lendemain matin, John joua « Beautiful boy» pour Sean, qui dansait dans le solarium, fou de joie que son père lui ait dédié une chanson. Comme d’habitude, John se sentait coupable de ne pas consacrer plus de temps à son fils, qui était la plupart du temps en promenade dans l’île avec Helen…

John déplaça bientôt son studio improvisé dans une chambre d’amis du premier étage. Son répertoire, qui comprenait déjà « Borrowed time », « Beautiful boy» « Steppin’ out» et « Serve yourself! », se développait rapidement. Il y avait plusieurs autres chansons que John s’efforçait de finir avant l’arrivée de. Yoko, prévue pour le dernier week-end de Juin. Parmi celles-ci, une ballade autobiographique à la Dylan, « Watching the wheels », résultat de la transformation d’une ancienne démo, « Watching the flowers grow » 

John accorda le plus grand soin à l’ écriture des paroles de « Watching the wheels ». Il s asseyait au piano dans le salon avant le déjeuner ou le dîner, et jouait jusqu’à entrer dans une sorte de transe, ou les mots manquants lui arrivaient de « là-haut ».

« Les meilleures chansons », disait-il, « sont celles qui vous viennent au milieu de la nuit, et il faut alors se lever et les mettre sur le papier pour retrouver le sommeil. » Il ajoutait que ces chansons « inspirées » étaient en général bien supérieures aux «chansons à formule» du genre de celles que lui et Paul McCartney avaient usiné en grande  quantité pendant les premières années des Beatles. « Écrire des chansons à formule », disait John, «c’est comme dessiner en reliant des points. » .

John était très méthodique dans sa manière de composer. Il trouvait d’abord les accords de base au piano, tout en travaillant parfois les paroles. Quand il avait une version brute de la chanson, il peaufinait la mélodie à la guitare. À la fin, il ajoutait un rythme. John  programmait sa boîte à rythmes avec beaucoup d’habileté, et il essayait généralement divers tempos avant de trouver celui qui « collait ». Il y avait toujours un magnétophone en marche quand il travaillait, et il faisait un double-track de ses démos favorites jusqu’à obtenir une « master demo » qui lui plaise.

A Long December

Mark Chapman

Avertissement: Mark David Chapman est l’homme qui a assassiné John Lennon. L’importance qu’il a dans la vie des Beatles et de John Lennon se réduit au simple fait qu’il a commis un acte répugnant dans le but de se donner de l’importance. L’idée d’écrire sur lui cet article n’a pas pour but de le placer a égalité avec Brian Epstein, la tante Mimi, Magic Alex ou le Maharishi dans la saga des Fab 4 mais de le situer dans le contexte de ce dossier. (David G.).

Fils aîné de David et Diane Chapman, Mark est né le 10 mai 1955 à Forth Worth dans l’Etat du Texas mais grandi à Atlanta en Georgie, où son père, sous officier de l’armée de l’air en retraite, occupe la fonction de responsable des crédits d’une banque. 

Pendant son adolescence, rien ne pouvait indiquer qu’il deviendrait un assassin, d’ailleurs il s’intéressait aux Beatles et aussi aux OVNI. Par la suite, il devient hippie, se laisse pousser les cheveux et se drogue. 

C’est à ce moment là que sa personnalité commence à se dédoubler. En 1972, à la suite d’une vision ou apparition, sa vie va basculer, il va devenir religieux, il se coupe les cheveux, s’habille sobrement et rêve de devenir missionnaire. 

Après avoir échoué dans ses études, en 1975, il réalise son rêve  en arrivant au camp du YMCA à Beyrouth, mais la guerre civile au Liban éclate au même moment et seulement 2 semaines après son arrivée tous les Américains séjournant au Liban sont évacués.

Il profitera de son court séjour pour enregistrer tous les coups de feu qu’il entend et à son retour à Atlanta fera écouter l’enregistrement à toutes les personnes qu’il connaît. 

Plus tard dans la même année, il tombe amoureux d’une femme, amour en sens unique le poussant a faire n’importe quoi pour attirer son attention.

2 ans plus tard, à la suite du divorce de ses parents, il s’installe avec sa mère à Hawai. Il tente à cette époque là de mettre fin à ses jours à l’aide des gaz du pot d’échappement de sa voiture, c’est un voisin qui le sauve de justesse.

Après avoir occupé quelques emplois éphémères, il fit en 1978 un tour du monde concentré sur les endroits où le YMCA était présent. 

De retour à Hawaï, il est positivement changé , il épouse la japonaise (coïncidence?) Gloria Abe et devient agent de la sécurité. 

Mais des 1979, son attitude vis à vis des autres va complètement changer, il va devenir de plus en plus puritain et tyrannique vis a vis de sa femme, et  de plus en plus méprisant vis à vis de ses collègues et commence à  s’intéresser aux armes à feu. Il s’avérera plus tard qu’il était à l’époque l’auteur de coups de téléphones anonymes à Hawaï où il se contentait de dire: « pan pan tu es mort ».

Si avant l’assassinat de Lennon aucun psychologue qui avait suivi  Chapman n’avait pu déceler chez lui  autre chose qu’une certaine agressivité, il s’avérera plus tard que l’homme cachait en lui un narcissisme pathologique caractérisé par un sens démesuré de sa propre importance en dépit d’une indifférence à ce que les autres ressentent.

En octobre 1980 il découvre un article du magazine Esquire où John Lennon est vivement critiqué. Il y est décrit comme un hypocrite qui au delà de ses messages idéalistes mène une vie très bourgeoise. En fait ce magazine se vengeait du fait de ne pas avoir pu interviewer l’ex Beatle en faisant un grave amalgame. En effet, toutes les critiques citées auraient dû si ils avaient pu connaître le couple Lennon, se diriger plutôt vers Yoko Ono. 

Si John Lennon n’a effectivement rien fait pour empêcher son épouse de mener une vie un peu contradictoire, il n’était pas pour autant un grand amateur de luxe et se contentait de subir ce genre d’existence agréablement. Cette nuance a évidement échappée à pas mal de lecteurs dont Mark Chapman qui décida de faire de John Lennon sa cible.

Après avoir quitté son poste de vigile, il prend le 27 octobre un aller simple pour New York. Le 29, il se sépare de sa femme se contentant de lui dire: « Je vais a New York pour faire changer les choses ». Il débarque le 30, armé d’un revolver Charter Arms 38 acheté a Honolulu et s’installe dans un premier temps au Waldorf Astoria Hotel puis à l’hôtel Ulcott non loin du Dakota.

Découvrant, qu’il n’a pas le droit d’acheter des munitions à New York, il part le 8 novembre à Atlanta  pour se procurer 5 balles chez un vieil ami travaillant pour la  police. Il revient à New York le lendemain dans le but d’abattre sa victime, mais dans son intérieur des anges de dieux viennent l’écarter des forces du mal. Dissuadé, le 11 novembre il retourne à Hawaï et avoue à sa femme l’erreur qu’il était sur le point de commettre. Mais ce n’était que partie remise, la vie de John Lennon se prolongea de 27 jours uniquement….

Les derniers jours

Bien qu’un peu déçu par les premières réactions du public au sujet de  « Double Fantasy », John Lennon, en ce mois de novembre 1980, était très enthousiasmé  par l’aisance qu’il avait eu à réaliser cet album avec son compère Jack Douglas. En effet, jamais auparavant, il n’avait pu avec tant de facilité  et d’assurance transmettre musicalement sa pensée à d’autres musiciens qu’ils soient Beatles ou non.

Il était donc persuadé qu’il était sur une bonne période et qu’il fallait saisir l’occasion pour réaliser le plus de projets possibles. 

Tout d’abord, il comptait avec Yoko Ono donner une suite, en 1981 à Double Fantasy avec un autre album en duo « Milk And Honney » basé plus ou moins sur le même concept. Le jour de ses 40 ans, John Lennon déclara qu’il s’apprêtait à faire une tournée mondiale d’ici le printemps 1981, et que, d’ici là, il préparerait des nouveaux arrangements aux chansons « I Want To Hold Your Hand » et « She Loves You » qui feraient parties de cette série de concerts. Ce projet prouvait une fois de plus qu’il se sentait beaucoup plus libéré qu’à l’époque des enregistrements originaux, faits avec les Beatles. 

Et justement, si il n’était pas question de reformer le groupe, John et Jack Douglas étaient sensés, mi-décembre aller sur la côte-ouest enregistrer avec Ringo Starr, 3 titres dont Life begin at 40 et Nobody Told Me qui devaient figurer sur l’album Stop And Smell The Roses. Lennon assassiné, Ringo et Douglas abandonnèrent évidement le projet.

Ce qui par dessus tout, lui tenait à cœur, c’était la réalisation d’un disque solo.  Cela faisait des mois qu’il en rêvait et d’ailleurs il n’en avait pas fait depuis 1974.

Certaines chansons étaient déjà programmées pour ce disque. Un jour, John Lennon et Jack Douglas furent pris dans un embouteillage, Lennon en profita pour écrire une nouvelle chanson Street Of Dreams. Plus tard, dans la journée, il y ajouta une phrase musicale qu’il n’arrivait pas à placer depuis des années, en enregistra une demo et décida que ce titre irait sur son album solo. Après sa mort, on n’a hélas pas retrouve la trace de cette chanson.

Mais finalement ce fut le nouveau single de Yoko qui eut droit a la priorité. Avec Walking On Thin Ice, il était question que l’épouse de Lennon eut un vrai tube disco ce qui était  une première pour John dans ce registre là. 

Ainsi pendant ses derniers jours, Lennon consacra une journée sur 2 à la réalisation de ce titre, les autres jours étant plutôt l’occasion de satisfaire la curiosité des médias sur son come-back. 

Ainsi Play Boy, le Rolling Stone, le Newsweek et autres BBC eurent tous droit à une toute dernière interview.

Pendant un mois environ, Mark David Chapman ne cessa de peser le pour et le contre sur un éventuel meurtre, puis le 5 décembre il décide de refaire le trajet pour New York, où il débarqua le samedi 6 à la YMCA de la 63eme rue.

Déjà le 7 au matin, il rode devant le Dakota sans attirer le moindre soupçon. Sa future victime ne faisant pas la moindre apparition, il s’en va au bout de deux heures.

Le 8 Décembre 1980

John Lennon commença cette journée du lundi 8 décembre chez le coiffeur, puis avec Yoko ils allèrent se faire photographier par Annie Leibovitz pour illustrer l’interview donnée 3 jours plus tôt au magasine Rolling Stone. Cette dernière voulait les photographier nus mais seul John se déshabilla, son épouse se contenta d’ouvrir son chemisier. 

A 13 heure, Lennon donna sa toute dernière interview à un journaliste de San Francisco, interview désormais célèbre.

Muni de l’album Double Fantasy et d’un livre (« L’attrape-coeur » de J.D.Salinger qui l’aurait incité à commettre son crime.), Chapman attend devant le Dakota depuis le milieu de la journée. Il sympathise avec des fans, avec le portier et avec un photographe Paul Goresh qui connaissait Lennon. 

John Lennon apparaît aux alentours de 17 heures, l’interview étant achevée, il doit aller avec Yoko en studio pour finir Walking On Thin Ice .

A sa sortie de l’immeuble, il est abordé par le photographe qui lui demande de signer un autographe à Chapman, pendant qu’il les photographie. John accepte et se fait donc prendre sur la même photo que son futur assassin. Et puis il demande à Chapman: « c’est tout ce que vous voulez? ».

Ce dernier impressionné, ne répond pas.

La séance au studio fut essentiellement consacrée à des mises au point commerciale avec l’éditeur David Geffen. En se quittant, Lennon et Douglas décidèrent de se retrouver le lendemain aux aurores pour la dernière touche du single afin de se libérer et de s’engager dans de nouveaux projets. 

Pendant ce temps, Mark David Chapman était resté seul face au  Dakota. C’est Yoko qui descendit la première de la voiture qui les ramenait suivie de John Lennon qui portait un magnétophone et des bandes.  

Ayant reconnu Chapman, il lui dit bonsoir en passant à côté de lui, ce dernier sortit son revolver de sa poche, se mit à genoux et se ouvrit le feu dans la direction de John Lennon. Le chanteur reçut 5 balles dont 2 dans le dos et 2 dans les épaules. Ne s’effondrant pas sur le coup, il utilisa ses dernières forces pour grimper les marches du perron du Dakota puis une fois à l’intérieur tomba par terre. L’assassin qui n’a pas pris la fuite, fut arrêté (il fut jugé et condamné le 24 août 1981 à la prison à vie) tandis que Lennon fut transporté d’urgence à l’hôpital Roosevelt ou il succomba quelques minutes après son arrivée d’une hémorragie massive. 

Ainsi disparaissait une des grandes figures de la musique rock.

Yoko Ono, qui l’avait accompagnée à l’hôpital rentra chez elle et passa immédiatement 3 coups de téléphone en Angleterre, le premier au fils aîné de John, Julian Lennon, le second à la tante Mimi à Liverpool (la tante de Lennon qui l’avait élevé) et le troisième à Paul McCartney.

Le testament de John Lennon

I, JOHN WINSTON ONO LENNON, a resident of the County of New York, State of New York, which I declare to be my domicile do hereby make, publish and declare this to be my Last Will and Testament, hereby revoking all other Wills, Codicils and Testamentary dispositions by me at any time heretofore made.

FIRST: The expenses of my funeral and the administration of my estate, and all inheritance, estate or succession taxes, including interest and penalties, payable by reason of my death shall be paid out of and charged generally against the principal of my residuary estate without apportionment or proration. My Executor shall not seek contribution or reimbursement for any such payments.

SECOND: Should my wife survive me, I give, devise and bequeath to her absolutely, an amount equal to that portion of my residuary estate, the numerator and denominator of which shall be determined as follows:

1. The numerator shall be an amount equal to one-half (1/2) of my adjusted gross estate less the value of all other property included in my gross estate for Federal Estate Tax purposes and which pass or shall have passed to my wife either under any other provision of this Will or in any manner outside of this Will in such manner as to qualify for and be allowed as a marital deduction. The words « pass », « have passed », « marital deduction » and adjusted gross estate » shall have the same meaning as said words have under those provisions of the Untied States Internal Revenue Code applicable to my estate.

2. The denominator shall be an amount representing the value of my residuary estate.

THIRD: I give, devise and bequeath all the rest, residue and remainder of my estate, wheresoever situate, to the Trustees under a Trust Agreement dated November 12, 1979, which I signed with my wife YOKO ONO, and ELI GARBER as Trustees, to be added to the trust property and held and distributed in accordance with the terms of that agreement and any amendments made pursuant to its terms before my death.

FOURTH: In the event that my wife and I die under such circumstances that there is not sufficient evidence to determine which of us has predeceased the other, I hereby declare it to be my will that it shall be deemed that I shall have predeceased her and that this, my Will, and any and all of its provisions shall be construed based upon that assumption.

FIFTH: I hereby nominate, constitute and appoint my beloved wife, YOKO ONO, to act as the Executor of this my Last Will and Testament. In the event that my beloved wife YOKO ONO shall predecease me or chooses not to act for any reason, I nominate and appoint ELI GARBER, DAVID WARMFLASH and CHARLES PETTIT, in the order named, to act in her place and stead.

SIXTH: I nominate, constitute and appoint my wife YOKO ONO, as the Guardian of the person and property of any children of the marriage who may survive me. In the event that she predeceases me, or for any reason she chooses not to act in that capacity, I nominate, constitute and appoint SAM GREEN to act in her place and stead.

SEVENTH: No person named herein to serve in any fiduciary capacity shall be required to file or post any bond for the faithful performance of his or her duties, in that capacity in this or in any other jurisdiction, any law to the contrary notwithstanding.

EIGHTH: If any legatee or beneficiary under this will or the trust agreement between myself as Grantor and YOKO ONO LENNON and ELI GARBER as Trustees, dated November 12, 1979 shall interpose objections to the probate of this Will, or institute or prosecute or be in any way interested or instrumental in the institution or prosecution of any action or proceeding for the purpose of setting aside or invalidating this Will, then and in each such case, I direct that such legatee or beneficiary shall receive nothing whatsoever under this Will or the aforementioned Trust.

IN WITNESS WHEREOF, I have subscribed and sealed and do publish and declare these presents as and for my Last Will and Testament, this 12th day of November, 1979.

/s/

John Winston Ono Lennon

THE FOREGOING INSTRUMENT consisting of four (4) typewritten pages, including this page, was on the 12th day of November, 1979, signed, sealed, published and declared by JOHN WINSTON ONO LENNON, the Testator therein named, as and for his Last Will and Testament, in the present of us, who at his request, and in his presence, and in the presence of each other, have hereunto set our names as witnesses.

Les réactions

C’est plus d’une génération qui eut du mal à croire la nouvelle de la mort de John Lennon, le 9 décembre au matin. 

Cette nouvelle a fait la Une dans le monde entier et de partout des hommages furent rendus à l’ex-Beatles. 

Si durant les années 70, il ne connut pas le succès qu’il aurait mérité (seul Whateverget you through the night fut #1 aux Etats Unis en 1974, alors que McCartney y fut #1 7 fois), sa mort – comme chez beaucoup de chanteurs après leur décès – declancha son succes. L’hiver 1980-81 fut sans aucun doute l' »hiver John Lennon » ou successivement triomphairent (just like) Starting Over, Woman, Imagine et la version de Roxy Music de Jealous Guy. Vint ensuite toute une série de disques posthumes.

Quelques réactions de célébrités :

Julia Baird : « I had not seen John for years, but when he died it was like having an arm cut off. I can’t explain my feelings, even to myself. During the following week I avoided the radio & television, although I could manage newspapers. They weren’t as emotionally demanding as a voice or picture going over John’s life or, even worse, a re-run of an interview with John looking out from the television as if he was really still there. As for listening to any of his records, the very thought made me wince with pain. » Bob Batz Jr. (Dayton Daily News) :  « When Lennon died, I lost a friend I’ve never met, a friend I’ve never talked to, a friend I’ve never seen in person, but a friend nevertheless. » 

Sid Bernstein : « John Lennon was brilliant, so gifted, so giving. He was the Bach, Beethoven, the Rachmaninoff of our time. » Chuck Berry : « Since the time they had one of their first hits with Roll Over Beethoven, I’ve always felt very close to the Beatles. I fell as if I lost a little part of myself when John died. » Roy Cicala : « John used to joke around a lot. The funniest incident I remember occurred when I was an engineer on Mind Games at the record plant. John had taken the finished tapes of the album into the cutting room. When I walked in, loose tape was piled all over the place; John was sitting there with this sad face. I went out to the elevator, I guess to count to 100 or something, and John came running out. It had been a joke, and the tape all over the room was blank. »

Donovan : « Here’s a nice story that comes to mind concerning my time with the Beatles. It was 1968 in India, we were all gathered together in the Maharishi’s bungalow, four Beatles, one Beach Boy, Mia Farrow and me. Maharishi was on the floor sitting cross-legged, but the rest of us were all still standing around as we’d just arrived. Anyway there was a kind of embarrassed hush in the room and John Lennon (always the funny one) decided to break the silence so he walked up to the Maharishi, patted him on the head and quietly said, ‘There’s a good guru.’ John certainly had a wicked tongue all right, but he was honest to a fault. Therefore, many people often considered him to be very hard and forward. Actually, that’s how he protected his sensitivities, by saying exactly what he felt. As far as I’m concerned, he ranks up there with Kennedy, Martin Luther King and Gandhi as a figure for peace in the world. »

Bob Dylan : « John and the Beatles were doing things nobody was doing. Their cords were outrageous, and their harmonies made it all valid. Everybody else thought they were for the teeny boppers, that they were gonna pass right away. But it was obvious to me that they had staying power: I knew they were pointing in the direction where music had to go. »

George Harrison  : « After all we went through together I had and still have great love and respect for him. I am shocked and stunned. To rob life is ultimate robbery. This perpetual encroachment on other people’s space is taken to the limit with the use of a gun. It is an outrage that people can take other people’s lives when they obviously haven’t got their own lives in order. »

Nick Hopkins  : « The first time I worked with John was in 1968, when I played electric piano on Revolution. He was real pleased with the way things went and told me there’d be a lot more sessions he’d be inviting me to. But I didn’t see him again until 1971, at his home in Ascot, where he was recording Imagine. I reminded him of his comment and asked why I hadn’t been invited to any more sessions. « Well Nick, » he said, « we thought you were to involved with the Stones, and we were afraid to ask. » If only I’d known that was the reason! Later that year, John and Yoko invited my wife and me to his birthday party. It was in Syracuse, New York, where Yoko’s « This is not Here » art exhibition was being held, and John flew us there and back to California. He gave everybody silver zodiac necklaces, even though it was his birthday. »  

Mick Jagger  : « I liked John a lot. He was the one I really got on with the most. We weren’t buddy-buddies but we were always friendly. But after the Beatles and the Stones stopped playing clubs, we didn’t see each other that much until he separated from Yoko, around 1974. We got really friendly again. And when he went back with Yoko, he went into hibernation … when I went to visit someone in the Dakota, I’d leave him a note saying: ‘I live next door: I know you don’t want to see anyone, but if you do, please call.’ He never did. »

Edward Koch  : « John Lennon profoundly affected a generation. His music and that of the Beatles was worldwide in import. Every death by violence is a trauma to society. The death of someone of John Lennon’s stature intensifies this trauma. We mourn his loss. »

Cynthia Lennon : « I would like to say how terribly upset we are at the sudden death of John Lennon. I have always had the deepest affection for John since the divorce and have always encouraged his relationship with Julian, which I thought was best. It came so suddenly. Julian remained very close to his father in recent years and is hoping to follow a career in music. He was looking to his father for guidance. Julian was hoping to see his father shortly. »

Sean Lennon  : « Now Daddy is part of God. I guess when you die you become bigger, a part of everything. »

Yoko Ono Lennon  : « … the only way you can better John is by copying him exactly. »

Paul McCartney  :  « I have hidden my self in work today. But it keeps flashing in my mind. I feel shattered, angry and very sad. It’s just ridiculous. He was pretty rude about me sometimes, but I secretly admired him for it, and I always managed to stay in touch with him. There was no question that we weren’t friends, I really loved the guy. I think that what has happened will in years to come make people realize that John was an international statesman. He often looked a loony to many people. He made enemies, but he was fantastic. He was a warm man who cared a lot and with the record Give Peace A Chance helped stop the Vietnam War. He made a lot of sense. » Norman Mailer  : « We have lost a genius of the spirit. » Gerry Marsden  : « First up John was always a good friend. He was never the abusive, aggressive guy some people made him out to be. When John was killed I think he was just hitting his peak, both as an artist and a human being. And that’s the saddest thing of all isn’t it? John’s death. » Richard Perry  : « I can remember very distinctly every minute I spent in the studio with John; it was probably the greatest thrill of my career. He had amazing energy and electricity. He worked at a fast pace, and it spread to everyone else. He loved the record-making process as much as anyone in the business, and whenever he was in the studio, he was smiling. » Smokey Robinson  :  « Forty is an early age to have to leave this planet, but as a performer, the way Lennon was killed is very frightening and tragic to me. He was truly one of the world’s greatest musical innovators and I’m sure he’ll be missed and mourned by many, especially those of us who are his peers. » Tommy Roe  : « Chris Montez and I were headlining a tour of England and Scotland in 1963 and the Beatles were at the bottom of the bill, but they soon became the stars. It was a 30 day bus tour, all one-nighters. My first record, Sheila, was a hit in ’62 but I had no real experience as a performer, while the Beatles had a lot of stage experience but no hit. When I met John, he told me the group used to sing Sheila at the Star Club in Hamburg, and I thought he was kidding until the « Live » album came out years later and Sheila was on it. He was inquisitive about the States, asking about my hometown, Atlanta, and everywhere else. He was a bundle of energy, always talking, always clowning. I have a photo of him backstage during the tour, and he’s coming at me with his hands up like a claw, his glasses on crooked. » Andy Rooney  : « Almost everyone who becomes famous ends up acting the way famous people act. It isn’t so much that famous people want to act that way; they are forced into certain patterns of behavior. John Lennon was trying to act some way other than the way famous people act and people wouldn’t let him. » Ethan Russell  : « I first encountered John in England during the Let It Be period, when I took a bunch of pictures of him and Yoko in a basement. Being only twenty-one and an amateur; I overexposed the photos, but I got great pictures of Yoko. They liked them so much they asked me to take more, and I was surprised that someone of his stature would overlook my mistakes and give me another chance. Years later, I sent John some videotapes to show him what I had been up to and he asked me to shoot a promotion film for (Just Like) Starting Over that Yoko would direct and produce. Once, while we were shooting in Central Park, he laughed and said, ‘This reminds me of Rubber Soul, only my face has fallen.’  » Graham Russell  : « John was one of the handful of true rock poets and his lyrics always bore the stamp of his unique mind. Listening to them now they seem unbearably poignant, full of other meanings now that he has gone. » Frank Sinatra  : « It was a staggering moment when I first heard the news. Lennon was a most talented man and above all, a gentle soul. John and his colleagues set a high standard by which contemporary music continues to be measured. » James Taylor  : « I had a couple of conversations with John during the recording of the ‘White Album’ and I remember him being very busy and devoted to his craft. I watched him work on the two or three versions of Revolution and he was really intense. He believed very passionately about what he wrote. It was obvious that the song was a response to people making demands on him concerning his radical point of views, and you realized that by adulation of the group, we were making it more difficult for them to continue. » Harold Wilson  : « John Lennon’s death was a great tragedy. What the Beatles were doing for kids was taking them off the streets and giving them a new interest in life. » Bill Wyman  : « I first met John in March 1963, when the Beatles came down to see the Stones play in this dingy club called the Station Hotel in Richmond. They stood in line in their little leather coats and later came back to the flat; we stayed up all night talking about music and became good friends. John knew where he was going, and was very strong; he really got it together: Very determined. »

Le communiqué de presse de Yoko Ono et Sean Lennon relatif à l’assassinat de John Lennon

J’AI APPRIS LA NOUVELLE À SEAN. JE LUI AI MONTRÉ LA PHOTO DE SON PÈRE À LA UNE DU JOURNAL ET JE LUI AI TOUT EXPLIQUÉ. J’AI EMMENÉ SEAN À L’ENDROIT OU JOHN EST TOMBÉ QUAND ON LUI A TIRÉ DESSUS. SEAN VOULAIT SAVOIR POURQUOI LE TYPE AVAIT TUÉ JOHN PUISQU’IL AIMAIT JOHN. JE LUI AI EXPLIQUÉ QUE C’ÉTAIT SANS DOUTE QUELQU’UN QUI AVAIT DES PROBLÈMES. SEAN DISAIT QU’IL FALLAIT SAVOIR S’IL AVAIT DES PROBLÈMES OU S’IL AVAIT VRAIMENT VOULU TUER JOHN. JE LUI AI DIT QUE C’ÉTAIT À LA COUR D’EN DÉCIDER. IL A DEMANDÉ QUELLE COUR – LA COUR DE L’IMMEUBLE OU LA COUR DE RÉCRÉ ? C’EST COMME ÇA QUE SEAN PARLAIT AVEC SON PÈRE. ILS ÉTAIENT COPAINS. JOHN AURAIT ÉTÉ FIER DE SON FILS S’IL AVAIT ENTENDU CELA. SEAN A PLEURÉ PLUS TARD. IL A DIT AUSSI:« MAINTENANT PAPA FAIT PARTIE DE DIEU. JE CROIS QUE QUAND ON MEURT ON DEVIENT PLUS GRAND PARCE QU’ON FAIT PARTIE DE TOUT. « JE N’AI PAS GRAND-CHOSE À AJOU¬TER À CES MOTS DE SEAN. LA VEILLE SILENCIEUSE AURA LIEU LE 14 DÉCEMBRE À 14 HEURES, PENDANT DIX MINUTES.

NOS PENSÉES SERONT AVEC VOUS.

Love, Yoko & Sean.

Fred Seaman raconte sa rencontre avec Chapman

En février 1979, Frederic Seaman, journaliste new-yorkais, est engagé par John Lennon comme assistant personnel. La vedette est alors une rock-star à la retraite, l’ombre du musicien activiste et pacifiste des années 70. Ce Lennon-là, pratiquement reclus dans sa forteresse du Dakota, à New York, passe son temps à ne rien faire, entre sa chambre et la cuisine, les journaux et la télé, et son fils Sean. Le tout sous la férule de sa femme Yoko Ono, qui gère ses affaires, aidée d’une cour de voyantes, d’hommes de loi et de marchands de tableaux. Il vivra ainsi jusqu’à son assassinat en 1980.

Frederic Seaman est le témoin, en même temps que l’employé, de cette vie peu ordinaire d’un couple extraordinaire. Il s’occupe des courses, de l’intendance, et fait la conversation avec John. Mais il assiste également au regain d’inspiration qui va donner Double Fantasy, le disque du retour de Lennon … Seaman note tout, au jour le jour. Sa chronique des derniers jours de John Lennon – environ deux ans – est un rapport minutieux de l’intimité d’un personnage fascinant, que l’on découvre ici sous un jour inédit. 

Vers cinq heures de l’après-midi, John et Y oko sont sortis du bureau avec l’équipe de la RKO, et comme leur voiture à eux n’était pas encore arrivée, ils ont accepté d’emprunter une limousine louée par la radio. Je suis allé dehors les regarder partir. Pour celui qui aurait oublié qui était John Lennon, il suffisait d’aller voir du côté du Dakota l’un de ces jours-là. «The Ballad of John and Yoko » passait plein pot sur une radio locale, WBAI, qui rediffusait une vieille interview des Lennon. Les fans massés à l’extérieur chantaient en chœur, tapaient des mains, et bloquaient la circulation au moment où John quittait l’immeuble.

Un gars rondouillard portant lunettes s’approcha alors de John en lui tendant un exemplaire de Double Fantasy.

« Tu veux que je te le signe? » demandait John, impatient. Le fan hocha la tête avec un sourire plein d’espoir.

John attrapa le disque et y mit sa griffe. Paul Goresh, le photographe amateur qui s’était introduit dans la chambre de John l’année d’avant, prit une photo de John la tête baissée, en train de griffonner son nom. Le fan reprit son album et garda les yeux sur John qui marchait rapidement vers la limousine. La foule s’écarta pour la laisser passer, et la voiture noire fila vers Columbus Avenue, laissant derrière elle le troupeau de fans excités qui encombrait le trottoir.

Revenu au bureau, je dépouillai le courrier et fis le total de mes notes de frais. Vers six heures, John m’appela du Record Plant pour me demander de lui apporter les bandes d’un enregistrement que Yoko avait fait au début des années soixante-dix. D’après Yoko, me disait-il, elles se trouvaient dans un placard de la cuisine. J’étais content d’avoir une excuse pour partir. Le  Studio One au crépuscule était parfois sinistre.

Au bout d’un certain temps, je dénichai une boîte en carton contenant les vieilles bandes. Sur le chemin du garage, je vis venir vers moi Paul Goresh, toujours posté devant le Dakota, qui me présenta le type à qui John avait dédicacé un disque tout à l’heure.

« Voici Dave Chapman », dit Goresh. « Il a fait tout le chemin depuis Hawaii pour un autographe. Il a vraiment assuré! »

Chapman agitait son album dédicacé. Il avait le regard vide, derrière des verres qui reflétaient les lumières de la rue.

« Félicitations, mon gars », fis-je, en pressant le pas vers la Mercedes.

One World, One people

Durant sa carrière solo, John Lennon n’a jamais fait de tournée, il s’est contenté de se produire en public que très occasionnellement entre les années 1969 et 1974.

L’énergie étant désormais retrouvée autour de Double Fantasy , Lennon et son épouse décidèrent de faire une tournée mondiale, 15 ans après la dernière tournée des Beatles.

Prévue pour le printemps 1981, cette tournée n’a bien évidement jamais eu lieu. Lennon y pensait très sérieusement et voulait en faire une super production.

Les destinations auraient dû être le Japon où il ne s’etait jamais produit depuis qu’il était avec Yoko Ono, l’Europe où il n’avait pas mis les pieds depuis 1971 (ce n’est qu’après sa mort que sa demi-sœur Julia Baird apprit qu’il comptait faire un séjour a Liverpool en février 1981 alors qu’ils ne s’étaient plus revus depuis la fin des années 60) et bien entendu les États-Unis où il comptait faire diffuser en direct pour les télévisions du monde entier l’un de ses concerts.

En annonçant, cet évènement la veille de ses 40 ans, John Lennon ajouta qu’il profiterait de ces concerts pour arranger de nouvelles versions pour I Want To Hold Your Hand et She Loves You.

A en croire les personnes qui ont travaillé avec lui à la fin de sa vie, il avait apparemment renoncé à She Loves you tandis que d’autres chansons des Beatles étaient prévues comme notamment I Am The Walrus, jamais faite sur scène et qui semblait être un défi à cause de sa complexité (défi qu’a relevé Oasis dans les années 90) 

Il était aussi question, bien évidement de promouvoir Double Fantasy avec Woman qu’il pressentait comme single pour l’année 81 (ce qui fut vraiment le cas après sa mort) et Kiss Kiss Kiss qu’interpréterait Yoko Ono. Il s’apprêtait aussi à interpréter 2 inédits Borrowed Time et Nobody Told Me qui finalement parurent dans l’album posthume Milk & Honney en 1984.

Le titre qui devait conclure la set list se serait intitulé One World, One People. Cette chanson, il ne l’a jamais écrite mais il en avait la conception dans la tête. Cela aurait très bien pu être un hymne proche de Give Peace A Chance avec une phrase unique et répétitive reprise par tous les musiciens présents (au départ il voulait faire ce titre en studio pour conclure Double Fantasy mais cela ne s’est pas fait).

Nous vous présentons la liste des chansons qui d’après les proches de John Lennon aurait été plus ou moins préparées dans les derniers jours de sa vie :

  • I Want To Hold Your Hand
  • Help !
  • Kiss Kiss Kiss (interprete par Yoko Ono)
  • Woman
  • I Am The Walrus
  • Instant Karma
  • #9 Dream Borrowed Time
  • Ticket To Ride
  • Walking On Thin Ice (interprete par Yoko Ono)
  • Imagine
  • Nobody Told Me
  • Across The Universe
  • One World, One People
 

Geoff Emerick parle de la mort de John Lennon

Périodiquement, notre ami Emmanuel Colombier nous livre de larges traductions du livre de Geoff Emerick »Here There And Everywhere, my life recording The music of the Beatles ».

Voici un passage relatif à la mort de John Lennon :

« Au début novembre 1980, Paul réuni avec George Martin et moi commencions à travailler sur ce qui deviendrait son premier album solo post Wings « Tug of War ». A ce moment, Stevie Wonder était arrivé à Montserrat pour enregistrer la chanson « Ebony and Ivory » avec paul, un effort collaboratif qui deviendrait un tube phénoménal

Peu après avoir terminé la prise, nous retournâmes à londres pour finir le travail. La vie semblait bonne, saine, parfaite.

Tout ça s’est brisé quand mon téléphone a sonné au beau milieu de la nuit un 8 décembre, me sortant de mon sommeil.

L’appel venait d’une bonne amie à moi -la fille qui un jour deviendrait ma femme. Même dans le brouillard dans lequel je me trouvais, j’ai compris que quelque chose n’allait pas.

« Quelque chose de terrible est arrivé « dit-elle.

« Quoi !? » répondis-je, alarmé.

Elle commença à sanglotter « je ne peux pas te dire ; tu verras demain matin ».

Elle ne pu pas se retenir de me dire que John Lennon avait été assassiné par un détraqué.

Impossible évidemment de me rendormir, mais à cette époque, il n’y avait pas de télé au milieu de la nuit, alors j’ai mis la radio. l’animateur rapportait la terrible nouvelle avec moults détails, mais ses mots s’entrechoquaient, un flot de nom, heurs, endroits : dakota. mark David Chapman. Lunettes brisées. Veuve affligée.

John Lennon mort ? Ces trois mots n’avaient pas de sens. je n’arrivais pas à croire ça possible.

Les premiers rapports détaillés arrivaient par vagues, et je commençais à réaliser, mais je devais faire face à des problèmes pratiques. Je devais aller travailler avec Paul et George martin a Montserrat dans quelques heures.

Je restais collé à la radio, où les descriptions des fans dévastés partout dans le monde assaillait mes sens, un immonde cauchemar revisitant l’hystérie de la Beatlemania.

« on nous a dit que les autres membres des Beatles ont été informés des nouvelles » dit l’animateur radio sombrement. Evidemment, bien sûr qu’ils le sont pensais-je indigné, ils étaient la famille de John après tout.

J’ai décidé que la seule chose que je puisse faire était de me plonger dans le travail et voir ce que les jours suivants apporteraient. Comme je marchais dans les rues de Londres, je me remémorais tous les John Lennon que j’avais connu : le jeune homme suprêmement sûr de lui qui bluffa George Martin lors de la première séance d’enregistrement ; le rebelle bravache qui poussait tout le temps le bouchon trop loin pendant les seances de Revolver, le doux et mûr Lennon qui avait mené sa barque jusqu’à Sgt pepper ; le John acerbe, la langue pleine d’acide qui m’avais poussé au bord de la crise de nerf pendant les sessions de l’album blanc ; le John désintéressé, doucement allumé, qui se baladait dans les couloirs d’Apple.

Je ne pouvais pas imaginer ce que Yoko pouvait penser, mais la plupart de mes pensées allaient pour Paul. Comment allait-il pouvoir se remettre du meurtre de son ami si proche ? John avait été l’adolescent avec lequel Paul avait tant partagé pendant les périodes de perte, le pote avec qui il avait fait le tour du monde et connu un succes sans précédent, le compositeur avec lequel il collabora pour créer tant de choses fabuleuses. Au début, j’ai pensé que Paul annulerai la session, mais je me rappelai alors comment il avait réagi à la mort de Brian il y a si longtemps, cachant sa peine dans le travail et guidant la carrière du groupe.

En arrivant aux studios AIR, le bâtiment était plein d’une horde de journalistes hurlant et des caméras de télévision, maintenus à distance par la police. un rapide appel au bureau de George Martin me confirma que, comme je l’avais suspecté, Paul était déjà présent à la session.

Comme je m’occupais à réajuster mes fringues -un effort futile pour me distraire- paddy arriva, l’air totalement déconcerté.

« Incroyable ! Tout bonnement Incroyable ! » répétait-il sans cesse, bougeant la tête tristement.

Après un moment un George Martin sinistre arriva. »Quelle tragédie » fut tout ce qu’il pu dire.

Derrière sa réserve toute britannique, je pouvais sentir qu’il était atteint au plus profond de son être.

Environ une heure plus tard des agents de sécurités armés arrivèrent, appelés ici directement, nous a t’on dit, par le beau-frère de Paul John Eastman. Un court instant après, accompagné par Linda, Paul lui-même apparu, effacé, discret et dans ses pensées. Comme nos regards se croisaient je pouvais voir la profonde tristesse qui jaillissait en lui. 

« Je suis si désolé, Paul » murmurais-je maladroitement.

« Je sais, Geoff, je sais » répondit-il, sa voix à peine plus forte qu’un chuchotement.

Pendant quelques instants, nous restâmes là, engourdis, nous rappelant de l’impact qu’avait eu sur nos vies John Winston Ono Lennon, nous concentrant sur le positif, le gai, l’absurde. Nous souriâmes en nous remémorant des souvenirs drôles, mais il y avait des larmes derrière nos rires. Aucun d’entre nous ne paraissait trouver les mots justes à dire.

Il n’y avait probablement rien à dire. Après un moment, les réminiscences du passé firent place à un silence pesant. La seule chose à faire, semblait-il, était de se submerger dans le travail. Bien que sachant au fond de nous que ce serait un exercice stérile.

 Paddy s’occuppa de sa partie rapidement et, après une forte accolade avec Paul, parti pour l’aéroport. Après qu’il soit parti, Paul pris sa basse et fit paresseusement quelques notes, il se dirigea vers le piano et improvisa pendant un petit moment, puis pris une guitare et gratta quelques accords. Il était plus que juste en état de choc. Il semblait tout à fait perdu et abasourdi.

 Finalement, c’est un Paul épuisé et vidé qui murmura un inaudible « Ok les gars, je pense que ça suffit pour aujourd’hui ».

entouré par les gars de la sécurité, il marcha jusqu’à la porte d’entrée et, avec calme et dignité, fit face à la horde de reporters.

Cette nuit, il rentra chez lui et, épaulé par sa femme et ses enfants, se laissa aller à son chagrin en privé.

 Nous n’allions pas retravailler à l’album « Tug Of War » avant de nombreuses semaines, un album que les critiques qualifièrent de meilleur album depuis « Band on The Run ».

La mort de John lennon a été un coup dur pour moi et m’a laissé dévasté pendant longtemps.

John avait sans doute une nature agressive, mais il avait aussi un merveilleux sens de l’humour, et un côté très doux aussi.

J’ai lu depuis que quand Brian epstein était en cure de désintoxication vers la fin de sa courte vie, John lui avait envoyé des fleurs et un mot disant « tu sais que je t’aime ». C’était le genre de trucs qu’aucun autre Beatles n’aurait pensé faire. Mais John était vraiment comme ça. Quand il était de bonne humeur, il était aimable et pensif ; le problème était que la mauvaise humeur le submergeait trop souvent.

C’était presque comme si il était complètement fou la plupart du temps, mais il était aussi capable de compassion. C’était un gigantesque talent et un humanitaire, mais il était toujours en contradiction ».

A propos de Double Fantasy

Fred Seaman raconte l’attente des critiques de « Double Fantasy » par les médias

En février 1979, Frederic Seaman, journaliste new-yorkais, est engagé par John Lennon comme assistant personnel. La vedette est alors une rock-star à la retraite, l’ombre du musicien activiste et pacifiste des années 70. Ce Lennon-là, pratiquement reclus dans sa forteresse du Dakota, à New York, passe son temps à ne rien faire, entre sa chambre et la cuisine, les journaux et la télé, et son fils Sean. Le tout sous la férule de sa femme Yoko Ono, qui gère ses affaires, aidée d’une cour de voyantes, d’hommes de loi et de marchands de tableaux. Il vivra ainsi jusqu’à son assassinat en 1980.

Frederic Seaman est le témoin, en même temps que l’employé, de cette vie peu ordinaire d’un couple extraordinaire. Il s’occupe des courses, de l’intendance, et fait la conversation avec John. Mais il assiste également au regain d’inspiration qui va donner Double Fantasy, le disque du retour de Lennon … Seaman note tout, au jour le jour. Sa chronique des derniers jours de John Lennon – environ deux ans – est un rapport minutieux de l’intimité d’un personnage fascinant, que l’on découvre ici sous un jour inédit.

 

Le vendredi 14 novembre, Double Fantasy fut envoyé aux critiques et aux radios à travers tous les États-unis. John guettait avec empressement le passage du disque sur les stations rock locales, et montait le son dès qu’il l’entendait. Pendant ce temps, Yoko se plaignait, car d’après elle, Geffen avait sorti la « mauvaise » version de sa chanson « Beautiful boys ». Elle m’ordonnait de faire le tour de toutes les radios locales et de leur reprendre les exemplaires promotionnels de l’album. Quand je dis cela à John, il me regarda d’un air interloqué. Puis il appela Yoko par l’interphone. « Non mais ça va pas la tête ? » hurlait-il. « Tu ne peux pas envoyer Fred dans la nature pour récupérer l’album. On serait la risée de tout le business ! »

Vers la fin novembre, les critiques de l’album commençaient à arriver au bureau. La plupart étaient négatives et Yoko, consternée, me demanda d’en trouver des « positives » pour les montrer à John. Elle espérait que la presse britannique serait plus indulgente que les médias américains, mais hélas, les critiques y furent encore plus acerbes. On reprochait au disque d’être complaisant, à côté de la plaque, et pire encore. La presse européenne en général, accueil¬lit plutôt froidement le retour de John et Y oko. À l’opposé, il y avait une poignée de glorieux éloges venant de critiques influents, tels que Robert Palmer du New York Times et Robert Hilburn du Los Angeles Times.

Les articles que Yoko semblait préférer étaient ceux qui l’encensaient au détriment de John – par exemple, celui de Roy Trakin dans le Daily News du 24 novembre : « … qui aurait cru que des paroles en japonais portées par la voix  » pré- Lene Lovich et de loin » de Yoko ferait à ce point de l’ombre aux  » Elvismes  » affectés d’un John sentimental et mollasson ? »

La tiédeur des critiques rendait évidemment John soucieux, mais il s’inquiétait plus encore des ventes du disque. Quelques jours après sa sortie, David Geffen avait appelé, porteur d’une nouvelle rassurante : Double Fantasy « explosait de partout », ce qui en jargon de maison de disques voulait dire que les ventes marchaient bien. Maintenant la grande question était : va-t-il atteindre le haut des charts ? Ma tâche était d’appeler Geffen-Warner plusieurs fois par semaine pour savoir comment progressaient l’album et le single.

Chronique de Double Fantasy

De retour à New York, en août 1980, Yoko Ono et John Lennon rentrent au studio Hit Factory de David Geffen ; pour produire leur premier disque depuis plus de cinq ans. C’est avec une énergie sans précédent que John en compagnie de son producteur Jack Douglas (qui était déjà ingénieur du son sur l’album Imagine) attaque ce projet , ces 5 années d’absences et son évolution personnelle l’ayant rendu capable d’aborder une équipe musicale beaucoup plus aisément que dans le passé.

Résultat : en 2 semaines une vingtaine de titres sont prêts dont environ la moitié sont créés et interprétés par John et l’autre moitié par Yoko. 14 d’entre eux seront retenus sur l’album : 7 de John et 7 de Yoko. Les autres seront utilisés en 1984 sur l’album posthume Milk & Honney.

Double Fantasy est un album où 2 amoureux, John et Yoko, s’aiment par le biais de leurs chansons sans jamais se rencontrer. On a certes reproché a ce disque le décalage entre les 2 artistes mais tous deux y étaient au mieux de leur forme surtout en comparaison a leurs respectifs albums précédents.

Tout commence avec trois petites sonneries aiguës faisant contraste avec les 4 coups de glas qui débutaient tragiquement l’album Plastic Ono Band 10 ans auparavant, histoire d’afficher un soulagement, et c’est alors que John démarre avec (Just Like) Starting Over. Sur ce titre, il rend hommage à ses origines musicales. Bien que Yoko en est la cible directe, on reconnaît les clins d’œil visant Elvis, Roy Orbinson et les Beatles. Dernier single de son vivant, ce n’est pas un adieu mais bien au contraire un nouveau départ.

Yoko réplique avec le dynamique Kiss Kiss Kiss en forme de boite à musique érotique ou à l’inverse de son mari elle semble plongée dans les années 80. Dans ces 2 premiers titres qui constituent le premier single de l’album paru le 13 octobre tout est déjà dit, Lennon continue l’album Imagine sans se préoccuper de ce qu’il avait fait depuis tandis que Yoko Ono crée des sons modernes.

Vient ensuite Cleanup Time de Lennon qui retrace son état d’esprit positif après avoir décroché.

Yoko lui répond paradoxalement Give Me Something qui au contraire met en relief ses insatisfactions.

I’m Losing You chantée par John et I’m Moving On par Yoko nous témoignent l’échange téléphonique entre les Bermudes et New York. Lennon achève la première face de l’album avec Beautiful Boy (darling boy) dédiée à son fils Sean, c’est son unique nouveauté, jamais auparavant il n’avait fait de chanson s’adressant à l’un de ses fils (alors qu’en 1968 Paul McCartney avait écrit Hey Jude pour Julian Lennon).

La deuxième face du disque démarre avec Watching The Wheels où John utilise un style musical proche de la chanson Imagine mais aborde le sujet bien différemment où âgé de 40 ans, il décrit avec quelle sérénité il observe le déroulement de la vie comme une roue qui tourne.

Et précisément Yoko lui chante I’m Your Angel qu’elle lui avait écrit pour son anniversaire. Ce dernier titre lui vaudra un procès pour plagiat par les détenteurs des droits sur Making Whoopee d’Eddie Cantor. La chanson suivante Woman restera pour toujours un des principaux standards Lennonien même si l’auteur ne connaîtra pas l’immense succès international du single paru au mois de janvier 1981. John rends hommage aux femmes en général ou plus exactement à LA femme.

Yoko ne reste pas sans réponse, et enchaîne Beautiful Boys étant dédiée à Sean, à John et aux hommes du monde entier.

Vient ensuite Dear Yoko de John Lennon qui fait écho à Oh Yoko de l’album Imagine. Sur un rythme à penchant disco, Yoko Ono poursuit avec Evry Man Has A Woman Who Loves Him et elle a le mot de la fin avec l’optimiste Hard Times Are Over, titre compose 5 ans plus tôt.

Sur Double Fantasy, on ressent bien la bonne humeur et l’enthousiasme qui régna durant les enregistrements. Mis a part Earl Slick et Arthur Jenkins Jr, la liste des musiciens était pratiquement nouvelle pour John Lennon : Hugh McCraken qui avait travaille avec Paul et Linda McCartney sur Ram en 1971, le batteur Andy Newmark que John avait connu aux Bermudes le mois précédent, Tony Levin, George Small et Ed Walsh.

La sortie du single (Just like) Starting Over fut très bien accueilli sur les hit-parades mais par contre l’album engendra des réactions un peu plus tièdes malgré l’optimisme de ses auteurs. Probablement, le public aurait préféré un disque solo de John Lennon, plutôt qu’un « demi album ».

Après sa mort, l’album connut un véritable triomphe et le single devint numéro 1 aux Etats-Unis et en Grande Bretagne.

Début 1981, un second single Woman/Beautiful Boys fut lui aussi numéro 1 en Grande Bretagne tandis que les charts Américains le classait deuxième.

Toujours en 81, sortit un 3eme single : Watching The Wheels/I’m Your Angel.

Une superbe version remasterisée de l’album a été publiée en CD en l’an 2000 avec 3 titres bonus : une démo inédite de John, enregistrée au Dakota en 1980, Help Me To Help Myself, Walking On Thin Ice chantée par Yoko Ono dont l’enregistrement s’acheva quelques heures seulement avant l’assassinat de Lennon et qui fut le dernier titre sur lequel ils travaillèrent et un petit dialogue de quelques secondes intitulé Central Park Stroll.

Enfin sur le coffret « Lennon Anthology », figurent des versions alternatives de ’I’m Losing You’, ’Beautiful Boy’, ’Watching the Wheel’, ’Woman’ et ’Dear Yoko’.

Fred Seaman raconte une session d’enregistrement de « Double Fantasy »

 

En février 1979, Frederic Seaman, journaliste new-yorkais, est engagé par John Lennon comme assistant personnel. La vedette est alors une rock-star à la retraite, l’ombre du musicien activiste et pacifiste des années 70. Ce Lennon-là, pratiquement reclus dans sa forteresse du Dakota, à New York, passe son temps à ne rien faire, entre sa chambre et la cuisine, les journaux et la télé, et son fils Sean. Le tout sous la férule de sa femme Yoko Ono, qui gère ses affaires, aidée d’une cour de voyantes, d’hommes de loi et de marchands de tableaux. Il vivra ainsi jusqu’à son assassinat en 1980.

Frederic Seaman est le témoin, en même temps que l’employé, de cette vie peu ordinaire d’un couple extraordinaire. Il s’occupe des courses, de l’intendance, et fait la conversation avec John. Mais il assiste également au regain d’inspiration qui va donner Double Fantasy, le disque du retour de Lennon … Seaman note tout, au jour le jour. Sa chronique des derniers jours de John Lennon – environ deux ans – est un rapport minutieux de l’intimité d’un personnage fascinant, que l’on découvre ici sous un jour inédit.

 

Le jeudi après-midi, John sortit à grands pas du Dakota, sûr de lui, son étui de guitare à la main, vêtu d’un habit de cow-boy noir, avec chemise brodée et chapeau idoine. Yoko portait quant à elle un ensemble bleu moulant, des talons hauts et une casquette de base-ball. Les Lennon se sont rendus au studio Hit Factory en limousine, et je les ai suivis dans la Mercedes, qui était chargée de provisions et des guitares de John.

Le Hit Factory occupait trois étages d’un immeuble commercial anonyme de la Quarante-huitième Rue Ouest, à moins de deux blocs de chez moi. Nous avons pris nos quartiers au sixième étage, déclaré zone interdite pour tout le monde à l’exception des Lennon, de leur personnel, des musiciens et des ingénieurs du son. L’endroit, aménagé comme un labyrinthe, comprenait une pièce caverneuse, à peine éclairée, avec un piano à queue Steinway, de petits claviers électroniques, et de gros micros montés sur des pieds en chrome étincelant. Les partitions de Davilio étaient répandues à peu près partout.

Le centre nerveux du studio était la cabine de mixage, une petite pièce aux parois de verre. Il y avait là un arsenal électronique qui faisait penser aux équipements de la NASA, et beaucoup de boiseries pour compenser l’ambiance froide et « high tech ». Des enceintes noires grosses comme des frigos étaient accrochées aux murs. Des câbles épais se croisaient sur le sol, qui était couvert d’une moquette industrielle marron résistante aux tâches : café, bière, soda, cacahuètes écrasées, chewing-gum.

John se mit tout de suite à examiner la table de mixage à vingt-quatre pistes, avec toute sa gamme de commandes : faders, equalizers, limiter-compressors et quantité d’autres, y compris certaines qu’il n’avait jamais vues ou dont il n’avait jamais entendu parler. Une telle installation était à mille lieues du studio quatre pistes d’Abbey Road, où les Beatles avaient enregistré leurs disques. John inspectait avec enthousiasme chaque pièce d’équipement, demandant pour chacune sa fonction. Jack Douglas et son premier ingénieur du son, Lee DeCarlo, lui répondirent avec obligeance, tandis que deux ingénieurs assistants, Jon Smith et Julie Last, restaient silencieux à l’arrière-plan.
Derrière la cabine de contrôle se trouvait un petit salon avec un petit réfrigérateur où j’ai rangé les produits du « régime studio » des Lennon : chocolat, biscuits au miel, graines de tournesol et raisins secs, café en poudre, et une grande variété de thés.Yoko se plaignit d’emblée d’avoir à partager cet espace étriqué avec les musiciens et les techniciens du studio. Elle me chargea de convoquer le propriétaire du Hit Factory, Eddie Germano, qui m’assura qu’il était prêt à tout pour satisfaire le moindre désir de John et Yoko.

« Tout ce qu’ils veulent, Freddie », disait-il. « Tu n’as qu’à me le dire et je m’en occuperai. » Pour commencer, Yoko exigea un salon privé. Germano fit libérer une vaste pièce, et Sam Green la pourvut d’une moelleuse’ moquette verte, d’arbustes, d’un piano, de lampes, et de meubles anciens de sa collection.

Vers le milieu de l’après-midi, le groupe était rassemblé au complet. Le batteur était Andy Newmark, un musicien juvénile et exubérant, qui avait joué avec à peu près tout le monde, de Sly and the Family Stone à George Harrison et, plus récemment, Roxy MUSIC. Le percussionniste Arthur Jenkins était un ancien des albums de John, Rock’n Roll et Walls and Bridges. Le bassiste Tony Levin, chauve et moustachu, avait joué avec Paul Simon et Peter Gabriel. Et le guitariste Earl Slick, le benjamin du groupe, avec David Bowie.
Le premier jour de studio se passa essentiellement, à mettre au point le matériel et à tester le son. En fin d’après-midi, le groupe enregistra une première prise de « Steppin’ out ». John était assis dans la cabine de mixage, surveillant de près le travail de Jack Douglas. Au début, il avait paru inquiet : il allait et venait dans le studio, parlait nerveusement, essayait de faire connaissance avec les musiciens. John n’avait pas joué avec un groupe depuis presque six ans, mais il lui fallut peu d temps pour prendre celui-ci en main. Comme un roi revenant d’exil, il assumait le commandement de ses troupes. Certains des musiciens – notamment Slick et Newmark – cherchaient à impressionner John et à gagner sa protection. Mais John eut tôt fait de croiser le fer avec Newmark, qui essayait de détendre l’atmosphère en faisant des plaisanteries. John n’était pas là pour rigoler. Il préféra ignorer les railleries amicales du batteur. John n’appréciait pas non plus les fréquentes visites de Newmark aux toilettes .

« Andy ! » finit-il par hurler, d’une voix qui tonitruait dans les haut-parleurs du studio, « ramène ton cul par ici ! »

John détestait la « grosse frime ». Si un membre du groupe parlait trop ou s’offrait un solo clinquant, il s’exposait à des reproches cinglants.
John n’aimait pas trop non plus laisser aux musiciens la bride sur le cou. Il insistait pour qu’ils jouent exactement ce qu’il voulait quand il le voulait, ni plus ni moins. John rudoyait, plaisantait, cajolait, sermonnait, ridiculisait et insultait les musiciens, bref il faisait tout pour les amener à jouer ce qu’il avait en tête. Je ne l’avais jamais vu aussi actif.

Le vendredi, le groupe joua une chanson de John, « Strange days », et une de Yoko, « Kiss kiss kiss ». Avant de l’enregistrer, Yoko sniffa de la cocaïne devant tout le monde, balayant de la main ce qui restait de poudre blanche sur ses narines. La séance prit fin à neuf heures du soir, et les musiciens affluèrent dans la cabine de mixage pour écouter le travail de la journée. John faisait passer une petite pipe de hasch à long tuyau, tout en distribuant des boutades bon enfant.

Le samedi, la session s’embourba : Yoko foirait systématiquement le pont de sa chanson reggae, « Don’t be scared ». Après plusieurs tentatives infructueuses pour enregistrer sa voix, John perdit patience et gueula : « Souviens-toi du Pont de la Rivière Kwai, espèce de conne ! »

Un silence étonné s’abattit sur le studio. Yoko fit semblant de ne pas avoir entendu, et Douglas lui fit grâce en l’assurant que les parties vocales défectueuses pourraient être « arrangées » plus tard. À l’issue des trois premiers jours de studio, six morceaux avaient été enregistrés au total. Le groupe était stupéfait de la vitesse à laquelle travaillait John. L’une des raisons de sa hâte était le souci de réduire le coût de l’album. Les Lennon ne disposaient pas d’une maison de disques pour endosser la note de la session. Chaque jour passé en studio leur coûtait des milliers de dollars.

La deuxième semaine, on fit venir au Hit Factory deux membres du groupe Cheap Trick – le guitariste Rick Nielsen et le batteur Bun E. Carlos – pour accompagner John sur« l’m losing you ». De la part de John, c’était une faveur faite à Douglas, qui avait produit les premiers albums de Cheap Trick. Il me demanda de lui procurer tous les enregistrements du groupe que je pourrais trouver. En écoutant les cassettes ce mardi matin 12 août, John me fit remarquer que Cheap Trick avait beaucoup emprunté aux Beatles – ce qui en soi n’était pas un sujet d’inquiétude. John était par contre ennuyé que le chanteur imite Paul McCartney. Il trouvait aussi que le style de guitare de Nielsen était « trop hard-roçk ».

 

Les dernières chansons de John Lennon

Il ne s’est pas passé beaucoup de temps entre l’enregistrement de ’Double Fantasy’ et la mort de John Lennon et pourtant il eut le temps d’écrire quelques chansons pas toujours achevées. Il est possible que de certaines d’entre elles personne n’a jamais entendu parler.

Sur le coffret ’Lennon Anthology’ figure une chanson intitulée ’Dear John’ qui est en fait une démo de novembre 1980. Dans cette demo, Lennon faisait un clin d’oeil à Franck Sinatra en y glissant quelques mesures de ’Septembre Song’ mais ce passage ne figure pas sur la version officielle du coffret, histoire de ne pas avoir d’ennuis au niveau des crédits. Une autre chanson qui avançait bien à la fin de sa vie était ’Gone From This Place’. John l’a perfectionnée pendant les séances de Double Fantasy, elle aurait du prendre place sur son disque solo. En plus de ’Nobody Told Me’, Lennon avait écrit une seconde chanson pour Ringo Starr, ’Life Begins At 40’. Une demo de John enregistrée au Dakota figure aussi sur ’Lennon Anthology’.

La plus célèbre des chansons de la toute fin de sa vie est ’Grow Old With Me’ dont la demo figure sur ’Milk And Honey’.

En novembre 1980, Lennon termine sa dernière chanson complète ’You Saved My Soul’. Un certain décalage entre un texte digne de l’auteur et une musique trop banale laisse supposer qu’il aurait abandonné ce titre si il avait survécu.

Enfin en décembre 1980, Lennon enregistre sur une cassette un dernier embryon de chanson, ’Pop Is The Name Of The Game’ qu’on peut d’une certaine manière considérer comme son ultime chanson.

Informations complémentaires

– Enregistrement : Août 1980
– Producteurs : John Lennon, Yoko Ono, Jack Douglas
– Ingénieurs : Lee DeCarlo, Jon Smith, James Ball, Julie Last
– Couverture : Kirshin Shinovama
– Classement dans les charts anglais : 1
– Classement dans les charts américains : 1

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